LE CAUCHEMAR DU BARRAGE D’IMBOULOU: VOL DE CÂBLE THT
Imboulou, seras-tu prêt d’ici la prochaine Coupe du monde ?
L’opinion nationale s’interroge sur le sort réservé au barrage d’Imboulou, le grand projet national d’électrification du Congo pour son industrialisation. Suite à « un prétendu vol de câble THT », le lancement de l’énergie électrique dans la partie septentrionale du pays, initialement annoncé pour janvier de l’année en cours et maintes fois reporté à une date ultérieure dont, finalement, ce mois d’avril 2010, n’a plus été effectif. Tout est tel que les promesses faites par moult autorités nationales ayant soit piloté, soit tout simplement visité cet important édifice, n’ont pu être tenues. Et, ce ne sera ni la première, ni la dernière des fois. Sauf qu’ici, la coupe du monde « africaine » approche à grands pas avec tous les risques de trouver les Congolais dans le noir absolu.
Décidément, le Congo-Brazzaville n’en découd pas avec la tragédie des projets politiques. Il y a très peu de temps, des stades, grands et beaux pour certains esprits, ont été construits en dehors de l’expertise des techniciens du département des sports. Comment a-t-on donc perdu tant de milliards de FCFA pour des ouvrages qui, au finish, n’obéissent pas aux normes internationales chères à la FIFA et suscitent même des critiques au sein du gouvernement ?
Le barrage d’IMBOULOU, comme bien d’autres projets qui alimentent le quotidien des Congolais, est cet autre projet politique dans lequel s’activent des Chinois, quelques Allemands, un infime nombre de cadres de la Société Nationale d’Electricité (SNE) triés parmi les plus proches du sérail et, des manœuvres recrutés dans la rue. Aucun technicien émérite de la SNE, cette société elle-même sclérosée par la mauvaise gestion qui lui a valu de ne point se constituer une tutelle dans la haute tutelle des grands travaux.
L’an dernier, dans un article ventilé sur la toile, une certaine presse s’indignait de ce que, aussitôt désendetté par le FMI et la Banque Mondiale, le Congo s’enlisait de plus belle dans les fonds chinois. Et, prenant le projet Imboulou en exemple, cette presse s’interrogeait sur la raison fondamentale qui aurait détourné les gouvernants congolais de l’expertise, soit française soit américaine, dont la notoriété en la matière ne prêtait à aucun doute.
Certes, les relations entre Etats sont teintées d’intérêts très souvent liants, troublants voire mortifères, les populations congolaises en savent mieux. Celles avec la Chine ne prétendront jamais être les plus « clean ». Mais de là à penser que le Congo est tenu comme en laisse par la technologie d’un pays émergeant, le bât blesse tout de même sauf si les choses dépendent de la propre incapacité des gouvernements à bien négocier.
Tenez, en R.D. Congo par exemple, lorsque les parlementaires ont estimé que les contrats passés avec les chinois n’étaient pas rentables pour leur pays en général, pour les cinq chantiers de KABILA en particulier, ils les ont démontés, pièces par pièces jusqu’à démontrer clairement au gouvernement que celui-ci s’était fait enfariné par les entreprises chinoises. Et, ce gouvernement, faisant montre de bonne volonté, a été obligé de s’en tenir, pour l’intérêt supérieur de la nation. Pour sa part, le Congo-Brazzaville continue à s’époumoner, sans le moindre soubresaut de la majorité parlementaire, dans des affaires louches comme celle sur IMBOULOU et sur le ciment de la SONOCC, produit en terre congolaise et dont le sac non usuel de 35 kg est vendu à prix d’or aux Congolais et où les manutentionnaires sont payés à 10 FCFA le sac. Une chinoiserie dans la maffia locale.
Il est presque sûr qu’IMBOULOU risque d’être logé aux mêmes calendes que les projets de la Nouvelle Espérance dont le Chef de l’Etat congolais avait déploré l’inexécution, tous financements mis à disposition des opérateurs économiques. Est-il indiqué pour un président de la République, Chef de l’Etat, de continuer à faire des dénonciations, comme le ferait un Congolais vulgaire ? Où se trouve donc sa responsabilité, celle qu’il tire de la loi fondamentale du pays dont il est le détenteur du pouvoir absolu ?
Pour en revenir au fait, si les impondérables ne se situent pas au niveau des vices de fabrication, du reste prévus depuis longtemps par d’autres constructeurs avisés, il faudrait bien chercher à savoir si les gouvernants ne se seraient pas mis à l’évidence d’une supercherie. En tout cas, dans un pays qui arbore des châteaux d’eau jamais utilisés depuis leur construction, la question mérite qu’on se la pose.
Ce barrage a été l’objet de visites importantes : quatre pour le Chef de l’Etat, une à l’actif de son épouse et plusieurs autres par monsieur des grands travaux. Le ministre en charge des questions d’électricité, lui-même, de passage à Pointe-Noire, avait promis aux populations de cette grande ville qu’elles auraient du courant en abondance dès fin mars, au point où elles seraient dans l’obligation de chercher d’autres preneurs, question de concurrencer le nombre de mégawatts pompés par les centrales électriques. Comment expliquer donc le raté d’une opération dont la simple intention a été fortement médiatisée et dont la seule évocation passe aux yeux du pouvoir pour une victoire politique, moins qu’une victoire pour le développement ?
Depuis toujours, le pouvoir actuel a reproché au Président Pascal LISSOUBA de faire décoller le Congo par des illusions et des promesses. Mais l’actuel pouvoir, incarné par le président Denis SASSOU NGUESSO, combien de promesses a-t-il tenues et réalisées devant les Congolais ? Le pays ne serait pas entrain d’étouffer des grèves !
L’énergie d’Imboulou, promise par les gouvernants et tant attendue par les Congolais, a-t-il amené le pouvoir en place de ressurgir les vieux réflexes du communisme, qui consistent à voir les complots, les conspirations et les sabotages partout ?
Qui plus est, sachant que l’opération de lancement de l’énergie ne se serait pas déroulée sans la présence du Chef de l’Etat et, eu égard aux dispositifs sécuritaires qui précèdent la mise en œuvre de toute activité placée sous l’œil du président de la République, il est nettement inadmissible d’évoquer le vol sur près d’un kilomètre d’un câble THT, vol qu’aucun esprit humain, même le plus tordu, ne serait tenté de perpétrer sans en avoir l’outillage approprié, et ce, dans une période de grande vigilance, je présume.
Alors, qui trouverait plaisir à délester le réseau IMBOULOU d’un tel actif sans faire penser à un crime économique ou à un attentat contre un Etat !
En clair, les gouvernants ne veulent-il pas enrober l’opinion dans un mensonge cousu de fil blanc ? Les hommes sont restés pratiquement les mêmes et, les nouveaux venus aux responsabilités, ont vite été entraînés à la flagornerie et aux vieilles pratiques du communisme.
C’est l’image d’un prétendu ensorcelé qui voit le diable sinon le sorcier partout. C’est une situation où il faut rechercher un bouc émissaire pour justifier l’incompétence, l’erreur de vision et l’échec. Le communisme serait-il de retour au Congo ?
Pauvre Philippe MVOUO, pensais-tu avoir été plus profond que ton dire lorsqu’un jour, devant l’Assemblée Nationale, tu révélais une de ces quatre vérités sur l’électricité au Congo, ce que l’on n’a pas le droit d’évoquer lorsque l’on est avec ou sous SASSOU ? Tu l’as dit et tu l’as payé mais l’histoire te donne raison car on ne triche jamais avec la vérité.
Le vol de câble évoqué par les gouvernants n’existe que dans leur esprit, pour justifier une rallonge sur des délais dont ils n’ont pas la maîtrise. Les services spéciaux sont-ils embrigadés dans la politique ou alors servent-ils vraiment la République, en n’aidant pas les institutions à faire et à dire ce qui est vrai ?
Quant au parlement congolais, il devrait dès à présent savoir que l’absence des commissions parlementaires d’enquête sur les grands investissements opérés par le gouvernement, est une défection pure et simple et une complicité dans les crimes économiques. En tout cas, il aurait aussi valu l’entendre sur cette affaire IMBOULOU comme, à l’époque, au sujet de la carte nationale d’identité pour laquelle le gouvernement était presque chaque jour interpellé.
Abraham DISONGUELE,
Membre de la diaspora, éclaireur de consciences.