CONGO BRAZZAVILLE MOKOKO EN PRISON : Chronique d' une mort cruelle, inutile et progammée
Pouvons-nous éviter la guerre sans tomber dans le déshonneur ?
Depuis le début de cette crise, nous avons tenté de prêcher la voie du milieu, celle du bon sens élémentaire : Mettre l’église au milieu du village, rassembler et reconstruire. Oublier ce qui nous divise pour être plus unis que jamais comme le recommande notre hymne national. Les choses étaient simples et claires : Après deux mandats constitutionnels, Sassou devait quitter le pouvoir pour établir une tradition d’alternance pacifique au Congo. Craignait-il pour ce qu’on aurait pu lui reprocher, nous nous engagions en échange à lui garantir une sortie honorable. Il ne l’a pas fait, malgré les multiples appels à la raison.
Est-il trop tard maintenant ?
Ayant forcé le changement de constitution et anticipé l’élection présidentielle, Sassou se retrouve dans une situation inconfortable. On lui a certainement fait croire qu’il pouvait gagner cette élection. Tout le monde constate que la victoire imposée est pire qu’une défaite acceptée. Ce triomphe sans gloire le pousse aujourd’hui à réclamer la reconnaissance de ses challengers. La nouvelle constitution impose-t-elle au vainqueur de l’élection d’attendre la reconnaissance des vaincus avant de pouvoir régner ?
La situation tourne même à l’absurde. Mokoko était à deux doigts de reconnaître la victoire de Sassou. La télé était déjà devant sa villa, prête à recueillir sa déclaration. Tout le monde sait aujourd’hui que l’ex-ambassadeur français Vidon et l’homme d’affaires Olivier avaient réussi à le convaincre. Prétextant l’insoutenable souffrance imposée aux populations du Pool, Mokoko était sur le point de signer la reconnaissance exigée de lui par le pouvoir. Les raisons qui l’ont poussé à se rétracter à la dernière minute restent mystérieuses. Mokoko serait-il aujourd’hui en prison s’il avait reconnu la victoire de Sassou ?
Mokoko pris au piège infernal du schisme nord-sud
Le sud du Congo, Pointe-Noire en tête, où la soif d’alternance était et reste toujours immense, a voté pour Mokoko. L’espoir était probablement le suivant : En tant que général, Mokoko tiendrait tête à Sassou. En tant que nordiste son positionnement allait priver Sassou de l’épouvantail que constitue pour beaucoup de nordistes la perte du pouvoir en faveur du sud. Les résultats électoraux du nord restent à ce jour, sujets à caution, étant donné le fait que l’opposition n’avait pas assez de représentants dans les bureaux de la partie septentrionale. Il est donc difficile d’évaluer l’adhésion du nord-Congo à la candidature de Mokoko. Une nouvelle thèse a vu le jour : Mokoko était le cheval de Troie que les sudistes ont utilisé afin qu’il récupère le pouvoir fort du nordiste Sassou avant de se le faire voler par les méchants sudistes. Pauvre Congo !
Mokoko avait-il un plan B ?
Tout le monde y a cru ou a voulu y croire. Au vu de ce qui se passe aujourd’hui, on peut supposer deux choses : Soit il avait un plan B qui n’a pas fonctionné, soit il n’en avait pas du tout. Inutile à présent d’épiloguer sur la responsabilité des uns et des autres. La question qui doit nous préoccuper est la suivante : Comment sortir Mokoko de la prison où il croupit pour des raisons purement politiques, fallacieuses et connues de tous ?
Trois possibilités peuvent être évoquées :
Les populations qui ont soutenu Mokoko exigent sa libération. Elles l’imposent au besoin par une grande manifestation. Elles ont confié leur espoir à Mokoko qui s’est engagé à les libérer d’un régime qui viole la constitution et étouffe la démocratie. Le minimum qu’elles doivent à Mokoko, c’est de le soutenir dans les épreuves qu’il subit injustement. Or, à voir la passivité de la population, on est en droit de se poser des questions.
Des bruits courent que des unités entières de l’armée auraient été désarmées à la dernière minute avant la présidentielle de mars 2016 pour éviter des mutineries. Y aurait-il eu un plan B qui aurait été éventé ? Le pouvoir a-t-il agi par anticipation ? L’armée a-t-elle été prise de court par ce fait accompli ? Autant de questions et bien d’autres qui restent sans réponse aujourd’hui. Là aussi, l’histoire nous dira ce qui s’est réellement passé.
Ces deux hypothèses restent du domaine du possible. Cependant, elles exigent du temps pour se mettre en place. Or l’état de santé de Mokoko se dégrade à vue d’œil. Nous courons droit vers l’irréparable. Les dernières images du général ne sont pas rassurantes. Chaque jour qui passe le rapproche de l’issue fatale. La mort de Mokoko déclenchera-t-elle la révolte tant attendue et tant souhaitée par les uns et tant redoutée par les autres ? Ou au contraire restera-t-elle un dégât collatéral dans la tumultueuse vie politique d’un pays qui se prépare déjà en coulisse à une nième guerre civile ?
On a entendu les gens de Makoua menacer de descendre sur Oyo au cas où il arrivait quelque chose à Mokoko. Aux dernières nouvelles, ils auraient été largement corrompus pour ne pas bouger. On a entendu des Congolais prédire un bain de sang au cas où le pouvoir traverserait la ligne rouge. Mokoko a été emprisonné, personne n’a bougé le petit doigt. A l’allure où vont les choses, Mokoko pourrait mourir demain, nul ne sera étonné que rien ne se passe. Et sa mort aura été cruelle, diabolique, inutile et programmée.
La diaspora
De nombreuses voix s’élèvent au pays pour demander à la diaspora de faire quelque chose. Inutile de répéter que la solution au problème congolais devra se trouver au Congo et entre Congolais. Si la diaspora et la communauté internationale peuvent apporter leur contribution, c’est en appoint aux solutions recherchées sur place par ceux qui vivent quotidiennement une tragédie à huis-clos. D’une part, ceux que hante la peur de perdre le pouvoir et de l’autre, ceux soumis à la répression d’un pouvoir déstabilisé par une crise post-électorale sans précédent couplée à une crise économique dévastatrice. Nul ne peut ignorer que la diaspora joue un rôle important dans la sensibilisation de l’opinion publique internationale sur la situation du Congo. Elle participe à la pression financière et économique dans le but de pousser le pouvoir à la négociation afin d’aboutir à une solution politique globale. Sur ce point, un certain succès a été atteint. La diaspora aurait-elle choisi son camp, celui de l’opposition ou peut-elle user du détachement que permet la distance pour encourager le vrai dialogue qui fait tant défaut au Congo ?
Malheureusement, la grande majorité de notre diaspora ne brille pas par la modération et la pondération. A des milliers de kilomètres de Brazzaville, nombreux sont nos concitoyens qui ne mettent jamais les pieds à Brazza au prétexte que leur vie serait menacée mais qui passent leur temps à insulter le pouvoir pour sa tyrannie et l’opposition pour sa couardise. Nous aurions même l’opposition la plus bête du monde et le pouvoir le plus idiot de la planète. Eux seuls, irréprochables immaculés à la science infuse auraient la clé du problème congolais. Ils seraient prêts à aller libérer le peuple congolais de la barbarie et nettoyer le paysage politique congolais des miasmes du PCT et affiliés. Leur arme de prédilection ? Appeler le peuple à sortir dans la rue pour renverser le pouvoir. Leur argument ? On ne chasse pas une dictature sans prendre les armes. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Et qui sont les œufs ? Pas eux, bien sûr, mais le pauvre peuple qui doit se mettre en avant. Eux, ils sont justes bons à bomber le torse dans le dos des autres. Ils seront pourtant les premiers à revendiquer la victoire et à se partager les postes ministériels bien avant la chute du pouvoir.
Où sont donc ceux qui depuis Paris avaient organisé l’arrivée triomphale de Mokoko à Brazza ? Pourquoi ne l’ont-ils pas accompagné à Brazza ? Pourquoi ne descendent-ils pas au Congo sortir le général des griffes du pouvoir ?
La troisième voie
Soulignons d’emblée qu’elle sera totalement inutile si le pouvoir arrive à s’imposer ou si l’opposition arrive à prendre le dessus. Dans les deux cas, les risques d’une guerre civile à la libyenne, irakienne ou syrienne sont très réels. Pour le moment, nous n’y sommes pas encore et tant que c’est le cas, il faut continuer à prôner un dialogue franc basé sur l’exigence démocratique d’une alternance pacifique. Utopie ? Bien sûr ! Car pour le pouvoir le dialogue a longtemps été synonyme d’escroquerie politique tandis que l’opposition le considère comme une perte de temps. Et le peuple, que pense-t-il ?
Nous parlons tous au nom du peuple, mais feignons d’ignorer que le peuple est profondément divisé entre le nord et le sud. De surcroît, ce peuple craint la guerre comme une peste pour l’avoir éprouvée dans sa chair et ses biens pendant de trop longs mois et de trop longues années. Nous faisons semblant d’ignorer que le Nord-Congo n’est pas rassuré par l’après-Sassou. Ce dernier sera-t-il fait de règlements de compte aveugles où tout nordiste sera tenu pour responsable de la gestion du PCT ? Nous fermons les yeux sur les mega-meetings d’octobre 2015 et de mars 2016 pendant lesquels les refrains en Kongo et kituba n’avaient rien de rassurant, quand on entendait des masses hurler « Kongo dieto bâ mbuta ba sisa dio » (Le Congo, un héritage de nos ancêtres). Je ne sais pas si à ce moment, les Kongo qui hurlaient croyaient qu’ils avaient les mêmes ancêtres que les Ngalas. Et que dire du refrain « Tata pesa beto ngolo, ya ku nuane mvita yayi…Sassou me kuamisa beto, beto ke vutuka manima vé » (Dieu, donne-nous la force de mener ce combat….Sassou nous a harcelés…nous ne reculerons pas. » Ceux qui le chantaient, se sentaient-ils réellement solidaires des galériens de Talangaï-Mikalou ou Impfondo ou pensaient-ils plutôt leur heure de gloire enfin venue ?
Diaspora : Démarche pratique
Comment la diaspora peut-elle contribuer à décrisper la situation au Congo ? Nous proposons une démarche simple : Organiser un voyage groupé (par charter ?) pour aller exprimer sur place notre ras-le-bol et proposer un dialogue réellement inclusif et responsable avec des objectifs bien précis basés sur la garantie de l’alternance politique. C’est l’occasion de voir le courage de ceux qui, cachés derrière des écrans d’ordinateurs et des pseudonymes demandent sans cesse à nos compatriotes de descendre dans la rue. Le courage d’aller affronter le pouvoir les mains nues par la seule force de nos arguments. Ceux qui passent leurs journées à insulter le pouvoir et l’opposition sont invités à descendre les premiers sur le ring des arguments et à faire ce qu’ils ont toujours demandé aux autres : manifester face à un pouvoir violent. Nous irons ensemble demander la libération de Mokoko et la tenue d’un vrai dialogue.
J’entends déjà des voix s’élever pour critiquer la naïveté et l’utopie de la démarche. Peu importe. Je m’adresse ici au CONGO ETERNEL, celui qui veut se construire dans la paix et le rassemblement de tous, dans la justice et le progrès. Ce Congo-là n’a pas peur de se retrouver face à Sassou et de lui parler droit dans les yeux le langage de l’unité et de la concorde qui commencent par le strict respect des règles établies. Le langage de la paix et de la dignité que nous défendons tous. Et c’est au nom de cette dignité que nous exigeons la libération de Mokoko, de Paulin Makaya, de Libongo-Ngoka, de Modeste Boukadia et de tous les autres prisonniers politiques.
Modalités pratiques : Nous voulons organiser le plus tôt possible un vol de 250 ou 500 volontaires (et pourquoi pas plus ?) Nous associerons la presse internationale et des politiciens européens et américains pour témoigner sur le niveau de « démocratisation du Congo ». Chacun supportera son billet. Une contribution volontaire sera demandée à ceux qui soutiennent l’initiative, mais qui ont peur de faire le voyage. La contribution des peureux est aussi la bienvenue. Que le pouvoir nous arrête tous et nous enferme dans la même prison que Mokoko.
Nous voulons éviter la guerre au Congo, mais pas au prix du déshonneur et de la lâcheté. C’est pourquoi nous irons voir Sassou pour parler du CONGO ETERNEL, les yeux dans les yeux. Nous irons rassurer chaque Congolais qu’il y a un avenir national après Sassou. Et de même que nous exigeons aujourd’hui la libération de Mokoko et des autres prisonniers politiques, nous exigeons aujourd’hui et exigerons demain, avec la même force et le même courage, une retraite tranquille pour Sassou. Nous nous opposerons avec la même énergie à quelle que chasse aux sorcières que ce soit.
VIVE LE CONGO ETERNEL !
| « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre. » |
| Winston Churchill |
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