Affaire Mokoko : Les Réseaux Cachés de la Françafrique
Nous signalons que l’introduction ainsi que les intertitres de ce texte sont de la rédaction de cette page
Derrière l’affaire dite du prétendu « coup d’État » du général Jean-Marie Mokoko se dessine, selon Bienvenu Mabilemono, un enchevêtrement complexe de réseaux d’influence, d’intérêts financiers, de rivalités politiques et de connexions françafricaines. Bien au-delà de la seule dimension judiciaire, cette affaire aurait servi de terrain d’affrontement entre plusieurs acteurs gravitant autour des sphères du pouvoir africain et français, où se mêlent communication d’influence, renseignement, affaires et diplomatie parallèle. Dans ce texte, Bienvenu Mabilemono revient sur son différend judiciaire avec Bernard Squarcini et s’interroge sur les véritables mécanismes ayant conduit à l’arrestation et à la condamnation du général Mokoko. Il met en lumière les liens existant entre plusieurs personnalités influentes, parmi lesquelles Bruno Susini, Laurent Obadia, Jean-Renaud Fayol ou encore Denis Sassou Nguesso. À travers une lecture critique des réseaux de la Françafrique, Bienvenu Mabilemono développe l’idée que cette affaire ne peut être comprise sans prendre en compte les alliances, les rivalités et les intérêts croisés reliant certains cercles politico-financiers français et africains. Entre soupçons de manipulation, luttes d’influence et guerre des réseaux, il soulève une interrogation centrale : qui a réellement orchestré les fuites et les informations ayant conduit à la chute politique et judiciaire du général Mokoko ?
"En vérité] cette affaire du prétendu « coup d'État » du général Jean-Marie Mokoko a permis à Bernard Squarcini et Bruno Susini d'empocher la coquette somme de 500 000 euros"
Mon procès avec Bernard Squarcini et les zones d’ombre de l’affaire
Comme je vous l'ai dit, j'ai eu un procès avec Bernard Squarcini dans le cadre de cette affaire du prétendu « coup d'État » du général Jean-Marie Mokoko.
Dans cette affaire qui leur a permis d'empocher la coquette somme de 500 000 euros (non déclarée au fisc ???), Bruno Susini, qui s'est toujours présenté comme l'informateur de Bernard Squarcini, a toujours prétendu avoir été en contact avec un mercenaire infiltré qui n'a jamais été identifié. Mais j'ai ma petite idée sur l'origine de la fuite...
Mon intuition et mes capacités d’analyse
Je dois dire que depuis mon plus jeune âge, je suis doté d'une grande capacité d'observation et d'analyse qui m'a toujours permis de remarquer des détails que d'autres ne voient pas ou ne perçoivent pas forcément.
Aussi, sans l'accuser directement, je pense que Laurent Obadia en sait beaucoup sur l'origine de cette fuite.
Ancien sportif de haut niveau et autodidacte, Laurent Obadia s’est forgé une réputation de battant et de fin stratège, en apparence très discret.
En homme avisé, je sais « qui est qui » dans le microcosme de la Françafrique et donc je possède la clairvoyance nécessaire pour y naviguer et anticiper les situations. Bien entendu, je ne l'accuse pas d'être lui-même celui qui a fait fuiter l'information, mais je sais qu'il est très difficile pour une personne « qui mange à tous les râteliers», comme c'est son cas, de garder longtemps un secret.
L’ascension et les réseaux d’influence de Laurent Obadia
La carrière de Laurent Obadia prend vite son essor en 1998 lorsqu'il est nommé conseiller pour le développement des relations politiques et économiques avec la France par Navin Ramgoolam, alors Premier ministre de l’Île Maurice. Il est aujourd'hui un expert reconnu de la communication et des relations publiques et diplomatiques. Depuis, il a su séduire et se rendre indispensable.
Laurent Obadia est proche de Emmanuel Macron et de Jean-Renaud Fayol, mais il est également conseiller d’Alexandre Djouhri, connu pour ses liens étroits avec la droite française, notamment Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy, et pour être un proche de Bernard Squarcini.
Les connexions corses, les casinos et les réseaux africains
Laurent Obadia est également le neveu de Francis Pérez, patron du Grupo Pefaco, ami d’enfance d’Alain Orsoni. Parmi les mentors de ce dernier figure Toussaint Luciani.
Francis Pérez entretient des liens étroits avec plusieurs figures corses de l’univers des casinos, dominé après la disparition de Robert Feliciaggi par Michel Tomi, proche de Bernard Squarcini, qui a bâti un empire basé sur les jeux et les casinos, principalement au Gabon.
Ces réseaux entretiennent également des relations avec plusieurs dirigeants africains, dont Denis Sassou Nguesso.
Les liens avec la famille Bongo et les réseaux d’influence français
C’est de notoriété publique que Bernard Squarcini et Michel Tomi sont tous deux liés à la sphère d'influence de la famille Bongo au Gabon, notamment à Frédéric Bongo, demi-frère d’Ali Bongo et ancien chef des services de renseignement de la Garde républicaine gabonaise.
Francis Pérez entretient également des liens étroits avec Jean-Philippe Dorent, le « Monsieur Afrique » de l’agence Havas de Vincent Bolloré, et figure clé de la communication de crise et de l'influence auprès de nombreux dirigeants africains, dont Denis Sassou Nguesso.
La guerre des réseaux autour de l’affaire Mokoko
Dans cette marmaille de la grande famille Françafricaine, où les réseaux s'entremêlent de manière complexe, le différend commercial opposant Bernard Squarcini et Jean-Renaud Fayol, apparu au grand jour entre 2013 et 2014 lors de la bataille pour le contrôle d’Hermès par LVMH, a été exploité par Denis Sassou Nguesso.
C'est dans cette atmosphère qu'en 2016, Bernard Squarcini et Jean-Renaud Fayol se sont retrouvés dans deux camps opposés dans une sorte de jeu d'influence au Congo : Fayol soutenant le général Jean-Marie Mokoko, tandis que Squarcini s'acharnait à dévoiler le réseau de soutien logistique de ce dernier et à le faire condamner pour atteinte à la sûreté de l’État — ce qui fut fait en 2018.
C'est donc peu dire que dans cette affaire, le général Jean-Marie Mokoko apparaît comme la victime collatérale.
La question qui demeure
À ce jour, la question qui me taraude est la suivante : qui, au sein des réseaux Obadia, a donné l'information à Bernard Squarcini via ses réseaux corses au Gabon ?
Seul Laurent Obadia a une idée sur cette question, et je ne doute pas que Jean-Renaud Fayol pense la même chose que moi.
Bienvenu MABILEMONO
Chair, CLC