Le pouvoir gonfle artificiellement le nombre des habitants des localités qui lui sont favorables et minore le nombre des habitants des localités qui lui sont défavorables. De plus, il s’oppose systématiquement à la réalisation comme en 1992, d’un recensement administratif spécial par la mouvance présidentielle et la mouvance oppositionnelle, pour déterminer ensemble un corps électoral consensuel, reflétant la démographie réelle de chaque circonscription administrative. Il privilégie le mécanisme de la révision extraordinaire des listes électorales, opération qu’il réalise du reste à huis-clos avec ses partisans, ses alliés et ses complices, en excluant totalement les représentants de la vraie opposition, ce, pour élaborer un corps électoral frauduleux au profit du pouvoir.
Il faut encore souligner avec force que le découpage électoral au Congo ne tient pas compte du nombre réel des habitants de chaque circonscription administrative, mais obéit aux intérêts électoraux du pouvoir. Il est partial, arbitraire et injuste. Par exemple, le district d’Ollombo, qui a une population d’environ 19 mille habitants, a deux circonscriptions électorales, tandis que le district de Madingou dont la population est évaluée à près de 70 mille habitants n’a qu’une seule circonscription électorale.
Il faut aussi signaler qu’à des fins de tricherie électorale, le pouvoir a institué le vote anticipé pour les électeurs des Forces armées congolaises, sous le fallacieux prétexte que le jour du vote, ils seront affectés à la surveillance des élections et au maintien de l’ordre public. Du fait de cette situation pour le moins inédite, les militaires, les gendarmes et les policiers votent deux fois pour une même élection. Il sied d’ajouter que les éléments de la Force publique affectés à la sécurisation des élections sont recrutés quasi-exclusivement, parmi les éléments de la garde républicaine (armée privée du chef de l’Etat), des milices privées du pouvoir (Cobras, Front 400, Tshambitso), des éléments des polices parallèles rattachés à certains officiers, des supplétifs des armées étrangères installées au Congo qui se comportent en juges et parties.
Enfin, l’affectation discriminée des subventions publiques aux partis politiques porte atteinte au principe de l’égalité des chances entre les acteurs politiques en compétition. En effet, la prise en charge par le pouvoir des dépenses de fonctionnement et des dépenses électorales des partis qui lui sont acquis, leur assure un flux important de recettes, tandis que les autres formations politiques sont condamnées à l’autofinancement. Il faudra en finir avec cette politique de « deux poids, deux mesures » ou de double standard et rétablir l’équilibre entre les formations politiques qui s’affrontent lors des compétitions électorales.
On le voit, une machine infernale de fraude électorale massive est mise en place pour garantir au candidat du pouvoir, une victoire usurpée. La formule canonique est : « Je n’organise pas les élections pour les perdre ». Il est donc urgentissime de reformer en profondeur le système électoral mafieux à l’œuvre depuis 2002, en promouvant les mesures fortes ci-après :
• L’abrogation de la loi électorale scélérate actuelle et l’élaboration d’une nouvelle loi électorale, impartiale et impersonnelle ;
• La mise en place d’une commission électorale nationale, véritablement indépendante, composée de façon égalitaire de représentants de la mouvance présidentielle et de ceux de la mouvance oppositionnelle, commission chargée d’organiser toutes les opérations pré-électorales, électorales et post-électorales ;
• La suppression des déséquilibres dans la composition des instances d’organisation des élections entre la mouvance présidentielle et la mouvance oppositionnelle ;
• L’institution du principe de l’égalité en nombre des représentants de la mouvance présidentielle et de ceux de l’opposition dans la CENI et dans toutes les structures locales d’organisation des élections ;
• La participation équitable des représentants des partis politiques légalement constitués à toutes les phases du processus électoral, de l’amont à l’aval ;
• La dissolution de la Direction générale des Affaires électorales (DGAE), aujourd’hui érigée en véritable Commission d’organisation des élections au Congo, usurpant ainsi les prérogatives de la CENI ;
• L’organisation d’accord-parties, comme en 1992, entre la mouvance présidentielle et la mouvance oppositionnelle, d’un recensement administratif spécial, pour déterminer de façon consensuelle, un corps électoral fiable et des listes électorales honnêtes et crédibles ;
• L’introduction de la biométrie intégrale dans le processus d’identification des électeurs, dans le dessein d’éviter le vote multiple d’un même électeur ;
• La création d’un Comité national de certification des listes électorales, chargé de garantir la fiabilité du fichier électoral et des listes des électeurs ;
• L’acquisition d’accord-parties, d’un nouveau logiciel de traitement des données électorales et la gestion paritaire du fichier électoral informatisé par des experts de la mouvance présidentielle et ceux de l’opposition. En cas de désaccords entre ces techniciens, la CENI peut faire appel à des experts indépendants ;
• L’élaboration et l’adoption d’un découpage électoral juste et impartial, adossé sur les standards internationaux ;
• Le financement équitable et juste de la vie politique et des campagnes électorales, par l’octroi d’une subvention appropriée à tous les partis politiques légalement constitués ;
• L’abrogation des taux exorbitants des cautionnements aux différentes élections nationales et leur fixation ainsi qu’il suit :
• 50.000 F CFA, par liste, pour les élections locales ;
• 100.000 F CFA, par candidat, pour les élections législatives et sénatoriales ;
• 5.000.000 F CFA, par candidat, pour l’élection présidentielle.
• Le plafonnement des dépenses électorales suivant le schéma ci-après :
• 1.000.000 F CFA par parti présentant des candidats pour l’élection des sénateurs ;
• 2.000.000 F CFA par liste, pour les élections locales ;
• 5.000.000 F CFA par candidat, pour les élections législatives ;
• 500.000.000 F CFA par candidat, pour l’élection présidentielle ;
• L’obligation pour chaque candidat d’avoir un compte de campagne et de respecter strictement le plafond des dépenses électorales ;
• La mise en place d’une Commission chargée de certifier la transparence des comptes de campagne des candidats ;
• L’interdiction stricte pour tout candidat quel qu’il soit, d’utiliser les moyens de l’Etat (avions, hélicoptères, bateaux, hors-bords, véhicules automobiles de fonction, chauffeurs des services publics) à des fins de transport pour campagne électorale ;
• L’interdiction absolue de dons de toute nature en période préélectorale et électorale ;
• L’interdiction absolue pour les préfets, les sous-préfets, les maires, les administrateurs-maires, les chefs de quartier et de village, tenus au respect de la neutralité, d’être responsables ou membres des Commissions locales d’organisation des élections, comme cela est le cas dans le système électoral mafieux à l’œuvre depuis 2002 ;
• La neutralité des agents de la Force publique affectés à la surveillance des élections ;
• L’interdiction stricte de tout élément d’une milice privée, d’une police parallèle ou de tout autre élément supplétif, étranger à l’armée congolaise de participer à la sécurisation des élections. Tout porteur d’armes de guerre n’appartenant pas aux effectifs des Forces armées congolaises (FAC), sera arrêté et traduit en justice ;
• La suppression du vote anticipé des militaires et du vote par procuration ;
• La mise en place d’un Comité arbitral indépendant, chargé de gérer le contentieux électoral, en lieu et place de la Cour constitutionnelle aux ordres du pouvoir ;
• La reconnaissance aux Congolais de la Diaspora, de leur droit d’être électeurs et de se faire élire ;
• Le libre exercice des activités des partis politiques et la garantie de la libre circulation de tous les acteurs politiques sur toute l’étendue du territoire national, pour une égalité des chances entre les acteurs de toutes les sensibilités politiques ;
• L’accès égal de toutes les sensibilités politiques aux médias publics et privés, ainsi que l’égalité de traitement dans la couverture médiatique des campagnes électorales ;
• La promulgation d’une loi rétablissant l’équilibre de l’information et règlementant l’expression pluraliste et contradictoire des opinions et des messages politiques sur les antennes nationales ;
• La garantie dans les faits de la liberté de pensée, d’opinion, de presse, de communication, d’association, de réunion, de cortège et de manifestation ;
• La neutralité de l’administration électorale ;
• La protection équitable des candidats et des équipes de campagnes des candidats ;
• La proclamation des résultats provisoires et leur affichage dans chaque bureau de vote ;
• La remise aux représentants de chaque candidat dans les bureaux de vote, d’une copie des résultats provisoires, dûment signée par tous les membres du bureau de vote ;
• La proclamation des résultats définitifs des élections par la Commission électorale nationale indépendante et non pas par le ministre de l’Intérieur ;
• La prise en charge réelle des représentants de tous les candidats dans les bureaux de vote par l’Etat et non pas seulement ceux du PCT ;
• L’implication de la Communauté internationale dans le processus électoral de l’amont à l’aval ;
• La répression sans complaisance de la fraude électorale, de la corruption, de l’achat des consciences et des votes ;
• La déchéance politique et l’inéligibilité pendant une période de 5 ans, pour tout candidat pris en fragrant délit de fraude électorale, de corruption des électeurs et d’achat des votes ;
• L’interdiction formelle de tout recours à la violence sous toutes ses formes comme moyen de résoudre les conflits politiques et la traduction devant les tribunaux de toute personne prise en flagrant délit d’atteinte à la paix sociale et à la tranquillité publique pendant les périodes pré-électorales et électorales.
Comme nous l’avons dit et écrit : si ces propositions de bon sens ne sont pas mises en œuvre, l’élection présidentielle de mars 2026 ne sera rien d’autre, qu’un nouveau coup d’état électoral perpétré par l’Etat/PCT, pour conserver le pouvoir par la force, et ainsi, demeurer à vie à la barre. En tout état de cause, pour l’ARD, aujourd’hui, le Congo-Brazzaville est en faillite financière et en cessation de paiement. Cet effondrement financier du pays a plongé le peuple congolais dans une situation sociale tragique. Dans ces conditions, il est insensé, voire inhumain et cruel, d’envisager d’organiser une élection présidentielle dans un pays naufragé, où les populations croupissent dans une extrême pauvreté et vivent quotidiennement un véritable enfer terrestre.
La lucidité sur l’état du pays oblige le pouvoir, à s’atteler d’abord, à restaurer la liquidité de l’Etat, la liquidité générale de l’économie, l’équilibre des comptes internes et externes, les paiements courants, pour soulager les peines des populations meurtries, avant d’envisager tout autre entreprise.
Si par aventure, l’Etat/PCT, enivré par sa toute-puissance et sa suffisance, s’entête à refuser systématiquement de convoquer un vrai dialogue politique national inclusif, seule et unique bonne solution pour sortir le Congo de façon pacifique de la très grave crise actuelle, et à vouloir coûte que coûte organiser l’élection présidentielle de mars 2026, alors, les patriotes sincères, les démocrates et les républicains congolais de l’Intérieur et de la Diaspora, appelleront le peuple à prendre ses responsabilités.
Fait à Brazzaville, le 17 avril 2025
Pour la Conférence des président
Mathias DZON