Apres plusieurs mois de manifestations dans les rues et dans les stades, les parti au pouvoir et l’opposition attendaient tous la décision du président Blaise Compaoré sur le sort qui sera réservé à l’article 37 de la Constitution. Le gouvernement vient d’adopter un projet de loi qu’il a soumis aux députés en vue de convoquer un referendum pour décider s’il faut oui ou non lever la limitation du nombre de mandat présidentiel. De chaque coté – majorité comme opposition – chacun se prépare pour les futures batailles.
Quelques heures seulement après le conseil extraordinaire des ministres, le gouvernement a déposé à l’assemblée nationale son projet de loi portant révision de la Constitution. Sur les chances pour la majorité de voir ce projet de loi adopté par les députés, les avis sont partagés.
Les partisans du président Blaise Compaoré dispose de 70 députés à l’Assemblée nationale alors qu’il faut 64 voix pour obtenir la majorité simple. Et si l’Alliance pour la démocratie et la fédération Rassemblement démocratique africain (ADF-RDA) rejoint les partis de la mouvance présidentielle (UFR et UNDD), le projet de loi obtiendra la majorité qualifiée des trois-quarts. Ce qui pourrait permettre une modification de l’article 37 de la Constitution (qui limite à deux quinquennats consécutifs le nombre de mandats présidentiels) sans passer par un référendum.
Le pouvoir se prépare
« Que ce soit le conseil national du CDP, que ce soit également au niveau du groupe parlementaire, l'appel des 81 députés, nous sommes satisfaits parce que le gouvernement a répondu à l'ensemble de ces sollicitations en prenant la décision d'introduire au niveau de l'assemblée un projet pour aller au référendum afin de départager les Burkinabès sur des questions politiques d'importance », a calmement déclaré Assimi Kouanda, secrétaire exécutif national des Congrès pour la démocratie et le progrès.
Réunis en session extraordinaire, le bureau politique national parti au pouvoir affute donc ses armes pour le référendum, le projet de loi du gouvernement sur la révision constitutionnelle étant déjà à l’Assemblée nationale. « Nous allons nous organiser, sensibiliser, informer nos militants pour qu'ils comprennent et sachent d'abord comment va s'opérer le vote du référendum et un travail de sensibilisation et de formation pour le vote référendaire », a poursuivi le responsable politique.
Opposition à l'Assemblée d'abord
Mais la tâche ne s’annonce pas facile pour le parti au pouvoir. « A la suite de l'échec des discussions avec la majorité, on sentait bien que l'initiative allair venir. Ca a aussi le mérite de clarifier la situation. Jusque-là, on entendait des discours contradictoires, et maintenant on est très persuadé de la volonté telle qu'elle est manifestée. En tant qu'opposition, nous restons sur la position que nous avons toujours défendue, à savoir que c'est un référendum inutile et inapproprié dans le contexte actuel de la vie de notre pays. Par conséquent, nous allons nous organiser pour le mettre en échec », assure Zéphirin Diabré, président de l'Union pour le progrès et le changement (UPC).
« L'opposition politique va se battre, c'est sûr et certain, promet Maître Benewendé Stanislas Sankara, président de l’UNIR/PS. Nous allons voir à l'Assemblée si les députés vont aller dans le sens de ce que le peuple veut, ou aller dans le sens des intérêts de quelqu'un. »
« Tous les moyens légaux »
L’opposition entend donc s’opposer à toute révision de la Constitution par tous les moyens légaux : allant de la « résistance active à la désobéissance civile ». « La première étape, c'est sans doute au niveau de l'assemblée nationale. Il est clair que l'opposition fera un travail avec tous les patriotes qui veulent s'associer à son action, pour voter contre ce projet. Si d'aventure il passait le cap de l'Assemblée, il y a d'autres formes de lutte », détaille Zéphirin Diabré.
Certaines organisations de la société civile qualifient déjà ce projet de loi « d’un attentat à la Constitution », ou d’un « coup d’Etat civil et constitutionnel » en préparation qu’elles jugent « inacceptable et illégitime ». Elles entendent organiser « une journée d’interpellation des députés » devant l’Assemblée nationale le jour où la loi sera votée.
LE RÉFÉRENDUM DE LA DISCORDE
DES MANIFESTANTS S'INSURGENT CONTRE L’OBSTINATION DE BLAISE COMPAORÉ
Des manifestations ont émaillé la nuit de mardi à mercredi à Ouagadougou, après l'annonce par le gouvernement burkinabè d'un référendum, qui doit rendre possible la candidature à l'élection de 2015 du président Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 27 ans.
Une centaine de personnes ont barré le trafic d'environ 21h00 mardi à 03h40 GMT mercredi sur la nationale 1, la principale route du Burkina Faso, qui relie Ouagadougou à Bobo Dioulasso, deuxième ville du pays et porte vers la Côte d'Ivoire et le Mali voisins, a observé l'AFP.
La police a débloqué l'axe dans le calme vers 03h40, alors qu'un bouchon de plusieurs kilomètres s'était formé, a constaté l'AFP. Aucune dégradation n'est à déplorer, hormis quelques pneus brûlés.
"Nous sommes sortis pour manifester, barricader les rues. Nous voulons tout paralyser pour que le président Blaise Compaoré comprenne que le pouvoir à vie, nous ne sommes pas d'accord", a lancé Pascal Ilboudo, un membre du bureau politique du MPP (Mouvement du peuple pour le progrès, opposition).
D'autres manifestations se tenaient ailleurs dans la ville, alors qu'un mouvement de plus grande ampleur est annoncé mercredi à Ouagadougou, un projet de "ville morte" ayant notamment été mentionné à l'AFP.
Le gouvernement burkinabè a mis fin mardi à un long suspense en annonçant la tenue d'un référendum visant à modifier l'article 37 de la Constitution, qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels et empêche Blaise Compaoré de se présenter au scrutin de novembre 2015.
Le projet de loi a été déposé dès mardi au bureau de l'Assemblée nationale, a déclaré une source gouvernementale à l'AFP. Personnage central de la diplomatie ouest-africaine, Blaise Compaoré, 63 ans, s'est hissé au pouvoir en 1987 en renversant son ex-compagnon d'armes Thomas Sankara, tué lors du putsch.
Il a ensuite effectué deux septennats (1992-1998 et 1998-2005) et terminera fin 2015 son deuxième quinquennat (2005-2010, 2010-2015). Majorité et opposition s'affrontent depuis des mois sur son maintien au pouvoir par meetings géants interposés.
En septembre, le chef de l'Etat avait tenté d'instaurer un dialogue politique entre les deux camps. Mais faute de s'entendre sur la révision de l'article 37, celui-ci s'était achevé piteusement début octobre, sans aucune avancée.
Le référendum s'annonce pour le pouvoir comme une formalité. L'Assemblée nationale devra voter le projet de loi à la majorité simple, soit avec 64 voix sur 127, quand le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti du président, dispose à lui seul de 70 sièges.
-'Le masque est tombé' -
"Il n'y a pas de démocrate véritable qui rejette le référendum parce que par définition le référendum, c'est appeler à consulter le peuple", a réagi Assimi Kouanda, secrétaire exécutif national du CDP.
"Ce que nous étions en train de dénoncer est finalement arrivé (...) le masque de Blaise Compaoré vient de tomber", a à l'inverse regretté Me Bénéwendé Stanislas Sankara, président de l'Union nationale pour la renaissance/parti sankariste (UNIR/PS, opposition), pour qui "rien" n'est toutefois "exclu" du fait que les députés sont appelés à voter "en leur âme et conscience".
"S'il n'y a pas la corruption (...), s'ils entendent le cri de détresse du peuple burkinabè, cette loi peut ne pas passer à l'Assemblée nationale", a lancé Me Sankara, qui a appelé à "la désobéissance civile".
La consultation populaire, dont le résultat devrait être favorable au régime en raison d'une bonne implantation dans les campagnes, selon plusieurs politologues, s'annonce comme un entérinement du "pouvoir à vie" de Blaise Compaoré, dont ne veulent pas entendre parler ses détracteurs.
En 27 ans de pouvoir, l'économie a connu des avancées, mais la population de ce pays sahélien reste l'une des plus pauvres du continent.
En témoigne le 181e rang sur 186 occupé par le Burkina Faso en termes d'indice de développement humain (IDH), selon l'ONU. L'IDH se fonde sur trois critères majeurs : l'espérance de vie à la naissance, le niveau d'éducation, et le niveau de vie.
Dans ce pays où 60% des 17 millions d'habitants ont moins de 25 ans et n'ont donc jamais connu d'autre régime que celui de l'actuel président, la jeunesse, surtout dans les grandes villes, se montre réfractaire à une perpétuation du pouvoir en place.