Auteur: Alphonse SOUCHLATY POATY
L'anticonstitution, le miroir aux alouettes et le salut de la République
Ainsi, Sassou- Nguesso, fidèle à lui -même et au personnage de tyran qu’il s’est façonné, bravant l’Opposition légitime, ignorant l’Opinion nationale, dédaignant la Communauté des Nations civilisées, a tout mis en œuvre pour perpétrer son coup d’Eta constitutionnel, préparé de longue main, afin de se maintenir au pouvoir en dépit de l’esprit et de la lettre de la constitution du 20 Janvier 2002.
De toute évidence, le Président Sassou- Nguesso veut perpétuer son système inique de gouvernement autocratique. Il se sert de l’argent du peuple congolais pour parvenir à ses fins.
Jamais homme politique n’a été traversé de la sorte par l’attrait morbide du pouvoir. Des raisons aussi bien personnelles tenant à l’étendue du mal causé en 32 ans de pouvoir absolu, que puisées dans le subconscient du Clan d’Oyo, inquiet de perdre un pouvoir qu’il n’a aucune chance de reconquérir de si tôt par les voies légales de la démocratie et de la paix, expliquent sans la justifier sa farouche obsession de conservation de l’arène politique.
Comme tout esprit épris de justice et de paix je m’insurge contre cet engrenage de violence et de fraude caractérisée, qui ne plaide pas en faveur de l’unité nationale et du progrès de notre Pays.
Le Président de la République peut s’aviser pendant qu’il est encore temps, en retirant pour des raisons d’opportunité politique le texte de son anti-constitution présenté au référendum dont tout le monde s’accorde à dire qu’il est illégal dans sa motivation même et illégitime dans sa tentative de légitimation.
Mais, non seulement il a cru devoir publier par décret le texte de sa nouvelle Constitution, pour son applicabilité mais aussi, il se prépare à nommer un nouveau gouvernement et à diriger le Pays comme si de rien n’était. Tant de hardiesse me laisse pantois.
Par ce qu’il s’agit d’un passage en force qui permettrait à Sassou- Nguesso d’effacer impunément son lugubre passé et de se faire une virginité politique. Ce n’est rien de moins qu’un coup d’Etat constitutionnel, mêlé de gangstérisme politique.
Il a tenté d’enrober ce coup d’Etat du vernis juridique de la Cour Constitutionnelle, mais la question posée à cette Institution sur « l’évolution des Institutions » aurait dû l’être sous l’égide de l’article 86 de la Constitution du 20 Janvier 2002 relatif au champ référendaire du Président et non sous celle de l’article 110 du Titre consacré au Pouvoir législatif qui n’évoque que de façon incidente et subsidiaire le pouvoir du Président de la République concurremment à celui du Président de l’Assemblée Nationale en matière de référendum.
En clair, ce n’est pas l’article 110 qui traite spécifiquement de la question référendaire mais l’article 86 complété par l’article186 du Titre 18 consacré à la révision de la Constitution. Celui- là pour définir les questions susceptibles d’être présentées au référendum, la procédure de saisine préalable des deux chambres et de la Cour Constitutionnelle. Et celui- ci pour préciser que le Président de la République peut y recourir directement si le projet de révision émane de lui, toujours en saisissant le juge de la constitutionnalité.
Mais nulle part, la Constitution du 20 Janvier 2002 qui prévoit sa révision dans des conditions déterminées, n’évoque sous prétexte d’évolution des institutions, son propre son changement celui- ci ne devant résulter que de situations de force majeure hors de la volonté délibérée de l’homme, fût-il Président de la République.
Etant donné que l’article 185 interdit toute révision portant sur le nombre de mandats présidentiels (2 mandats maximum), la raison invoquée par le Président, tirée de « l’évolution des institutions » est tout à fait superfétatoire, voire artificieuse dans la mesure où par évolution des institutions, il sous- entend « changement de la Constitution ».
Cette inadéquation fausse l’avis donné par les juges et rend aléatoire, à le supposé positif, le suffrage du souverain primaire.
C’est donc à bon droit que l’Opposition a déclaré ne pas reconnaitre la validité, après avoir contesté l’opportunité, d’une nouvelle Constitution et appelé le peuple congolais à la désobéissance civile jusqu’à ce que Sassou - Nguesso retire sa nouvelle constitution, même rendue applicable.
La Constitution en tant que loi fondamentale régissant l’Etat et la Société, ne doit pas être un texte tiré à la sauvette de la poche d’un potentat. Même au temps où elles étaient octroyées par des Monarques, les constitutions devaient être largement diffusées, lues en public et commentées.
De nos jours elles doivent être acceptées par la majorité du peuple et non furtivement soumises à la sanction du souverain primaire, ignorant de leur contenu, sans qu’il soit rassuré des résultats de la consultation, organisée dans la confusion, l’opacité, la peur et la répression sanglante.
La solidité de la République, sa validité, sa crédibilité intérieure et extérieure en dépendent. Il ne peut en être autrement. La République, au contraire de la Monarchie et de l’Empire, est fille de la démocratie et des lumières. Elle ne nait pas de l’obscurantisme et du cafouillage électoral.
Le 25 Octobre 2015 Sassou Nguesso s’est fourvoyé dans une impasse avec son anti-constitution, non acceptée par la Communauté internationale. Il risque à force de s’entêter, de porter seul avec son clan, cette constitution d’opprobre comme une chaine au coup.
La vraie Opposition, celle qui regroupe les notabilités politiques d’expérience, qui a pignon sur rue, qui est reconnue au plan international, qui ne reconnait pas la nouvelle Constitution, qui aspire à l’alternance démocratique et qui n’accepte pas, corrélativement d’entrer dans le gouvernement et par suite d‘occuper le poste de Premier ministre qui lui reviendrait de droit, est incarnée par le FROCAD et l’IDC.
La fausse Opposition dite modérée, sans relief ni ligne politique affirmée, est plutôt attirée par des prébendes, à moins que Sassou- Nguesso ne lui offre un strapontin ministériel.
La Société civile qui excelle dans l’inorganisation n’est que l’ombre d’elle-même, loin de l’avant-gardisme politique qui a fait le bonheur des Burkinabés dans leur lutte contre le dictateur Compaoré, comme naguère sa devancière de Tunisie qui chassa Ben Ali du pouvoir.
Les jeunes loups, en course pour l’enrichissement illicite, partisans de la Nouvelle République et qui ont phagocyté les associations de circonstance financées par le Timonier, risquent de déchanter, trop inexpérimentés pour être crédibles et trop proches de Sassou- Nguesso pour être utiles à la Nation. Leur République, nouvelle ou ancienne, avec ses privilèges, ses passe- droits, son irrespect des lois, évoque l’Etat- PCT comme naguère celle de l’Etat-RPR brocardée par Michel Poniatowski dans les années 90.
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Un Dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le Peuple ne rélève pas le défi
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