🇨🇬 CHAQUE DICTATURE A UN CAMP D'INTERNEMENT. LE CAS DU CAMP D'INTERNEMENT DE LA GUINÉE CONAKRY. LE CAMP BOIRO 🇨🇬
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Entrée du camp Boiro (2019).
La Guinée du dictateur Ahmed Sékou Touré a abrité des camps de détention forcée à travers le pays dont le plus célèbre est l'ancien camp de prisonniers de Boiro à Conakry. DANIEL JANIN / AFP
Une bibliothèque entière ne suffirait pas pour témoigner des atrocités commises dans le goulag guinéen, sous le long règne de Sékou Touré. À chaque nouveau livre, une nouvelle geôle, un nouvel instrument de torture, une nouvelle version de l'horreur. Cet ouvrage-ci revêt un double intérêt : il nous parle d'un autre enfer que celui du fameux Camp Boiro (la sinistre prison de Kindia, une ville située au pied du mont Gangan) et surtout, son auteur vient du cœur même du système, des cuisines du tyran pour ainsi dire.
Il s'appelle Mamadou Bowoi Barry mais les Guinéens le connaissent sous le sobriquet de « Petit Barry ». En feuilletant son livre, Sept ans sous le mont Gangan, le lecteur découvre comment l'hydre Sékou Touré attirait les intellectuels idéalistes avant de les étouffer et de les engloutir. Collégien en 1947, bachelier en 1954, « Petit Barry » a épousé très jeune les idées de son époque (la réhabilitation de l'homme noir, l'anticolonialisme, l'anti-impérialisme, le socialisme, le panafricanisme, etc.) et a très vite vénéré ses idoles (Sékou Touré, Kwame Nkrumah, Patrice Lumumba, le FLN algérien 1re manière, Hô Chi Minh, Castro, Guevara, etc.). Après un an de propédeutique à l'Institut des Hautes études de Dakar (où il s'initie au militantisme à la veille des Indépendances), il s'inscrit à la Faculté des lettres de Toulouse, ville où la FEANF (Fédération des étudiants d'Afrique noire), particulièrement active, édite son organe de presse, L'Étudiant d'Afrique noire, dont il devient très vite l'un des rédacteurs. Il s'y liera d'amitié avec deux figures marquantes de la vie estudiantine africaine : le Camerounais Osendé Afana (il mourra au maquis à l'âge de 36 ans) et le Dahoméen Albert Tévoedjré. Mais à Toulouse, la Ville rose, le militantisme ne vaut qu'en y ajoutant du cœur. En 1957, « Petit Barry » convole en justes noces avec Marguerite Sophie, la fille de l'écrivain sénégalais Abdoulaye Sadji. Elle lui donnera ses quatre premiers enfants.
En Guinée, le père, un notable de Mamou, fonctionnaire de l'administration coloniale, se réjouit de cette union pleine de promesses, mais il y a une chose qui l'inquiète : son fils est devenu accro aux meetings et aux manifestations de rue, il fréquente les communistes. Il le somme de quitter Toulouse pour se réinscrire à la Faculté des lettres de Grenoble où, pense-t-il, le climat est plus propice à la vie calme et aux études. Paradoxalement, sous la neige des Alpes, l'ardeur militante du jeune marié est nettement plus élevée que sous le soleil du Midi. À tel point que la FEANF délègue son jeune et dynamique militant à Prague pour la représenter au sein de l'Union internationale des étudiants dirigée alors par un certain Jiri Pelikan (ce sera le directeur de la Radio-Télévision tchèque au moment du printemps de Prague) qui le remarquera. En 1959, il fera partie avec le Sénégalais Pathé Diagne de la délégation que ce mouvement d'obédience communiste enverra à Pékin pour assister à la célébration du dixième anniversaire de la Révolution chinoise. Il y vivra l'événement de sa vie : une inoubliable audience avec le président Mao Tsé Toung. À 24 ans ! À son retour à Grenoble, le Premier ministre Michel Debré ordonnera son arrestation immédiate pour menées subversives et son expulsion vers son pays natal. Les relations franco-guinéennes étant alors au plus bas, Sékou Touré le recevra et le présentera comme un héros au Bureau Politique de son parti. Là commencera une relation idyllique fondée sur l'estime réciproque et l'admiration mutuelle et qui finira comme finit toujours l'amitié avec les despotes : dans la déchéance la plus totale. Sékou Touré s'occupe lui-même de transférer la bourse de son étudiant préféré à Genève et, comme on se trouvait en pleine année scolaire, Barry Diawadou, le ministre de l'Éducation nationale, lui proposera de donner des cours au lycée de Donka en attendant la nouvelle année universitaire
Source ; https://www.lepoint.fr/afrique/guinee-un-proche-de-sekou-toure-parle-16-01-2023-2504974_3826.php
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