Au Niger, la junte promet des élections
Deux jours après le coup d'Etat, des milliers de personnes ont manifesté samedi 20 février 2010 leur soutien aux militaires putschistes à Niamey.
Des participants à une marche de soutien à la junte nigérienne, le Samedi 20 février 2010 à Niamey.
Source AFP
La junte ayant pris le pouvoir au Niger lors d’un coup d’Etat va organiser des élections, a affirmé l’un de ses dirigeants depuis Bamako, alors que des milliers de personnes ont manifesté leur soutien aux militaires putschistes à Niamey.
Tous les membres du gouvernement arrêtés pendant le putsch de jeudi au Niger sont «désormais libres», a affirmé samedi 20 février 2010 à Bamako un des responsables de la junte, le colonel Djibrilla Hamidou Hima.
«Notre intention est d’assainir la situation politique, de réconcilier les Nigériens. Nous comptons organiser les élections, mais avant, il faut assainir la situation», a déclaré à Bamako un des chefs de la junte, le colonel Djibrilla Hamidou Hima.
Jeudi, un «Conseil suprême pour la restauration de la démocratie» (CSRD, junte) a déposé le président Mamadou Tandja à l’issue de combats autour du palais présidentiel qui ont fait au moins trois morts. Elle a dissous le gouvernement et suspendu la Constitution adoptée en août 2009 dans un climat de vive controverse.
Le colonel Hima a dit avoir été «compris» par plusieurs chefs d’Etat ouest-africains réunis à Bamako pour un sommet l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa), auxquels il a expliqué la position des putschistes.
«J’ai rencontré mes aînés, j’ai expliqué notre problème, ils nous ont compris», a-t-il dit à l’AFP.
L’Uémoa a «condamné» le coup d’Etat dans un communiqué à l’issue du sommet. Des ministres ont toutefois expliqué à des journalistes qu’il «s’agissait d’une condamnation de principe».
Une manifestation de soutien à la junte
A Niamey, environ 10.000 personnes, selon une estimation d’un journaliste de l’AFP, se sont rassemblées samedi pour exprimer leur soutien à la junte, répondant à l’appel lancé la veille par la Coordination des forces démocratiques pour la république (CFDR).
Cette coalition qui rassemble, outre des partis politiques, des organisations de défense des droits de l’Homme et des syndicats, s’était depuis des mois vivement opposée aux initiatives de M. Tandja pour rester au pouvoir coûte que coûte.
«C’est une manifestation de soutien au coup d’Etat, c’est le renversement de la dictature Tandja que nous célébrons», a déclaré à l’AFP Soumana Sanda, un ancien député présent dans la foule.
S’adressant aux manifestants, le capitaine Harouna Djibrilla Adamou, entouré d’autres militaires putschistes, a assuré que le CSRD avait agi «au nom de l’intérêt supérieur de la nation nigérienne, et non pour (son) propre compte».
L’Association nigérienne pour la défense des droits de l’homme (ANDDH), plus importante ONG de ce type dans le pays, a aussi appelé à la tenue d’élections démocratiques mais sans les putschistes.
Création prochaine d’un « conseil consultatif »
Le CSRD a annoncé vendredi la création prochaine d’un «conseil consultatif» pour travailler à l’avenir du pays.
A la question de savoir si le président Tandja serait jugé, le colonel Hima a répondu: «Non, nous n’allons pas arriver à cette extrémité. On ne peut pas dire que tout ce que Tandja a fait est négatif».
«Tout le monde commet des erreurs. Ce que nous voulons, c’est que le Niger reparte sur de nouvelles bases», a-t-il insisté.
Le Niger, vaste pays sahélien est plongé dans une grave crise politique depuis que M. Tandja, 71 ans, dont le dernier quinquennat s’achevait en décembre, avait décidé de se maintenir coûte que coûte au pouvoir en faisant adopter une nouvelle constitution prolongeant son mandat.
Il n’avait pas hésité à dissoudre le parlement et la Cour constitutionnelle pour arriver à ses fins, s’attirant les critiques de la communauté internationale.
La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) avait suspendu le pays et l’Union européenne interrompu son aide au développement. La communauté internationale a néanmoins condamné le coup d’Etat et réclamé un retour rapide à des règles démocratiques.
Une délégation de la Cédéao s’est entretenue dès vendredi soir à Niamey avec le chef d’escadron Salou Djibola, qui préside le CSRD. Elle a appelé à une «transition apaisée» aboutissant à «des élections crédibles».
Pendant que la presse internationale déplore et condamne le coup d’état, le peuple Nigérien apporte son soutien à son Armée. Des milliers de Nigériens ont envahi les rues de NIAMEY, pour soutenir les militaires
NIAMEY, Mohamed YAZID pour la Voix du Peuple