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J’ai lu, ce dimanche 19 juillet 2026, avec beaucoup d’amusement la déclaration de l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, Monsieur Maurice Bandama.
Il réagissait à des propos formulés par Monsieur Jean-Luc Mélenchon, il y’a plus de huit mois(chose intrigante, pourquoi est-ce maintenant qu’il répond?), en disant ceci: 
« Depuis le 7 août 1960, la Côte d’Ivoire n’est plus une colonie française…»
Et je l’avoue, j’ai cligné des yeux, me demandant si je n’avais pas mal lu le nom de l’auteur de cette phrase tellement son usage est inapproprié. 
 
Je n’aurai pas l’outrecuidance de vouloir expliquer un mot du dictionnaire français à notre ambassadeur.
Et cela pour une raison simple : Monsieur Maurice Bandama est un écrivain. 
Et en plus, un écrivain que j’apprécie. 
Son œuvre « Même au paradis, on pleure quelquefois » m’a complètement subjuguée, je dirais même retournée. 
 
Je me souviens d’une période où la Côte d’Ivoire traversait une crise politique extrêmement tendue entre le gouvernement de Laurent Gbagbo et une opposition qui soutenait la rébellion. Je venais de terminer la lecture de l’œuvre de l’écrivain et opposant politique Maurice Bandama. 
Et, coïncidence surprenante, le même jour, je me suis retrouvée face à lui à la Librairie de France des 2 Plateaux-Latrille. 
Je n’ai pas hésité à faire tomber la barrière politique pour saisir le bras culturel. 
Je l’ai chaleureusement félicité pour son œuvre littéraire. C’est cela, le charme de la culture. Elle a la capacité de rapprocher des personnes différentes par leur statut, leurs convictions ou leurs appartenances politiques. 
 
Un auteur de cette dimension, qui a reçu des prix littéraires et qui maîtrise la puissance des mots, sait mieux que quiconque le sens et le poids d’un terme choisi.
Mais Monsieur Maurice Bandama n’est pas seulement écrivain. Il est aussi ambassadeur. 
Et un ambassadeur est avant tout un messager, un porteur d’idées, le porteur d’une vision diplomatique. 
C’est donc avec cette lecture que je vais regarder sa déclaration : celle de l’ambassadeur dont la parole exprime la pensée de l’autorité qui lui a confié ses lettres de créance.
 
Dans sa déclaration, l’ambassadeur Maurice Bandama affirme : « Le fait d’avoir été une colonie française pendant près d’un siècle ne donne le droit à aucun Français de tenir des propos outranciers et outrageants à l’égard de la Côte d’Ivoire »
Non, non, et non, il ne peut pas dire ça. Noooon!
 
Pourquoi?
On ne peut pas s’être réjoui de l’acte violent posé par l’ex-président français Nicolas Sarkozy dans la gestion de la crise post-électorale de 2010 et se plaindre aujourd’hui des mots de Monsieur Jean-Luc Mélenchon, pour qui j’ai d’ailleurs une profonde admiration. 
 
Il faut aussi éviter les amalgames.
La France n’est pas Nicolas Sarkozy.
La France n’est pas Jean-Luc Mélenchon.
Un homme politique français ne représente pas à lui seul toute la France.
De la même manière, la Côte d’Ivoire n’est pas seulement son président.
Les actes doivent être attribués à ceux qui les posent, et non à des peuples entiers ou à un pays.
 
« ๐‹๐š ๐ฌ๐จ๐ฎ๐ฏ๐ž๐ซ๐š๐ข๐ง๐ž๐ญé ๐ง๐ž ๐ฉ๐ž๐ฎ๐ญ ๐ฉ๐š๐ฌ ê๐ญ๐ซ๐ž ๐ฎ๐ง ๐ฆ๐จ๐ญ ๐ช๐ฎ๐ž ๐ฅ’๐จ๐ง ๐›๐ซ๐š๐ง๐๐ข๐ญ ๐ฎ๐ง๐ข๐ช๐ฎ๐ž๐ฆ๐ž๐ง๐ญ ๐ฅ๐จ๐ซ๐ฌ๐ช๐ฎ๐ž ๐œ๐ž๐ฅ๐š ๐ง๐จ๐ฎ๐ฌ ๐š๐ซ๐ซ๐š๐ง๐ ๐ž »
 
Elle ne peut pas devenir un refuge derrière lequel on dissimule nos contradictions, nos mauvaises actions.
Lorsqu’on a bénéficié de soutiens extérieurs dans certaines circonstances politiques, on doit aussi avoir la cohérence d’assumer cette histoire. Et accepter que n’importe quel ressortissant du pays qui nous a apporté son soutien intervienne dans le débat politique de son pays.  
 
Entendre parler de souveraineté par des responsables proches d’un pouvoir qui a bénéficié du soutien d’un haut responsable français lors de la crise ivoirienne de 2010 crée en moi un malaise et m’amène à me poser la question suivante : 
๐ฅ๐š ๐ฌ๐จ๐ฎ๐ฏ๐ž๐ซ๐š๐ข๐ง๐ž๐ญé ๐ž๐ฌ๐ญ-๐ž๐ฅ๐ฅ๐ž ๐ฎ๐ง ๐ฉ๐ซ๐ข๐ง๐œ๐ข๐ฉ๐ž ๐ฎ๐ง๐ข๐ฏ๐ž๐ซ๐ฌ๐ž๐ฅ ๐จ๐ฎ ๐ฎ๐ง ๐š๐ซ๐ ๐ฎ๐ฆ๐ž๐ง๐ญ ๐ฎ๐ญ๐ข๐ฅ๐ข๐ฌé ๐ฌ๐ž๐ฅ๐จ๐ง ๐ฅ๐ž๐ฌ ๐œ๐ข๐ซ๐œ๐จ๐ง๐ฌ๐ญ๐š๐ง๐œ๐ž๐ฌ ? 
 
Pour moi, la souveraineté doit rester un principe universel quelque soit la taille ou la puissance d’un État. 
Mais, elle ne doit pas être une bouée de sauvetage pour se soustraire aux critiques fondées. 
Aucun pays ne peut et ne doit vivre isolé du reste du monde. La souveraineté de nos États ne doit pas nous empêcher d’être regardants sur les violations des droits de l’homme ayant cours dans d’autres États.
Mais j’admets aussi que les relations entre États doivent reposer sur la dignité, le respect, l’empathie, la vérité et l’égalité et non sur des rapports de force.  
 
Ce que j’ai reproché à Monsieur Nicolas Sarkozy, c’est d’avoir choisi la violence et d’avoir instrumentalisé l’ONU au profit d’un ami et non d’un peuple.
S’il avait ôté son manteau partisan, privilégié le dialogue au lieu des armes, la vérité des urnes (le recomptage des voix), et préservé des vies, son attitude aurait été perçue différemment. 
 
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On ne peut pas toujours brandir le colonialisme pour se justifier. 
Il faut que nous, africains, arrêtions de chercher constamment des responsables ailleurs. Ce ne sont pas les autres qui sont responsables de toutes nos divisions.
Ce sont aussi des Africains qui prennent des décisions qui fragilisent et affaiblissent leurs frères africains. Ce sont des Africains qui choisissent parfois de servir des intérêts qui ne sont pas ceux de leurs peuples, qui recherchent parfois des soutiens extérieurs plutôt que de construire une relation directe avec leurs populations. 
Et ça m’attriste toujours de voir un Africain qui aspire à diriger une nation, préférer arpenter les couloirs des services secrets occidentaux que d’aller vers son peuple, connaître ses réalités, comprendre ses souffrances et ses attentes. Et bénéficier de son vote. 
Mais, je le dis tout net, quand on va vers une puissance étrangère pour espérer s’imposer à la tête de son pays par le biais d’une élection présidentielle truquée, on perd de facto sa souveraineté. 
 
L’ambassadeur Maurice Bandama va plus loin dans sa déclaration et lève un coin de voile sur les rapports que la Côte d’Ivoire entretient désormais avec la France: 
« Au moment où, sur le continent africain, la France est conspuée et honnie, chassée et humiliée, la Côte d’Ivoire, sous la houlette de son Président, Alassane Ouattara, affiche fièrement et sans complexe son amitié et sa fidélité avec la France. Une autorité qui ambitionne de diriger la France devra savoir où se trouvent les intérêts du pays qu’il entend présider. »
 
Cette déclaration de Monsieur Maurice Bandama a le mérite de révéler une réalité ubuesque. La grande France fait l’objet d’un chantage diplomatique de la part de la Côte d’Ivoire. 
 
Nous comprenons le silence de la France face aux violations flagrantes des droits de l’Homme, face aux arrestations et emprisonnements de plus de mille prisonniers ces derniers mois en Côte d’Ivoire.
Nous comprenons enfin que le silence de la France n’était pas lié à une politique de non-ingérence dans un débat intérieur, mais son silence assourdissant est dû à la peur de perdre définitivement ses intérêts en Afrique. 
 
En 1960, selon certains historiens, la Côte d’Ivoire a troqué son indépendance avec la françafrique. 
Elle a accepté d’être le bastion de la françafrique et en échange, on lui promettait un développement rapide en termes d’infrastructures. C’est ainsi que la Côte d’Ivoire est devenue la vitrine de la puissance économique française à travers  l’investissement massif de capitaux français. 
En retour, la Côte d’Ivoire se faisait le chantre de l’intégration africaine( le panafricanisme version houphouetiste ) en aidant financièrement les pays de la sous-région ouest-africaine et démontrant ainsi la puissance de la France. 
Perdre donc aujourd’hui la Côte d’Ivoire signifierait pour la France la perte de son influence sur le continent. 
 
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Il faut passer d’une logique où certains pays africains émergent davantage parce qu’ils entretiennent une relation privilégiée avec une ancienne puissance coloniale, à une logique où chaque pays africain devient une force pour les autres. 
Pour le Président Laurent Gbagbo, la réussite d’un pays africain ne doit pas se construire au détriment des autres, mais contribuer à l’élévation de tout le continent. C’est ainsi qu’il conçoit le Panafricanisme. 
Le panafricanisme n’est pas seulement, selon lui, un mot mais le panafricanisme est l’expression dans les actes de la solidarité africaine. En d’autres termes, « je grimpe, tu grimpes » 
 
Et j’ai été ravie d’entendre le président Emmanuel Macron déclarer au Kenya qu’il était panafricaniste. 
Je le crois quand il le dit et ça n’engage que moi. 
Mais il lui manque juste les bons outils pour traduire sa pensée en actes. 
 
Les pays de l’Alliance des États du Sahel font face à des attaques terroristes qui mettent  en danger leurs populations. Ils méritent le soutien et la solidarité de tous ceux qui se réclament du panafricanisme et de leurs partenaires. Comme je l’ai dit précédemment en paraphrasant le président Laurent Gbagbo, être panafricaniste , c’est être solidaire dans le bien contre le mal. 
Aucun peuple ne devrait être abandonné face au terrorisme.
 
Le président Macron doit accepter que la France ne peut plus avoir l’influence qu’elle avait sur les pays africains. Il doit chercher à dialoguer avec les présidents Ibrahim Traoré, Assimi Goita et Abdourahamane Tiani. 
En le faisant, il soustrait son pays du chantage diplomatique et redonne la liberté de parole à la France des Libertés, à la France des droits de l’homme. Nul ne doit accepter de se rendre complice de brimades, de violations de droits de l’homme, d’exactions d’un partenaire au point de subir un chantage éhonté sous prétexte de conserver une hégémonie politique déclinante en Afrique. 
Le Président Macron n’a pas besoin de la Côte d’Ivoire pour renouer avec les pays de l’AES et pour apaiser ses relations avec la jeunesse africaine. 
 
Il possède un atout: sa jeunesse.
Il est jeune, et deux des dirigeants des pays de l’AES sont également jeunes. 
Entre jeunes responsables, il existe des codes, une manière différente de dialoguer et une capacité à se comprendre autrement.
Les jeunes Africains d’aujourd’hui sont audacieux, décomplexés, fiers et attachés à leur dignité.
Ils ne refusent pas les partenariats mais ils refusent les relations déséquilibrées.
Le Président Emmanuel Macron peut choisir de parler directement à ces nouveaux types de dirigeants, sans intermédiaires, avec un langage nouveau : celui du respect et de la coopération gagnant-gagnant pour clore définitivement ce chapitre de la françafrique. 
Il lui reste encore quelques mois…et il entrera dans l’histoire parce que ce sont ceux qui savent avancer qui écrivent l’histoire!
 
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