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𝐂𝐎̂𝐓𝐄 𝐃'𝐈𝐕𝐎𝐈𝐑𝐄 : 𝐔𝐍𝐄 𝐉𝐔𝐍𝐓𝐄 𝐅𝐀𝐌𝐈𝐋𝐈𝐀𝐋𝐄 𝐒𝐄 𝐌𝐄𝐓 𝐏𝐑𝐎𝐆𝐑𝐄𝐒𝐒𝐈𝐕𝐄𝐌𝐄𝐍𝐓 𝐄𝐍 𝐏𝐋𝐀𝐂𝐄 𝐀𝐔 𝐒𝐎𝐌𝐌𝐄𝐓 𝐃𝐄 𝐋'𝐄𝐓𝐀𝐓

𝙋𝙖𝙧 𝙏𝙊𝙐𝙍𝙀 𝙈𝙤𝙪𝙨𝙨𝙖
 
C’était trop gros pour passer inaperçu. Un processus pernicieux est en cours dans notre pays, sous des atours de rationalité administrative, de répartition des compétences, de suivi et d’évaluation de l'efficacité de l'action publique. Ainsi sont produits et publiés des décrets, des arrêtés, des notes de réorganisations administratives qui, à première lecture, ressemblent à de la bureaucratie ordinaire. Mais quand on prend le temps de les lire vraiment, d'en peser chaque mot, d’examiner chaque transfert de compétence, l’implication latente de chaque nomination , ils révèlent quelque chose d'une toute autre nature : une stratégie millimétrée au service d’une ambition occulte.
 
Le décret n°2026-84 du 4 mars 2026, portant attributions des membres du gouvernement ivoirien, est exactement ce genre de texte. Derrière sa sobre présentation administrative , ce texte de 48 pages et ses 12 pages d’annexes dessine les contours d'une transmission de pouvoir préparée de longue date et qui ne s'embarrasse plus des fioritures, dont on fait d’ordinaire usage, par décence. Pas une alternance. Pas une élection démocratique, ouverte. Non, une dévolution du pouvoir de la pire des manières: par voie de succession héréditaire. 
 
𝗧𝗕𝗢 : 𝗹'𝗵𝗼𝗺𝗺𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝗲𝘀𝘁 𝗽𝗮𝗿𝘁𝗼𝘂𝘁 𝗲𝘁 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝘁𝗼𝘂𝘁
 
Commençons par les faits. Le remaniement de janvier 2026 avait surpris : pour la première fois depuis l'indépendance, un poste de Vice-Premier ministre était créé en Côte d'Ivoire. Son titulaire : Téné Birahima Ouattara, frère cadet du président Alassane Ouattara, député, et bientôt maire d'Abobo, l'une des communes les plus peuplées et les plus stratégiques d'Abidjan.
 
À l'époque, certains avaient manifesté une forme d'incompréhension. On a vite fait de leur dire qu’il s'agissait d’un titre honorifique, une façon d'occuper le frère, que Houphouët-Boigny dans une époque pré-indépendance avait occupé cette fonction etc. Le décret du 4 mars vient clarifier les intentions sous-jacentes et dissiper définitivement tout malentendu.
 
Les attributions gouvernementales confiées à Téné Birahima Ouattara dit Photocopie ou TBO sont au nombre de onze, plus que les cinq attribuées au Premier ministre. Mais ce chiffre seul ne dit rien. Ce qui compte, c'est leur nature. TBO supervise la défense nationale, donc les forces terrestres, aériennes, navales et la gendarmerie. Il co-gère les dossiers de sécurité intérieure avec le ministre de l'Intérieur. Il intervient dans la diplomatie militaire, domaine qui a toujours été, par tradition, la chasse gardée du président de la République. Il coordonne l'action gouvernementale et peut assurer l'intérim du Premier ministre. Il supervise le renseignement antiterroriste, les unités spéciales anti-terroristes, la justice militaire, coordonne les agences de renseignement civiles et militaires.
En d'autres termes : il tient le cœur régalien de l'État.
 
Aucun autre ministre du gouvernement, pas même le Premier ministre Robert Beugré Mambé, ne dispose d'une telle capacité à interférer dans les affaires de ses collègues. Ce n'est plus un vice-premier ministre au sens protocolaire du terme. C'est un numéro deux effectif, doté d'une autorité transversale sans précédent dans l'histoire politique ivoirienne.
 
𝗨𝗻 𝗮𝗽𝗽𝗿𝗲𝗻𝘁𝗶𝘀𝘀𝗮𝗴𝗲 𝗽𝗮𝗿 𝗶𝗺𝗺𝗲𝗿𝘀𝗶𝗼𝗻
 
Ce qui frappe encore davantage, c'est la méthode utilisée par Alassane Ouattara pour imposer son frère et successeur putatif dans le dispositif de gouvernance. Il ne se contente pas de gérer les dossiers qui lui sont formellement attribués. Il s'invite, discrètement mais systématiquement, dans les deux grandes crises économiques du moment : la crise du cacao, dont la gestion revient en principe au ministre de l'Agriculture  et la question énergétique, qui relève du ministre des Mines et de l'Energie. Dans les deux cas, sa présence s'est imposée à la table des négociations, sans que personne n'ait officiellement protesté.
 
Mieux encore : il a un bureau installé à la Primature, au cœur même du gouvernement. Ce détail, en apparence anodin, est en réalité structurant. Il lui permet d'être au centre du flux décisionnel en temps réel, au-delà de ce que lui confèrent ses attributions officielles, tout en gardant son bureau du ministère de la Défense. Il n'agit plus par délégation, il co-gère.  On appelle cela de l'apprentissage par immersion et c’est exactement ce que l'on fait avec quelqu'un qu’on prépare à prendre les rênes. Qui après cela, serait étonné que l’individu soit nommé Premier ministre et que le poste de Vice Premier ministre soit purement et simplement supprimé ?
 
La Constitution ivoirienne du 8 novembre 2016 en son article 81 est pourtant claire : le gouvernement se compose du Premier ministre et des ministres. Rien de plus. Le poste de Vice-Premier ministre n'existe pas dans la loi fondamentale. Sa création est un artifice politique au service d'une ambition dynastique et le décret du 4 mars vient donner de la chair à cette ambition.
 
𝗨𝗻 𝗿𝗲́𝘀𝗲𝗮𝘂 𝗱𝗲 𝘃𝗮𝘀𝘀𝗮𝘂𝘅 𝗮𝘂 𝘀𝗲𝗶𝗻 𝗱𝘂 𝗴𝗼𝘂𝘃𝗲𝗿𝗻𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁
 
Ce qui se construit autour de Téné Birahima Ouattara alias TBO alias Photocopie n'est pas une équipe : c'est un réseau de vassaux placés aux points névralgiques de l'État. Certains ministres voient leur portefeuille délibérément gonflé, à l'image de Yacouba Hien Sié, désormais maître des ports, aéroports, autoroutes et du métro d'Abidjan, autant de leviers économiques et fiscaux considérables arrachés au portefeuille d'Amadou Koné, jugé hors réseau. D'autres fidèles tiennent le cœur financier et fiscal de l'État - Économie, Finances, Énergie, Télécommunications - par la grâce d'un parrainage discret mais déterminant. Et pendant que ses hommes montent, ceux qui n'entrent pas dans la stratégie sont méthodiquement réduits, contournés, ou déplacés à des portefeuilles creux. Une pensée pour Mariétou Koné. On est en face de la construction patiente d'un appareil de captation du pouvoir, via une mise sous-tutelle progressive du gouvernement.
 
𝗟𝗲 𝗽𝗼𝘂𝘃𝗼𝗶𝗿 : 𝘂𝗻 𝗽𝗮𝘁𝗿𝗶𝗺𝗼𝗶𝗻𝗲 𝗵𝗲́𝗿𝗲́𝗱𝗶𝘁𝗮𝗶𝗿𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗹'𝗼𝗻 𝘀𝗲 𝘁𝗿𝗮𝗻𝘀𝗺𝗲𝘁 𝗱𝗲 𝗴𝗲́𝗻𝗲́𝗿𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗲𝗻 𝗴𝗲́𝗻𝗲́𝗿𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻. 
 
Il faut appeler les choses par leur nom. Ce qui se prépare en Côte d'Ivoire n'est pas une succession démocratique. Ce n'est pas non plus un coup d'État, au sens strict du terme. C'est quelque chose de plus malsain : une tentative de dévolution monarchique du pouvoir habillée en continuité républicaine, au mépris de la démocratie, de l’esprit de la Constitution et en piétinant le sacrifice de milliers d'Ivoiriens qui ont donné leur sang pour que ne naisse pas une dictature militaire suite au coup d’état de 1999. Les Ivoiriens n'ont pas donné leur vie pour s’échapper d’une junte militaire et basculer dans une junte familiale.
 
Dans la fratrie Ouattara, on a compris depuis longtemps que le pouvoir ne doit pas être conquis démocratiquement. Il doit être saisi puis transmis. D'un homme à son frère. D'une famille à elle-même. Comme un patrimoine héréditaire que l’on se transmet de génération en génération. Dans l’appareil RHDP, on feindra d’ignorer que les Ouattara sont en train de se passer le pouvoir sous leurs yeux ébahis. On parlera de respect formel des procédures, d’élections démocratiques, de candidats issus de l'opposition, de démocratie qui aura été respectée. Mais, ils savent et les Ivoiriens avec eux, que comme toujours, l'essentiel aura été décidé bien avant le scrutin, dans les couloirs de la Primature, au petit salon de la résidence de Cocody-Les Ambassades ou à la terrasse du pavillon balnéaire d’Assinie. 
 
On a vu ce schéma en Azerbaïdjan, au Togo, en Corée du Nord, au Tchad, au Gabon, en Syrie avant la chute du tyran. Des régimes familiaux qui se perpétuent certes par la force brute, mais aussi par le contrôle patient des institutions, des armées et de l'information.
 
𝗧𝗼𝘂𝘁𝗲 𝘀𝘁𝗿𝗮𝘁𝗲́𝗴𝗶𝗲 𝗮 𝘂𝗻𝗲 𝗳𝗮𝗶𝗹𝗹𝗲
 
Toute stratégie a ses angles morts. Celle-ci en a un, et il est considérable : elle repose entièrement sur Alassane Ouattara. Sur sa longévité, sa santé, sa capacité à orchestrer jusqu'au bout le processus d'adoubement de son frère. Si une fracture survenait au sein du RHDP : une contestation des élites, une crise de succession non maîtrisée, un événement imprévu, le château de cartes pourrait s'effondrer.
L'histoire de l'Afrique est pleine de dauphins qui ne sont jamais devenus rois.
 
AU CONGO BRAZZAVILLE C'EST LE MEME SCHEMA
 

 

 

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 𝐂𝐎̂𝐓𝐄 𝐃'𝐈𝐕𝐎𝐈𝐑𝐄 : 𝐔𝐍𝐄 𝐉𝐔𝐍𝐓𝐄 𝐅𝐀𝐌𝐈𝐋𝐈𝐀𝐋𝐄 𝐒𝐄 𝐌𝐄𝐓 𝐏𝐑𝐎𝐆𝐑𝐄𝐒𝐒𝐈𝐕𝐄𝐌𝐄𝐍𝐓  𝐄𝐍 𝐏𝐋𝐀𝐂𝐄 𝐀𝐔 𝐒𝐎𝐌𝐌𝐄𝐓 𝐃𝐄 𝐋'𝐄𝐓𝐀𝐓

 

 

Lelll

 

  

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