RÉPUBLIQUE POPULAIRE DU CONGO - Le capitaine Pierre Anga du Comité Militaire du Parti au maquis d'Owando
Né en 1944 à Ekoungounou dans le district d'Owando, le capitaine Pierre Anga a suivi une trajectoire militaire indissociable des bouleversements politiques de la République du Congo. Officier au sein de l'Armée Populaire Nationale, il accède aux plus hautes sphères du pouvoir au lendemain de l'assassinat du président Marien Ngouabi en mars 1977, en intégrant le Comité Militaire du Parti (CMP), l'instance restreinte de onze officiers chargée de diriger le pays.
Par le décret officiel n°77-213, le chef de l'État intérimaire Joachim Yhombi-Opango le nomme au poste stratégique de Chef de la Direction Politique de la Zone Autonome de Brazzaville, une fonction clé de contrôle idéologique et sécuritaire dans la capitale. Proche des courants radicaux de gauche, notamment le mouvement M22, Pierre Anga se heurte rapidement à la ligne opportuniste des autres membres du comité, et ses revendications pour obtenir le poste de vice-président précipitent son éviction de cette direction militaire.
La rupture définitive survient lorsqu'il rédige un mémorandum secret accusant frontalement Denis Sassou Nguesso, alors ministre de la Défense, d'avoir orchestré l'assassinat de Marien Ngouabi pour s'emparer du pouvoir.
Dès l'accession de Sassou Nguesso à la présidence en 1979, Pierre Anga subit une mise à l'écart radicale : il est officiellement radié de l'armée et placé en résidence surveillée à Owando par le décret n°83-662 du Conseil des ministres. Son destin bascule en juillet 1987 lorsque le régime l'accuse de complicité dans un complot d'officiers originaires de sa région et tente de l'arrêter. Refusant de se soumettre, il se replie dans la forêt d'Ekoungounou avec un cercle très restreint de proches et de membres de sa famille, n'opposant qu'une résistance rudimentaire avec une poignée d'armes légères.
Face à ce maquis que le pouvoir qualifie d'insurrection majeure, Denis Sassou Nguesso déploie des moyens disproportionnés, bénéficiant d'un appui logistique discret de la France qui fournit un avion militaire Transall et des agents de la DGSE pour encadrer les opérations. Traqué pendant de longs mois dans la Cuvette, le capitaine Pierre Anga est localisé et abattu par les forces gouvernementales en septembre 1988, mettant un point final à l'une des crises politico-militaires et ethniques les plus tendues du régime de l'époque.