Enquête | Congo, Togo. Françoise Joly, l'énigmatique conseillère française de chefs d'État devenue le relais de Moscou
06.07.2026
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Par LA VOIX DU PEUPLE
Françoise Joly, énigmatique conseillère de Sassou
Enquête | Congo, Togo
Françoise Joly, l'énigmatique conseillère française de chefs d'État devenue le relais de Moscou
Par Paul Deutschmann, Antoine Rolland et Joan Tilouine
Publié le 06.07.2026 à 4h40 GMT
Lecture 14 min
La femme d'affaires d'origine rwandaise œuvre depuis deux ans à l'implantation d'Africa Corps au Congo et au Togo. De Paris à Moscou, en passant par Kigali, Africa Intelligence révèle la trajectoire jusque-là tenue secrète de celle qui officie au plus proche du pouvoir, à Brazzaville comme à Lomé.
Ce vendredi 15 août 2025, le Congo célèbre le 65e anniversaire de l'indépendance, et le centre de Brazzaville sert de décor au défilé militaire et civil. Les différentes unités paradent au rythme des fanfares pendant que dans le ciel retentit le vrombissement d'hélicoptères d'attaque. À la tribune, le chef de l'État Denis Sassou-Nguesso, entouré du gotha politico-militaire en tenue d'apparat, savoure le spectacle. Aux abords du cortège présidentiel, des silhouettes fantomatiques perchées sur les toits d'immeubles bordant le boulevard Alfred-Raoul se déplacent subrepticement. Dans Brazzaville, des tireurs d'élite disséminés sur différents lieux stratégiques sont en alerte.
Au sol, certains d'entre eux se font remarquer avec leur carrure athlétique, engoncés dans des treillis sans drapeau ni insigne, le visage cagoulé. Pour la première fois, des éléments russes sont déployés dans la capitale congolaise pour protéger le chef de l'État et son système. Ces combattants aguerris officient au sein de l'unité paramilitaire Africa Corps, qui opère sous tutelle du ministère de la défense russe et est étroitement contrôlée par le GRU, le service de renseignement militaire.
Au Congo, partenaire historique et longtemps privilégié de la France en Afrique, une centaine d'éléments d'Africa Corps stationnent depuis près d'un an sur un site dédié à Kintélé, dans la banlieue nord de Brazzaville, mais aussi à l'aéroport d'Oyo, le fief présidentiel, dans le centre du pays. Si le président Sassou-Nguesso a acté leur déploiement et son rapprochement stratégique avec Moscou, c'est sur les recommandations d'une mystérieuse Française d'origine rwandaise, Françoise Joly, sa conseillère spéciale et représentante personnelle à la fois la plus discrète et la plus influente.
Rescapée du génocide des Tutsis
Longtemps familière de Paris, où elle disposait d'un fastueux appartement dans le 16e arrondissement, l'intrigante stratège a aussi joué un rôle central dans la tentative de rapprochement d'Africa Corps avec le Togo de Faure Gnassingbé, dont elle est également une intime. Cette femme d'affaires de 45 ans, devenue diplomate sur le tard, a peu à peu tourné le dos aux intérêts français dans la zone pour se consacrer à faciliter l'implantation du dispositif paramilitaire russe ainsi que de partenariats économiques sensibles, de Dubaï à Bakou en passant par Moscou et Ankara. Le tout en entretenant le plus grand secret autour de son rôle et de sa personne, déclinant toute sollicitation et se refusant à répondre aux questions précises.
Sur son site officiel mis en ligne en 2024 à la suite de la publication des premiers articles d'Africa Intelligence la concernant (AI du 30/08/23), Françoise Joly se présente comme une universitaire ayant rang de "docteur" et s'autoproclame "diplomate éminente". Pour appuyer son propos, elle se montre volontiers en photo posant aux côtés de Xi Jinping, Recep Tayyip Erdogan, Vladimir Poutine ou encore Emmanuel Macron. Mais aucun élément biographique n'est dévoilé et le flou est savamment entretenu sur son ascension. Bien loin du luxe ostentatoire des palais présidentiels et des grands hôtels, son histoire puise sa source dans l'une des pires atrocités du XXe siècle.
Tout commence dans un Rwanda ensanglanté par le génocide des Tutsis en 1994 dont elle est une rescapée. À la fin de cette année-là, la jeune fille de 14 ans rejoint dans des conditions précaires la France alors présidée par François Mitterrand. Elle y est recueillie par l'ancien ministre Louis Besson, décédé en avril 2026. Ce vieux routier du Parti socialiste (PS), figure politique de la Savoie et ancien maire de Chambéry, a joué avec son épouse un rôle déterminant dans son éducation et sa formation intellectuelle.
C'est lui qui l'encourage à poursuivre des études supérieures et l'aide à se constituer ses premiers réseaux. Il parraine ainsi son départ pour l'Irlande où elle suit un cursus à l'école de droit et de sciences politiques de l'université de la Ville de Dublin (DCU). Elle y soutiendra sa thèse en septembre 2014, dans le cadre d'un doctorat de philosophie. Son travail porte alors sur la "responsabilité de protection des civils" dans les conflits et se concentre sur la RDC et ses provinces orientales, où se sont réfugiés des génocidaires rwandais hutus, provoquant une crise politico-militaire toujours en cours aujourd'hui (AI du 26/06/26).
Cercles socialistes
À Paris, Françoise Joly se constitue un entregent dans les cénacles socialistes où elle est introduite par Louis Besson. À la fin des années 2000, celui-ci lui écrit une lettre de recommandation adressée au cofondateur de Médecins sans frontières et Médecins du monde, Bernard Kouchner, théoricien et praticien du droit d'ingérence humanitaire, devenu ministre des affaires étrangères de Nicolas Sarkozy de 2007 à 2010. Il accepte de recevoir la jeune étudiante. Très vite, leurs échanges portent sur le Rwanda.
Un pays dont il est familier pour y avoir effectué plusieurs déplacements durant le génocide des Tutsis, notamment afin de prendre part à des évacuations d'orphelins. Dès ces premiers voyages, il s'est rapproché du chef d'état-major d'alors du Front patriotique rwandais (FPR), Paul Kagame, devenu vice-président de son pays puis chef de l'État depuis 2000.
Auprès d'Africa intelligence, Bernard Kouchner confie avoir recommandé Françoise Joly à Paul Kagame. Il se souvient d'une étudiante "brillante et intelligente". En lien avec la présidence rwandaise, il a facilité son séjour dans son pays natal, le premier depuis son départ précipité. À Kigali, elle se tisse peu à peu un réseau au plus haut niveau de l'État. Elle se lie notamment à une autre figure du FPR, James Kabarebe, qui évolue à la lisière de la politique et du renseignement. Artisan du renversement de Mobutu Sese Seko, il est devenu ministre de la défense du Rwanda puis conseiller spécial du chef de l'État avant de faire fonction de ministre d'État chargé de la coopération régionale.
De retour à Paris, Françoise Joly tente de tirer profit de ses entrées dans les cercles d'influence socialistes au lendemain de l'arrivée au pouvoir de François Hollande en 2012, tout en élevant sa fille née deux ans plus tôt. Officiant désormais comme consultante indépendante, la trentenaire ambitieuse met volontiers en avant cet entregent auprès de ses clients africains intrigués par ses prétendus accès à l'Élysée. Outre Bernard Kouchner, elle se présente comme une "très proche" du secrétaire général de la présidence, nommé en avril 2014, Jean-Pierre Jouyet. Ce dernier ainsi que James Kabarebe n'ont pas donné suite aux sollicitations d'Africa intelligence.
Bataille pour l'OIF
Sur le continent, la consultante soi-disant connectée à l'Élysée parvient à s'immiscer dans l'entourage du président burkinabè d'alors, Blaise Compaoré, qui envisage de se positionner dans la bataille pour la succession au Sénégalais Abdou Diouf à la tête de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF). L'appui de Paris pèse lourd et c'est l'opportunité pour Ouagadougou d'éprouver les réseaux dont se prévaut Françoise Joly. La voilà chargée d'accompagner dans sa pré-campagne le candidat du pays sahélien, qui n'est autre que le ministre des affaires étrangères, Djibril Bassolé.
C'est aux côtés de ce général de gendarmerie devenu diplomate qu'elle s'initie aux arcanes de la politique et des intrigues de l'Afrique francophone, où elle commence à constituer son réseau. Dans le cadre de cette campagne, elle se rend aux côtés du chef de la diplomatie burkinabè à Brazzaville et Pointe-Noire, où elle rencontre pour la première fois, en 2014, le président congolais Denis Sassou-Nguesso. Sa mission est alors délicate : le convaincre de retirer la candidature de l'écrivain et ancien premier ministre Henri Lopes. En vain.
Le Burkina Faso se résigne finalement à se retirer. C'est la Canadienne Michaëlle Jean qui est désignée secrétaire générale de l'OIF. Pas de quoi néanmoins réduire l'intensité de la relation entre Françoise Joly et Djibril Bassolé. Son mentor continue de la présenter à des personnalités qui comptent dans la politique ou les affaires. Il en va ainsi du magnat burkinabè établi au Togo Mahamadou Bonkoungou, qui cherche alors une conseillère pour structurer une partie de ses activités à Paris. Elle devient sa collaboratrice tout en continuant de travailler pour les autorités burkinabè. Le chef de l'État finit par démissionner sous la pression populaire en octobre 2014 et Djibril Bassolé est quant à lui arrêté en septembre de l'année suivante, puis incarcéré dans le cadre d'une présumée tentative de coup d'État.
Conseillère de deux présidents
Dans les premiers mois de sa détention, Françoise Joly tente vaille que vaille de mobiliser ses réseaux (AI du 01/03/16). À Paris, Bernard Kouchner lui recommande de se tourner vers son ami l'avocat William Bourdon, qui accepte de défendre Djibril Bassolé. Elle se rend à Brazzaville pour solliciter une aide financière auprès de Denis Sassou-Nguesso pour sa défense et tenter d'améliorer son quotidien en prison. Après quelques mois d'activisme, elle finit par se lasser, rompant peu à peu tout lien avec le prisonnier et ses soutiens.
Françoise Joly se consacre à consolider sa relation avec deux chefs d'État. Il y a d'abord le Togolais Faure Gnassingbé, auprès de qui elle a été introduite par Mahamadou Bonkoungou. Âgé de 50 ans, le président apprécie cette consultante pleine d'aplomb et bien connectée. Pour son compte, elle commence à mener des missions, seule ou en binôme avec certains de ses conseillers stratégiques tels que le ministre Gilbert Bawara. À Brazzaville, Denis Sassou-Nguesso se laisse lui aussi convaincre par son profil de trentenaire affable et vive d'esprit. Elle est jugée efficace, discrète et dotée d'un carnet d'adresses respectable. C'est autour de 2016 qu'elle apparaît de manière plus visible dans son entourage direct, d'abord comme conseillère informelle, puis le chef de l'État congolais lui confie des dossiers stratégiques.
Malgré les réticences de la première dame Antoinette Sassou-Nguesso et de certaines figures du clan présidentiel, Françoise Joly se fait une place dans ce système irrigué par la rente pétrolière et encore suspendu au traitement réservé par l'ancienne puissance coloniale. Elle s'y fait des ennemis, à commencer par le neveu du chef de l'État et patron du Conseil national de sécurité (CNS) Jean-Dominique Okemba, dont elle va contribuer à réduire l'influence au fil des ans (AI du 25/06/26). Et des alliés dont elle va accompagner la montée en puissance, tel Maixent Raoul Ominga, à la tête de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) depuis 2018. Il la tient désormais informée de tous les dossiers stratégiques ayant trait au pétrole congolais, en particulier la vente de brut (AI du 30/08/23).
L'ouverture vers le Sud global
Au cœur du pouvoir de Brazzaville, Françoise Joly devient intouchable. Protégée par le chef de l'État, qui interdit toute question à son sujet sous peine de disgrâce, elle se voit confier des dossiers stratégiques de diplomatie et de partenariats économiques, y compris dans le milieu fermé de l'or noir. Il en fait officiellement sa représentante personnelle en 2021. Avec elle, celui qui fut longtemps le fidèle pilier de la "Françafrique" – également partenaire historique de la Russie et de la Chine – s'essaye à un multilatéralisme faisant la part belle à des puissances émergentes disposées à nouer ou renforcer leur partenariat.
Au grand dam du ministre des affaires étrangères congolais Jean-Claude Gakosso, la conseillère spéciale se positionne peu à peu comme la véritable cheffe de la diplomatie dans les relations avec les Émirats arabes unis, la Turquie, l'Azerbaïdjan. À Abu Dhabi, elle est en lien direct avec le chef de l'État Mohammed bin Zayed Al Nahyan, dit "MbZ", et ses conseillers. À Dubaï, elle a ses entrées parmi les oligarques curieux d'opportunités d'affaires dans le pays. À Ankara, elle est appréciée du président Recep Tayyip Erdogan (AI du 09/09/22) avec qui elle organise des entretiens, lors de son investiture en 2023 ou encore l'année suivante au sommet des Brics à Kazan, en Russie. À Bakou où elle cultive des liens avec le président Ilham Aliyev, elle a organisé la visite officielle de Denis Sassou-Nguesso en 2024 et mis au service du patron de la SNPC ses réseaux au sein de la direction de la société pétrolière publique, la Socar (AI du 09/04/24). Dans le même temps, à Paris, où elle continue de vivre avec sa famille, elle devient l'une des principales interlocutrices de l'Élysée au nom de la présidence congolaise.
Ceux qui ne lui étaient pas favorables se retrouvent marginalisés. Après onze ans à la tête du ministère des affaires étrangères, Jean-Claude Gakosso est retourné en avril 2026 à la culture. Le maître-espion "JDO", proche relais du renseignement extérieur français à Brazzaville et autrefois surnommé le "vice-président", n'a cessé de perdre de son influence et de ses prérogatives au profit de personnalités politiques et militaires de l'orbite de Françoise Joly (AI du 28/04/26). Quant à ses relations avec Kigali, elles interrogent et préoccupent de l'autre côté du fleuve Congo.
À Kinshasa, le président Félix Tshisekedi s'en est ouvert auprès de plusieurs de ses homologues en amont d'une réunion de l'Union africaine consacrée à la crise diplomatique entre la RDC et le Rwanda, à laquelle elle accompagnait le président Sassou-Nguesso. La conseillère passe outre et se tient volontairement à distance de la plupart des dossiers régionaux pour privilégier les liens avec des pays du Sud global. Et sa priorité n'est autre que la Russie de Vladimir Poutine.
Formations au combat, brouillage des communications
Dès 2020, elle s'impose comme l'interlocutrice stratégique de Sergueï Lavrov. Bien que non russophone, elle noue une relation d'estime avec le chef de la diplomatie russe ravi de pouvoir discuter de sujets qui vont au-delà des liens historiques entre les deux pays, et de la traditionnelle formation de cadres politiques et d'officiers en vigueur depuis l'indépendance. Désormais, le renouveau de la coopération avec Moscou se pense et se négocie par le truchement de Françoise Joly.
En 2022, lorsque le groupe paramilitaire russe Wagner, déjà opérationnel en Centrafrique depuis quatre ans, cherche à s'implanter au Congo, elle est alors la seule à assister à l'entretien entre Denis Sassou-Nguesso et Sergueï Lavrov, venu pour l'occasion à Oyo (AI du 28/09/22). La seule également – à l'exception du fils d'Omar Bongo et petit-fils du président congolais Omar Denis Junior Bongo – à systématiquement accompagner le chef de l'État en Russie et à piloter tous les grands dossiers de coopération.
Énergie, infrastructures, trading d'or noir, accès au port… et sécurité. En lien étroit avec Sergueï Lavrov et des hauts cadres du GRU, elle a ainsi travaillé à faciliter le déploiement progressif au Congo d'éléments d'Africa Corps, mais aussi de spécialistes en cyberinfluence et en renseignement, ainsi que des analystes et universitaires œuvrant sous la bannière discrète de l'agence russe African Initiative. Interrogés précisément à ce sujet par Africa Intelligence, ni Françoise Joly ni le porte-parolat du gouvernement congolais n'ont souhaité réagir. À Brazzaville, celle-ci a supervisé le volet militaire de ce partenariat secret en direct avec le chef de l'État et une poignée de sécurocrates coordonnés par le directeur général de la sécurité présidentielle (DGSP), Serge Oboa, également très proche de Maixent Raoul Ominga.
Au cours de l'année 2025, les commandants des paramilitaires russes se voient octroyer un bureau à la présidence, et leurs éléments sont déployés au sein des unités de la DGSP, auxquelles ils dispensent des formations au combat, au parachutisme et aux techniques de brouillage des communications. À la centaine de paramilitaires dispersée sur plusieurs sites à l'abri des regards s'ajoute une composante civile animée par des spécialistes en influence numérique et en désinformation, à travers notamment Globus Expert Council, cofondé par la Russe Yulia Berg, proche des anciens réseaux Wagner.
Lomé penche vers Moscou
Au Togo, de premiers instructeurs russes ont mené une série de repérages courant 2026. À Lomé, l'agence African Initiative semble opérer sous le commandement direct de son "rédacteur en chef" Artem Sergeevich Kureev, sous sanction de l'Union européenne (UE), et de son adjointe, Anna Zamaraeva, qui encadre aussi l'association Alternative russo-togolaise. Françoise Joly suit de près la mise en place de ces différents dispositifs, en parallèle de systèmes financiers numériques alternatifs spécialement mis au point pour contourner les sanctions occidentales (AI du 16/03/26).
Elle se rend fréquemment dans la capitale togolaise, où le président du Conseil, Faure Gnassingbé, lui a mis à disposition une villa dans le quartier de la cité de l'OUA, non loin de son palais. Le plus souvent, elle voyage en jet privé. Comme le 24 mai dernier, où elle est arrivée à Lomé dans un aéronef sous l'indicatif de la présidence congolaise. Denis Sassou-Nguesso, qui se considère comme le parrain et le "grand frère" de Faure Gnassingbé – qu'il a connu enfant et dont il était proche du défunt père Gnassingbé Eyadéma –, aborde parfois sur le ton madré de la fausse confidence leur conseillère informelle en commun. Depuis 2025, Françoise Joly dispose, en plus de son passeport diplomatique congolais, du même sésame frappé de la République du Togo. Là encore, elle est consultée sur des sujets sensibles, et plus particulièrement sur la coopération avec la Russie.
En novembre de cette année 2025, Faure Gnassingbé effectue une visite officielle à Moscou pour rencontrer Vladimir Poutine après avoir signé un accord de coopération militaire actant de l'usage de leurs ports militaires respectifs. Françoise Joly n'est pas du déplacement, mais a pris soin de partager en amont ses vues et analyses sur les dossiers à l'ordre du jour, y compris les plus confidentiels comme les projets de "coopération" entre Africa Corps et le Togo.
Le président du Conseil entend ainsi changer peu à peu de boussole diplomatique et tourner le dos à la France, qu'il considère comme arrogante à son égard et intrusive dans ses affaires. Elle l'encourage et le conseille. Le Togo, autre pays de l'influence française passée en Afrique, penche à son tour vers Moscou. Le pays est devenu, au niveau régional, le partenaire privilégié des juntes militaires du Mali, du Niger et du Burkina Faso coalisées au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES) avec le soutien de la Russie et l'implication d'Africa Corps.
Expatriation à Londres
Sur demande de Faure Gnassingbé, Françoise Joly est associée au projet risqué d'exportation par le port de Lomé vers la Russie de près de 1 000 tonnes de concentré d'uranium (yellow cake) du Niger dont le groupe français Orano revendique la propriété. Un plan révélé par Africa Intelligence (AI du 01/06/26) sur lequel elle a travaillé dans l'ombre, jusqu'au début de 2026, avec le beau-frère du président togolais et ministre de l'agriculture Antoine Lékpa Gbegbeni, ainsi que l'homme d'affaires américano-biélorusse Alexander Zingman, très introduit auprès du président Alexandre Loukachenko comme de ses homologues russe et togolais.
Si la conseillère spéciale sait évoluer avec aisance dans l'univers des services de renseignement africains et européens, son rôle dans cette opération à haut risque et non déclaré à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) l'expose particulièrement. À Paris, le renseignement extérieur français (DGSE) a suivi de près cette tentative à laquelle a pris part la ressortissante française, et s'en est d'ailleurs ouvert au président Gnassingbé fin 2025 (AI du 18/02/2026). La justice française l'a également dans son viseur dans le cadre d'une enquête pour blanchiment en bande organisée liée à l'acquisition d'un nouveau jet Falcon pour le président Sassou-Nguesso (AI du 23/05/25).
Par précaution, Françoise Joly s'est résignée à ne pas fouler le sol français ces derniers mois autrement que dans le cadre d'une visite du chef de l'État congolais, et donc avec une lettre de mission activant son immunité diplomatique. Avec sa famille, elle a quitté son appartement du 16e arrondissement de Paris pour s'établir dans les beaux quartiers de Londres, où elle vient de domicilier plusieurs sociétés. L'une d'entre elles, spécialisée dans le courtage et le négoce, a été immatriculée à l'aide de son passeport diplomatique togolais.
La mystérieuse société semble avoir bénéficié d'une lettre de crédit et d'un financement de plusieurs millions d'euros accordé par l'État togolais. Le montage, inhabituel, a donné lieu à un signalement et attiré l'attention des autorités britanniques. Celles-ci s'interrogent désormais sur ses accointances russes, les activités azéries ou encore émiriennes de cette conseillère si particulière de Faure Gnassingbé et Denis Sassou-Nguesso.
Par Paul Deutschmann, Antoine Rolland et Joan Tilouine
CONGO BRAZZAVILLE 🇨🇬 : Enquête |Congo, Togo. Françoise Joly, l'énigmatique conseillère française de chefs d'État devenue le relais de Moscou
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Réélu avec 94,82 % DES VOIX A LA SOVIETIQUE QUOI ! Ah LE CONGO
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Lelll
NON AU, ON PREND LES MEMES ET ON RECOMMENCE. TOURNER EN ROND
REPUBLIQUE DU CONGO BRAZZAVILLE
« Un chef paresseux, tribaliste et voleur ne peut donner le bon exemple à ses collaborateurs…Le chef doit s’imposer par l’exemple. Il est le modèle sur lequel ses collaborateurs tireront leur propre comportement…je suis candidat pour fixer les fondements de cette République apaisée qui doit reposer sur un pacte républicain dont les principes de base seront : l’exemplarité du chef de l’Etat, des ministres et des hauts fonctionnaires de l’Etat à leurs différents niveaux de responsabilités...
Ne nous laissons pas voler notre victoire qui est certaine »