Monsieur Denis Sassou Nguesso, l'oiseau de mauvais augure
Il est des oiseaux dont la présence annonce le malheur. Les charognards ne précèdent pas la catastrophe, ils prospèrent sur ses conséquences. Aujourd'hui, c'est le Congo-Brazzaville qui ressemble à cette charogne politique, économique et sociale dont chacun constate chaque jour un peu plus la décomposition.
Dans une démocratie, la critique du pouvoir est un droit fondamental. Les citoyens peuvent librement exprimer leur désaccord, dénoncer les défaillances de l'État et demander des comptes à leurs dirigeants. Cette liberté constitue le socle même de la vie démocratique.
Dans un régime autoritaire, en revanche, toute voix discordante est souvent perçue comme une menace. L'opposant devient un ennemi, le journaliste un gêneur, le citoyen critique un suspect. La contradiction n'est plus considérée comme une richesse démocratique, mais comme un danger qu'il faudrait réduire au silence.
Le Congo-Brazzaville paie aujourd'hui le prix de plusieurs décennies d'un pouvoir fortement centralisé. Les attentes de la population en matière d'emploi, d'éducation, de santé, d'accès à l'eau, à l'électricité ou encore aux infrastructures demeurent, pour beaucoup, largement insatisfaites.
Face à cette réalité, il est naturel que les Congolaises et les Congolais expriment leur lassitude. Critiquer la gestion des affaires publiques n'est pas un acte d'hostilité envers la Nation ; c'est exercer un droit citoyen et rappeler aux gouvernants leur devoir de rendre des comptes.
Depuis des années, les slogans se succèdent, les promesses se renouvellent et les grands projets sont annoncés avec emphase. Pourtant, beaucoup de citoyens peinent à percevoir une amélioration durable de leurs conditions de vie.
Hier, il était question des « municipalisations accélérées ». Aujourd'hui, un nouveau vocabulaire promet une nouvelle « accélération ». Mais une question demeure : accélérer vers quel objectif ? Vers quel projet de société ? Et surtout, au bénéfice de qui ?
Après plusieurs décennies d'exercice du pouvoir, le véritable débat ne devrait plus porter sur les intentions, mais sur les résultats. Les citoyens sont en droit d'évaluer les politiques publiques à l'aune de leurs effets concrets sur leur quotidien.
Lorsque le discours officiel célèbre des réussites que beaucoup ne retrouvent pas dans leur expérience quotidienne, un fossé se creuse entre la parole politique et la réalité vécue. Aucun slogan, aussi ambitieux soit-il, ne peut durablement remplacer un bilan.
Être une vigie de la République consiste précisément à observer, analyser, alerter et interpeller. Ce rôle ne procède ni de l'animosité ni de l'esprit de polémique ; il relève de l'exercice de la citoyenneté et de la vigilance démocratique.
Aucune intimidation, aucune campagne de discrédit, aucune tentative de dissuasion ne saurait nous détourner de cette exigence qui consiste à rappeler que le pouvoir existe pour servir le peuple, et non l'inverse.
Le peuple congolais endure depuis trop longtemps les conséquences d'une crise économique, sociale et institutionnelle profonde. Son aspiration est simple, vivre dignement dans un État où les libertés sont garanties, où les institutions fonctionnent au service de tous et où l'intérêt général prime sur les intérêts particuliers.
Le temps finit toujours par avoir raison des pouvoirs qui se croient éternels. En revanche, les peuples, eux, demeurent. C'est pourquoi il est urgent d'entendre le cri d'une population qui réclame moins de discours et davantage de résultats, moins de propagande et plus de gouvernance, moins de promesses et plus de justice.
Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA