Congo-Brazzaville : un pays écartelé par les antivaleurs


Par : Jean-Claude BERI
« C’est la loi de la démocratie que les discussions soient libres, que les intérêts s’opposent, mais c’est l’intérêt de la République qu’il s’établisse sur des points communs une majorité et que cette majorité soit stable, de même qu’il serait souhaitable pour le bien commun que les oppositions ne fussent pas seulement mécontentement ou de démolition, mais de construction et d’apports d’idées à la majorité elle-même.» Vincent Auriol
Notre démocratie ressemble de plus en plus à l’éternelle et absurde tâche de Sisyphe. On passe notre temps à se préoccuper de savoir qui sera l’élu providentiel, tant rêvé, aux prochaines élections, qui apporteront avec lui les promesses magnifiques de bonheur et qui en définitive décevra encore pitoyablement, laissant place à de nouvelles spéculations politiques encore plus farfelues.
Il semble que les officines de la politique déshumanisante en vogue depuis belle lurette au pays se mettent déjà en branle pour dessiner les futurs contours de ce que sera demain la nouvelle manière d’avilir, d’appauvrir encore plus le citoyen congolais. Feignant d’être amnésique, le politique congolais oublie aujourd’hui de penser à apporter sa contribution sociale, économique et culturelle aux différents maux de notre société, préférant tourner le regard ailleurs alors que la maison Congo se fissure au jour le jour.
Avons-nous les moyens par notre système démocratique de fournir à notre société des futurs hommes politiques capables d’une certaine sagesse, pratique morale et politique ? S’il est vrai qu’une bonne politique est un art (pas celui des sophistes) dont le but est de réaliser le bien humain, sommes-nous capables tout autant que nous sommes d’atteindre cet objectif ? Ou simplement comment le Congo peut-il se reconstruire autour d’un projet de société démocratique ?
La question des antivaleurs lancée par lui-même SASSOU NGUESSO ne cesse de plomber la situation politique et sociale du Congo. Entre les vrais coupables, les faux coupables et surtout les fusibles qui sont rapidement présentés au peuple et incarcérés, le compte n’y est pas. On est loin de dire que la situation est détendue. Rentré de Chine ce mardi 11 Septembre, SASSOU retrouve la même situation bouillante qu’il avait laissée à son départ. Certaines officines proches du pouvoir n’hésitent plus à dire que SASSOU est pris dans son propre piège. Doit-il continuer à conserver un gouvernement qui brille par les échecs à répétition. Un déchet reste un déchet même recyclé. Il faut donc se rendre à l’évidence, l’hypothèse de la reconduction d’un gouvernement MOUAMBA II ne sera nullement à la hauteur de la situation catastrophique que traverse le pays. Un gouvernement qui a été incapable de juguler la crise récurrente qui sévit à l’Université Marien NGOUABI avec un certain mépris peut-il être capable de se projeter vers l‘avenir ?
Un gouvernement qui au lieu de lutter efficacement contre le vol et la corruption continue d’encourager les antivaleurs. Comme le démontre ce nouveau cas de vol. Neuf (9) milliards de fcfa destinés à solder les arriérés de pensions des retraités du Mois de novembre et décembre 2016 ont disparus à la caisse de retraite des fonctionnaires (CRF). Toutes les institutions désignées pour lutter contre ces pratiques sont mouillées.
Un gouvernement incapable de remettre sur les rails le CHU préférant confier sa gestion aux Canadiens, le DGGT aux chinois, nos terres agricoles aux sud-africains, malaisiens, le commerce aux libanais et Ouest africains… Peut-il faire preuve d’une quelconque efficacité dans la gestion future de la chose publique. Serait-il faux de dire que ce gouvernement est en train d’organiser l’effondrement du socle congolais ?
LA RÉPUBLIQUE, UNE NÉCESSITÉ POUR LA DÉMOCRATIE
Un projet de telle ampleur est difficilement concevable tant, les conditions d’une vraie conception de pensée démocratique ne se construisent pas autour des priorités réellement congolaises. Il s’agit d’adapter une nouvelle vision, repenser une démocratie qui réponde aux deux préoccupations fondamentales de la société congolaise à savoir : La justice et l’efficacité. Pour cela, comme nous ne cessons de le marteler, il faut placer au tout premier plan la lutte contre la pauvreté comme élément central du changement social, économique et politique. Concentrer nos efforts pour l’amélioration du bien-être social des Congolais reste un objectif pour lequel nos concitoyens aspirent pour se mettre en phase avec un futur développement équilibré et surtout solidaire. Cette stratégie, étant conforme à la logique et à l’éthique démocratique, permettra de sortir les populations longtemps engluées dans la misère par des choix inappropriés et égoïstes. La démocratie congolaise, telle qu’elle est conçue aujourd’hui n’est qu’un hold-up politique qui exclut le fait de faire un diagnostic objectif des tensions à répétition qui paralysent le pays et qui se refuse de prendre des résolutions pragmatiques pour se projeter vers l’avenir.
Aussi, il est impératif de reconnaître, pour l’homme politique du futur qui aspire au vrai changement, que l’objectif de jeter les bases d’une large entente nationale et poser les jalons d’une société nouvelle fondée sur les principes du droit, du mérite et de la prospérité pour tous, n’est pas une abstraction ni encore une invention d’une brillante gymnastique intellectuelle qui ne trouverait véritablement de refuge que dans des discours démagogiques à connotation philologique, conçus par ces quelques intello qui peuplent la basse-cour du pouvoir et du palais de Mpila.
C’est plutôt la base de toute notre conquête pour reconstruire ce qui a été lâchement sacrifié sous l’autel d’un égoïsme politique très destructeur.
Le combat contre le sous-développement et la pauvreté ne peut être gagné qu’au prix de la prise en compte sans exclusive de ces préalables sujets que souvent l’homme politique congolais galvaude dès que son fauteuil est assuré. On vous parle de démocratie, de paix et d’unité, de patriotisme… Dès lors qu’on se retrouve exclus du partage du gain. Le problème de notre démocratie, c’est de la calquer réellement à nos aspirations, d’en faire un vrai levier de développement, un rempart aux idées de régression et de divisons. Il s’agit comme le disait Georges Clémenceau de la réinventer : « La démocratie se doit d’être une création continue.»

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