CONFÉRENCE DE PRESSE DE L'ARD du 26 Février 2011
Mathias DZON S'insurge contre la dictature
|
ALLIANCE POUR LA REPUBLIQUE ET LA DEMOCRATIE A.R.D. ************** |
Justice-Démocratie-Paix. ***********
|
Intervention de l’Alliance pour la République et la Démocratie à la conférence de presse du 26 février 2011
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs les journalistes,
Militants et militantes de l’ARD
Le 15 août 2010, dans son discours à l’occasion de la célébration du 50ème anniversaire de l’indépendance du Congo, le président Denis Sassou Nguesso avait annoncé avec beaucoup de solennité, un certain nombre de mesures sociales qui selon lui, allaient améliorer de manière significative, les conditions de vie des fonctionnaires. Parmi ces mesures, un accent particulier avait été mis sur la révision et la revalorisation de la grille salariale de la fonction publique et la levée des mesures de blocage des effets financiers, à la suite d’un avancement, d’un reclassement ou d’une révision administrative, à compter du 1er janvier 2011.
Comme d’habitude, ces annonces n’ont pas été suivies d’effets, du moins, elles n’ont été qu’une opération de séduction destinée à berner et à endormir les travailleurs de l’Etat. Par ailleurs, au mépris de notre histoire et de celle des autres peuples, particulièrement les évènements récents de la Côte d’Ivoire, de la Tunisie, de l’Egypte, de la Libye, du Yémen, de l’Algérie, de Bahreïn, le pouvoir congolais persiste dans sa stratégie de passage en force et refuse avec obstination de convoquer un vrai dialogue entre les acteurs politiques de la mouvance présidentielle et ceux de l’opposition, pour conduire de façon consensuelle, le recensement administratif spécial, aux fins de déterminer un corps électoral fiable pour les élections législatives de 2012.
Soucieuse d’éviter au Congo et à son peuple de nouveaux drames humains épouvantables à l’instar de ceux des années de braise (1993 – 1994, 1997, 1998, 1999), l’ARD interpelle une fois de plus, le président de la République, afin qu’il tire les leçons de l’histoire et entende l’appel de la raison. Ce, d’autant que lors de sa prestation de serment, le 14 août 2009, le Chef de l’Etat reconnaissait l’échec de sa gestion, après 26 ans de pouvoir, en ces termes : « … j’ai parlé du social comme maillon faible de notre action, parce qu’une partie considérable de notre population manque du minimum nécessaire. C’est notre plus grand défi. L’eau, l’électricité et les soins de santé ne sont pas encore à la portée de tous. L’emploi non plus. Cette situation est aggravée par le dépeuplement de nos campagnes au profit des deux principales villes du pays, Brazzaville et Pointe-Noire qui abritent à elles seules plus de la moitié de la population nationale. La conséquence de cet exode rural massif est l’urbanisation accélérée et anarchique qui accentue un peu plus encore la pauvreté en milieu urbain, en exacerbant les problèmes du logement, de transport, de voirie, de sécurité et de chômage. Nos échecs au plan social sont imputables pour une large part, aux contre performances de notre économie ».
Si le constat colle à la réalité, les quelques mesures touchant à la grille salariale et aux effets financiers des avancements sont insignifiantes et ne permettent nullement d’améliorer de façon sensible le pouvoir d’achat des fonctionnaires.
I- A propos de la révision et de la revalorisation de la grille salariale :
Comme on le sait, la grille salariale met en jeu quatre éléments essentiels :
1- l’indice du travailleur, évalué en nombre de points en fonction de sa catégorie, son grade et son échelon dans le grade. Exemple : professeur de 2e classe, 7e échelon, indice 2.700.
2- la valeur du point indiciaire, exprimée en Francs CFA dans le cas du Congo. En 2010, la valeur de ce point était évaluée à 160 F CFA.
3- L’évolution de la carrière du travailleur, qui prend en compte sa promotion tout au long de sa vie professionnelle : avancements, reclassements, révisions administratives. Sur ce point, il sied d’indiquer qu’au Congo, chaque fonctionnaire avance automatiquement tous les deux ans à l’intérieur de sa catégorie et de son grade. Dans chaque branche professionnelle et dans chaque catégorie, il y a 10 échelons. Tous les deux ans, le fonctionnaire a une bonification d’un échelon dans son grade. A la suite de l’obtention d’un diplôme supérieur ou d’une formation professionnelle, il peut bénéficier d’un reclassement dans la catégorie supérieure. Le calcul de l’indice prend en compte tous ces paramètres.
4- Le niveau du coût de la vie. Les salaires doivent être ajustés au coût de la vie, autrement, ils seront érodés par la hausse des prix.
En prenant en considération ces quatre éléments, on peut affirmer sans risque d’être démenti, que la revalorisation de la grille salariale annoncée à grand renfort de publicité par le pouvoir, a accouché d’une souris. En effet, au lieu de procéder à une refonte générale du statut des agents de l’Etat (fonctionnaires et contractuels), le gouvernement s’est ingénié à opérer un ajustement acrobatique, en augmentant la valeur du point indiciaire (qui passe de 160F à 200F), mais en diminuant le nombre de points de l’indice de chaque fonctionnaire. Le reversement des fonctionnaires dans la nouvelle grille a réservé des surprises désagréables aux agents de l’Etat qui, à la lecture de leurs bulletins de salaire du mois de janvier 2011, se sont aperçus que si la valeur du point indiciaire est passée de 160 à 200, par contre le nombre de points de l’indice de chacun d’eux a été diminué en moyenne de 200 points, pour faire en sorte que chacun d’eux, en fonction de sa catégorie, de son grade et de son échelon dans son grade, ait une augmentation forfaitaire de salaire, oscillant entre 10.000 FCFA (pour les catégories supérieures) et 15.000 FCFA (pour les catégories inférieures), avec la nouvelle valeur du point indiciaire, portée à 200 FCFA.
A titre d’illustration, un fonctionnaire qui, dans l’ancienne grille était à l’indice 1000, gagnait 160.000 FCFA, avec l’ancienne valeur du point indiciaire à 160 FCFA (soit 160 F x 1000). Dans la nouvelle grille, l’indice de ce travailleur est réduit à 850 points (soit une contraction de 150 points) et son salaire brut, calculé sur la base de la nouvelle valeur du point indiciaire (200F) est de : 200F x 850 = 170.000 FCFA. Comme on peut le constater, son salaire brut a augmenté de 10.000F. Or, si son indice n’avait pas été diminué de 150 points, son salaire serait de : 200F x 1000 = 200.000 FCFA. Ce travailleur aurait bénéficié d’une augmentation de salaire de 40.000 FCFA.
Il y a donc une escroquerie de la part du gouvernement lorsqu’il procède à la réduction du nombre des points des indices des fonctionnaires, indices qui sont la résultante de l’évolution d’une carrière de plusieurs années, au cours desquelles, chaque fonctionnaire a avancé automatiquement tous les deux ans, ou a pu bénéficier d’un reclassement dans une catégorie supérieure. Au lieu de parler d’une nouvelle grille salariale, le gouvernement aurait pu avoir l’honnêteté de dire aux fonctionnaires que leurs salaires sont augmentés, soit de 10.000 FCFA, soit de 15.000 FCFA suivant leurs catégories, pour atténuer l’effet de la rétrogradation et donner l’illusion d’une révision à la hausse de leur situation salariale. Tout s’est passé comme dans le cas de cet élève de la classe de 3e qu’on rétrograde en classe de 5e et à qui on fait croire qu’on a amélioré sa situation.
Il convient également de souligner (ce que le gouvernement ne dit pas) que l’augmentation forfaitaire de salaire d’un montant de 10.000 ou de 15.000 FCFA est nominale. Il faut en déduire la part de l’impôt sur le revenu (20% de prélèvement à la source) et la contribution sociale à la caisse de retraite des fonctionnaires, de sorte que l’augmentation réelle pour ceux qui ont 10.000 FCFA, varie entre 7.000 FCFA et 8.000 FCFA. Même ce niveau réel est affecté par la nouvelle inflation, parce que dans les marchés, la contagion a été immédiate. Les loyers ont été relevés en moyenne de 10.000 Fcfa, les denrées alimentaires de 30 à 50%. En terme de grille salariale, la nouvelle situation est non pas une amélioration, mais une rétrogradation de chacun des fonctionnaires et donc, une régression.
Dans les conditions d’aujourd’hui, pour réduire la fracture sociale et garantir aux Congolais un pouvoir d’achat acceptable, la valeur du point indiciaire devrait être doublée, sans diminution de l’indice du travailleur. Elle devrait passer de 160F à 320F, et cela, sans réduction de l’indice de chaque fonctionnaire. Le Congo a aujourd’hui les moyens économiques et financiers d’une telle politique. Le budget de l’Etat, exercice 2011 est évalué à 3.000 milliards de FCFA. A cela, il faut ajouter les excédents budgétaires accumulés depuis 2003, représentant plus de 4.000 milliards de FCFA en sept (07) ans et les ressources tirées des abandons de la dette, en moyenne près de 400 milliards de FCFA par an. En effet, avec l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative Pays pauvres très endettés (PPTE), le Congo a vu la presque totalité de sa dette extérieure (90%) effacée par les bailleurs de fonds internationaux.
Cette embellie financière est un atout majeur pour une véritable revalorisation de la grille salariale de la fonction publique. Malheureusement, elle est utilisée à des fins d’enrichissement personnel des gouvernants qui se construisent des châteaux et des hôtels à Brazzaville et à Pointe-Noire et amassent des fortunes colossales. Le battage médiatique orchestré autour de la revalorisation de la grille salariale est une manœuvre pour tenter de casser le mécontentement populaire qui gronde dans tout le pays et qui s’amplifie chaque jour davantage à la faveur du vent de la liberté qui souffle dans le monde arabe. Cette stratégie de la duperie, le gouvernement l’a aussi pratiquée en ce qui concerne le déblocage des effets financiers des avancements et autres promotions.
II- A propos de la levée du blocage des effets financiers, à la suite d’un avancement, reclassement, ou d’une révision administrative.
En 1994, pour faire face à la chute vertigineuse du prix du baril de pétrole à 09 dollars US et à la dévaluation du Franc CFA à hauteur de 50%, le gouvernement du président Pascal Lissouba avait décidé entre autres, le blocage des effets financiers, à la suite d’un avancement, d’un reclassement et d’une révision administrative. Ainsi, de 1994 à 2010, donc depuis voici 16 ans, les fonctionnaires congolais ont bénéficié des avancements, des reclassements ou des révisions administratives, sans percevoir la contrepartie financière de ces promotions. Dans ces conditions, lever la mesure de blocage des effets financiers de la promotion des agents de l’Etat doit s’accompagner de la reconstitution de leur carrière depuis 1994, en prenant en compte tous les changements intervenus dans leur situation professionnelle : changements de catégorie, de grade et d’échelon dans le grade, reclassements, etc. Le gouvernement a-t-il procédé ainsi ? Assurément non :
Primo, sur les 80.000 fonctionnaires recensés à ce jour, seuls 24.000 ont été pris en compte. Pourquoi a-t-on laissé sur le bord de la route les 56.000 autres ? Le ministre du travail allègue le manque de dossiers des intéressés pour expliquer leur non prise en compte. Un tel argument ne tient pas la route, car, dans chaque branche professionnelle, chaque administration concernée possède les doubles des documents d’avancement, de reclassement ou de révision administrative des fonctionnaires relevant de son champ de compétence. De plus, chaque mois, le ministère des finances paye régulièrement son salaire à chacun des fonctionnaires. Sur la base de quels documents le fait-il ?
Secundo, pour les 24.000 fonctionnaires dont les dossiers ont été traités, le gouvernement a décidé d’étaler le déblocage des effets financiers de leur promotion sur trois ans, alors que le président de la République avait annoncé dans son discours du 15 août 2010, que cette mesure prendrait effet dès le 1er janvier 2011. Pour notre part, nous estimons que la bonne procédure aurait été de reconstituer la carrière des 80.000 fonctionnaires reconnus à ce jour, en concertation avec les partenaires sociaux, en calculant le cumul de bonification des grades, échelons, reclassements et autres avantages acquis par chaque fonctionnaire depuis 1994 et établir un échéancier d’apurement des effets financiers depuis cette date, comme cela a été fait, sur proposition du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, pour les arriérés des salaires. Ces bonifications sont une forme d’épargne réalisée par les fonctionnaires. Elles leur sont dues et il faut les leur payer équitablement. Ne pas le faire c’est commettre une grave injustice sociale, car, depuis 1994, le coût de la vie s’est accru dans des proportions inquiétantes. Les prix des produits de première nécessité n’ont fait qu’augmenter d’année en année. A titre d’exemples :
1- Le prix du ciment est passé de 3.250 Fcfa en 1994 à 11.000 Fcfa en 2010, une augmentation de 7750 Fcfa représentant 238% soit une moyenne annuelle de 14,87% ;
2- Le prix du poulet de 120g (poids 12) est passé de 850 Fcfa en 1994 à 2.800 Fcfa en 2010, une augmentation de 1950 Fcfa représentant 229% soit une moyenne annuelle de 14,31% ;
3- Le coût de loyer d’un logement de deux (02) pièces plus salon est de 15.000 Fcfa en 1994 et de 40.000 Fcfa en 2010, une augmentation de 25.000 Fcfa représentant 166% soit une moyenne annuelle de 10,37% ;
4- Le prix du sac de foufou est passé de 14.000 Fcfa en 1994 à 30.000 Fcfa en 2010, une augmentation de 16.000 FCFA représentant 114% soit une moyenne annuelle de 7,125%
5- Le prix du manioc est passé de 250 Fcfa en 1994 à 800Fcfa en 2010, une augmentation de 550 FCFA représentant 220% soit une moyenne annuelle de 13,75%
6- Le prix du pain est passé de 100 Fcfa en 1994 à 150 Fcfa en 2010 avec un poids réduit, une augmentation de 50FCFA représentant 50% soit une moyenne annuelle de 3,125%
7- Le prix du litre d’huile est passé de 250 Fcfa en 1994 à 1000Fcfa en 2010, une augmentation de 750FCFA représentant 300% soit une moyenne annuelle de 18,75% ;
8- Le prix du kilo du sucre est passé de 400Fcfa en 1994 à 800Fcfa en 2010, une augmentation de 400FCFA représentant 100% soit une moyenne annuelle de 6,25% ;
9- Le prix de la course de taxi est passé de 500Fcfa en 1994 à 1000Fcfa en 2010 une augmentation de 500FCFA représentant 100% soit une moyenne annuelle de 6,25% ; il en est de même pour le pétrole lampant, l’essence à la pompe, la course du taxi bus et du pousse-pousse dans les quartiers populaires.
L’indifférence des pouvoirs publics à l’égard des problèmes sociaux des populations se manifeste également au niveau de leur cadre de vie. En effet, dans le secteur de l’environnement, le cas particulier des érosions mérite qu’on s’y attarde. Rappelons que le chef de l’Etat lui-même avait donné l’impression de s’y intéresser en visitant les sites des drames causés par les érosions à Brazzaville. Ainsi, l’a-t-on vu tour à tour à Kinsoundi, à Mont Boukiéro, à Agostino Neto, aux ravins Noumazalaye et Emeraude, à Nkombo village et à Massengo en 2007, 2008, 2009, promettant monts et merveilles. Aujourd’hui, on s’aperçoit que ces visites n’avaient qu’un but électoraliste puisqu’elles se sont arrêtées avec la fin des périodes électorales et n’ont pas été suivies d’effets bénéfiques pour les populations qui continuent de vivre les mêmes drames après trois (03) années de « municipalisation accélérée » et six (06) mois de travaux d’urgence. Il convient d’ajouter que ces érosions se développent dorénavant un peu partout dans le pays : à Pointe-Noire, Dolisie, Gamboma, Etoumbi et Kimongo. Que dire de l’insalubrité qui pollue nos villes, provoquant des maladies épidémiques graves comme la fièvre typhoïde et le poliovirus. Insensible à la misère des populations en général, des travailleurs en particulier, soucieux avant tout de préserver ses privilèges, le pouvoir déploie des trésors de malices pour détruire l’opposition et restaurer le monopartisme.
III- A propos des manœuvres du pouvoir pour détruire l’opposition et restaurer le monopartisme.
En violation flagrante du pluralisme politique institué par la Conférence nationale souveraine, le pouvoir s’emploie à réhabiliter le système éculé du monopartisme. C’est ainsi qu’il a décidé de faire disparaître les partis politiques qui échappent à son contrôle, sous prétexte d’appliquer la loi scélérate sur les partis politiques, adoptée par sa majorité mécanique au parlement en 2006. Chose curieuse, cette loi a, contre toute logique du droit, des effets rétroactifs dans son application, à telle enseigne que le ministre de l’intérieur peut se permettre d’exiger des partis créés depuis 1990, sous le régime de la loi de 1901, de se conformer aux dispositions de la loi sur les partis politiques de 2006, sous peine de dissolution. L’objectif inavoué du pouvoir est de détruire l’opposition et de contraindre les autres partis de la majorité présidentielle à intégrer le Parti congolais du travail (PCT), comme il avait tenté de le faire en son temps avec les partis membres des Forces démocratiques Unies (FDU). Cette volonté de restaurer un monopartisme qui ne dit pas son nom est d’autant plus préoccupante qu’elle vise à étouffer la libre expression des opinions et à institutionnaliser la pensée unique.
Une autre manœuvre du pouvoir visant à tuer l’opposition est assurément la corruption à grande échelle de ses dirigeants à coups de millions. A l’évidence, le pouvoir s’accommode mal de la démocratie et cherche par tous les moyens à revenir au parti unique. L’ARD lui rappelle que l’histoire est du côté de la liberté. La fureur populaire qui a déferlé sur la Tunisie et l’Egypte et qui souffle actuellement très fort sur le Yémen, la Libye, le Bahreïn, l’Algérie, en est une illustration éclairante. L’avenir du Congo c’est la démocratie et non la dictature. Le vent de la liberté est irréversible.
Parallèlement à sa volonté macabre de détruire l’opposition et réhabiliter le monopartisme, le pouvoir s’emploie à mettre en œuvre des stratégies de tricherie pour conserver la majorité au parlement, à l’occasion des prochaines échéances électorales.
IV- A propos des élections législatives de 2012.
Le ministre de l’intérieur, Raymond Zéphirin MBOULOU persiste et signe. En réponse à une lettre n°002/ARD/CP/B/SP du 11 janvier 2011 de la Conférence des présidents de l’ARD, lettre par laquelle, notre groupement politique lui rappelait que le recensement administratif spécial a partie liée avec les élections et qu’il doit en conséquence, dans l’intérêt de la paix civile, être organisé de façon consensuelle par le pouvoir et l’opposition, le ministre de l’intérieur a rappelé que : « le décret n°2009-394 du 13 octobre 2009 relatif aux attributions du ministre de l’intérieur et de la décentralisation, dispose en son article 1er, que le ministre de l’intérieur et de la décentralisation est chargé notamment de préparer et d’exécuter le recensement administratif annuel». Par ce rappel, le ministre de l’intérieur réitère ses positions antérieures selon lesquelles, le recensement administratif est une prérogative du gouvernement et que les partis politiques ne seraient pas associés à l’organisation de ce recensement. A travers ces propos, le ministre de l’intérieur feint de ne pas comprendre que le recensement administratif que l’opposition réclame est un recensement spécial, car, il a pour objet la détermination d’un corps électoral fiable et l’obtention d’éléments chiffrés devant servir de base à un découpage électoral équitable. De même, le ministre de l’intérieur feint d’ignorer que depuis 2007, le gouvernement a procédé de façon unilatérale à de multiples opérations de révision des listes électorales, sans jamais parvenir à déterminer un corps électoral transparent. Par exemple, pour la seule élection présidentielle de 2009, malgré les opérations de révisions ordinaires et extraordinaires des listes électorales qu’il a entreprises, le gouvernement a produit plusieurs corps électoraux mouvants, aussi fantaisistes les uns que les autres, en tout cas, très éloignés de la réalité sur le terrain, comme en témoignent les chiffres suivants qu’il a lui-même fournis :
- 2.227.144 électeurs, pour les élections législatives de 2007 et les locales de 2008 ;
- 2.000.120 électeurs, selon le chiffre communiqué par le ministre en charge des élections au corps diplomatique accrédité au Congo, le 25 mai 2009 ;
- 2.200.000 électeurs, selon le chiffre communiqué par le ministre de l’administration du territoire, le 09 juillet 2009 ;
- 1.800.000 électeurs, selon le chiffre communiqué par le président de la Commission d’organisation des élections (Conel), le 11 juillet 2009 ;
- 2.078.802 électeurs, selon le chiffre communiqué par le ministre de l’administration du territoire, lors de la publication des résultats provisoires de l’élection présidentielle, le 15 juillet 2009.
A l’exception du chiffre communiqué par le président de la Conel, ceux diffusés par le ministère de l’intérieur ont été démentis par les résultats du recensement général de la population et de l’habitat, réalisé en 2007 par le ministère du Plan, résultats rendus publics par le gouvernement en juillet 2010 et évaluant la population congolaise à 3.695.579 habitants. Sur la base de ce chiffre, le vrai corps électoral devrait être arrêté à 1.785.893 électeurs. La volatilité du corps électoral et l’incapacité du gouvernement à produire en la matière, des chiffres transparents depuis 2007, devraient l’inciter à un peu de modestie, au lieu de continuer à camper sur des positions intenables et de vouloir coûte que coûte passer en force. Le ministre de l’intérieur devrait méditer ce qui arrive à monsieur Laurent Gbagbo aujourd’hui, à la suite d’un entêtement aveugle. Le temps est venu qu’il consente à descendre de son piédestal et à s’asseoir avec l’opposition pour préparer et organiser ensemble le recensement administratif spécial, enjeu majeur des élections législatives de 2012. L’ARD l’invite une fois encore, à faire preuve de sagesse et d’humilité. L’entêtement dans l’erreur est absurde, tout comme l’est, l’acharnement obsessionnel contre Mathias DZON, président de l’Alliance pour la République et la Démocratie (ARD).
V- A propos de l’assignation à résidence à Brazzaville de monsieur Mathias DZON
Dans une interview à Radio France internationale (RFI) au mois de janvier 2011, monsieur Mathias DZON, président de l’ARD avait indiqué que, depuis l’élection présidentielle de juillet 2009 à laquelle il était candidat, il est assigné à résidence à Brazzaville et ne peut même pas se rendre dans son village, à 300 km de la capitale congolaise. Réagissant à cette déclaration, le ministre de la communication, porte-parole du gouvernement, Bienvenu OKIEMI, a prétendu que monsieur Mathias DZON avait menti, car, selon lui, le procureur général de la République près le tribunal de grande instance de Brazzaville, aurait déjà depuis très longtemps, levé la mesure d’interdiction de sortie du territoire national qui frappait certains responsables du Front des partis de l’opposition congolaise (FPOC). Réagissant à son tour aux propos du ministre de la communication, monsieur Mathias DZON lui a adressé une lettre par laquelle, il lui demandait de produire la preuve de la décision du procureur levant la mesure de son assignation à résidence à Brazzaville. Bien évidemment, le ministre Bienvenu OKIEMI n’a jamais apporté la moindre preuve, pour la simple raison que le procureur de la République n’a jamais levé la mesure susmentionnée. Le ministre OKIEMI avait menti de la façon la plus grossière. Sous d’autres cieux, il aurait déjà présenté sa démission du gouvernement, pour s’être couvert de ridicule. Non content de restreindre la liberté d’aller et de venir des citoyens et ce, en violation de la Constitution du 20 janvier 2002, le pouvoir ne leur garantit pas non plus la sécurité.
VI- A propos de la sécurité des personnes.
Au moment où nous tenons cette conférence de presse, le Secrétaire général du conseil national de sécurité, l’Amiral Jean-Dominique OKEMBA, conseiller spécial du président Denis Sassou Nguesso, s’est envolé pour Hong Kong et pour la Corée du Sud, aux fins d’acheter du matériel de répression anti-émeutes, pour une valeur de 23 milliards de FCFA. A l’instar des autres dictateurs qui ont noyé dans le sang les soulèvements populaires dans leurs pays, le général Denis Sassou Nguesso se prépare à son tour à écraser une éventuelle révolte du peuple congolais contre son régime anti-populaire et anti-social. Dans le même temps où il refuse d’améliorer de façon significative le pouvoir d’achat des travailleurs, monsieur Denis Sassou Nguesso engloutit 23 milliards de FCFA dans l’achat d’armes de guerre, étalant ainsi au grand jour, son mépris pour le peuple congolais et sa farouche volonté de préserver coûte que coûte le pouvoir par la force.
Par ailleurs, la rumeur publique rapporte que près de 750 ressortissants du Rwanda, déguisés en agriculteurs, procéderaient à des entraînements militaires à Kindamba dans le département du Pool. La même source rapporte également que les armes de guerre, volées à Mindouli, il y a deux ans, se trouveraient depuis la date de ce vol, chez un ministre en poste. Le président de la République serait au courant de cette situation et le ministre coupable de la détention illégale de ces armes de guerre, continue de siéger en toute tranquillité au gouvernement. Pendant ce temps, le président de la République a assigné en justice depuis octobre 2009, monsieur Mathias DZON, à la suite de la marche pacifique effectuée par l’opposition pendant l’élection présidentielle du 12 juillet 2009, sous le motif fallacieux de « complicité de détention et de port illégal d’armes de guerre ». Ainsi, on poursuit pénalement un innocent et on protège un délinquant. Dans quel pays sommes-nous ? Au fait, à quel usage le ministre épinglé supra destine-t-il les armes volées qu’il continue de détenir illégalement par devers lui ?
Sur le même registre, le site Internet de la Voix du peuple (http://lavoixdupeuple.over-blog.org/ lavoixdupeuple58@hotmail.fr), vient de diffuser un texte intitulé : « Congo-Brazzaville : Epidémies d’empoisonnements dans la cité », texte dans lequel il est dit que trois officiers supérieurs des Forces armées congolaises (FAC) auraient concocté un plan d’empoisonnement de personnalités militaires et civiles. Selon cette source, une liste de personnalités à empoisonner serait dressée. L’ARD constate avec stupeur que le nom de son président figure sur cette liste et exprime une très vive préoccupation. Elle demande au gouvernement de diligenter une enquête sur cette grave affaire et d’en publier les résultats.
L’ARD stigmatise en outre les manœuvres de surveillance et d’écoute des communications téléphoniques des citoyens par le pouvoir, à travers une prétendue Autorité de régularisation des postes et télécommunications électroniques (ARPCE), ce qui est une forme de restriction des libertés des citoyens. Les Congolais devraient dénoncer et refuser ces manœuvres liberticides.
Dans le même ordre d’idées, l’ARD s’insurge contre les intimidations du pouvoir à l’endroit des syndicats des travailleurs. En effet, le gouvernement, qui prétend avoir institué un dialogue permanent avec les partenaires sociaux, fait toujours convoquer par le directeur général de la police nationale, Jean-François NDEGUET, les responsables des syndicats pour leur proférer des menaces d’arrestation ou de mort, chaque fois que les travailleurs, dans le cadre de la défense de leurs intérêts, projettent d’entreprendre une grève légale. L’ARD lui rappelle qu’au Congo la grève est un droit reconnu aux travailleurs par la Constitution.
Distingués invités
Mesdames et messieurs les journalistes,
Mesdames et messieurs,
Aujourd’hui, les dictatures prennent l’eau de toute part. Un monde nouveau est en marche. Le vent de la liberté qui a déjà emporté les dictateurs Ben Ali et Hosni Moubarak en Tunisie et en Egypte souffle actuellement sur d’autres dictatures du monde arabe. C’est ici l’occasion pour l’ARD de saluer le courage et la combativité des peuples tunisiens et égyptiens, qui ont su surmonter la peur et les interdits, pour exprimer au grand jour leur soif de liberté et de démocratie.
Ce mouvement de révolte qui aura assurément un effet domino, s’étendra à coup sûr à d’autres pays où les dictatures au pouvoir font la loi, à l’instar de celle du Congo.
L’ARD appelle l’opinion internationale à soutenir et à renforcer les combats pour l’instauration d’une véritable démocratie en Afrique. Dans ce contexte, l’ARD dénonce l’envoi, dans le cadre de l’organisation de l’élection présidentielle en République Centrafricaine, d’éléments de la force publique congolaise, d’hélicoptères et d’experts en tricherie électorale du Congo Brazzaville, sous couvert d’observateurs électoraux. Ces derniers ont, d’après l’opposition de ce pays, perpétré des fraudes électorales, menaçant ainsi la paix civile dans ce pays frère.
De même, l’ARD dénonce avec vigueur les manœuvres de déstabilisation des pays de la sous-région d’Afrique centrale, orchestrées par le pouvoir de Brazzaville depuis un certain temps, notamment, les tentatives de déstabilisation de la République Démocratique du Congo où, d’après les médias internationaux, des hommes en armes du Congo Brazzaville ont été arrêtés dans la partie Est de ce pays voisin, où les populations aspirent à vivre en paix avec nous.
En ce qui concerne le Congo, l’ARD lance un appel aux fonctionnaires, afin qu’ils comprennent que la prétendue revalorisation de la grille salariale est un bluff. Elle est un miroir aux alouettes pour ennoblir une basse opération d’escroquerie politique. Au lieu d’améliorer leur pouvoir d’achat, la nouvelle grille salariale diminue de 200 points en moyenne, le nombre de points de leur indice. C’est donc pour eux une régression et non pas un progrès. L’augmentation forfaitaire de 10.000 F ou de 15.000 F de leurs salaires est très insignifiante par rapport au coût très élevé de la vie. Ils méritent mieux et le pouvoir dispose d’énormes ressources financières pour améliorer de façon substantielle leurs salaires. C’est pourquoi, ils doivent redoubler de combativité pour exiger du gouvernement, une véritable revalorisation de la grille salariale de la fonction publique qui implique la prise en compte de l’évolution d’ensemble de la carrière des agents de l’Etat et du coût de la vie.
L’ARD exhorte également, les jeunes, les élèves et étudiants sans lendemain, les diplômés sans emploi, les enseignants dits volontaires, les licenciés des entreprises liquidées, les retraités, bref, tous les exclus et toutes les victimes de la politique anti-sociale du pouvoir actuel, à vaincre la résignation, à se mobiliser et à s’organiser pour participer à la lutte de l’ensemble du peuple pour une alternance démocratique au Congo et une rupture totale d’avec ce régime qui s’ingénie à les maintenir dans un chômage massif, la misère, la précarité et l’extrême pauvreté.
En matière électorale, l’ARD réitère sa proposition d’un dialogue politique préalable pour mettre en place les dispositions consensuelles pour toutes les opérations préélectorales et électorales et lance un vibrant appel aux forces politiques dans notre pays, afin qu’elles s’imprègnent des expériences de lutte des autres peuples (Tunisie, Egypte) et s’arment de courage pour les batailles politiques et sociales actuelles et futures.
De façon générale, l’ARD lance un vibrant appel au peuple congolais, pour qu’il tire les enseignements de la lutte des autres peuples du monde, afin que se réalisent au Congo les conditions d’exercice d’une démocratie vraie en vue de l’alternance démocratique.
De façon particulière, l’ARD appelle ses militants et sympathisants, à redoubler de vigilance, pour faire échec aux manœuvres du pouvoir visant à déstabiliser l’opposition en général, l’ARD en particulier, à travers les intimidations, la corruption et les tentatives de mise en place en leur sein, de groupements politiques fantoches, acquis à son injuste cause.
Fait à Brazzaville, le 26 février 2011.
La Conférence des présidents.
Pour une République Juste & Démocratique, Vous Trompez le Peuple Nous dénonçons