Réunie en session extraordinaire, c’est la Communauté économique des états de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) qui a ouvert le bal des condamnations et injonctions à l’endroit du régime de Laurent Gbagbo. S’en est suivi plusieurs réunions au sommet, de l’Organisation des Nations unies, de l’Union européenne (Ue) et de l’Union africaine (Ua), avec un même mot d’ordre : demander à Laurent Gbagbo «de quitter le pouvoir », sous peine de «sanctions contre lui et son entourage».
A l’instar de son homologue américain Barack Obama, Nicolas Sarkozy, Président de la République française, a réitéré cet appel vendredi dernier au cours d’une conférence de presse au siège de l’Union Européenne à Bruxelles. «Laurent Gbagbo doit partir avant la fin de la semaine. Laurent Gbagbo et son épouse ont leur destin entre les mains. Si avant la fin de la semaine Laurent Gbagbo n’a pas quitté le poste qu’il occupe en violation de la volonté du peuple ivoirien, ils seront nommément sur la liste des sanctions», a-t-il déclaré. Sans oublier, toujours dans la même veine, la mission du Président de l’Ua Jean Ping, porteur d’un message du Président en exercice de la Cedeao Goodluck Jonathan.
Depuis le début de cette crise post-électorale, les ultimatums et les condamnations fusent de partout contre Laurent Gbagbo. Seulement que valent-ils ? Et jusqu’où la communauté internationale peut-elle «s’ingérer» dans la crise en Côte d’Ivoire ?
Un fait. Bien que «pourfendu» par la communauté internationale et complètement brouillé avec l’extérieur, Laurent Gbagbo est celui qui en Côte d’Ivoire détient encore le pouvoir d’Etat. L’armée dans sa majorité lui fait allégeance (du moins c’est ce qui nous ait donné de constater). Il est l’actuel occupant du Palais présidentiel, dispose de tous les médias d’Etat, contrôle le port et les aéroports, nomme et révoque avec effectivité de la décision. Bref c’est lui le Président en exercice.
Fort de ce pouvoir, Laurent Gbagbo va «couper les vivres» à Alassane Ouattara et son quartier général, retranchés au Golf hôtel par ailleurs édifice publique. Les check-points installés par les Forces de défense et de sécurité (Fds) autour du périmètre de l’hôtel, rendent difficile voire quasi-impossible l’approvisionnement en médicaments et en vivres de l’Hôtel.
Face aux menaces de la communauté internationale, Laurent Gbagbo a demandé au nom de «la souveraineté nationale», le départ du territoire ivoirien, de l’Opération des nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci) et des troupes françaises, pour «ingérence dans les affaires intérieures de la Côte d’Ivoire ». Laurent Gbagbo à «le cuir épais» et il a déjà démontré par le passé qu’il sait tenir tête à la communauté internationale.
Le bras de fer est à nouveau engagé. Les sanctions individuelles brandies par la communauté internationales portent pour l’essentiel sur l’interdiction de voyage vers l’extérieur, le gel des avoirs et des poursuites judiciaires engagées par la Cour pénale internationale (Cpi). Ces mesures peuvent-elles affaiblir le pouvoir de Laurent Gbagbo qui en réalité n’est pas porté sur les voyages, et dit avoir «un seul compte », logé à «la Société générale de banque en Côte d’Ivoire (Sgbci)» ?
D’une autre côté, dans la communauté internationale, même s’il est question de plus en plus «d’intervention militaire», on ne saurait y recourir de facto. En effet, il n’y aucune garantie de la protection des civils. Et ce n’est pas elle qui se rendrait responsable d’un carnage des civils Ivoiriens et des nombreux ressortissants étrangers (Occidentaux et Africains), vivant en Côte d’Ivoire. Surtout que le spectre du génocide rwandais hante encore les armées internationales.
D’ailleurs la ministre des affaires étrangères de la France Michèle Alliot-Marie, a affirmé, à ce propos le week-end dernier : «ce n’est pas aux français de s’interposer et ils ne le feront pas. Si les troupes françaises étaient directement attaquées, vous avez des règles internationales. Il y a un droit à la légitime défense quand on est attaqué, c’est valable pour toutes les armées du monde et pour tous les militaires du monde. Mais il n’est pas question de prendre une initiative en la matière». Le message est clair. Pour l’instant, «pas question» d’intervention ou de confrontation militaire. Une volonté partagée par l’Opération des nations unies en Côte d’Ivoire, qui est certes «préparée à tout» mais qui «ne veut pas de confrontation» comme l’a laissé entendre son Porte-parole, Hamadoun Touré.
Si l’Onuci n’a pas encore quitter la Côte d’Ivoire et affiche son maintient en terre ivoirienne, les ultimatums de la communauté internationale passent, expirent tous, et le pouvoir de Laurent Gbagbo demeure. C’est cela la vérité du terrain politique ivoirien et même si elle affiche sa volonté de le débarquer coûte que coûte, la communauté internationale ne peut agir non sans précautions. «Son pouvoir» à des limites.
La crise post-électorale née du «tiraillement» du pouvoir entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, suite au scrutin de l’élection présidentielle du 28 novembre dernier, continue de faire couler beaucoup d’encre et d’alimenter les plus grandes incertitudes quant à son issue.