Il est un truisme de rappeler ici que s’il est un exercice dans lequel les politiques en général, et la classe politique congolaise en particulier, excellent à merveille, c’est celui de la stratégie, ou plus précisément de la tactique. Tactique tout azimut et, surtout, tactique de survie politique au détriment de la vérité, des convictions politiques, mais paradoxalement présentée ou justifiée par ses usagers comme relevant de la conviction politique, de l’éthique.
On l’admettra, il s’agit-là d’une relative énigme car, objectivement, la frontière entre la tactique et l’éthique n’apparait, a priori, pas toujours évidente. Sous certains cieux, cette pratique a été décrite sous un assez trivial paradigme médiatique en trois phases, selon lequel « on lèche, on lâche et on lynche ». La même pratique est, au Congo-Brazzaville, dénommée de façon non moins triviale, comme de la « prostitution politique » ou du « vagabondage politique », avec les interférences socioculturelles et économiques que cela présume. Des nuances existent néanmoins à cette présentation assez caricaturale qu’éclairent, conjoncturellement, les évolutions de la situation politique congolaise liées à la prochaine fin du mandat présidentiel, et à l’artificiel débat constitutionnel suscité.
En effet, on se doutait bien que le récent « printemps burkinabè » de fin octobre dernier créerait une véritable onde de choc auprès des autres pays africains se trouvant dans la même situation : celle des présidents se trouvant constitutionnellement en fin de règne mais tenant tout de même à forcer la survie présidentielle par un ‘coup d’Etat constitutionnel'.
Le Congo, pays référentiel s’il en est un sur le sujet, révèle, à la suite dudit choc burkinabè, mais surtout suite au discours martelé du président Hollande fin novembre sur « les leçons à tirer du Burkina », mais aussi de l’épisode fort éloquent de l’élection du Secrétaire général de l’OIF où le candidat congolais a été battu, des signes de basculement politique et donc de positionnement, d’expression ou de tactique de survie de ses acteurs politiques qu’illustre ce qu’on appellera « La récusation Bowao ».
« La démarche dite de changement de la Constitution du 20 janvier 2002, est juridiquement infondée, politiquement désastreuse et socialement explosive. Je ne me reconnais pas dans une telle attitude passéiste et hasardeuse. Le changement de la Constitution du 20 janvier 2002 est un chemin sans avenir, que ‘je récuse’ ».
Telle est la prise de position solennellement exprimée le 20 janvier, date du treizième anniversaire de la très controversée Constitution de 2002, par le biais d’une « Lettre ouverte » au Président, de Monsieur Charles Zacharie Bowao, philosophe, universitaire, membre du Bureau Politique du Parti Congolais du Travail (PCT), parti au pouvoir, et ancien ministre délégué à la Défense débarqué du gouvernement fin septembre 2012. Dans la mémoire collective, le nom de l’ex-ministre restera à jamais associé aux terribles « Explosions du 4 mars 2012 », très largement minimisées par le ministre qui les présenta alors comme le résultat d’un banal « court circuit… qui, Dieu merci pour nous, selon le point qui nous a été fait, en dehors des dégâts matériels, il n y a pas eu de morts, il y a quelques blessés plus ou moins graves »( !). Evénements sur lesquels il nous avait été amené d’exprimer quelques réflexions (cf. « La rançon d’un pouvoir pillé et criminel », en ligne).
Ce rappel n’est pas sans lien avec la position de l’ex, puisque de ces événements découle, on l’a dit, son éviction du gouvernement (le 25 septembre 2012) qui, quelques deux semaines plus tard, suscita, suite à son interpellation judiciaire, une « guerre » des correspondances entre lui et son ex-collègue, le ministre de la Justice, garde des Sceaux, et oncle du président, Monsieur Emmanuel Yoka. Surtout, il permet de mieux comprendre le ton, l’écriture et la sur-présentation adoptés et revendiqués par le ‘récuseur’ qui, en s’affirmant lui-même, avec peu de pudeur, dès sa première réaction d’ex-ministre, par une lettre à l’endroit du Ministre de la Justice, le 7 octobre 2012, comme « professeur titulaire de philosophie…[aux] travaux de portée universelle », dénotait, sans nul doute, quelque part, ‘l’honneur blessé’ qui augurait de futurs épisodes. Tellement, la première déclaration du ministre sur les graves événements du 4 mars 2012, apparemment dictée, avait, des semaines durant, tourné à la dérision nationale et internationale.
Pour lire le texte intégral, cliquez sur les liens ci-dessous :
La résurrection de "l'étique de circonstance" au Congo: A propos de la lettre de Bowao (fichier Word)
La résurrection de "l'étique de circonstance" au Congo: A propos de la lettre de Bowao (fichier PDF)
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