VOUS AVEZ FESTOYÉ ! MAINTENANT CHANGEZ DE CAP
par DJESS DIA MOUNGOUANSI
Au soir du 15 Août 2010, une fois que tous les falbalas trompeurs des festivités du cinquantenaire sont
fanés, il ne reste plus aucun oripeau au conquérant Sassou. Les larges manches du magicien sont déchirées et son chapeau est vide. Dans la salle, les applaudissements sont rares, les huées
percent et les grincheux dominent. Dans cette représentation, Sassou Nguesso sait qu’il va devoir enfin se mettre au travail. Mais en a-t-il la volonté ?
Un univers façonné par lui et pour lui
L'univers façonné par lui et pour lui, se mue chaque jour en géhenne. Un insidieux prisme nous renvoie une réalité éculée par le
vice. Il fallait jadis pour un Président être vertueux pour être aimé, il suffit pour lui aujourd'hui d'être adulé pour être paré de vertus. C’est une bien curieuse période, propice aux
imposteurs et aux fossoyeurs : ils font ce qui est bien vu et non ce qui est bien. Signe de décadence, la tyrannie des manifestations forcées, à la soviétique, fonctionne à l'envers. Le puissant
croit tenir en respect le peuple qu’il accable et qui l'acclame, alors que c'est la foule flatteuse qui enserre son maître dans ses rets: s'il ne bouge pas, s'il n’agit pas, elle l'étouffe de
disgrâce. Mais il n’en a cure, son pouvoir n’est pas tributaire d’une quelconque adhésion du peuple, il le doit aux armes et à la terreur.
Or, le génie d’un dirigeant devrait être fondé sur ses capacités et ses aptitudes à résoudre les contradictions qui se posent à
son pays pendant son règne. Mais cet homme-là les exacerbe, les intensifie à dessein pour annihiler toute résistance organisée face à son funeste projet du « Chemin d’avenir ».
Avant comme après les exhibitions pompeuses, les mêmes turpitudes. Du Conseil des ministres à l’Assemblée nationale, de Mpila à
Oyo, grouille un magma d’«aplaventristes» irresponsables et malléables, de délinquants multirécidivistes et de tubes digestifs de toutes sortes que Sassou, sous n’importe quel prétexte de cuisine
politicienne, manipule et actionne à sa guise pour satisfaire ses rêves chimériques de monarchisation du Congo. La plèbe, tenaillée par le quotidien, reste de marbre ; les intellectuels
acquiescent, les médias étouffés par la chape de plomb mpilienne s’indignent et s’éclipsent promptement ; l’opposition se calfeutre dans une résignation maladive. L’oyocratie continue
inlassablement sa croisade destructrice comme un bulldozer sans freins. Elle malmène, banalise, détruit et s’amuse avec maestria avec les institutions.
Des chantiers sur le lit de Procuste
Pourtant, une kyrielle de grands chantiers en souffrance se retrouve simplement sur le lit de Procuste.
Dès que l’euphorie née du taux de croissance du PIB, totalement mystificateur, caracolant autour de 6% pour 2009 et estimé à
13,30% pour 2010, dès que cette sensation d’aise disais-je, se serait essoufflée, la réalité d’une pauvreté agressive reprendra le dessus.
Un bémol tout de même ! Ces taux de croissance anormalement élevés ne sont pas à mettre au compte de l’action gouvernementale.
Ils sont essentiellement dus à la valorisation de la rente pétrolière. Par conséquent, ils ne sont pas générés par des dynamiques entrepreneuriales endogènes, subordonnées elles par la politique
économique d’un système gangréné par la corruption.
Face aux rouleaux compresseurs des puissantes multinationales pétrolières, les marges de manœuvres de nos pays sur le plan
pétrolier se réduisent comme peau de chagrin, et n’importe quel dirigeant, même le moins talentueux aurait au moins réalisé cet exploit. On se souvient d’un autre despote tropical, Teodoro Obiang
NGuema de la Guinée Equatoriale, qui à la faveur d’une croissance exponentielle de recettes pétrolières s’était targué d’avoir réussi le record envié d’un taux de croissance du PIB global
de….95.3% en 1997 (dont 251,4% pour le secteur pétrolier). Où était son mérite ?
Quant à l’accession de notre pays à l’initiative PPTE, tous les analystes sont unanimes : en dépit de l’enveloppe honteuse qui
l’entoure, elle permettra à notre pays de disposer d’abondantes ressources financières.
Là où le bât blesse c’est qu’une fois de plus, elles ne bénéficieront pas aux secteurs ayant de réels effets d’entrainement sur
l’ensemble de l’économie. Encore une occasion ratée, un non- évènement.
L’augmentation de la masse salariale consécutive à l’abrogation du décret du 28 décembre 1994 portant suspension des effets
financiers à la suite d’un avancement ou de toute autre promotion dans la fonction publique, fera subir d’énormes coups d’accordéon au budget de l’Etat. En janvier 2011, le salaire minimum dans
la fonction publique s’envolera à plus de 25% !
Un catalogue de saupoudrages
Un dirigeant inspiré par une démarche prospective aurait mis l’accent sur la valorisation des trésors d’emplois enfouis dans
tous les secteurs de l’économie. Ce qui injecterait du pouvoir d’achat, qui lui entrainerait l’augmentation de la demande intérieure, moteur d’une économie. Tirant à hue et à dia, il nous propose
un catalogue de saupoudrages sans inventivité. Aucune mesure courageuse susceptible de projeter notre pays dans la modernité, alors que les recettes pétrolières, en mesure de desserrer les
contraintes financières crèvent le plafond.
Le grand changement que doit réussir Sassou, et sans doute lui faut-il commencer par là, c'est le sien: être enfin un bon
président, qui doit acquérir l’idée que nul n’est irremplaçable, que l’alternance est inhérente à toute forme de démocratie. Il ne doit plus être otage de son clan pour qui, il n’est qu’une
chaine d’or qui tient un boulet de plomb; en fait, devenir un homme de cap plus que de cape. Pour réussir cette métamorphose, il lui serait bon d'être impopulaire à lui-même; c'est-à-dire qu'il
doit apprendre à s'aimer un peu moins et à aimer son pays.
Décidément, c’est méconnaître le Congo que de penser qu’il serait aisé d’instaurer une monarchie dans un pays où, jusqu’au
retour de Sassou par les armes, il a tant fait bon vivre, un pays dans lequel, a priori, rien ne manque, ni la mer bleue, immense, infinie, ni la savane, ni le majestueux grand fleuve, ni le
grand Mayombe …. Une terre dont les hommes ont un tempérament vif, malin, gai et séducteur, une grande facilité à inventer, imaginer, faire, des qualités qui ne demandent qu’à être développées,
et non rabaissées, reléguées au rang de vieilleries dignes d’un Musée qui n’a pas encore vu le jour, en dehors de celui qui est dédié aux cendres de De Brazza.
Djess Dia Moungouansi