LA MUNICIPALISATION ACCÉLÉRÉE DE LA CUVETTE OUEST : QUE FAUT IL RETENIR ?
Par Valentin OKOUROUKA
L’organisation des fêtes tournantes à la faveur de la célébration des festivités marquant chaque anniversaire de l’indépendance du Congo accompagnée de la construction d’une série d’infrastructures a été lancée pour la première fois en 2004 à Pointe-Noire et dans le Département du Kouilou. Cette expérience dite municipalisation accélérée, calquée sur le modèle gabonais initié en son temps par feu Président Omar BONGO ONDIMBA vient d’être tentée dans le Département de la Cuvette-Ouest, dernier né des Départements du Congo dont la caractéristique essentielle sur le plan national est d’avoir été longtemps abandonné à son triste sort par le pouvoir Central de Brazzaville. Conséquence de cet abandon, la demande en infrastructures de base a toujours été la plus élevée du pays. Dans ces conditions, un an de travaux sinon six mois si l’on s’en tient à la date effective du lancement des travaux par le Président de la République (14 février 2011) et une enveloppe globale annoncée à trois cent milliards de FCFA étaient-ils suffisants pour changer significativement le visage de ce Département martyr et apporter le bien-être social, aspiration légitime de tout être humain, aux populations de ce département ?
Qu’est-ce qui a justifié par ailleurs la médiatisation à outrance dont cet événement qui se tient dans notre pays pour la huitième fois a-t-il fait l’objet ?
A la vérité, en tout et pour tout, le bilan de la municipalisation accélérée de la Cuvette-Ouest ou plutôt de la municipalisation accélérée d’Ewo, se résume à la construction de l’hôtel du Conseil Départemental, le siège de la mairie (encore en construction), l’hôtel de la sous-préfecture, la gare routière, la piste d’atterrissage et deux petits hangars. A ces maigres réalisations s’ajoutent le bitumage de l’avenue principale qui traverse la ville d’Ewo, c’est- à- dire du quartier Kangamitema à la résidence du Préfet située non loin de la sortie qui mène vers le district de Mbama, puis deux petites brettèles dont l’une contourne le quartier Kangamitema et débouche sur le quartier Ouenzé, à côté du siège de l'Église Évangélique ; et l’autre qui relie la résidence présidentielle à l’aéroport (évidemment).
Dans les cinq autres districts que compte le département, à savoir : Mbama, Etoumbi, Mbomo, Okoyo et Kellé, aucun chantier retenu n’a été achevé avant la date du 15 août 2011. Aucune de ces localités ne présente à ce jour un seul signe visible d’une modernisation en vue.
C’est autant dire que la version officielle des faits qui veut que la municipalisation accélérée de la Cuvette-Ouest soit prise pour modèle de réussite n’est que pure mensonge. En réalité la réussite dont on plébiscite tant, tient essentiellement à la célérité avec laquelle les infrastructures nécessaires à l’organisation de la fête du 15 août et à l’hébergement du Président de la République et ses hôtes ont été réalisées, non pas au volume d’infrastructures, moins encore à leur qualité et leur utilité pour les populations dans leur vécue quotidien. Après tout, que pouvait-on attendre de mieux quand on sait que le Ministre Délégué aux grands travaux, seul maître et artisan de la construction du Congo, est exempté de la procédure de contrôle qui veut que tout membre du gouvernement qui agit au nom et pour le compte de l'État rende des compte au peuple par le canal du parlement comme c’est le cas dans toute nation démocratique qui se respecte ?
Inutile donc de dire qu’Ewo n’a pas connu une véritable métamorphose et sa physionomie reste la même, c’est-à-dire celle d’un grand village avec une prédominance de maisons en terre battue et en paille. En tout cas, Ewo n’est pas Owando ou Boundji et encore moins Oyo. En effet, dans d’autres départements du Congo où la municipalisation est passée avant comme la Cuvette Centrale par exemple, la réussite n’a pas été seulement le résultat de la réalisation des projets de grande envergure retenus par la Délégation Générale des Grands Travaux mais aussi celui du nombre élevé des logements privés modernes construits par les cadres originaires de ce Département dont le nombre aux postes de responsabilité dans nos administrations est le plus élevé de toute la République. En clair, bien au-delà de la municipalisation accélérée, ce sont surtout les logements privés modernes construits par les cadres du Département de la Cuvette centrale ont contribué à changer de manière significative la physionomie des différentes villes de ce département, à l’instar d’Oyo, Owando ou Boundji.
A Ewo au contraire, l’on a pu constater dans la majorité des quartiers que les logements modernes sont rares s’ils ne sont pas inexistants. Bien évidemment ce déficit de logements privés modernes ne s’explique pas par la mauvaise volonté des cadres de ce département qui n’auraient pas voulu accompagner ce mouvement de la municipalisation accélérée en construisant chez eux. Bien au contraire. La seule explication crédible est que les cadres de ce Département ne sont pas nommés à des postes de responsabilité bien rémunérés comme leurs frères de la Cuvette Centrale par exemple.
De ce qui précède, il découle que les problèmes réels du Département de la Cuvette-Ouest sont restés entiers nonobstant la sur médiatisation et la forte propagande faites autour de sa municipalisation accélérée. Nul ne peut ignorer en effet, sauf bien sûr qui veut l’ignorer, que le développement d’un pays ou d’un Département dans le cas précis de la Cuvette-Ouest ne peut tenir à la seule construction de quelques édifices publics et au bitumage de quelques kilomètres d’artères qui plus sont concentrés uniquement dans le chef-lieu du département. On dit d’un territoire qu’il a connu un essor prodigieux à l’issue de l’organisation d’une séance de travaux de rattrapage si au bout du processus on note une baisse considérable des inégalités sociales, baisse qui se traduit dans la pratique par le recul de la pauvreté grâce notamment à l’accès des populations les plus démunies aux ressources vitales comme l’eau potable, l’électricité et les soins de santé de qualité. Dans un processus de développement réfléchi et cohérent, tout ceci doit être rendu possible par le renforcement structurel du pouvoir d’achat des populations qui découle de la création d’emplois stables et durables au profit de la population active.
Quoique les travaux entrepris dans le cadre de la municipalisation accélérée aient créé des emplois, il n’en demeure pas moins que le caractère temporaire de ceux-ci soit un motif réel d’inquiétude pour les spécialistes de l’économie du travail qui redoutent la chute vertigineuse du pouvoir d’achat de ceux des jeunes actifs qui ont bénéficié de contrats à durée déterminée, contraints de retrouver leur précarité structurelle à la fin des travaux ou le cas échéant à leur abandon pur et simple comme ce fut le cas dans certains départements où la municipalisation est passée avant.
La Cuvette-Ouest étant un département à vocation agricole, le passage de la municipalisation était le moment attendu par les paysans de voir enfin leur usine de décorticage de paddy être réhabilitée en même temps que le centre de recherche agronomique d’Obili abandonné dans les herbes. Le paddy, le café, le cacao qui font le bonheur de certains pays africains sur les marchés mondiaux ne peuvent-ils plus être pris au sérieux ne serait-ce que pour permettre aux paysans de la Cuvette-Ouest d’améliorer leurs conditions de vie dans un Congo où la fin de l'État providence a été proclamée unilatéralement par l’homme politique sans qu’il n’ait apporté les solutions pérennes à tous les problèmes qui se posent aux Congolais ? Dans le cas d’espèce, le rôle de l'État aurait consisté à assurer l’encadrement des paysans et à rechercher les débouchés pour leur production comme cela se passe dans les pays comme le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Cameroun, où vivre au village de l’agriculture est attrayant en raison du rôle positif joué par l'État dans l’incitation à la production. Aucune mesure n’ayant été prise dans ce sens, il est clair qu’à la fin des travaux de la municipalisation accélérée, les populations de la Cuvette-Ouest replongeront dans leur misère habituelle.
De quoi se demander, quelle est l’importance économique à moyen et long terme de toutes ces municipalisations qui ont eu lieu dans notre pays ?
Force est par ailleurs de constater que l’éducation, socle indéniable d’un avenir sûr n’a pas figuré parmi les priorités de la municipalisation accélérée de la Cuvette-Ouest. En effet, au-delà de la propagande digne de l’époque soviétique savamment orchestrée par les illustres chantres du chemin d’avenir qui se comptent par milliers, cette municipalisation accélérée de la Cuvette-Ouest qui était vendue à nos populations comme une faveur ou un cadeau que Président de la République leur aurait fait parce qu’il les aime, voire une remise de peine à l’endroit d’une population tenue volontairement prisonnière dans les geôles du sous-développement, n’a apporter aucune solution aux problèmes de fond qui demeurent entiers. La réhabilitation des lycées d’enseignement général que compte le Département (Ewo et Etoumbi) aurait constitué à notre humble avis une priorité afin de favoriser l’épanouissement véritable des élèves de ce Département qui continuent d’apprendre dans des conditions pré-newtoniennes. Nous en voulons pour preuve, les résultats catastrophiques enregistrés par les établissements de ce département lors des examens d'État de l’année scolaire écoulée.
Dans ces conditions, la dotation des ces établissements en bâtiments modernes et autres bibliothèques n’aurait-elle pas valu mieux peut-être que la construction du siège du Conseil départemental qui disposait déjà d’un siège moderne ? Un hôtel du Conseil Départemental est-il plus important pour les populations que la construction d’un hôpital moderne et confortablement équipé ?
En définitive, au-delà des simples effets d’annonce, il ressort que l’hypermédiatisation dont a fait l’objet la municipalisation accélérée de la Cuvette-Ouest n’avait pour seul et unique but que de dissimuler les vrais problèmes qui restent entiers après la célébration du 51ème
anniversaire de l’indépendance du Congo à Ewo.
Cependant, la réalité vécue au quotidien est comme l’ombre, nul ne peut l’enterrer. Il y a donc urgence à constater que l’horizon ne s’est pas éclaircit, bien au contraire, dans la Cuvette-Ouest en dépit de la propagande qui a été faite à travers les média d'État.
Où est donc le désenclavement de la Cuvette-Ouest qui était annoncé à grands coups de fanfare quand on sait que ni la route Boundji-Ewo, ni même la route Okoyo-Ewo n’ont été bitumées ?
Et que dire des autres routes départementales censées relier les différentes localités de ce département ?
A quand le début des travaux de construction d’un hôpital de base moderne et digne de ce nom à Ewo et des centres de santé intégrés dans les cinq autres districts du Département ?
Doit-on s’estimer heureux d’avoir abrité les festivités du 51ème anniversaire de l’indépendance quand
immédiatement après on doit continuer à vivre dans le dénuement le plus complet ?
Aussi, nous demandons aux frères du Pool et des Plateaux, qui sont, il est vrai, beaucoup mieux représentés dans les organes de décision de la République que ne le sont les cadres de la Cuvette-Ouest, de tirer d’ores et déjà tous les enseignements de cet échec cuisant et sans appel de la municipalisation accélérée de la Cuvette-Ouest pour contraindre la Délégation Générale des Grands Travaux à opérer des choix cohérents en fonction des priorités et des besoins réels de leurs populations en infrastructures.
D’une manière générale, et ce pour le bien de tous les congolais, la construction des infrastructures à la faveur des fêtes tournantes ne doit plus obéir à la logique de la médecine approximative qui consiste à administrer, sans aucun diagnostic préalable et approfondi, les médicaments à portée de mains à un malade dont on ignore la vraie pathologie.
Valentin Okourouka
Les frères du pool et des plateaux sont avertis, cette fameuse municipalisation accélérée n'est que de la poudre aux yeux. C'est le nouvel instrument de propagande du système SASSOU et sa bande. Un homme averti en vaut deux.
Boundji, Norbert OLESSONGO pour la Voix du Peuple
Pour une République Juste & Démocratique, Vous trompez le Peuple Nous dénonçons