La liste est longue et hormis la famille de Sassou Nguesso, elle révèle de nombreux biens au Congo ou en France, détenus par l’entourage du président congolais et par de hauts fonctionnaires… à croire que les ressources du pétrole ne profitent qu’à eux ! Les conclusions de l’enquête préliminaire sont tout à fait claires. Le clan de Denis Sassou Nguesso possède en France plus de 18 propriétés et pas moins de 112 comptes bancaires, sans compter les véhicules… Ils possèderaient aussi de nombreuses propriétés en Espagne, au Maroc et au Congo-Brazzaville.
Une chose est sûre, c’est que le clan Sassou ne se cache pas de cette richesse. Le fils du président Sassou Nguesso, Denis Christel Sassou Nguesso, dirigeant de la Cotrade, la filiale de la compagnie pétrolière d’État, la SNPC, en charge de commercialiser le pétrole, a en effet dépensé des centaines de milliers de dollars pour faire ses achats de luxe à Paris, Marbella, Monaco et Dubaï. L’ONG anglaise Global Witness a ainsi révélé fin juin 2007, diffusant sur Internet [36] les factures et relevés de carte bleue, les dépenses extravagantes du fils Sassou (35 000 dollars en août 2006 sur des articles de marque comme Louis Vuitton, Dior et Roberto Cavalli) ! Ces informations ont été communiquées suite à l’enquête d’un juge à Hong Kong, qui a déclaré que les achats avaient été payés avec des fonds provenant de compagnies basées dans le paradis fiscal d’Anguilla, Elenga Investment Limited (EIL) et Long Beach Limited. EIL et Long Beach Limited appartiennent respectivement à Blaise Elenga et Denis Christel Sassou Nguesso. Ces deux compagnies auraient reçu, via d’autres compagnies écrans, des fonds liés à la vente du pétrole congolais. [37]
L’enquête de la police française révèle que Denis Christel Sassou Nguesso possède un appartement 10 pièces avec une chambre de service et un garage, rue de la Tour, dans le XVIe arrondissement de Paris, acheté 1,6 million d’euros en 2005.
Denis Sassou Nguesso s’est ainsi constitué avec ses proches une richesse colossale, qu’il est difficile aujourd’hui de chiffrer. On trouve en 1997 un compte numéroté de 140 millions $ déposé dans la banque luxembourgeoise SEB et géré par son ministre de la Justice. Il détiendrait d’autres comptes en Suisse, aux États-Unis et en France, pour lesquels il n’a jamais été inquiété. Il contrôlerait, avec sa famille, une bonne partie de l’économie de son pays [38]. Sa fortune était évaluée à plus d’un milliard de francs français (150 millions d’euros) en 1997 par F.-X. Verschave. [39] À l’aune du patrimoine découvert en France et devant l’ampleur des détournements observés par le FMI, il est possible que dix ans plus tard, la fortune du clan Sassou avoisine davantage le milliard d’euros. Un patrimoine imposant pour quelqu’un qui gagnerait environ 30 000 euros de salaire mensuel au sommet de l’État. [40] Le premier intéressé s’en défend, expliquant ne posséder que deux biens en France et que ses « enfants sont majeurs, [qu’] ils organisent [leur vie] comme ils l’entendent. À l’instar de nombreux Congolais hommes d’affaires, commerçants et chefs d’entreprise, ils possèdent des biens immobiliers en France » [41]. Sur le fondement de l’enquête préliminaire menée en 2007, l’antenne française de l’association Transparency International et un contribuable gabonais se sont portés partie civile, avec le concours de l’association Sherpa, dans une nouvelle plainte déposée devant le Parquet de Paris à l’encontre des clans Bongo et Sassou Nguesso, en décembre 2008. C’est cette plainte qui pourrait donner lieu à une enquête approfondie, si la cour d’appel confirme la décision favorable prise en première instance, comme nous l’évoquons plus haut concernant le Gabon et la Guinée équatoriale (voir aussi les chapitres 3 et 5).
Quant à Pascal Lissouba, l’ancien président élu du Congo (1992-1997) renversé par Sassou Nguesso, il séjourne toujours en France, après son exil à Londres, dans un hôtel particulier rue de Prony dans le XVIIe arrondissement de Paris.
Il aurait acquis cette villa alors qu’il était encore au pouvoir. C’est M. Houdray, directeur de la banque d’Elf, la FIBA, qui aurait procédé à l’acquisition à partir d’un compte du président Lissouba à la FIBA, lequel était alimenté par le ministère des Finances et par des fonds d’origine inconnue. C’est aussi à partir de ce compte que l’épouse Lissouba aurait effectué de nombreux retraits d’espèces qui, parfois, dépassaient le million de francs français. La villa se situe curieusement à côté de la résidence de l’ancien « Monsieur Afrique » de l’Élysée, Jacques Foccart… [42] En juillet 2006, le tribunal de Grande Instance de Paris donne raison au président Pascal Lissouba dans le litige qui l’opposait à l’État congolais au sujet de cet hôtel. Ce dernier en réclamait en effet la propriété…
Pascal Lissouba aurait également profité des largesses de la société Elf. Alfred Sirven, ancien directeur aux Affaires Générales d’Elf, a reconnu lors du procès Elf avoir transféré plus de 50 millions de francs français, appartenant à P. Lissouba du Liechtenstein à Jersey et Monaco. « Il était à l’époque nécessaire de vider ses comptes et de transférer physiquement l’argent ailleurs. » [43]. La caisse noire d’Elf aurait continué de fonctionner sous la présidence de Laurent Jaffré. Benoît Koukébéné, ancien ministre du Pétrole du Congo sous Lissouba, aurait ainsi perçu des pots-de-vin de la compagnie française, 4 millions de dollars versés en 1996 via Jean-Claude Marchiani, préfet du Var et ami de Charles Pasqua. [44]
Une chose est certaine, c’est qu’il ne fait bon enquêter ni pour savoir où va l’argent du pétrole au Congo Brazzaville ni sur le patrimoine du clan Sassou. Le régime en place n’hésite pas sur les moyens pour faire taire ses détracteurs.
Nous revenons sur les intimidations et une mort suspecte en marge de la plainte déposée à Paris à la fin de ce rapport (chapitre 5).
Pendant ce temps, Denis Sassou Nguesso, lui, continue de faire l’objet de tous les égards de la République française. Le 6 décembre 2007, il était invité d’honneur du Forum mondial sur le développement durable, qui se tenait au Sénat, sous le haut patronage du président de la République, devant les représentants du peuple français, consentants. Et ce, malgré les lettres de protestation et la manifestation des ONG devant le Palais du Luxembourg. En avril 2008, l’ambassadeur de France au Congo annonce une rallonge de 80 millions d’euros au plan d’aide de 180 millions octroyé en décembre par Nicolas Sarkozy, contre l’avis des différents services ministériels qui n’en prévoyaient que 113 millions maximum [45]. Le mois suivant, D. Sassou Nguesso reçoit la visite d’Alain Joyandet, le nouveau secrétaire d’État à la Coopération internationale officiant tel un ministre du Commerce extérieur, pour l’inauguration du dernier champ pétrolier de Total, à Moho-Bilondo.
Fin mars 2009, c’est Nicolas Sarkozy qui s’est rendu à Brazzaville.
LES PRISONNIERS POLITIQUES AU CONGO BRAZZAVILLE
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