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Risque d’explosion sociale au Congo Brazzaville : le quinquennat en cours, arriver a-t-il à son terme ?

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10.09.2021 …

Par LA VOIX DU PEUPLE

  

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Risque d’explosion sociale au Congo Brazzaville : le quinquennat en cours, arriver a-t-il à son terme ?

 

 

Risque d’explosion sociale au Congo Brazzaville : le quinquennat en cours, arriver a-t-il à son terme ?

Par – Octavie Louisa

 

 

 

 

Réélu avec 88,4 % DES VOIX

 

 

La République du Congo est dans l’agonie. Plusieurs signaux sont au rouge et aucun secteur de la vie n’est épargné ! A peine quelques mois d’exercice du nouveau mandat du Président de la République réélu, que plusieurs facteurs (socio-économiques et politico-sécuritaires) déstabilisants se sont rendus ostensibles. Lesdits facteurs qui n’étaient pas perceptibles ni ressentis, du moins à cette ampleur, au cours du quinquennat passé, font partie du quotidien des congolais et restent banalisés et favorisés par le laxisme de l’Etat. Cet état de chose suscite déjà de vifs remous sociaux sur fonds ethniques, quitte à se demander si un seul clan détient le « titre foncier du Congo », pour ainsi s’accaparer toute la gestion du patrimoine national commun. L’inconfort notoire dans lequel se trouvent actuellement les populations avec la brimade de leurs droits les plus inhérents par un système d’impunité sans précédent, double la peine ressentie par leurs âmes.
 
Le dysfonctionnement des institutions républicaines, l’instrumentalisation de la justice et des médias, la brimade des droits de citoyens, les arrestations arbitraires, la gérontocratie, la politisation de l’administration publique sur fond de clientélisme politique, de corruption, d’ethnocentrisme et de népotisme, augurent-ils d’une stabilité du quinquennat en cours?
 
1- Un train de vie démesuré de l’Etat
 
Depuis 2014, le Congo traverse une période de fortes turbulences économiques dues, simplement, à la gabegie financière, à l’absence de reddition des comptes à tous les niveaux, au manque de planification et de gouvernanticipation. Pour un pays de 5 millions d’habitants, le Congo compte « un trop plein » de ministères et d’institutions dites « républicaines » budgétivores, à la limite inutiles, qui auraient pu être fusionnés et/ou supprimés à la nomination du Premier Ministre actuel. La multiplicité des ministères a créé une multiplicité des directions et sous directions, entrainant ainsi le chevauchement des attributions, la duplication des services, la corruption et l’inefficacité dans la délivrance des services publics de qualité aux usagers
t pourtant, la réduction du train de vie de l’Etat aiderait à faire des économies sur les dépenses publiques, relatives au fonctionnement de l’administration publique, afin de les investir dans les services sociaux de base, notamment dans l‘éducation nationale, l’agriculture et la santé publique, pour un développement inclusif et durable. Cette réduction passe aussi par la nécessaire digitalisation et l’indispensable dématérialisation de l’administration et des services publics pour des questions de traçabilité et de transparence administrative. Or, le recyclage continu des barons du pouvoir issus du Parti-Etat, annihile tout effort consenti pour y parvenir.
 
2- Une asphyxie économique palpable
 
L’absence de planification, de diversification économique, de reddition des comptes, la dilapidation des ressources naturelles, l’impunité, la signature des divers accords infructueux entre le gouvernement et des partenaires étrangers, le manque de vision et de perspectives d’avenir national, ont contribué à mettre le Congo dans un sempiternel labyrinthe. De plus, l’inexploitation des terres arables et le manque d’initiative des populations doublé du manque de leadership des responsables politiques, ont plongé le pays dans une dépendance alimentaire criarde.
 
 
es problèmes économiques auxquels le Congo fait face, sont le résultat de la mauvaise gestion et surtout d’une absence d’un leadership éclairé, inclusif et démocratique. Les fonds publics sont gérés dans l’opacité la plus ténébreuse, sans que le parlement ni la Cour des Comptes, encore moins les organes de lutte contre la corruption n’y voient aucun inconvénient. La corruption a gangrené tous les secteurs du pays et aucun indicateur du Rapport 2020 Doing Business sur le Congo n’est encourageant, le pays étant 180ème sur 190 économies étudiées.
 
Par ailleurs, l’absence d’un cadre juridique pour le Partenariat Public Privé aura déjà, à coup sûr, occasionné des abus sociaux, des fuites de capitaux, des évasions fiscales importantes et un étouffement d’opérateurs économiques nationaux. Le Congo perdra davantage de centaines de milliards de francs CFA, tant qu’interviendront pas (1) le vote, la promulgation, la mise en oeuvre et la vulgarisation d’une loi sur le partenariat public-privé qui bénéficie aux investisseurs Congolais, (2) la réforme des autorités de régulation et de contrôle des marchés publics, y compris le renforcemement stratégique de la cellule d’appui au partenariat public-privé, censée appuyer les personnes publiques dans (a) l’identification des projets pouvant faire l’objet d’un contrat de partenariat public-privé, (b) la priorisation des projets identifiés, (c) la réalisation d’études sur la viabilité économique desdits projets, (d) la réalisation de toutes autres études lorsque cela est nécessaire.
 
 
3- Une administration publique inefficace et gangrenée
 
L’un des piliers les pus indispensables de l’Etat, est bel et bien son administration publique. Dans le pays de Fulbert Yolou, le système de recrutement des agents permanents et contractuels de l’Etat, qui se fait par cooptation déguisée en « étude de dossier », représente un goulot d’étranglement pour l’Etat qui, non seulement n’arrive pas à déterminer avec exactitude et certitude le nombre de salariés, mais ne peut vraiment pas y compter pour avoir des thérapies de chocs face aux défis de gouvernance. Or, la bonne gouvernance qui conduit au développement passe inéluctablement par la maitrise de la masse salariale. Pour ce faire, le gouvernement devra abolir cette pratique archaïque qui a rempli la fonction publique d’illettrés, d’improductifs et d’incompétents, ayant contribué à ternir l’image du pays à l’échelle supranationale, jusqu’au niveau des représentations diplomatiques et à faire montre de tares et de médiocrité avérée. Ceci n’est pas sans effet sur l’insatisfaction de l’usager des services administratifs et son mécontentement constant de la qualité du service reçu.
 
4- Un futur sombre et incertain pour la jeunesse
 
Les jeunes constituent la colonne vertébrale, la ressource intarissable et non périssable, un atout majeur pour l’avenir d’un pays, une force laborieuse. Or, les politiques publiques mises en place par le gouvernement congolais sont visiblement, pour la plupart, des politiques anti-jeunesse, pour ainsi dire. Pour preuve: pendant que toute l’étendue nationale ne dispose pas d’universités, encore moins de lycées techniques ou centres de formation professionnelle, les unités d’enseignements dans les universités sont obsolètes. Résultats: (1) très peu de jeunes congolais sont compétitifs sur le marché de travail national et international, (2) plusieurs jeunes se retrouvent confrontés au désœuvrement, car les diplômes délivrés ne cadrent plus avec le marché national et/ou supranational de l’emploi, (3) l’université est devenue une machine de production massive des chômeurs depuis des décennies.
 
En outre, la fonction publique est devenue une panacée pour les citoyens. Toutefois, le recyclage perpétuel des anciens membres du gouvernement prouve à suffisance que les jeunes ne sont guère la priorité des gouvernants. Par ailleurs, les conditionnalités pour faire de l’entreprenariat sont un “chemin de croix” de plus de 40 jours pour les jeunes qui ont la volonté et les aptitudes de s’y lancer. Les opportunités de travail sont complètement soumises à des questions de cooptation, créant ainsi une classe des privilégiés et une classe des défavorisés. Tout cela peut laisser penser que le gouvernement est le premier ennemi de l’avenir du pays, étant donné que les opportunités sont concentrées dans la vieille génération, ou au mieux dans la jeunesse du Parti-Etat.
 
5- L’échec cuisant de la décentralisation
 
L’échec de la politique de décentralisation a été un frein au développement car les populations sont concentrées dans les deux grandes villes, à cause du manque de vision, de créativité pour les acteurs politiques de développer les villes secondaires et d’y créer des opportunités socio-économiques, afin de juguler l’exode massif vers Brazzaville et Pointe-Noire. Pourtant, neuf (09) lois ont été votées et promulguées pour régir le fonctionnement des organes de la démocratie représentative et participative, le transfert des compétences et des ressources ainsi que la mise en œuvre de la fonction publique territoriale. Mais cette production législative n’a visiblement pas suffi pour offrir au Congo une expérience de décentralisation hors du commun.
 
En outre, la superposition ou cohabitation des circonscriptions administratives et collectivités locales n’est pas de nature à faciliter la tâche aux acteurs de la décentralisation, encore moins à impulser le développement local. Sans pour autant questionner le bien-fondé du découpage administratif orchestré par la loi la loi n°3-2003 du 17 janvier 2003, l’architecture de la décentralisation et déconcentration qui a malheureusement gardé les vestiges de la colonisation et de la période révolutionnaire, n’est pas assez légère pour éviter des coûts budgétaires inutiles, pour empêcher un chevauchement de pouvoirs et prérogatives / fonctions entre les différents acteurs clés. En d’autres termes, le système administratif mixte mis en place, a encore de bons jours devant lui pour être performant au point de créer de la richesse. Ce manque de clarté dans la répartition des pouvoirs pour les responsabilités concurrentes/partagées contribue aux échecs de l’Etat central et à l’inégalité/inefficacité dans la prestation des services publics aux citoyens à la base et rend difficile la satisfaction en temps réel des besoins en infrastructures essentielles.
 

 

6- Une gouvernance foncière exécrable
 
Depuis plus d’une décennie, les milliers de congolais sont victimes, soit de stellionat / escroquerie en parcelle de la part des propriétaires terriens véreux, soit de la dépossession de leurs terres par des étrangers, sous l’indifférence totale voire complicité des gouvernants. Le système judiciaire soupçonné de corruption et à géométrie variable, les citoyens se sont lancés dans un cercle vicieux de double rachat de parcelles et d’interminables litiges parcellaires entre acquéreurs. Les propriétaires terriens se voient intouchables, et le cadastre et les mairies tout impuissants face à ce phénomène, pendant que les victimes sont abandonnées à leur triste sort. Tout cela cristallise les frustrations qui lentement, mais sûrement, atteignent leur paroxysme. Pire, la cession des terres avec titre foncier par le Congo à des étrangers crée déjà des inquiétudes au sein des populations. L’explosion sociale n’est définitivement pas loin !  
 
 
7- Un système sanitaire défaillant
 
C’est le sentiment général : les hôpitaux au Congo sont des mouroirs ! Même si le pays semble faire des efforts pour accroitre son personnel sanitaire, le seuil minimum universellement souhaité de 2,28 médecins/infirmières/sages-femmes pour 1000 habitants, est loin d’être atteint à l’heure actuelle. La cupidité parfois, le manque de professionnalisme et d’éthique des médecins, auxquels s’ajoutent l’absence d’équipements médicaux et de plateaux techniques sont entre autres les facteurs qui dupliquent le taux de mortalité dans le pays, sans solutions idoines de la part des gouvernants, eux, usagers des hôpitaux occidentaux.
 
8- L’indifférence de l’Etat face à la misère sociale
 
L’Etat congolais prend beaucoup d’engagements qu’il n’arrive pas à honorer dans la plupart des cas. On se rappelle qu’il a promis de reconstruire les habitations détruites par les explosions du 04 mars 2012. Rien n’a été fait dans les zones les plus affectées. Les populations concernées sont dans le désarroi et lassées par des promesses politiques insoutenables.
 
Il en est de même du non-paiement des bourses aux étudiants congolais envoyés à l’étranger, notamment de Cuba, ainsi que le non-paiement des pensions de retraite/ Or la pension de retraite ne constitue ni une allocation, ni une faveur, mais plutôt un droit acquis au travailleur ayant cotisé des années durant. Les retraités n’ont-ils pas suivi sur les réseaux sociaux, comment un proche du système a dilapidé impunément avec sa bande, les fonds qui leur étaient destinés ?
 
Comme pour les enfoncer dans leur misère, les déflatés de l’ex-ONPT n’ont jamais perçu depuis près de deux décennies leurs droits, et beaucoup sont passés de vie à trépas laissant des orphelins sans lendemain.
 
Comme si cela ne suffisait pas, la délivrance des titres de voyage et de pièces d’identité est un casse-tête. Des dizaines de jeunes ont manqué d’opportunités à cause de la non-délivrance à temps de leurs passeports. De la même manière, d’autres n’arrivent pas à conclure des transactions financières et opérations économiques, par faute de carte nationale d’identité. A tout cela s’ajoute la résurgence de l’insécurité caractérisée par le grand banditisme. Pour couronner le tout, ledit pays producteur de pétrole, n’assure pas l’autonomie énergétique à ses citoyens !
 
9- Une société civile inexistante
 
En existe-il au Congo ? Si oui, elle est emprisonnée, corrompue, affaiblie, fragmentée, muselée et, dans une certaine mesure, imbriquée dans les organes gouvernementaux, parce que bénéficiaire d’un financement public dirigé. Pour que la société civile congolaise redore ses lettres de noblesse d’antan, en apportant des alternatives de gouvernance là où le gouvernement connaît des limites, une profonde refonte est inévitable pour lui permettre d’être financièrement indépendante et incorruptible.
 
QUELLE THÉRAPIE POUR PRÉVENIR UNE PROBABLE PROCHAINE EXPLOSION SOCIALE?
 
1- Réduire drastiquement le train de vie de l’Etat en supprimant certains portefeuilles ministériels superflus et institutions gérontocrates, pour pouvoir régler les questions sociales, telles que les bourses, pensions de retraite et arriérés de salaire ;
 
2- Lutter efficacement contre le clientélisme, la gabegie financière, la corruption, et le recyclage des vieux budgétivores afin de promouvoir les jeunes dans les sphères de prise de décision ;
 
3- Instituer un concours de recrutement direct et fréquent (annuel si besoin) dans tous les secteurs de la fonction publique sur la base de la méritocratie, après avoir (a) effectué un audit des aptitutes et compétences, (2) procédé à une plannification prévisionnelle des emplois et des compétences dérivée du plan national de développement, afin de pallier le déficit des cadres;
 
4- Assurer des prestations de services de qualité exempts de corruption dans l’administration publiques, à travers (1) l’application, dans sa lettre et dans son esprit, la Charte africaine sur les Valeurs et Principes du Service public et de l’Administration ratifiée par le Congo le 20 mai 2013, et (2) la dématérialisation des processus d’affaires et des services publics ;
 
5- Réformer le secteur de la santé, de sorte à ce que le personnel sanitaire donne sa vraie position : soit servir dans les hôpitaux publics, soit officier en clientèle privée. Dès leur choix, l’Etat devra (1) recruter davantage de prestataires de services de santé, (2) revoir à la hausse leur rémunération à titre de motivation pour le service public, (3) faciliter leur formation continue afin de garantir leur performance, (4) investir dans l’approvisionnement des hôpitaux publics en intrants et plateaux techniques;
 
6- Redéfinir la carte universitaire à travers la création et l’équipement des universités thématiques (et/ou lycées techniques et professionnels) dans chaque département du pays avec des curricula adaptés aux besoins émergents du marché, pour faciliter l’industrialisation et l’effectivité des Zones Economiques Spéciales;
 
7- Assouplir les conditions et alléger le processus de création d’entreprise, appliquer une exemption fiscale pour les Très Petites et Moyennes Entreprises dans les premières années de leur existence ;
 
8- Réformer le secteur du foncier afin d’exiger l’obtention par les propriétaires terriens, et leur en faciliter la délivrance, de titre de propriété définitif, notamment le titre foncier, à un coût et dans un délai raisonnable, ainsi que d’en assurer la garantie à travers l’informatisation du cadastre national, de même que les procédures en matière foncière et domaniale;
 
9- Clarifier le régime fiscal applicable aux partenariats public-privés, et mettre au point et divulguer régulièrement un catalogue des projets susceptibles d’être exécutés en mode partenariat public-privé, ainsi qu’encourager le secteur privé national ;
 
10- Ratifier et domestiquer la Charte africaine sur les Valeurs et Principes de la Décentralisation, la Gouvernance Locale et le développement local, dont la vocation première est de « renforcer la démocratie participative, l’autonomisation des citoyens et des communautés en assurant l’accès aux services de base, l’obligation de rendre compte et la transparence dans les institutions publiques. »
 
11- Créer un Centre de formation et de perfectionnement du personnel des collectivités locales, dans le but de professionnaliser l’administration communale, et instaurer et promouvoir la méthode fondée sur les résultats rapides (MRR) dans la gouvernance locale;
 
12- Faciliter et encourager la régionalisation du développement local, tout en renforçant les mécanismes de Suivi-Evaluation des impacts de la Coopération décentralisée et de l’intercommunalité.
 
En somme, l’adoption de ces recommandations par les responsables politiques pourrait constituer un début de solution pour les citoyens qui ont déjà soif de changement. Si le gouvernement persiste dans sa témérité de continuer de naviguer à vue, il est fort probable que ce quinquennat soit perturbé/entravé par des remous sociaux. Il va sans dire que la paix au Congo est très volatile et la situation socio-économique et politico-sécuritaire pourrait basculer à tout moment, conduisant sans nul doute à un embrasement du type du 5 juin 1997 si une amélioration de la gouvernance publique n’est pas adoptée pour faire taire les velléités d’alternance politique au Congo.
 
Octavie Louisa est experte en Gouvernance et en Intégration Régionale, passionnée des questions de droits de l’homme, genre, résolution des conflits, paix et sécurité humaine. Elle a fait sa thèse de Master sur la sécurité tranfrontalière en Afrique Centrale, notamment sur le terrorisme et a produit un document important sur le genre dans la Grande Muette. Elle est la co-fondatrice de l’ONG Weziza Afrika basée au Bénin et opérant sur le continent. Elle dirige, en qualité de Directrice, l’Institut Weziza Afrika pour la Gouvernance et les Droits de l’Homme dont le mandat touche aux questions thématiques de justice transitionnelle, le genre dans la paix et la sécurité, la résolution des conflits, la paix et la sécurité humaine.
 
Octavie Louisa

 

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