Interview Congo-Brazzaville : «L’élite politique fonctionne comme une mafia»
par Maria Malagardis
Vendre à Miami pour acheter à Dubaï ? C’est le nouveau bonneteau pratiqué par l’entourage du président Denis Sassou-Nguesso, selon une enquête sur les flux financiers du clan au pouvoir à Brazzaville. Mais la piste remonte également jusqu’à certaines personnalités françaises.
/image%2F0547846%2F20211002%2Fob_d12789_biens-mal-acquis-2.jpg)

/image%2F0547846%2F20211002%2Fob_c80ad4_sassou-mafia1.jpg)
/image%2F0547846%2F20210318%2Fob_bac5f7_empereur.png)
/image%2F0547846%2F20210518%2Fob_2382eb_sassou-2-sacre.png)
/image%2F0547846%2F20210322%2Fob_447a3a_gorille-rire.jpg)
Réélu avec 88,4 % DES VOIX
Depuis des années, c’est un Monopoly grandeur nature que nous offre l’entourage de Denis Sassou-Nguesso, l’inamovible président du Congo-Brazzaville, trente-six ans cumulées au pouvoir. Le patriarche et son clan ont investi des fortunes dans l’immobilier : 24 appartements à Paris, dont un hôtel particulier de 700 m2, des villas, parfois de 4 000 m², à Miami, ou encore ce «pied à terre» estimé à 20 millions de dollars dans la Trump Тower à New York. Mais la roue tourne. Le clan est ciblé depuis 2010 à Paris par l’enquête judiciaire des «biens mal acquis». Plus récemment, ce sont les procureurs fédéraux américains qui ont saisi en 2020 une villa appartenant au fils du président. Face à ces offensives judiciaires, les proches de Sassou auraient donc choisi de déménager vers des lieux plus protégés.
Et c’est désormais Dubaï qui serait devenue leur destination favorite. C’est ce que révèle aujourd’hui une enquête réalisée par le collectif d’activistes congolais Sassoufit, avec l’aide de C4ADS, une ONG spé…
Interview Congo-Brazzaville : «L’élite politique fonctionne comme une mafia»
C’est le nouveau bonneteau pratiqué par l’entourage du président Denis Sassou-Nguesso, selon une enquête sur les flux financiers du clan au pouvoir à Brazzaville. Mais la piste remonte également jusqu’à certaines personnalités françaises. par Maria Malagardis publié le 1er octobre 2021 à 11h55 Depuis des années, c’est un Monopoly grandeur nature que nous offre l’entourage de Denis Sassou-Nguesso, l’inamovible président du Congo-Brazzaville, trentesix ans cumulées au pouvoir. Le patriarche et son clan ont investi des fortunes dans l’immobilier : 24 appartements à Paris, dont un hôtel particulier de 700 m2, des villas, parfois de 4 000 m², à Miami, ou encore ce «pied à terre» estimé à 20 millions de dollars dans la Trump Тower à New York. Mais la roue tourne. Le clan est ciblé depuis 2010 à Paris par l’enquête judiciaire des «biens mal acquis». Plus récemment, ce sont les procureurs fédéraux américains qui ont saisi en 2020 une villa appartenant au fils du président. Face à ces offensives judiciaires, les proches de Sassou auraient donc choisi de déménager vers des lieux plus protégés. Et c’est désormais Dubaï qui serait devenue leur destination favorite.
C’est ce que révèle aujourd’hui une enquête réalisée par le collectif d’activistes congolais Sassoufit, avec l’aide de C4ADS, une ONG spécialisée dans le big data et l’analyse des flux financiers. Mais l’inventaire de ce nouveau patrimoine cinq étoiles sur les Denis Sassou-Nguesso, président du Congo-Brazzaville, à Moscou en mai 2019. (Evgenia Novozhenina/REUTERS) bords du Golfe persique dessine aussi le vaste réseau de solidarité entre happy few, qui permet au régime de tenir. Décryptage avec Andrea Papus Ngombet, fondateur du collectif Sassoufit. Ce n’est pas la première fois que l’entourage du président Sassou-Nguesso est épinglé pour ses biens immobiliers…
Qu’est-ce qui vous a surpris dans cette enquête ?
D’abord un sentiment d’impunité persistant. Ils ne se cachent même pas et investissent souvent sous leur vrai nom à Dubaï. C’est le cas de Denis Christel, le fils du président, surnommé «Kiki». On retrouve le nom de sa première épouse dans l’achat d’un appartement estimé entre 500 000 et un million de dollars (entre 430 000 et 860 000 euros) à Dubaï. Et c’est depuis cette même ville, que sa seconde épouse a vendu une propriété d’une valeur de 2,4 millions à Miami, en octobre 2020. L’acte de vente est en effet signé depuis Dubaï. De nombreux proches du régime s’y sont installés depuis 2014 ou 2015. Nous avons pu ainsi retrouver la trace de flux s’élevant à 32 millions de dollars. Et encore, nous ne connaissons que les montants des acquisitions, pas celui des rénovations ou aménagements faits par la suite. En Floride, «Kiki» avait par exemple effectué des travaux pour trois millions d’euros, dans une villa achetée 1,9 million. Ce qui est intéressant c’est ce mouvement de vente et de fuite vers Dubaï. En France comme aux Etats Unis, leurs biens sont gelés, sans cesse menacés de saisie. Le clan ne se sent plus en sécurité dans ces pays. Pourtant tous les membres du clan n’ont pas tous déserté Paris. Effectivement. Nous nous sommes procuré l’acte d’achat en 2014 pour 600 000 euros d’un appartement à Neuilly acquis au nom d’une SCI, baptisée «D’Océan». Laquelle est enregistrée aux noms de la femme et des enfants de JeanFrançois Ndenguet, l’inamovible chef de la police du Congo-Brazzaville depuis 1997. Brièvement arrêté en France en 2004, il fait depuis l’objet d’une plainte pour «crimes de guerre» et «crimes contre l’humanité», instruite par le tribunal de Meaux, concernant le meurtre de plus de 350 opposants en 1997, la fameuse affaire du «Beach». En 1997, pendant la guerre civile, il dirigeait une faction de la milice Cobra, connue sous le nom du «front 300». Officiellement il ne vient plus en France et la justice affirme ne pas savoir où adresser ses courriers. Pourtant son nom apparaît aux côtés de celui son épouse dans la SCI qui a acquis cet appartement. Lequel a été vendu par Olga Dumonteil-Johnson et son mari. Elle, c’est la directrice générale de la fondation Jean-Louis Borloo, Energies pour l’Afrique. Elle est également conseillère municipale à Paris, élue justement l’année de la vente, en 2014. Ça aussi ce fut une surprise car on peut légitimement s’étonner qu’elle ignore qui est Ndenguet, avec son passif en Afrique, et alors que son nom apparaît bien dans les statuts de la SCI qui figurent dans l’acte de vente. Chronique A Paris, les amis de Denis Sassou-Nguesso sont plutôt rive droite International 20 févr. 2018
Qu’est-ce que ce nouveau positionnement à Dubaï révèle, ou confirme, sur leur façon de gérer le Congo ?
Cendrine, l’une des filles du président, est devenue la patronne de l’Agence de promotion des investissements (API) au Congo en 2014. Sur le site internet de cette agence, on ne voit aucun projet.
Serait-ce juste une coquille vide pour maintenir le train de vie de la famille ?
La question se pose. Or en 2019 elle a créé deux sociétés à Dubaï. Kimikia Général Trading et Censass Capital. En principe, elle ne peut pas être à la tête de deux fonds d’investissement tout en étant en charge d’API au Congo. Le conflit d’intérêts est évident. D’autant que son frère «Kiki» est le ministre en charge des Investissements depuis la réélection controversée de Sassou en 2016. L’argent investi par le fils à Dubaï semble directement lié à la liquidation de ses avoirs en Floride. Et les procureurs américains ont prouvé que ces avoirs provenaient du détournement de l’argent du pétrole. Il y a aussi le cas de Blandine Malila Lumande, la belle-fille de Sassou (c’est la fille de sa femme). Elle dispose d’un quatre pièces, estimé autour d’1,5 millions de dollars, à Dubaï. Son rôle dans la fondation de sa mère, Antoinette Sassou-Nguesso, lui donne accès aux subventions versées par les pétroliers. Par exemple, en 2007 le groupe italien ENI a versé 8,5 millions d’euros pour des «projets sociaux et sanitaires». En réalité les «dons» à la fondation Congo Assistance se traduisent souvent en contrats attribués aux bienfaiteurs, comme le montre le rapport Dirty Diesel de l’ONG Suisse Public Eye, publié en 2016. L’ex-petit copain de Blandine, Steve Loemba, est conseiller à la présidence, en charge des grands travaux. Lui a acquis un bien immobilier à Dubaï, dans une concession fermée, Emirates Hills dont le nom fait ouvertement référence à Beverly Hills. Les propriétés y sont vendues à six millions de dollars. Nous sommes face à une élite politique qui fonctionne comme une mafia. Ce nouveau Monopoly à Dubaï suggère aussi d’éventuelles gratifications accordées à ceux qui sont parfois considérés comme les piliers du système… Absolument. On peut citer le cas de l’actuel ambassadeur en Angola : le colonel Engobo. C’est l’homme qui a déclenché la guerre civile de 1997, en tuant des gens en plein jour. Son cas a été documenté par la Fédération internationales des droits de l’homme (FIDH) en 1999. On le surnomme «le tueur d’Owando» mais il s’était fait très discret après 1997. Là on le retrouve avec l’achat d’un appartement de 600 000 euros à Dubaï. Où a également investi Judicaelle, la fille de Jean Dominique Okemba, un neveu de Sassou qui dirige les services secrets. Il y a surtout le cas de Raymond Zéphirin Mboulou qui lui possède carrément cinq propriétés à Dubaï, dont deux villas de cinq pièces estimées chacune entre 1,1 et 1,9 million de dollars. Or Mboulou est le ministre de l’Intérieur. C’est lui qui organise les élections et donc la fraude, et la répression, qui permet à Sassou de rester au pouvoir. Mais il n’y a pas que le système politique ou répressif, l’attrait pour Dubaï concerne aussi des businessmen influents au Congo.
A qui pensez-vous ?
On peut citer le cas de Jean-Bruno Obambi, l’un des entrepreneurs les plus riches du Congo. Lui aussi a procédé aux transferts de ses avoirs, 840 000 dollars, de Miami vers Dubaï. Il est à la tête d’une compagnie de téléphonie Azur Telecom qui opère en Afrique centrale et dont la branche gabonaise avait été poursuivie en 2014 pour fraude fiscale. Il a alors créé une autre compagnie, Bintel Group, associée à Monaco Telecom dont le principal actionnaire est le Français Xavier Niel. Ce qui lui a permis de faire disparaître sa dette fiscale via la nouvelle structure. Azur Telecom appartient désormais à Bintel Group, qui est basé à Dubaï. Face à ce Monopoly qui ne concerne que les élites,
comment se porte l’économie du Congo ?
Le pays est dans une situation de quasi-faillite. Depuis que le FMI a compris qu’il y avait des dettes dissimulées, les négociations sont au point mort. L’élite n’a aucun intérêt à jouer la transparence, ce qui reviendrait à reconnaître les détournements Présidentielle Politique International CheckNews Culture Idées et Débats Société Environnement Economie Lifestyle Portraits Sports Sciences Sections SERGE BERREBI de l’argent placé en offshore. Sans le FMI, il reste toujours la Chine. Mais même aux yeux des investisseurs privés chinois, le Congo n’est plus crédible. Dans l’immédiat, le partenariat avec les Chinois va se poursuivre car il y a aussi d’autres intérêts géostratégiques comme le boycott de Taïwan, d’autant que Sassou s’en fait le porteparole auprès de ses pairs africains. Mais pendant ce temps le pays stagne dans la misère. Il n’y a que cinq millions d’habitants, l’équivalent de la Norvège ou du Koweït, le soleil et la forêt tropicale en plus. Avec ses richesses fabuleuses, pétrole, gaz et bois précieux, si le Congo était bien géré, il aurait dû se situer au même niveau de vie.
/image%2F0547846%2F20211002%2Fob_094840_jj-rousseau.jpg)


/http%3A%2F%2Fhhcsanford.org%2Fnews_3.gif)
/http%3A%2F%2Fdrakkar.747.voila.net%2Fgifs_animes%2Fdrapeaux%2Fcongo_fl_md_clr.gif)


/http%3A%2F%2Fscd.rfi.fr%2Fsites%2Ffilesrfi%2Fimagecache%2Frfi_43_small%2Fsites%2Fimages.rfi.fr%2Ffiles%2Faef_image%2Fcongo_0.png)