Congo
Le patron du renseignement, Jean-Dominique Okemba, quitte la franc-maçonnerie
Publié le 25.06.2026 à 11h45 GMT
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Le secrétaire général du Conseil national de sécurité, Jean-Dominique Okemba, à Moscou, en Russie, le 26 mai 2026. ©️ Mikhail Sinitsyn/Zuma/MaxPPP
Dans un message adressé aux obédiences maçonniques régulières, Denis Sassou-Nguesso a annoncé le départ de Jean-Dominique Okemba de la Grande Loge du Congo. Cette sortie consacre un nouvel affaiblissement du sécurocrate auprès du président.
C'est un petit séisme dans le monde feutré de la franc-maçonnerie congolaise. Le vice-amiral Jean-Dominique Okemba, dit "JDO", secrétaire général du Conseil national de sécurité (CNS), a démissionné le 9 avril de ses fonctions de député grand maître de la Grande Loge du Congo (GLC), soit le poste de numéro deux derrière son oncle, le chef de l'État Denis Sassou-Nguesso.
Ce dernier, qui est donc aussi grand maître, en a officiellement fait l'annonce dans un message daté du 23 juin. Un court texte qu'il a adressé aux grands maîtres des obédiences sœurs dites "régulières", affiliées à la Grande Loge nationale de France (GLNF) et à la Grande Loge unie d'Angleterre (GLUA). JDO, précise Denis Sassou-Nguesso, "cesse toute appartenance" à la franc-maçonnerie.
Ses fonctions de député grand maître, chargé de veiller au fonctionnement quotidien de la loge, sont assurées par intérim par l'influent avocat d'affaires Alexis Vincent Gomes (AI du 11/02/26). Ce dernier occupe depuis environ un an les fonctions de pro grand maître de la GLC, sorte de représentant personnel de Denis Sassou-Nguesso. Ce qui lui a de facto donné un ascendant sur son "frère" JDO. Avocat éloquent au barreau de Pointe-Noire, dont le profil tranche avec l'austérité du militaire et maître-espion, Alexis Vincent Gomes cultive une réputation de figure historique de la franc-maçonnerie sur le continent.
Un maître-espion déclinant
Ce départ traduit la perte d'influence du neveu du chef de l'État et patron du renseignement, encore inimaginable il y a quelques années. Le remaniement du 24 avril, qui a reconduit Anatole Collinet Makosso à la primature, a vu disparaître ses deux derniers alliés au gouvernement. Le chef de la loge de Pointe-Noire, Émile Ouosso, a perdu le portefeuille de l'hydraulique au profit de Bruno Jean-Richard Itoua, tandis que le général Charles Mondjo, figure maçonnique influente, a été écarté du ministère de la défense, qu'il dirigeait depuis quatorze ans, au profit de Raymond Mboulou, un ancien proche de JDO.
Désormais privé d'appuis au gouvernement et délesté de certains dossiers internationaux qui lui étaient autrefois réservés, comme les relations avec l'opposition gabonaise, Jean-Dominique Okemba apparaît plus isolé que jamais. À la présidence, il s'était vu retirer la stratégique gestion protocolaire et financière des voyages fin 2024, une prérogative confiée au colonel Alfred Simplice Ossombi Assingha, protégé par Françoise Joly (AI du 14/01/25), puissante conseillère spéciale et confidente de Denis Sassou-Nguesso chargée des dossiers de diplomatie économique les plus stratégiques.
Quelques mois plus tôt, cette même année 2024, JDO avait déjà été fragilisé par la mise à la retraite de deux autres proches : le directeur de la police, Jean-François Ndenguet, et le général Philippe Obara, patron de la Centrale d'intelligence et de documentation (CID, ex-Direction générale de la surveillance du territoire). Ce dernier demeure à la tête du Grand Orient et loges associées du Congo (Golac), rattaché au Grand Orient de France (GODF).
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Jean-Dominique Okemba : une histoire de pouvoir et de spiritualité au cœur de la République .
Nombreux sont les frères qui estiment aujourd'hui que le Très Respectable Grand Maître de la Grande Loge du Congo avait accordé sa confiance à un homme dont les motivations étaient davantage guidées par les intérêts matériels que par les idéaux maçonniques.
Selon ces témoignages, Jean-Dominique Okemba aurait organisé son influence autour de la gestion des privilèges liés au pouvoir présidentiel, ce qui lui aurait permis de devenir l'un des hommes les plus influents et les plus controversés du pays. Certains vont jusqu'à considérer que cette situation aurait contribué à fragiliser l'entourage du Président.
Le procès DABIRA demeure, pour certains observateurs, un épisode particulièrement contesté. Des critiques ont notamment été formulées par Nianga Bouala, présenté comme un ancien officier de renseignement français en poste à l'ambassade de France à Brazzaville, qui aurait qualifié cette procédure de « mascarade ».
Au sein de la Grande Loge du Congo, plusieurs frères affirment également qu'un réseau de proches de Jean-Dominique Okemba, parmi lesquels Ludovic Ambeto, Émile Ouosso, Mourad et d’autres, exerçait une influence importante sur le fonctionnement de l'obédience, au point de perturber, selon eux, son équilibre institutionnel.
Aujourd'hui, malgré la douleur que suscite ce départ, beaucoup y voient l'ouverture d'un nouveau chapitre pour la Grande Loge du Congo, avec l'espoir d'un retour aux valeurs de fraternité, d'intégrité et de spiritualité qui fondent son engagement.
Adieu, Jean-Dominique Okemba. Adieu.
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