LE PRESIDENT Alassane Dramane OUATTARA A DUÉKOUÉ
POUR APPELER A LA LA RECONCILIATION
Le président ivoirien Alassane Ouattara a promis lundi 23 Avril 2012 la fin de l'impunité et appelé à une "réconciliation vraie" lors de sa première visite à Duékoué, ville de l'Ouest qui fut le théâtre de tueries durant la crise politico-militaire de 2010-2011.
Un impressionnant dispositif de sécurité avait été déployé sur place, avec des militaires armés de lance-roquettes et de fusils d'assaut.
"Ahossè, ahossè, ahossè": le chef de l'Etat a repris une formule de compassion dans la langue des autochtones locaux guéré et demandé une minute de silence en mémoire des victimes de "l'horreur", en ouvrant son meeting en fin d'après-midi devant des milliers de personnes.
"Tous les meurtriers seront punis, seront déférés devant la justice, nul ne sera épargné", a-t-il lancé sous les applaudissements.
Monsieur Alassane Dramane Ouattara a appelé à ce que les atrocités, dont il n'a pas identifié les responsables alors que des enquêtes sont en cours, "ne se reproduisent plus jamais".
"Cela demande la réconciliation, une réconciliation vraie, sans esprit de vengeance", a-t-il plaidé.
Se présentant en "président de tous les Ivoiriens" sans distinction de religions ou d'ethnies, il a exhorté les déplacés et les réfugiés à revenir chez eux, sans "avoir peur" de représailles.
Il a promis de dédommager les victimes mais aussi d'accélérer le développement d'une région longtemps négligée (routes, eau potable, électricité).
"Un discours d'espoir après tant d'années de traversée du désert", a commenté Ali Gono, un chef de village guéré, interrogé par notre correspondante.
"Nous disons plus jamais ça, on veut la paix", a confié Katogoma Kalo, commerçant et représentant des Mahou (ethnie venue du Nord) à Duékoué.
Accompagné de son épouse Dominique, Monsieur Alassane Dramane Ouattara s'est offert à son arrivée un bain de foule, en clôture d'une tournée de trois jours dans l'Ouest, sa première visite dans l'intérieur du pays.
L'assistance avait bravé la canicule pendant des heures, entre chants et danses traditionnelles au son du balafon et des tambours, sous l'oeil de nombreux militaires armés de lance-roquettes ou de fusils d'assaut.
"pas totalement pacifié"
La ville est un symbole de la crise née du refus de l'ex-président Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite au scrutin de novembre 2010, qui a fait quelque 3.000 morts jusqu'en avril 2011, dont un millier dans l'Ouest selon l'ONU.
Des centaines de personnes ont été tuées à Duékoué et dans ses environs fin mars 2011 à l'occasion de la prise de la cité par les forces pro-Ouattara au début de leur offensive sur Abidjan. Ces combattants ont été gravement mis en cause par les ONG internationales pour ces tueries.
Le 14 mars 2012, une équipe de la Cour pénale internationale (CPI) s'est rendue à Duékoué pour enquêter sur de possibles charniers, dont de nombreux témoins ont fait état.
Ce département n'est "pas totalement pacifié", a averti un élu lors du meeting, demandant de renforcer la sécurité.
Duékoué, comme l'ensemble de cette région frontalière du Liberia et de la Guinée, est en proie depuis des années à des affrontements interethniques sur fond de conflits fonciers que Monsieur Alassane Dramane Ouattara a promis lundi de "régler rapidement", et connaît encore des violences ponctuelles.
Les tensions restent fortes entre les Guéré, comptant de nombreux partisans de Monsieur Laurent Gbagbo, et les autres communautés, largement pro-Ouattara.
Un camp proche de Duékoué accueille aujourd'hui encore environ 5.000 personnes. Au plus fort des troubles, la mission catholique de la ville comptait quelque 30.000 déplacés.
« Je suis particulièrement ému d’être ici à Duékoué où il y a eu des violences terribles », a dit Alassane Dramane Ouattara et le président d’ajouter qu’il était venu dire à la population de cette ville que la Côte d’Ivoire ne les oublie pas.
Réaffirmant sa volonté de mettre fin à l’impunité, le numéro un Ivoirien a souligné que c’est ensemble que le pays doit être bâti. Dans cette ville où il reste plus de 5 000 déplacés sur plus de 30 000 à la fin de la crise postélectorale, le président ivoirien a évoqué cette question des déplacés pour la première fois depuis son arrivée dans l’ouest samedi 21 Avril 2012.
CAMP DE NAHIBLY : les déplacés réclament la sécurité pour rentrer au village
Plus d'un an après avoir fui leurs villages de l'Ouest ivoirien en pleine crise politico-militaire, les déplacés du camp de Nahibly, près de la ville de Duékoué, veulent voir la sécurité rétablie avant de rentrer chez eux.
"Nous voulons retourner chez nous. On est mieux chez soi!", explique à l'AFP Firmin Yro, porte-parole des déplacés, entouré de compagnons d'infortune dans un abri de bambou et de paille.
Ils sont quelque 5.000, venus pour la plupart de villages guéré (ethnie autochtone), à vivre dans le camp. Géré par une ONG locale avec le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés, à la lisière d'une forêt au nord de Duékoué, le camp, doté d'une école et d'un dispensaire, est surveillé par l'Opération de Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci).
"J'ai une obsession, c'est de vaquer de nouveau à mes occupations champêtres, mais les +dozos+ foisonnent dans la zone en armes. Chaque jour que Dieu fait, on a des échos d'enlèvements, de tueries, sur la route de nos champs", raconte Ernest Téhé Fié, planteur quinquagénaire réfugié ici avec ses deux femmes et ses six enfants. "Nous sommes inquiets".
Les "dozos" sont des chasseurs traditionnels qui assurent dans la région des missions de sécurité aux côtés de l'armée régulière, les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI). A moto, fusil en bandoulière, ils font partie du paysage.
Avec les FRCI, ils ont été gravement mis en cause par des ONG internationales dans les tueries survenues fin mars 2011 à Duékoué et dans ses environs. Des centaines de personnes ont été tuées à l'occasion de la prise de la ville par les FRCI - qui comptaient au départ essentiellement des ex-rebelles nordistes - au début de leur offensive sur Abidjan pour installer le président Alassane Ouattara.
"désarmer les dozos"
Selon l'ONU, un millier de personnes ont péri dans l'Ouest durant la crise née du refus de l'ex-chef d'Etat Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite à l'élection de novembre 2010, qui a fait quelque 3.000 morts au total jusqu'en avril 2011. Les tensions restent fortes entre les Guéré, considérés comme pro-Gbagbo, et les autres communautés, nordistes notamment, largement pro-Ouattara.
Pour Firmin Yro, "il faut désarmer les +dozos+", souvent accusés d'occuper les champs. S'ils sont écartés, "on peut rentrer avec nos maigres moyens, reconstruire nos maisons détruites", insiste Raymond Guélane, un jeune cultivateur.
Un responsable FRCI dans la zone l'assure cependant: la mission catholique de Duékoué - qui accueille près d'un millier de déplacés, contre environ 30.000 au plus fort des troubles - et le camp de Nahibly "sont infestés de miliciens" pro-Gbagbo, qui ont aussi commis de nombreux crimes pendant la crise.
Mais les pensionnaires du camp rétorquent que les partisans du régime déchu ayant du sang sur les mains sont déjà "partis très loin".
Pendant ce temps, la tête chargée de cuvettes remplies d'eau, des jeunes filles passent entre les tentes éparpillées sur le site. D'autres s'activent à allumer un feu pour le repas ou font la lessive. Tout près, une mère garde une petite échoppe.
"Le retour dans nos champs favorisera la paix, le travail et le retour des exilés" réfugiés dans les pays voisins, soutient Olivier Téhé Mombléon, un autre déplacé.
"Nul ne doit être un réfugié sur la terre de Côte d'Ivoire. Nous devons faire en sorte que les derniers réfugiés qui restent, surtout à Duékoué, puissent rentrer chez eux, encadrés et en sécurité", a plaidé Alassane Ouattara en meeting lundi à Duékoué, promettant la fin de l'impunité et une "réconciliation vraie, sans esprit de vengeance".
"Un catalogue de bonnes intentions", critique un pensionnaire de Nahibly.
Le planteur Ernest Téhé Fié est également "sceptique": si le chef de l'Etat a rencontré les déplacés de la mission catholique, il "n'a pas visité le camp".
Abidjan, Chantal TANOH pour la Voix du Peuple
«Un dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le peulpe ne relève pas le défi »
Pour une République Juste & Démocratique, Vous trompez le Peuple Nous dénonçons