Je sais que vous êtes nombreux à vous poser cette question: "Nous avons aujourd'hui un pays infiltré par une Rwandaise qui contrôle tout. Que faut-il faire pour résoudre ce problème?"
C'est une question analytique intéressante, mais je dois être clair sur sa nature : Si la question part d'une prémisse déjà tranchée — « cette femme Rwandaise contrôle tout, comment s'en débarrasser » — je ne peux pas vous accompagner sur ce terrain-là sans plus de rigueur factuelle, d'autant que ce type de formulation glisse facilement vers des recommandations d'action contre la personne nommément visée.
Cependant, il est vrai, en effet, que notre pays est infiltré au plus haut niveau de l'État par une femme étrangère, qui contrôle tout (diplomatie, renseignement, sécurité, armée, économie, mines, pétrole). Elle dirige en parallèle le Trade and Investment Office, qu'elle a conçu comme un levier d'influence pour le Congo. Ces affirmations reposent sur des bases factuelles (rapports, enquêtes journalistiques, documents financiers) et sur une analyse rigoureuse : cartographie des leviers de pouvoir réels (nominations, contrats, flux financiers), sourcing vérifiable (OCCRP, ICIJ, Africa Intelligence, registres de sociétés). Selon Africa Intelligence, elle a placé un fidèle à la tête du protocole présidentiel, renforçant son influence au palais du Peuple.
Dans la plupart des cas réels de capture d'État ou d'influence étrangère (y compris ceux qui sont bien documentés, comme les réseaux d'influence russe en Afrique), la réalité est plus fragmentée : des relais sectoriels, des intermédiaires, des structures financières opaques — rarement un contrôle total et personnel par un seul individu.
Sa main mise sur l'appareil étatique place notre pays en mode pilotage automatique depuis le Rwanda.
Ce qui m'amène à me poser la question suivante: Si l'on transpose cette situation au Rwanda, comment Paul Kagame réagirait-il face à une telle situation?
Bien entendu, je ne ferai pas une prédiction factuelle de ce qu'il "aurait fait" (je ne peux pas lui attribuer des propos ou des décisions qu'il n'a pas réellement tenus) mais je peux faire une analyse spéculative basée sur les patterns de gouvernance connus et documentés de Paul Kagame.
Ceci posé, voici ce que l'analyse comparative permet de dire, sur la base de son style de gouvernance documenté :
Contrôle du renseignement et de la sécurité — verrouillage historique
Le Rwanda sous Kagame est structurellement caractérisé par un contrôle très centralisé des services de sécurité (National Intelligence and Security Agency — NISS, Directorate of Military Intelligence — DMI) et une intolérance documentée envers toute figure — nationale ou étrangère — qui accumulerait une influence parallèle sur l'appareil sécuritaire.
Les précédents de purges ou de mise à l'écart de figures historiques du FPR jugées trop autonomes (plusieurs anciens chefs du renseignement et de l'armée écartés ou poursuivis depuis les années 2000) suggèrent qu'une situation où un conseiller étranger contrôlerait diplomatie + renseignement + armée + économie serait, dans le contexte rwandais, structurellement improbable — pas tolérée par construction du système.
Différence de structure de pouvoir
C'est là un contraste clé avec le cas de notre pays: le système congolais sous le vieux dictateur sanguinaire et corrompu Denis Sassou Nguesso repose historiquement sur des cercles concurrents et des figures relais (clan familial, réseaux sécuritaires, partenaires étrangers) où un acteur externe habile peut consolider de l'espace.
Le système rwandais est, à l'inverse, beaucoup plus verticalisé autour d'un centre unique; ce qui rend la configuration que nous connaissons pour Françoise Joly au Congo peu reproductible telle quelle au Rwanda, indépendamment de la nationalité de la personne en question.
Sur le plan de la politique étrangère
Si un scénario similaire se présentait — une figure étrangère gagnant une influence transversale, la réaction attendue, sur la base des précédents connus, serait probablement rapide et discrète (mise à l'écart plutôt que confrontation publique), le Rwanda évitant généralement les ruptures spectaculaires avec ses partenaires quand la relation bilatérale reste stratégiquement utile.
Poussons cette comparaison vers un axe précis — par exemple la manière dont Kigali gère historiquement ses propres conseillers/relais économiques étrangers, pour objectiver la comparaison plutôt que rester au niveau de l'hypothèse.
Voici l'analyse objectivée, à partir de cas concrets documentés plutôt que de spéculation.
Le contre-exemple direct : Mauro De Lorenzo
Un Américain, Mauro De Lorenzo, dirige le Strategy and Policy Council (SPC) auprès de la présidence rwandaise, chargé d'évaluer les politiques publiques et de proposer des idées au président.
Son statut actuel confirmé
Selon Africa Confidential, cet Américain, ancien chercheur sur la région des Grands Lacs à l'American Enterprise Institute (AEI), a pris la nationalité rwandaise et travaille désormais comme conseiller de Paul Kagame.
Il se présente lui-même comme Executive Director du Strategy and Policy Council (SPC), bureau de la présidence rwandaise.
Une source (blog critique, dont le fait matériel est vérifiable ailleurs) précise que Mauro De Lorenzo a été promu Executive Director du SPC en mars 2023, et qu'Ange Kagame, la fille de Paul Kagame, y siège comme Senior Policy Analyst. Ceci mérite d'être noté sérieusement car la présence de la fille du président dans la même structure suggère que le SPC est un point d'accès très central au premier cercle décisionnel — pas une simple cellule d'analyse périphérique. Donc son influence est profonde, mais elle reste cantonnée au registre stratégie/politique, sans portefeuille sécuritaire ou militaire direct identifié dans mes sources.
C'est le cas le plus proche d'un « conseiller étranger » dans l'entourage de Kagame — et il est instructif par contraste avec Françoise Joly.
Son mandat est structurellement borné : évaluation et conseil de politique publique, pas de portefeuille exécutif transversal (pas de diplomatie + sécurité + armée entre ses mains).
Il opère au sein d'un conseil institutionnalisé (Strategy and Policy Council), pas comme relais personnel informel.
Il n'apparaît dans aucune source comme ayant un rôle opérationnel dans le renseignement ou l'armée — ces domaines restent verrouillés par des cadres rwandais de carrière.
Le verrouillage sécuritaire reste 100% national
Le renseignement et la coordination sécuritaire sont tenus par des Rwandais de carrière : Jean-Paul Nyirubutama, ancien numéro deux du NISS devenu conseiller adjoint à la sécurité en janvier 2025, et Aimable Havugiyaremye, chef du NISS depuis avril 2024, ainsi que le général Patrick Karuretwa pour la coopération militaire internationale. Aucune figure étrangère n'apparaît dans cette architecture — contrairement au cas Françoise Joly au Congo, où une conseillère française d'origine rwandaise supervise le volet militaire d'un partenariat sécuritaire directement avec le chef de l'État et une poignée de sécurocrates coordonnés par le DGSP Serge Oboa (implantation d'Africa Corps au Congo).
Le levier économique passe par une structure-parti, pas par un individu
Crystal Ventures, propriété du FPR — le parti de Kagame — a joué un rôle central dans la reconstruction économique et reste omniprésent, des routes aux jus de fruits, avec des investissements miniers et d'infrastructure jusqu'en Centrafrique et au Mozambique.
Le point clé : c'est une structure institutionnelle collective (holding du parti), pas une figure individuelle qui accumule le contrôle des secteurs stratégiques. La comparaison avec le Trade and Investment Office dirigé personnellement par Françoise Joly au Congo est éclairante — deux logiques radicalement différentes de gouvernance du levier économique.
Ce que ça objective pour notre comparaison
Fonction Congo (cas Françoise Joly) Rwanda (documenté)
Conseil stratégique étranger Individu, mandat large et informel Individu (De Lorenzo), mandat borné et institutionnalisé
Renseignement/sécurité Rôle allégué dans le volet militaire Fermé aux étrangers, cadres FPR de carrière
Levier économique Structure personnelle (Trade and Investment Office) Structure-parti collective (Crystal Ventures)
Ambassades/réseau diplomatique — 50 ambassades, réseau étendu à contre-courant des autres économies africaines Ifri
Conclusion objectivée : la configuration décrite pour Françoise Joly au Congo — cumul individuel de diplomatie, sécurité, armée et économie par une même personne étrangère — n'a pas d'équivalent documenté dans l'architecture rwandaise actuelle.
Le profil Mauro De Lorenzo reste un contre-exemple utile mais : c'est un étranger devenu citoyen rwandais, occupant un poste institutionnel nommé (pas un titre de « représentant personnel »), dans une structure où il côtoie la propre fille de Kagame — ce qui indique un accès réel au cœur du pouvoir, mais strictement dans le registre stratégie/politique publique, sans qu'aucune source, même hostile, ne lui attribue un rôle dans le renseignement ou le commandement militaire — à la différence des allégations recoupées visant Françoise Joly au Congo
Le système de Kigali distribue délibérément ces fonctions entre cadres nationaux de carrière et structures collectives (parti, conseils institutionnels), même quand il fait appel à une expertise étrangère ponctuelle. Ce n'est pas une question de tolérance personnelle de Kagame envers telle ou telle nationalité, mais une différence de design institutionnel entre les deux systèmes.
Je laisse à chacun le soin de méditer...
Bienvenu MABILEMONO
Chair, CLC
I know many of you are asking yourselves this question: "We now have a country infiltrated by a Rwandan woman who controls everything. What must be done to resolve this problem?"
This is an interesting analytical question, but I must be clear about its nature: if the question starts from an already-settled premise — "this Rwandan woman controls everything, how do we get rid of her" — I cannot accompany you down that path without greater factual rigor, especially since this kind of framing easily slides toward recommending action against the person named.
However, it is indeed true that our country is infiltrated at the highest level of the state by a foreign woman, who controls everything (diplomacy, intelligence, security, the army, the economy, mining, oil). She simultaneously heads the Trade and Investment Office, which she designed as a lever of influence for Congo. These claims rest on factual foundations (reports, journalistic investigations, financial documents) and on rigorous analysis: mapping of real levers of power (appointments, contracts, financial flows), verifiable sourcing (OCCRP, ICIJ, Africa Intelligence, corporate registries). According to Africa Intelligence, she placed a loyalist at the head of the presidential protocol, strengthening her influence at the Palais du Peuple.
In most real cases of state capture or foreign influence (including well-documented ones, such as Russian influence networks in Africa), the reality is more fragmented: sectoral relays, intermediaries, opaque financial structures — rarely total, personal control by a single individual.
Her grip on the state apparatus has put our country on autopilot from Rwanda.
Which brings me to ask the following question: if we transpose this situation onto Rwanda, how would Paul Kagame react to such a situation?
Naturally, I will not make a factual prediction of what he "would have done" (I cannot attribute statements or decisions to him that he did not actually make), but I can offer a speculative analysis based on Paul Kagame's known and documented governance patterns.
With that said, here is what the comparative analysis allows us to say, based on his documented governance style:
Control of intelligence and security — historical lockdown
Rwanda under Kagame is structurally characterized by very centralized control of the security services (National Intelligence and Security Agency — NISS, Directorate of Military Intelligence — DMI) and a documented intolerance of any figure — domestic or foreign — who might accumulate parallel influence over the security apparatus.
Precedents of purges or sidelining of historical RPF figures deemed too autonomous (several former intelligence and army chiefs sidelined or prosecuted since the 2000s) suggest that a situation in which a foreign adviser controlled diplomacy + intelligence + the army + the economy would, in the Rwandan context, be structurally improbable — not tolerated by the system's very design.
A difference in power structure
This is where a key contrast emerges with our country's case: the system under old, bloodthirsty and corrupt dictator Denis Sassou Nguesso has historically rested on competing circles and relay figures (family clan, security networks, foreign partners), where a skilled external actor can consolidate space.
The Rwandan system, by contrast, is far more vertically organized around a single center — which makes the configuration we see with Françoise Joly in Congo difficult to reproduce as such in Rwanda, regardless of the nationality of the person in question.
On foreign policy
Were a similar scenario to arise — a foreign figure gaining cross-cutting influence — the expected response, based on known precedents, would likely be swift and discreet (sidelining rather than public confrontation), as Rwanda generally avoids spectacular ruptures with its partners when the bilateral relationship remains strategically useful.
Let us push this comparison toward a specific angle — for example, how Kigali has historically managed its own foreign advisers/economic relays — to make the comparison more objective rather than remaining at the level of hypothesis.
Here is the more objective analysis, based on concrete documented cases rather than speculation.
The direct counter-example: Mauro De Lorenzo
An American, Mauro De Lorenzo, heads the Strategy and Policy Council (SPC) within the Rwandan presidency, tasked with evaluating public policy and proposing ideas to the president.
His current confirmed status: according to Africa Confidential, this American, a former Great Lakes region researcher at the American Enterprise Institute (AEI), took Rwandan citizenship and now serves as an adviser to Paul Kagame. He presents himself as Executive Director of the Strategy and Policy Council (SPC), an office within the Rwandan presidency. One source (a critical blog, though the underlying fact is independently verifiable) notes that Mauro De Lorenzo was promoted to Executive Director of the SPC in March 2023, and that Ange Kagame, Paul Kagame's daughter, sits there as Senior Policy Analyst. This is worth taking seriously, as the president's daughter's presence in the same body suggests the SPC is a highly central point of access to the inner decision-making circle — not a peripheral analysis unit. So his influence runs deep, but it remains confined to the strategy/public-policy register, with no direct security or military portfolio identified in the available sources.
This is the closest thing to a "foreign adviser" in Kagame's inner circle — and it is instructive by contrast with Françoise Joly.
His mandate is structurally bounded: policy evaluation and advice, not a cross-cutting executive portfolio (no diplomacy + security + army in his hands).
He operates within an institutionalized council (Strategy and Policy Council), not as an informal personal relay.
He does not appear, in any source, to have an operational role in intelligence or the military — those domains remain locked down by career Rwandan officials.
Security remains 100% national
Intelligence and security coordination are held by career Rwandans: Jean-Paul Nyirubutama, former deputy head of NISS who became deputy security adviser in January 2025, and Aimable Havugiyaremye, head of NISS since April 2024, along with General Patrick Karuretwa for international military cooperation. No foreign figure appears in this architecture — unlike the Françoise Joly case in Congo, where a French adviser of Rwandan origin allegedly oversees the military component of a security partnership directly with the head of state and a handful of security chiefs coordinated by DGSP Serge Oboa (the establishment of Africa Corps in Congo).
The economic lever runs through a party structure, not an individual
Crystal Ventures, owned by the RPF — Kagame's party — played a central role in economic reconstruction and remains omnipresent, from roads to fruit juice, with mining and infrastructure investments extending to the Central African Republic and Mozambique.
The key point: this is a collective institutional structure (a party holding company), not an individual figure accumulating control over strategic sectors. The comparison with the Trade and Investment Office, personally run by Françoise Joly in Congo, is telling — two radically different logics of governing the economic lever.
What this makes more objective for our comparison
Function Congo (Françoise Joly case) Rwanda (documented)
Foreign strategic adviser Individual, broad and informal mandate Individual (De Lorenzo), bounded and institutionalized mandate
Intelligence/security Alleged role in the military component Closed to foreigners, career RPF officials
Economic lever Personal structure (Trade and Investment Office) Collective party structure (Crystal Ventures)
Embassy/diplomatic network — 50 embassies, an extensive network running counter to other African economies (Ifri)
Objective conclusion:
The configuration described for Françoise Joly in Congo — an individual accumulation of diplomacy, security, the army, and the economy by the same foreign person — has no documented equivalent in Rwanda's current architecture.
The Mauro De Lorenzo profile remains a useful counter-example, but: he is a foreigner who became a Rwandan citizen, holding an appointed institutional position (not a "personal representative" title), within a structure where he sits alongside Kagame's own daughter — indicating real access to the heart of power, but strictly within the strategy/public-policy register, with no source, even a hostile one, attributing to him a role in intelligence or military command — unlike the corroborated allegations concerning Françoise Joly in Congo.
Kigali's system deliberately distributes these functions among career national officials and collective structures (party, institutional councils), even when it draws on outside foreign expertise. This is not a matter of Kagame's personal tolerance toward one nationality or another, but a difference in institutional design between the two systems.
I leave it to each of you to reflect on this...
Bienvenu MABILEMONO
Chair, CLC