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LE CONGO & L' INITIATIVE PPTE : Mathias DZON s'exprime

 LE CONGO & L’INITIATIVE PPTE

 

 

INTERVIEW DE MATHIAS DZON

 

 

 

 

 

 

 

 


La dernière revue effectuée par le FMI et la Banque Mondiale dans le cadre du processus d’accession de notre pays au point d’achèvement de l’initiative PPTE, a délié les langues. Depuis lors, il se dit non seulement que cette accession serait le signe de la reconnaissance internationale du Congo et le sérieux de ses dirigeants mais, fait plus curieux et grave, l’Opposition congolaise vient d’être taxée d’avoir voulu « placer des peaux de banane sous les pieds du pouvoir afin de saborder les négociations entre le Congo et les institutions financières ». Mwinda News s’est donc rapproché de Mathias DZON, expert incontesté en économie et finances, président en exercice du Front des Partis de l’Opposition Congolaise, pour situer les responsabilités dans la conduite de cette affaire dont veulent se servir les crieurs du pouvoir pour diaboliser l’opposition.

   

Mwinda News : Le Fond Monétaire International, pour répondre aux besoins des pays à faibles revenus face à la crise mondiale, leur a fait bénéficier d’un moratoire exceptionnel au titre des tous les paiements d’intérêts liés aux prêts concessionnels qu’il leur a accordés. Dans le cas précis de notre pays et en votre double qualité d’ancien ministre de l’économie et des finances et d’ancien directeur de la Banque Centrale, pouvez-vous nous donner des exemples de prêts concessionnels dont le Congo aura bénéficié de cette institution et à quoi auront-ils servi ?

 

  Mathias DZON : Votre question renvoie au rôle du Fond Monétaire International et de la Banque Mondiale.

Par principe, les facilités ouvertes par les deux institutions le sont toujours aux conditions concessionnelles.

Les deux institutions aident les Etats membres qui le sollicitent à mettre en place des politiques économiques et financières qui devraient permettre le redressement et impulser une croissance économique durable. Elles aident aussi les Etats par un retraitement propre à viabiliser leur endettement car il n’est pas possible de promouvoir une bonne croissance en l’absence de toute soutenabilité de la dette.

Toutes les initiatives mises en place en faveur des pays pauvres très endettés visent cela. C’est pour éviter le retour à la spirale de l’endettement que ces institutions assortissent leur appui d’une batterie de conditions. Il reste donc aux pays bénéficiaires de s’approprier ces programmes et d’en assurer une bonne exécution. Là réside la clé du succès.

La dernière initiative, le PPTE (Pays Pauvres Très Endettés), s’articule en deux étapes, le point de décision et le point d’achèvement.

L’exercice revient à contracter la dette du pays par l’abandon et le rééchelonnement au niveau des multilatéraux, du Club de Pairs, du Club de Londres et aussi d’autres fournisseurs. Ensuite, le pays peut obtenir après cette reconstitution de sa capacité, des prêts concessionnels.

A ma connaissance, notre pays, en dehors des aides post conflit notamment pour le renforcement des capacités, n’a pas réussi ces dernières années à conduire un programme à son terme. Les neuf derniers programmes conclus n’ont jamais abouti. Le programme actuel, celui de l’Initiative PPTE, en cours de négociation, tarde à se mettre en place malgré ce que je pourrais appeler les largesses des institutions qui maintiennent désespérément le Congo dans la course vers le point d’achèvement, c’est sans commentaire dans un pays où la gestion est opaque et chaotique.

Espérons qu’un jour l’ordre se rétablira, les programmes avec le FMI et la Banque Mondiale aboutiront et le Congo bénéficiera des prêts concessionnels.

 

Mwinda News : Toumany Mendy, un économiste sénégalais, traitant de la double question de la dette extérieure et des dépenses publiques dans son ouvrage intitulé « Sénégal : politiques publiques et engagement politique »,publié chez L’Harmattan, écrit en substance ce qui suit : « Certes, on ne peut pas nier, dit-il, la nécessité du recours à la dette extérieure, mais il est grand temps que nos dirigeants comprennent enfin qu’une économie doit se développer à partir de ressources propres, avec moins de propension à s’endetter. De ce fait, le crédit ne doit pas véritablement se constituer en un phénomène qui s’impose de manière indispensable aux Etats sous-développés. Surtout, lorsque ledit crédit est de surcroît utilisé à des fins économiquement inutiles pour le pays».

 Quel commentaire vous inspire cette thèse et dans quelles mesures notre pays pourrait-il avoir une telle attitude de gestion des dépenses publiques ?

 

Mathias DZON : S’agissant de la citation de Toumany Mendy, je dois dire que je n’ai pas lu son ouvrage. L’aurai-je fait que cela m’aurait permis de replacer cette situation dans son contexte. Qu’à cela ne tienne, le problème qu’il pose me semble être à la fois celui de la qualité des financements et des dépenses publiques.

Quels financements doit rechercher l’Etat, des financements courts ou des financements longs ? Pour quelles utilisations, productives ou improductives ?

De tout temps comme vous le savez, la question qui se pose à tout état, à tout individu même, c’est celle de l’équilibre entre les ressources et les dépenses, question qui renvoie par ailleurs au traitement de l’écart entre les deux variables. Au niveau de l’Etat, on parle du solde budgétaire.,

Si ce solde est excédentaire ou nul, le problème du crédit ne se pose pas. Si ce solde est déficitaire et que les dépenses génératrices de ce déficit sont impératives pour résoudre un problème actuel ou pour générer une productivité porteuse de croissance c’est-à-dire créatrice de richesses additionnelles pour le pays, alors le recours au crédit est nécessaire.

Aussi, dans un pays comme le nôtre, la gestion des finances publiques doit viser la qualité et la productivité pour promouvoir la croissance durable et la réduction de la pauvreté. Mais cela suppose une politique saine et porteuse, d’où la nécessité impérieuse d’un profond changement à travers la politique et les hommes chargés de l’appliquer.

Le recours à la dette extérieure ou au crédit n’est pas forcément mauvais si le financement du solde intègre une politique d’ensemble, saine et cohérente.

 

Mwinda News : Pour en arriver à notre pays, du 26 février au 6 mars 2009, le FMI a effectué deux revues de programme dont une première organisée au titre du programme dénommé facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance. Les résultats obtenus par le Congo en matière de réduction de la pauvreté avaient été estimés satisfaisants. Quelle appréciation avez-vous de cette première affirmation faite en ce temps là ?

 

Mathias DZON : Effectivement, le FMI a effectué deux revues au cours de la période que vous évoquez. Ce qu’il faut retenir est que c’est la routine de ces dernières années.

Les résultats ont été jugés satisfaisants, certainement une satisfaction diplomatique. Parce que s’il avait été réellement le cas, le Congo aurait atteint le point d’achèvement. Puisque ce point n’est pas atteint, cela veut dire qu’il y a des problèmes.

Il ne pouvait d’ailleurs en être autrement dans un pays où la gestion d’ensemble est chaotique et nébuleuse. Nous vivons actuellement une situation de non Etat, pour être gentil, disons de faiblesse extrême de l’Etat, situation qui pose bien de problèmes quant à la bonne conduite des affaires.

 

Mwinda News : Si les deux premières revues vous laissent sceptique, le FMI et la Banque Mondiale viennent d’en effectuer une dernière au titre de cette année. Celle-ci s’est achevée par un avis des émissaires de ces deux institutions, selon lequel rien ne devrait s’opposer à l’accession du Congo au point d’achèvement de l’Initiative PPTE. Que pensez-vous de cette affirmation, la preuve d’une probable avancée ou une simple berceuse ?

 

Mathias DZON : Il ne faut pas continuer à tromper l’opinion nationale sur cette question. En tout cas, de mon point de vue, il n’est pas important d’en faire comme une situation fétichiste.  Une chose est indubitable, le Congo tirerait de grands profits de cette initiative si les dessous n’étaient pas obscurs. Que voudrais-je dire par là ?

Le PPTE consiste en une amélioration du taux d’abandon de la dette. En clair, si les remises de dette se sont faites jusque-là à un taux d’un ordre moins important, le taux d’abandon prévu par le PPTE pourrait être à hauteur de 90%, ce qui veut dire que notre pays disposerait de beaucoup de ressources qui pourraient avantageusement être affectées à la croissance, au développement. Mais, pour accéder à ce point d’achèvement, les services techniques des institutions financières procèdent d’abord à une analyse scientifique de la gestion du Congo. Les missions du FMI et de la Banque Mondiale participent de cette démarche. Après quoi, le dossier du Congo doit passer au Conseil d’Administration.

Ce qu’il faut retenir c’est que les services techniques se sont rarement trompés dans leurs analyses. Car à ce niveau, la rigueur est la règle d’or. C’est par cette rigueur que l’on s’est par exemple rendu compte, dans le cas du Sénégal dont on a beaucoup parlé entre temps, qu’il y’a eu une affaire de pots de vins ou, en termes plus appropriés, de cadeaux de fins de mission.

Les services techniques font l’analyse d’un certain nombre d’indices que l’on appelle techniquement « des déclencheurs », auxquels il faut satisfaire.

Ces indices sont, entre autres :

-       La réduction de l’endettement, c’est-à-dire que s’il y a endettement, il faut que cela se fasse aux conditions concessionnelles fixées avec les institutions financières internationales. Je me dois donc de vous indiquer, à titre d’exemple, que l’endettement de notre pays vis-à-vis de la Chine a suscité quelques interrogations quant à la transparence et la concessionnalité.

-       La gestion des ressources pétrolières, notamment les conditions de commercialisation du pétrole par la SNPC. Or, vous vous souviendrez que le Congo a rendu cette commercialisation plus complexe et opaque avec la création de la société COTRADE que gérait l’un des fils du chef de l’Etat, et dont le FMI a exigé la fermeture.

En clair, le FMI et la Banque Mondiale exigent l’audit des opérations sur le pétrole. Un cabinet serait entrain de s’en occuper mais sa pratique ne lève pas les doutes, les comptes de la SNPC que ce cabinet valide, posent toujours des problèmes en raison des camouflages importants. Toutes les ressources pétrolières ne sont pas toujours reversées dans les conditions exigées par les règles de gestion saine.

-       Le volume d’investissement à réaliser et la qualité de la dépense publique. Ici, je dois dire qu’il y a eu des chantiers qui ont été rapidement ouverts pour justifier l’utilisation des fonds. Je peux citer à titre d’exemple, les travaux de canalisation de fortune dans les localités où s’est déroulée la municipalisation accélérée, des chantiers qui ont été arrêtés. Actuellement à Brazzaville, tous les chantiers ouverts ont également été arrêtés. En clair, la qualité de la gestion, la qualité de la dépense n’a rien changé dans notre pays.

-       La gouvernance et la transparence dans la gestion politique de la cité,  car les institutions financières internationales estiment que sans démocratie, sans fluidité politique, on ne peut pas promouvoir une politique de développement.

-       Et puis, à la fin, le Congo est un pays à revenus intermédiaires et non un PPTE, ce qui pose évidemment la question de la capacité de gestion des gouvernants congolais.

Sans trop m’attarder sur les déclencheurs dont je viens d’en citer quelques uns, je pourrais dire que l’accession à l’Initiative PPTE est un circuit qui paraît sinueux mais qui ne l’est en réalité pas étant donné les analyses techniques affinées auxquelles sont soumis les dossiers concernés.

Il est en effet fréquent que certains pays moins vertueux tentent de déformer les données exactes de leurs gestions mais, pour l’essentiel, les dossiers sont très bien traités au niveau des services techniques du FMI, lesquels, tenant compte des contre performances, peuvent les bloquer. Or, les avis techniques ne suffisent malheureusement pas car, au-delà, il y a des considérations purement politiques. C’est ce qui se passe notamment au niveau du Conseil d’Administration où, par exemple, la France, tenant compte de ses intérêts dans notre pays, pourrait soutenir l’accession de notre pays au PPTE.

 

Mwinda News : Une presse proche du pouvoir estime qu’en obtenant, en filigrane, l’annulation de la dette du Congo, les dirigeants congolais ne seraient plus ces incapables là, bons seulement à dilapider les ressources pétrolières. Ils auront là reçu la marque de reconnaissance internationale et de leur sérieux, ce que l’Opposition congolaise ne souhaitait pas du tout, celle-ci ayant toujours cherché à placer des peaux de banane sous les pieds du pouvoir, question de rendre caduques ses négociations avec les institutions financières internationales. Quel sentiment ces considérations suscitent-elles au Président en exercice du Front des Partis de l’Opposition Congolaise ?

 

Mathias DZON : Nous savons ce que notre pays tirerait comme profit de son accession au point d’achèvement de l’Initiative PPTE. Ce serait pour ainsi dire tant mieux pour le Congo et ses habitants si les ressources financières dégagées sont affectées à la croissance, au développement. Encore faut-il qu’elles le soient réellement. Or c’est justement là le grand défi auquel le Congo fait face depuis des décennies. Les retombées des embellies financières ne profitent jamais aux Congolais en général mais plutôt à une minorité. J’en veux pour preuve la familiarisation des négociations avec la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, illustrée par la présence des parents du Chef de l’Etat (NGokana de la SNPC, Bouya des Grands Travaux, pour ne citer que ceux-là), et ce, très souvent en première ligne par rapport au ministre des finances lui-même. Vous voyez bien qu’au Congo, les questions financières participent d’un certain état d’esprit qui atteste de la qualité de la gestion des affaires publiques, une gestion qui ne s’est pas améliorée.

S’agissant des pseudos travers de l’Opposition, le pouvoir n’a à s’en prendre qu’à lui-même au lieu de chercher des boucs émissaires. C’est le pouvoir qui gère et c’est à lui que revenait par exemple de justifier tous les manquements notés au cours des revues de février à mars 2009.  

Est-ce que c’est l’Opposition qui a fait que, quatre mois après son élection, le chef de l’Etat congolais passe encore le plus clair de son temps à autre chose au lieu de travailler au bonheur du pays ?

L’Opposition ne peut répondre de quoi que ce soit. Il est donc inutile pour les crieurs du pouvoir de vouloir la placer en situation de vaincue, ce, parce qu’elle n’y joue aucun rôle, d’une part et d’autre part, parce qu’il revient plutôt au pouvoir de faire montre de ses capacités de bonne gestion financière. Or, les vieux démons du monopartisme sont indélébilement ancrés dans l’esprit des gouvernants, à tel point qu’ils raffolent du plébiscité. Il en est ainsi lorsqu’une voix critique s’élève quelque part, c’est un délit d’opinion. C’est grave pour une démocratie.


Propos recueillis par Dominique NDANDOU-FOUFOUNDOU
                                                 

 

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