MÉMO J3M : CE QUE J’AI FAIT, JE L’AI FAIT POUR LES CONGOLAIS. JE NE REGRETTE RIEN
On veut me faire passer pour quelqu’un qui est en intelligence avec l’étranger pour déstabiliser le pays parce que je considère et maintiens que ces élections ne sont pas crédibles. Le vote du peuple a été volé !
Le procureur de la République m’a accusé d’avoir recruté des éléments de la Séléka, l’ancienne rébellion en Centrafrique. Puis j’ai été soupçonné d’avoir pris contact avec des factions des anti-Balaka (milices d’autodéfense en Centrafrique) comme si on peut faire cohabiter des éléments issus de ces deux entités ensemble. Ou encore d’avoir orchestré un complot avec l’appui d’une grande puissance étrangère. Du grand n’importe quoi !
Si la situation n’était pas si dramatique et oppressante, je pourrais en rire. On cherche la moindre petite bête pour me faire… je ne sais quoi. Soyons sérieux, tout cela est grotesque ! Et je suis peiné de voir que le pouvoir tombe dans de telles manipulations vulgaires qui attisent les tensions dans le pays. Est-ce que je regrette mon appel au peuple de se lever pour « barrer la route à l’arbitraire » du 24 mars ?
Clairement non. Je ne regrette rien ! Car j’ai agi en démocrate face à un régime qui a truqué cette élection présidentielle, menti sur les résultats et muselé l’opposition ou toute voix discordante. Nul n’ignore que les résultats annoncés sont biaisés. Je l’ai dit, comme d’autres ici chez nous mais aussi de par le monde. Le pouvoir qui n’a de cesse de m’intimider, de me menacer, de m’oppresser, me désigne comme la cible à abattre. On entoure ma résidence et on retire la garde que m’octroi mon grade et la loi. Je suis à leur merci car comment se défendre face à des miliciens et à des soldats armés et cagoulés sans armes ?
Seule une intervention de la communauté internationale peut nous sortir de ce trou, le pays, tout comme moi à titre individuel. Une solution diplomatique, une médiation pour que le Congo ne tombe pas dans l’oubli. Car j’ai beau avoir été un peu coupé du monde, j’entends que l’armée a ouvert le feu dans le Pool, que des hélicoptères ont été mobilisés et que des civils innocents tombent sous les balles de la force publique. Cela ne restera pas sans conséquence sur le vivre ensemble des jours à venir. Qui peut croire qu’on garantisse ainsi la sécurité ou bâtir la paix tant vantée.
On dit que votre appel n’a pas été suivi par le peuple Il n’y a en effet pas eu la mobilisation que j’espérais à la suite de mon appel. Cela s’explique aisément par la brutalité du pouvoir qui a déployé un dispositif militaire effrayant et a multiplié les menaces et intimidations sur les candidats de l’opposition comme sur la population. Et cette violence du régime, je l’ai sans doute sous-estimée. Je ne l’imaginais pas capable de cela en 2016. Mais la journée ville morte a été un succès certain, preuve en est les réactions hystérique des autorités faisant la chasse et menaçant les absents dans les administrations publiques au mépris du droit du travail ainsi que des droits élémentaires qu’octroient même la constitution imposée, qui nous conduit dans l’impasse politico-institutionnelle dans laquelle le pays se retrouve.
Toutefois malgré ma situation actuelle, je reste confiant envers les Congolais, car je sais combien ils souhaitent une alternance, une démocratie et un autre président que celui qu’ils ont connu depuis plus de trente-deux ans. La machine du pouvoir fait tout pour me broyer tout comme il le fait avec le peuple. Ils vont peut-être réussir, peut-être vont-ils me tuer ou m’emprisonner. Mais je ne regrette rien. Ce que j’ai fait, je l’ai fait pour les Congolais.
Je prétends avoir fait une campagne extraordinaire avec le peu de moyens que j’avais et sans prétention de ma part je considère avoir l’onction populaire. Chacun des candidats a été appelé à prouver et valider sur le terrain l’adhésion de notre peuple à sa personne et au destin qu’il lui proposait pour les années à venir. Le peuple s’est clairement exprimé en faveur de l’opposition. Donc aujourd’hui, dans le cadre du pacte de la victoire, c’est à chacun de prendre ses responsabilités devant le peuple souverain témoin par rapport aux résultats que l’on nous impose. Chacun est libre de s’exprimer et de prendre la position qui est la sienne. Pour ma part je reste fidèle à mes engagements et à la parole donnée au peuple. Moi je considère que ces résultats ne sont pas crédibles. Le vote du peuple a été volé.
C’est le temps du devoir et en tant qu’homme de parole, officier patriote, républicain et démocrate, j’ai pris mes responsabilités pour porter la voix et l’espoir du peuple. Et le peuple me l’a rendu. Il y a en effet eu une mobilisation sans précédent dans ce pays pour une démarche hors des carcans nauséabonds de l’ethno-régionalisme (tribalisme) et foncièrement nationale. Du nord au sud, le peuple, en dépit des dispositifs militaires effrayants et des multiples menaces et intimidations sur les candidats de l’opposition, a adhéré. Le peuple m’a plébiscité nationalement, personne ne peut en dire autant.
C’est donc serein, la conscience tranquille, bien que le cœur meurtri et portant le deuil des innocents compatriotes qui tombent depuis les événements du 04 Avril 2016 et dans le pool, que je maintiens avoir l’onction populaire et avoir été réclamé par une grande partie du peuple.
Jean-Marie Michel MOKOKO


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