CONGO BRAZZAVILLE : La première dame congolaise visée par un mandat d'amener en France
LES PRISONNIERS POLITIQUES
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Congo
La première dame congolaise visée par un mandat d'amener en France
Fin février, la justice française a émis un mandat d'amener à l'encontre d'Antoinette Sassou-Nguesso dans le dossier des "biens mal acquis". Ce rebondissement a poussé l'épouse du président congolais à quitter en urgence l'Hexagone le 4 mars.
Publié le 07/03/2025 à 5h40 GMT
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Le président congolais Denis Sassou-Nguesso à Addis-Abeba, le 14 février 2025. © Amanuel Sileshi / AFP
La première dame congolaise a écourté son séjour parisien. Le 4 mars, Antoinette Sassou-Nguesso a précipitamment quitté la capitale française pour regagner Brazzaville et ainsi éviter de se retrouver dans le bureau du juge d'instruction du pôle financier du tribunal judiciaire de Paris. La première dame congolaise est visée par un mandat d'amener, qui lui a été notifié fin février par des agents de la police judiciaire, dépêchés dans cet appartement où se trouvait par hasard son petit-fils, Vangsy Goma. Cet homme d'affaires n'est pas concerné par l'enquête et n'a pas été interrogé. Il s'est contenté de réceptionner le mandat décerné à sa grand-mère et de l'en informer sur-le-champ (AI du 06/03/25).
Dans le cadre de l'enquête dite des "biens mal acquis" (BMA), elle se retrouve dans le viseur des autorités françaises pour des faits présumés de détournements et blanchiments de fonds publics étrangers. Dans le droit français, le mandat d'amener donne l'obligation aux forces de l'ordre française de présenter Antoinette Sassou-Nguesso au juge d'instruction chargé du dossier.
Ce dernier souhaite notamment l'entendre sur les conditions d'acquisition en 2007 d'un fastueux appartement à son nom dans les beaux quartiers de Paris, avenue Niel, dans le 17e arrondissement. Il avait été acheté par le président gabonais d'alors, Omar Bongo, par le biais d'une société de décoration utilisée comme l'un de ses véhicules financiers pour opacifier des opérations financières en France.
Tournure diplomatique
Antoinette Sassou-Nguesso se trouvait bien à Paris à ce moment-là pour des soins médicaux, entre autres. Elle s'était installée dans un autre bien du clan au pouvoir, sis avenue Rapp, dans le 7e arrondissement. Le juge d'instruction Serge Tournaire, du pôle financier du tribunal judiciaire de Paris, souhaite l'entendre comme témoin assisté en vue, éventuellement, de la mettre en examen.
Le départ en urgence de son épouse a passablement irrité Denis Sassou-Nguesso. Le chef de l'État congolais craint désormais que cette précipitation puisse déclencher l'émission d'un mandat d'arrêt contre elle. Une manœuvre qui serait perçue par la présidence congolaise comme une humiliation.
À Brazzaville, ce rebondissement a immédiatement pris une tournure diplomatique. L'État congolais a fait valoir que la première dame disposait d'une immunité diplomatique lui autorisant à quitter le territoire français. Furieux, le président congolais entend envoyer à Paris des émissaires dans les plus brefs délais afin d'exiger des explications. Il souhaite directement politiser le dossier, en mettant dans la balance l'avenir de la relation entre Paris et Brazzaville.
Denis Sassou-Nguesso réfléchit d'ores et déjà à annuler sa visite en France, prévue le 26 mars. Emmanuel Macron veut à cette occasion aborder notamment avec son homologue la crise dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) ainsi que la situation en Libye, pour laquelle le président congolais tient le rôle de haut représentant de l'Union africaine (UA, AI du 19/02/25).
Succession d'avocats
Sur le plan judiciaire, Brazzaville s'en remet à l'avocat parisien Luc Brossollet, qui a récupéré le dossier des BMA sur lequel se sont succédé nombre de ses confrères en robe noire (AI du 03/03/23). Les volets congolais et gabonais de cette enquête semblaient avoir été un temps mis en sommeil par les magistrats, en attendant la fin des recours autour de la constitution en partie civile de l'État gabonais, validée en 2023.
Les magistrats n'ont toutefois jamais complètement laissé de côté le dossier. Plusieurs membres du clan Sassou-Nguesso ont été mis en examen ces dernières années, dont la fille du président, Julienne Ngouonimba, dite "Joujou", les neveux, le sénateur Wilfried Nguesso et le directeur du domaine présidentiel, Edgar Nguesso, mais aussi le petit-fils, également fils d'Omar Bongo, Omar-Denis Junior Bongo (ODJB).
L'enquête est toujours en cours, et d'autres membres du clan présidentiel congolais risquent d'être convoqués pour être entendus. Parmi eux pourrait figurer le fils du chef de l'État, Denis Christel Sassou-Nguesso, actuel ministre de la coopération internationale. Comme révélé par Africa intelligence (AI du 25/10/21), la justice française a recensé près de 25 millions d'euros d'investissements immobiliers effectués entre 2005 et 2013 dont une partie des fonds a une "origine nécessairement illicite", selon les enquêteurs. Sur la période, Denis Cristel Sassou-Nguesso a été un haut cadre de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), puis administrateur général de la Congolaise de raffinage (Coraf).
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