République du Congo
Conférence publique
Date : 02 Mai 2012
Lieu : Institut Français du Congo, Brazzaville
Thème : Les oppositions africaines et l’alternance démocratique en Afrique : le cas du Congo-Brazzaville, de la République Démocratique du Congo (RDC) et du Sénégal.
Orateur
: ELO DACY, ancien Doyen de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université Marien Ngouabi, analyste politique.
Depuis les Indépendances de 1960, les différentes Constitutions africaines ont habillé les Etats d’un masque républicain. Or, quels que soient le lieu et le temps, l’un des caractères fondamentaux d’une République est l’éligibilité. L’élection constitue en effet, le mode normal et le plus légitime de désignation des dirigeants dans une République. Pour obéir aux normes républicaines, l’élection doit être libre, transparente et équitable et requiert de ce fait, une loi électorale impartiale, une commission électorale véritablement indépendante, un corps électoral fiable, l’égalité de traitement entre tous les compétiteurs, car, la République postule le règne des citoyens égaux en droits. Cette transparente-là, fait avancer la démocratie.
Un autre trait caractéristique de la République est le renouvellement à échéance des mandats, car, la durée excessive de l’exercice du pouvoir pose problème. Ce principe implique que tout mandat à vie et autres procédés identiques sont anti-républicains. Dans tout pays qui se réclame de la République, les élections revêtent un enjeu politique majeur et constituent de hauts moments d’expression de la liberté, de la transparence et de l’égalité des citoyens. En Afrique au contraire, les élections sont devenues la cause principale des conflits socio-politiques, particulièrement depuis les années 1990, années de réhabilitation des processus démocratiques dans le continent, à la suite du vent de la perestroïka qui a emporté les partis uniques à l'œuvre depuis les Indépendances. Les exemples du Zimbabwe en 2005, du Kenya en 2006, du Niger en 2008, de la Guinée-Conakry en 2010, de la Côte d’Ivoire et de la République Démocratique du Congo (RDC) en 2011, du Sénégal en 2012, etc, en sont une excellente illustration.
A la base de cette situation se trouvent me semble-t-il, deux phénomènes principaux : d’une part, le fait que la plupart des régimes politiques africains d’aujourd’hui sont des monarchies déguisées en République ; d’autre part, l’apparition d’un phénomène nouveau que je désignerai, faute de meilleur concept, par celui « d’addiction à la politique », cette sorte de « gourmandise politique», qui se caractérise, d’un côté, par la volonté maladive des détenteurs du pouvoir de se considérer, à l’instar des chefs traditionnels de nos villages, comme des présidents à vie, ainsi que la peur bleue que leur inspirent l’idée de perdre le pouvoir et dans cette hypothèse, la sanction de leur bilan accablant ; de l’autre côté, par les ambitions personnelles, les égoïsmes individuels, le choc des égo, les querelles de chapelles et la sensibilité à l’appel de l’argent qui divisent et affaiblissent les oppositions africaines.
Déclinant sa stratégie électorale, Pascal LISSOUBA, président du Congo-Brazzaville de 1992 à 1997, déclarait : «je n’organise pas les élections pour les perdre », résumant par cette belle formule, l’état d’esprit de la plupart des dirigeants africains qui rêvent de demeurer à vie au pouvoir ou à défaut, d’organiser des successions dynastiques. Ce principe est aujourd’hui érigé en règle d’or de l’organisation des élections dans chaque pays d’Afrique. Il induit l’élaboration et la mise en oeuvre par les pouvoirs en place, de stratégies de tricherie électorale à grande échelle, stratégies marquées entre autres par : le tripatouillage des Constitutions, l’instrumentalisation des Cours constitutionnelles chargées de la validation des candidatures et de la proclamation des résultats, la manipulation des corps électoraux et des listes électorales, l’organisation de scrutins émaillés de fraudes massives parmi lesquelles : - la majoration du nombre des électeurs dans les circonscriptions favorables au pouvoir et leur minorisation dans les circonscriptions jugées défavorables ; - l’installation de bureaux de vote occultes dans des domiciles privés ; - l’inscription d’un même électeur dans plusieurs bureaux de vote ; - le vote multiple pour un seul électeur ; - la migration ou la transhumance des électeurs d’une localité à une autre ; - le nombre de votants dépassant le nombre des inscrits ; - l’intimidation des électeurs par les éléments armés au service de certains candidats du pouvoir ; - la connivence entre les candidats du pouvoir et les présidents locaux des commissions d’organisation des élections ; - la distribution sélective des cartes d’électeurs ; - le bourrage des urnes, - la falsification des résultats sortis des urnes ; - la proclamation des résultats sans indication du nombre des inscrits, du nombre des votants, du pourcentage des abstentions ; - la rétention des procès-verbaux de transmission des résultats ; - le refus d’afficher les résultats devant les bureaux de vote tel que prévu par la loi électorale ; - l’utilisation des deniers publics et du matériel de l’Etat pour les campagnes électorales des candidats du pouvoir, etc. Dans un tel contexte, les présidents en exercice et candidats à leur propre succession, qui savent comment ne pas perdre une élection, ne peuvent que gagner et ne rêvent que de gagner.
Malheureusement, les oppositions africaines qui devraient être la solution à la confiscation du pouvoir politique par les présidents à vie, sont devenues le problème. En effet, infatués de leur petite personne, dévorés par leur passion politique, poussés par un goût effréné du pouvoir et alléchés par les avantages et les privilèges que le pouvoir confère, les opposants africains pensent pour la plupart, avoir chacun, un destin. Chacun ambitionne de devenir président de la République, même quand manifestement il n’en a, ni le potentiel, ni l’étoffe. Chacun poursuit uniquement son intérêt personnel en se fichant pas mal de l’intérêt général. Dans cette optique, au moment des élections décisives, les élections présidentielles, au lieu de privilégier l’unité des forces de l’opposition et de s’entendre sur un nom pour aller en rangs serrés à l’assaut du président-candidat dont ils disent tous vouloir se débarrasser, les opposants africains mettent en avant leurs égo et jouent chacun sa propre partition, faisant ainsi le lit du candidat du système.
Dans cet esprit, au Congo-Brazzaville, la Conférence nationale souveraine (CNS), tenue à Brazzaville du 25 février au 10 juin 1991, avait échoué à atteindre plusieurs des objectifs majeurs qu’elle s’était fixés, à savoir, renouveler en profondeur le paysage politique congolais, promouvoir des pratiques politiques et sociales articulées sur les valeurs universelles de la démocratie, refaire l’unité et la concorde nationales, donner la priorité au Congo au détriment des pratiques de népotisme et de préférence ethno-régionale.
Cet échec tire son origine des faiblesses internes du Front de l’opposition (Front du refus), l’initiateur et le maître d’ouvrage de la CNS. En effet, ce Front qui symbolisait le changement et la rupture d’avec l’ordre politique monopartite, était une coalition hétéroclite d’ethno-partis ou d’ethno-associations, pour la plupart, sans projet politique, sans éthique, essentiellement mus par des soucis alimentaires et le goût immodéré du pouvoir de leurs leaders. Si tous les partis qui le composaient étaient d’accord pour en découdre avec le monopartisme, pour le reste, ils ne s’entendaient pas, chacun privilégiait ses intérêts de parti et prêchait pour sa propre chapelle. Les nombreuses ambitions personnelles apparues quand la Conférence nationale était entrée dans la phase du choix des animateurs des futures Institutions ont donné un coup fatal à l’unité de l’opposition. Chaque leader privilégiait ses propres intérêts et cherchait à se positionner pour tel ou tel poste de responsabilité.
Ce chacun pour soi a grandement nui à l’impératif unitaire de l’opposition et à l’adoption d’un projet politique commun, articulé sur les idéaux de la démocratie. Faute de ce projet, beaucoup de participants à la CNS se sont repliés sur l’identité de la famille, du village, de l’ethnie, du district ou de la région, à telle enseigne qu’au moment du choix des responsables des commissions ad hoc, des membres du Conseil Supérieur de la République et de l’élection du Premier ministre de transition, des clivages à base géo-ethnique sont apparus. C’est ainsi que, beaucoup de représentants des partis et associations dirigés par des originaires du Pool s’alignèrent derrière Bernard Kolelas et André Milongo ; ceux dirigés par les originaires des pays du Niari, derrière Pascal Lissouba ; ceux dirigés par les originaires du Kouilou, derrière Jean-Pierre THYSTER TCHICAYA et ceux dirigés par les originaires du Nord, étaient éclatés entre David Charles GANAO, Gabriel BOKILO et Mathias DZON. Cette ethno-régionalisation du choix des hommes acheva de ruiner l’unité de combat de l’opposition et amenuisa les chances de la CNS d’ouvrir un réel avenir démocratique pour le Congo et une véritable alternative politique.
Dans la même veine, en 2007, dans le cadre de la préparation des élections législatives, un collectif des partis s’était constitué pour revendiquer la mise en place d’une commission véritablement indépendante d’organisation des élections. Ce collectif qui réunissait à sa création, certains partis de la mouvance présidentielle (l’UPRN de Mathis DZON, l’UP de Maître Martin BEMBA, le RNDP de Claude Ernest NDALLA, l’UNDP de Pierre NZE), certains partis de l’opposition de l’époque (le RDD de Joachim YOMBI OPANGO, l’UDR/Mwinda de André MILONGO, l’UPADS de Pascal TSATY MABIALA) et certains partis du centre (le PSDC de Clément MIERASSA, le MGCC de Jean Michel BOKAMBA YAGOUMA, l’URDC de Luc Adamo MATETA), avait très vite volé en éclat, car, dans le dessein de diviser pour régner, le pouvoir avait, d’une part, proféré des menaces de sanction contre les partis de la majorité qui avaient commis le crime de lèse-majesté d’adhérer au collectif, et d’autre part, mis en jeu des « Nguiri », c’est-à-dire des mallettes d’argent en direction de certains partis.
A la suite de cette contre-offensive à la fois musclée et de charme du pouvoir, certains partis de la mouvance présidentielle, de l’opposition et du centre, avaient renoncé à revendiquer la mise en place d’une commission véritablement indépendante d’organisation des élections et accepté de servir de faire-valoir au pouvoir, en participant à la farce électorale de 2007, en contrepartie de quelques postes de députés, de ministres ou de conseillers du chef de l’Etat.
Sur le même registre, en 2009, lors de l’élection présidentielle, scrutin du 12 juillet, l’opposition congolaise, qui avait pourtant scellé son unité au cours des Etats généraux de l’opposition, tenus à Brazzaville du 20 au 22 février 2009 et qui s’était assigné pour objectif principal, de promouvoir les conditions d’une alternance démocratique et pacifique au Congo, l’opposition congolaise dis-je, est allée en rangs dispersés à l’élection avec neuf candidats : Mathias DZON, Ernest Bonaventure MIZIDY BAVOUEZA, Jean François TCHIBINDA KOUANGOU, Ange Edouard POUNGUI, Clément MIERASSA, Guy Romain KINFOUSSIA, Michel Marion EHOUANGO MADZIMBA, Rigobert NGOUOLALI, Marcel GUITOUKOULOU. Trois de ces candidats ont été invalidés par la Cour constitutionnelle pour divers motifs : Ange Edouard POUNGUI, Rigobert NGOUOLALI et Marcel GUITOUKOULOU. Trois autres candidats se réclamant de l’opposition dite modérée se sont eux aussi portés candidats à l’élection présidentielle. Il s’agit de Nicéphore FYLLA de SAINT EUDES, Joseph HOUNDJOULA MIOKONO, Joseph KINOUMBI KIA-MBOUNGOU.
Comme à la CNS en 1991, les ambitions personnelles, les intérêts partisans, les manœuvres de division orchestrées par le pouvoir ont nui à l’unité de l’opposition et l’ont empêché de présenter un candidat unique à l’élection présidentielle de 2009. Par ailleurs, mus par des considérations géo-ethniques, certains leaders de l’opposition ont justifié, sans rire, leur candidature en expliquant que leur région d’origine ne pouvait pas ne pas être représentée à l’élection présidentielle. Chez eux, la préférence ethno-régionale avait pris le pas sur l’intérêt général de l’opposition, du Congo et de l’ensemble de son peuple.
Récemment, en novembre 2011, lorsque suite à la demande insistante du Front des partis de l’opposition congolaise (FPOC), le pouvoir a accepté le principe d’une concertation des acteurs politiques sur les élections législatives de 2012, certains partis de l’opposition ont eu des attitudes pour le moins étranges. Non seulement, ils ont pris part à la rencontre d’Ewo, violant ainsi la décision du FPOC de la boycotter, décision annoncée au cours d’une conférence de presse tenue au siège de l’UPADS trois jours avant la rencontre d’Ewo, mais encore et surtout, ils ont présenté dans la presse, les recommandations négatives de cette rencontre comme des avancées, alors qu’elles prenaient le contrepied du cahier de charges en 14 points, adopté aux Etats généraux de l’opposition en février 2009. Parmi ces 14 points figuraient entre autres : (i) l’abrogation du cadre institutionnel et juridique en vigueur en matière d’élection au Congo, notamment la loi n°5-2007 du 25 mai 2007, modifiant et complétant certaines dispositions de la loi n°ç-2001 du 10 décembre 2007, portant loi électorale ; (ii) l’adoption d’une nouvelle loi électorale instituant une Commission nationale d’organisation des élections (Conel), véritablement indépendante, dotée de la personnalité juridique, jouissant de l’autonomie financière et chargée de toutes les opérations préélectorales, du déroulement du scrutin, de la centralisation du traitement et de la publication des résultats ; (iii) la dissolution de la Conel actuelle, toute acquise au pouvoir et la mise en place d’une commission véritablement indépendante et paritaire d’organisation des élections ; (iv) l’annulation sans délai de l’opération de révision des listes électorales et la réalisation de façon paritaire d’un recensement administratif spécial pour déterminer un corps électoral transparent ; (v) la réalisation d’un nouveau découpage électoral fondé sur des critères objectifs.
Comment comprendre que des partis politiques qui, jusqu’à la veille de la rencontre d’Ewo défendaient bec et ongle ces positions de principe, aient depuis, rallié les positions du pouvoir en matière électorale, sabordant ainsi l’unité de l’opposition ? Les raison de ce revirement à 180° par rapport au cahier de charge des Etats Généraux de l’opposition, me paraissent relever de trois ordres : le triomphe des égoïsmes individuels, le manque d’idéal politique et la sensibilité à l’appel de l’argent.
Comme on le sait, en règle générale, on entre en politique parce qu’on a des convictions que l’on cherche à faire triompher ou parce qu’on a un idéal que l’on veut promouvoir. Les acteurs politiques sont d’abord et avant tout des militants d’une cause. Ils sont voués au désintéressement et au sacrifice. Ils sont guidés par l’éthique de la conviction ; leur conception de la démocratie repose sur un idéal moral : l’intérêt général. La principale qualité d’un acteur politique est l’oubli de soi.
Dans cette optique, le pouvoir politique est conçu comme un moyen efficace pour promouvoir le progrès politique, économique, social et culturel d’une Nation et de son peuple. On entre en politique pour servir l’intérêt national et l’intérêt général et non pas pour se servir soi-même, servir les intérêts de son clan, de son ethnie ou de sa région d’origine. Le bien public est le fondement du gouvernement. Le but de la politique est de rendre une collectivité heureuse et de garantir sa sécurité.
A l’inverse de cette tendance, au Congo, à de très rares exceptions près, on entre en politique non pas par conviction, mais par souci alimentaire, pour faire carrière et s’enrichir à des fins personnelles. En raison de l’absence d’une économie nationale forte et créatrice de richesses, le champ politique est devenu le principal créneau qui procure de la richesse à ceux qui détiennent des positions de pouvoir. Dans leur immense majorité, les acteurs politiques congolais manquent trop souvent de civisme et sont peu enclins au dévouement à l’intérêt collectif. Ils sont hantés par le goût du pouvoir.
Ils ne pensent qu’à une chose : le pouvoir, les avantages et les privilèges du pouvoir. Emportés par la boulimie de bien-être et la paisible jouissance des biens de consommation, soucieux avant tout d’acquérir un confort matériel, ils sont la proie de tentations auxquelles un trop grand nombre d’entre eux cèdent volontiers ; ondoyants et divers, ils tournent casaque au moindre appel de l’argent ; ils mangent à tous les râteliers. Pour paraphraser l’ancien président Pascal LISSOUBA : « ils pratiquent la politique du ventre ». Ils vivent à l’instant et veulent être reçus au festin du pouvoir. Sur ce registre de la sensibilité à l’appel de l’argent, l’ancien président français, François MITTERAND avait dénoncé en son temps : « l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, l’argent qui ruine et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes ».
La politique est ainsi détournée de sa noble vocation, à savoir, le service de la Nation et le dévouement à l’intérêt collectif, pour devenir un instrument au service des ambitions personnelles et un moyen d’enrichissement personnel de ses acteurs. Les promoteurs de la République rêvaient d’une institution républicaine irréprochable, fondée sur le devoir de vertu. Au Congo, le rêve républicain de la vertu est un désir régulièrement déçu. C’est donc une tâche urgente de prévoir des mécanismes pour enrayer la conception néo-patrimoniale et mercantile du pouvoir, actuellement à l'œuvre et promouvoir une conception saine de la politique, conçue comme un levier indispensable au service du redressement et de la refondation du Congo. Dans cette perspective, il est urgent de définir une éthique du comportement de l’acteur politique et de faire de la vertu une obligation constitutionnelle.
Le renouveau du Congo requiert la promotion d’une nouvelle race d’acteurs politiques, patriotes, désintéressés, honnêtes, compétents et dévoués à l’intérêt collectif.
A l’instar des opposants du Congo-Brazzaville, ceux de la République Démocratique du Congo privilégient, eux aussi, leurs ambitions personnelles, au détriment de l’intérêt collectif. Comme ceux du Congo-Brazzaville, ils sont allés désunis à l’élection présidentielle, scrutin du 28 novembre 2011.
Or, dans une élection à un seul tour, l’opposition ne pouvait espérer gagner contre le président de la République, candidat à sa propre succession, que si, et seulement si, elle présentait un candidat unique. Plombée par les égoïsmes individuels, elle a gâché ses chances et a fait le jeu du candidat du pouvoir, en présentant contre lui dix (10) candidats : Etienne TSHISSEKEDI WA MULUMBA de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), Vital KAMHERE de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC), Léon KENGO WA DONDO de l’Union des Forces Congolaises (UFC), Joseph ZANGA MUBUTU de l’Union des MOBUTISTES (UDEMO), Antipasse MBOUSSA NIAMUISSI (indépendant), Adam BOMBOLE (indépendant), Oscar KASAHALA, etc. , émiettant du coup, le vote des électeurs favorables à l’opposition et minant toute possibilité d’alternance démocratique et pacifique en RDC.
Tous les efforts engagés pour réaliser l’unité de l’opposition et la désignation d’un candidat unique ont échoué contre le choc des ambitions personnelles et des égo. Par son manque d’habileté tactique et sa suffisance, le président de l’UDPS, Etienne TSHISSEKEDI WA MULUMBA (le sphinx de Limité) a laissé passer ses chances de devenir président de la République Démocratique du Congo (RDC) en rejetant avec morgue les offres de candidature unique faites par les autres candidats de l’opposition. Faisant montre d’une arrogance inqualifiable, il a découragé ses partenaires en déclarant : « Je n’ai pas résisté pendant 30 ans à la dictature du Marshal MUBUTU SESSE SEKO, pour laisser la place à quelqu’un d’autre » sic. C’est lui ou le chaos. C’est à prendre ou à laisser.
Cette suffisance a blessé les autres candidats de l’opposition qui pourtant n’étaient pas opposés à l’idée de faire de lui, le candidat unique de l’opposition. Ce que ces autres candidats demandaient à juste titre, ce sont des garanties, comme cela est de coutume dans tout accord électoral, à savoir, un accord électoral clair, un programme commun de gouvernement, la garantie d’une répartition équitable du pouvoir en cas de victoire. Nourrissant l’illusion qu’à lui tout seul, il obtiendrait la majorité des voix pour battre le président sortant, Etienne TSHISSEKEDI a balayé d’un revers de main les propositions de bon sens de ses partenaires de l’opposition. On connait la suite.
Au Sénégal, l’opposition a offert le même spectacle affligeant de division à l’occasion du premier tour de l’élection présidentielle, scrutin du 26 février 2012. On était d’autant plus surpris par cette situation que le Sénégal apparaissait jusque là, comme le seul Etat africain francophone où la démocratie s’était véritablement enracinée. Comment comprendre que de vieux routiers de la politique comme MOUSTAPHA NIASSE, OUSMNE TANOR DIENG, LANDING SAVANE, MACKY SALL, Idrissa SECK, Ibrahima FALL pour ne citer que ceux-là, n’aient pas compris que dans les conditions d’alors du Sénégal, un candidat unique de l’opposition, constituait la seule chance pour l’opposition de battre WADE ? C’est incompréhensible, mais le fait est là : malgré les expériences malencontreuses du Gabon en 2008, du Cameroun en 2011 et de la RDC en 2011, l’opposition sénégalaise s’est entêtée à aller au premier tour de l’élection présidentielle en rangs dispersés, en présentant 13 candidats : MACKY SALL, MOUSTAPHA NIASSE, OUSMANE TANOR DIENG, IDRISSA SECK, LANDING SAVANE, Ibrahima FALL, YOUSSOU NDOUR et autres.
Les raisons de cette situation sont fondamentalement les mêmes que pour le Congo-Brazzaville et la RDC. Comme dans ces deux pays, l’opposition sénégalaise est minée par le choc des égo, le goût immodéré du pouvoir, les querelles de chapelles, l’absence de désintéressement et de sens de l’intérêt collectif. Non contents de se diviser, les opposants sénégalais se sont trompés de campagne. Ils ont épuisé toute la période de la campagne électorale à organiser des meetings pour exiger le retrait de la candidature du président WADE, au lieu d’effectuer une campagne électorale de terrain, en vue de la mobilisation de leur électorat respectif. De fait, ils se sont présentés à l’élection présidentielle, sans y être réellement préparés, à l’exception de quelques-uns, tels que MACKY SALL, MOUSTAPHA NIASSE, OUSMANE TANOR DIENG ; l’ayant compris trop tard, ils ont demandé un report de l’élection que le président candidat et le système électoral à son service leur ont refusé.
Heureusement, tirant les leçons du premier tour, les opposants sénégalais se sont ressaisis et ont décidé de faire bloc derrière MACKY SALL, resté en lice, pour transformer le second tour en un référendum contre le président sortant. Puisse cette prise de conscience tardive, s’enraciner pour toujours, s’étendre à l’ensemble de l’Afrique et demeurer à jamais.
En agissant comme elles le font aujourd’hui, les oppositions africaines font consciemment ou inconsciemment, le lit des systèmes en place en Afrique et éloignent du coup, les perspectives d’une véritable alternance démocratique et pacifique dans le contient. On l’aura remarqué, la stratégie du « chacun pour soi » adoptée par la plupart des oppositions africaines est suicidaire et les conduit nécessairement dans l’impasse. Il faut en sortir au plus vite. Pour ce faire, il me parait indispensable que les oppositions africaines rompent radicalement avec la conception mercantile de la politique actuellement à l'œuvre dans le champ politique africain et accèdent à une conception moderne et civilisée, articulée sur les valeurs universelles de la démocratie et sur le dévouement à la cause nationale et à l’intérêt général.
Dans cette direction, le devoir des oppositions africaines est de faire un examen de conscience, de transcender les égoïsmes individuels et le narcissisme, de se départir de leur sensibilité à l’appel de l’argent, de se tracer un devoir de vertu, de privilégier l’intérêt général et de s’inscrire dans une logique de rassemblement dès le premier tour en concluant des accords électoraux par lesquels leurs candidats aux élections présidentielles s’engagent à accepter de s’effacer au profit du candidat de l’opposition le mieux à même de battre le candidat du pouvoir. L’alternance démocratique et pacifique en Afrique est à ce prix. Hors de cette voie, il n’y a point de salut. Par leurs divisions, les oppositions africaines se condamnent à échouer.
Aujourd’hui, un peu partout en Afrique, par-delà les appartenances ethno-régionales, les populations expriment une intense demande de changement de politique et d’hommes. Le temps est donc venu de promouvoir en Afrique, des acteurs politiques nouveaux, réellement épris de paix et de démocratie, uniquement préoccupés par le bien public, acquis à l’intérêt collectif et dont la vocation est de construire une culture politique qui accorde la priorité aux besoins essentiels et aux intérêts fondamentaux du plus grand nombre. Ces nouveaux opérateurs politiques doivent en outre, épouser les exigences des temps modernes et être capables de mobiliser les populations sur les valeurs de paix, d’unité et de concorde nationales, de démocratie, de partage, de bonne gouvernance et de respect des droits humains.
Ce renouveau salvateur n’est possible que si les oppositions africaines d’aujourd’hui consentent à se faire violence et décident de rompre radicalement d’avec les conceptions, les mentalités, les pratiques politiques et sociales d’hier et d’aujourd’hui.
Puisse le deuxième tour de l’élection présidentielle sénégalaise de 2012, servir d’exemple à toutes les oppositions africaines ! Vivement l’alternance démocratique et pacifique en Afrique.
ELO DACY
«Un dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le peulpe ne relève pas le défi »
Pour une République Juste & Démocratique, Vous trompez le Peuple Nous dénonçons