La suprématie de l’infrahumain

Jean-Pierre Banzouzi
Le meurtre de Gorge Floyd, Noir Américain tué dans des conditions ignobles par les forces de l’ordre aux USA ne doit pas nous faire oublier les meurtres presque quotidiens perpétrés par les systèmes d’oppression dans le bassin du Congo et ailleurs. Empoisonnement, assassinat, crimes rituels, l’administration de l’Etat est souvent mobilisée méthodiquement par un groupe pour commettre ces infamies (le cas du génocide rwandais et ses corollaires). Il s’agit de la négation de l’humanité, le rejet de la culture de l’autre dans ses formes les plus bestiales et les plus répugnantes, négation érigée en système de pensée. Ici une analyse est nécessaire pour éviter de rester au simple stade de l’émotion spatio-temporelle circonstancielle, au demeurant légitime. Il faut questionner le sens même de ces actes commis par des autorités policières sensées protéger la vie. Ici et là dans les officines les langues se délient sur ces méthodes de violences policières dument instaurées depuis des lustres souvent orientées vers une catégorie d’individus.
Nos sociétés modernes quelles qu’elles soient nous surprennent par la violence des rapports sociaux problématiques. Cette violence entre autre communautaire convoque régulièrement la cruauté, la déshumanisation c’est-à-dire la perte ou la non acquisition du caractère humain dans l’esprit de groupe d’individus. C’est ici le moment d’interroger nos sociétés qui s’accommodent de telles bestialités, sur ses « involutions » ou ses « évolutions sociales » biscornues. En occident, plusieurs philosophes ont interrogé cette « violence naturelle ». Emile Durkheim, pensait déjà que « le crime est normal, parce qu’une société qui en serait exempte est tout à fait impossible ; telle est la première évidence paradoxale que fait surgir la réflexion sociologique » Le crime, phénomène normal”. Un article publié dans la revue Déviance et criminalité. Source .Les règles de la méthode sociologique (1894), Paris, P.U.F. Thomas Hobbes considérait que dans l’état de nature, les hommes ont des droits naturels (se nourrir, se défendre…) et une liberté naturelle (une absence de contraintes). Quand personne n’est là pour le contrôler, l’homme est en danger permanent, tout en étant un danger potentiel pour les autres. Comprenez l’homme est un loup pour l’homme. Thomas Hobbes poursuit que pour sortir de l’état de nature, il faut que les individus s’inscrivent dans un contrat social c’est à dire passer de l’infra-humanité à l’humanité. Leviathan, or The Matter, Forme, & Power of a Common-wealth Ecclesiasticall and Civill, by Thomas Hobbes of Malmesbury ) 1651. Dans le même esprit, Rousseau évoque le contrat social, qui pour lui fonde la légitimité de l’union de plusieurs individus, sortant de l’état de nature, vers une société civilisée. Sauf qu’ici ce crime abject n’est pas l’œuvre d’un individu isolé mais il est perpétré au cœur même l’Etat garant du contrat social. Cet Etat dont l’érection dans la moitié du 19eme siècle est la résultante de la guerre de Sécession ou guerre civile américaine née des contradictions entre les Maîtres Esclavagistes et leurs Adversaires favorables à l’abolition de l’esclavage. Les représentations mentales des Esclavagistes sont donc largement encore enfuies dans les sociétés américaine et européenne. Ces théories évolutionnistes (au sens de Darwin) se heurtent néanmoins à la conception originelle de l’humanité (au sens divin) qui dès le départ confère à l’homme son humanité à l’instar des sociétés millénaires bantu régies par le kimuntu. Le Linguiste Melo Nzeyitu Josias dans deux ouvrages montre à suffisance l’antériorité de cette civilité bantu à travers le langage divin de la genèse et de la création du muntu. Les racines bantu du latin , 2010 et La langue la plus intelligente du monde ed. Saint-honoré Paris 2018. La question à poser à ce stade est ; pourquoi le crime persiste à être un mode d’organisation sociale contre des catégories d’individus ciblées stigmatisées par des critères de race, de région, de culture, de sexe, etc.? La réponse à cette question renvoi une fois de plus à une opposition de paradigme.
Connaissant le caractère sacré de l’humanité il est impossible que les bantu aient pu s’accommoder de la philosophie du crime sauf quelques peuplades restées en marge de cette transmutation. Le kimuntu est au fondement de l’humanité chez les bantu. C’est une philosophie basée sur la civilité transcendantale. Le kimuntu est une disposition d’esprit qui met l’homme en prise direct à Dieu, Nzambi-mpungu. Cet état d’esprit permanent est entretenu par le parcours spirituel initiatique qui permet au muntu d’irradier la collectivité par le respect de la vie humaine et la quête permanente de la supra-humanité. L’accueil de l’autre, bolé bantu. Cette civilisation de l’accueil lui a valu des agressions diverses et variées.
En revanche, certaines sociétés n’ont pas intégré cette humanité originelle préférant la barbarie, instituant le meurtre comme objet de régulation sociale. Ces systèmes d’organisation fondés sur la liquidation de l’humain remontent mutatis mutandis à l’esclavage (le code noir), à la colonisation. Ces systèmes pensés dans les sociétés occidentales et appliqués de manière convulsive à travers le monde, par les contremaitres blancs et noirs au service de l’infra-humanité. Ce n’est un secret pour personne. Alors, l’émotion suscitée par ce crime odieux de Gorge Floyd par ce policier blanc participe de ces structures mentales millénaires difformes mystificatrices qui dominent le monde. Cette anomalie congénitale tente d’imposer sa vision contraire à celle de la genèse en entrainant le monde dans l’inhumanité, auréolée de la toute puissance économique dépendante des ressources outre mer vandalisées sans vergognes justement en massacrant les humains. Il n’y a donc pas du nouveau sous le ciel. Normalement, des individus civilisés ne peuvent pas nier l’humanité des autres. C’est un principe universel. Si c’est le cas, il s’agit d’une anomalie congénitale de sociétés construites sur le mensonge se disant avancées mais en réalité arriérées. La société africaine elle, doit demeurer sur ses fondamentaux en renouant génétiquement d’avec sa conception originelle qui confère au muntu, la conscience transcendantale, kinvuama bantu. Jean-Pierre Banzouzi Economie politique des ressources halieutiques en milieu kongo : Terroirs et Etat au Congo-Brazzaville ed.Normandes, Paris 2011. En tout cas les sociétés africaines millénaires sont nées de ce génome que l’infrahumain tente d’assujettir à travers ces pratiques bestiales.
Jean- Pierre Banzouzi



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