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Congo Brazzaville: Collectif des partis de l’opposition Autopsie de l’accord Congo-FMI et la question du dialogue

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22.07.2019 …

Par LA VOIX DU PEUPLE

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 CONGO BRAZZAVILLE : Collectif des partis de l’opposition  Autopsie de l’accord Congo-FMI   et la question du dialogue 

 

 

CONGO BRAZZAVILLE

 

 

 

 

 

 

Mesdames et Messieurs les journalistes,

Distingués Invités ;

Chers militants et Sympathisants.

Le Collectif des Partis de l’Opposition Congolaise vous sait gré de lui avoir fait l’honneur d’accepter l’invitation à participer à la présente conférence de presse, consacrée à la situation extrêmement difficile et confuse que vit notre pays aujourd’hui. Cette conférence de presse s’articulera autour de deux thématiques qui sont d’une intense et brûlante actualité, à savoir :

- le programme triennal signé entre l’Etat congolais et le Fonds Monétaire

International (FMI) ;

-le dialogue politique national inclusif.

Distingués invités, mesdames, messieurs.

Depuis 2009, l’Opposition Congolaise lance inlassablement un cri d’alarme sur la crise multidimensionnelle qui plombe le Congo et qui a atteint son pic aujourd’hui. Faisant montre d’un aveuglement pour le moins étonnant, le pouvoir a toujours prétendu que notre pays n’était pas en crise et qu’il se portait bien, et même très bien. Pris à la gorge depuis près de deux ans, le gouvernement congolais a été contraint, la mort dans l’âme, d’appeler à son secours le FMI.

Après un peu plus de deux ans de négociations laborieuses, un accord est enfin intervenu le 11 juillet 2019. Aux termes de cet accord, le Conseil d’administration du FMI a décidé d’octroyer au Congo, une facilité de crédit élargie de 448,6 millions de dollars US, soit 224 milliards 300 millions de frs CFA, représentant 200% de la quote-part du Congo dans le capital du FMI. Cette allocation est dérisoire en comparaison avec les montants astronomiques des budgets de l’Etat congolais des années 2003 à 2014 qui oscillaient entre 3 et 4 mille milliards de FCFA.

Plus grave, au cours des trois années du programme, les fonds alloués seront décaissés par tranches tous les six mois, après une évaluation par le FMI de l’utilisation des fonds de la tranche précédente. En effet, tous les six mois, le FMI va vérifier si le Congo respecte bien les conditions qu’il a acceptées, avant de débourser de nouvelles tranches de son prêt. A la suite de la signature de l’accord, le FMI va débloquer immédiatement la première tranche pour un montant de 45 millions de dollars, soit 22 milliards 500 millions de FCFA, pour les premiers six mois du programme, c’est-à-dire environ 4 milliards 4 millions par mois.

Comme on peut le constater, la modicité des sommes allouées et les conditions draconiennes de leur utilisation ne permettent au Congo, contrairement aux attentes du pouvoir et de ses fanatiques, ni d’assurer le paiement régulier des salaires des fonctionnaires, des pensions des retraités, des bourses des étudiants, ni de permettre la restructuration de la dette publique insoutenable (9 mille milliards 800 millions de dollars, soit 5 mille 780 milliards de FCFA pour le dette extérieure et près de 3 mille milliards pour la dette intérieure), ni de rétablir la viabilité des Finances publiques en rééquilibrant le budget.

S’agissant de la dette publique, déjà le Club de Paris, la Turquie et l’Inde réclament du Congo, le paiement des arriérés d’un montant de près de 180 milliards de FCFA, soit près de 80% de la somme allouée sur trois ans, avant la première tranche du programme à la fin du mois de décembre 2019. De même, à la même date, le Congo doit payer au Club de Londres, 14 milliards de FCFA, au titre du service de la dette. Notre pays doit également payer dans la même période, près de 16 milliards de FCFA au titre de l’emprunt obligataire. Au total, au mois de décembre 2019, le service de la dette et les paiements exigés par la Turquie et l’Inde avoisineront 210 milliards de FCFA, soit quasiment la totalité de la facilité élargie de crédit accordée au Congo. Par ailleurs, le Congo a été sommé de ne plus accumuler des arriérés de paiement et de mettre en place, un plan d’apurement de la dette intérieure (environ 3 mille milliards de FCFA).

Quant à la viabilité des Finances publiques, elle dépend de la bonne gestion budgétaire. Or, la gouvernance financière du Congo laisse à désirer comme le montrent les quelques exemples qui suivent :

Illustration n°1 :

En matière de recettes, la principale source de revenus de l’Etat échappe au contrôle minimum des autorités de tutelle et surtout n’alimente pas les comptes du Trésor. La SNPC, société d’Etat, créée pour commercialiser la part du pétrole du Congo résultant des accords de partage de production ne reverse pas au Trésor le produit de la vente, mais contribue par contre à l’explosion de la dette publique par les préfinancements et les déficits (signalons que ces derniers temps, il a été ouvert de nouveaux préfinancements avec les accords conclus en Suisse avec Mercuria). Les recettes générées par l’exploitation du bois sont gérées dans une opacité totale. Les Douanes et les Impôts n’apportent plus grand-chose à l’Etat, en raison de la corruption endémique qui sévit dans ces secteurs. Pendant que les caisses du Trésor sont désespérément vides, de nombreux animateurs du pouvoir entretiennent des comptes ronflants dans des paradis fiscaux à travers le monde. Cette situation explique fondamentalement le non rapatriement des recettes d’exportation, l’assèchement des réserves de change que le modeste concours de 224 milliards de frs CFA ne pourra ni stopper, ni reconstituer, ainsi que la crise actuelle des devises.

Illustration n°2 :

En matière de dépenses, le pouvoir a par exemple créé de multiples institutions politiques budgétivores qui sont autant de centres de dépenses inutiles. Dans ce cadre, il a créé une sorte de Fonction publique politique qui ne dit pas son nom et qui coûte très cher au Trésor public. Ainsi, la masse salariale mensuelle colossale de 45 milliards de FCFA s’explique par la prise en charge illégale par le budget de l’Etat, de nombreux agents fictifs, des responsables des instances dirigeantes du PCT qui pourtant n’exercent aucune fonction dans l’Etat, des nombreux éléments des milices privées du pouvoir, des supplétifs étrangers à la Force publique congolaise, des chefs des quartiers des villes et des villages, des associations de danse folklorique, des télévisions privées appartenant à la famille régnante, bref, des clients du pouvoir. Cette Fonction publique politique de fait accroît considérablement et inutilement la masse salariale mensuelle. La viabilisation des Finances publiques passe donc, entre autres par sa suppression.

L’accord intervenu le 11 juillet 2019 ressemble à un compromis à minima. Dans ce sens, l’Ambassadeur de France au Congo, monsieur Bertrand Cochery a déclaré dans son discours prononcé à Brazzaville, à l’occasion de la fête nationale française, le 14 juillet 2019 : «… Ce programme, s’il est une condition nécessaire, n’est pas une condition suffisante au redressement tant attendu de l’économie congolaise ». Se fondant sur cette observation pertinente, le diplomate français a prodigué trois conseils aux autorités congolaises :

1 : réaliser un fort investissement dans les dépenses sociales, qu’il s’agisse du paiement des retraites, des salaires, qu’il s’agisse des dépenses de santé et de la mise en place de l’assurance maladie universelle, qu’il s’agisse enfin des dépenses dans le domaine de l’éducation ;

2 : une réforme sincère et globale de la gouvernance financière, par l’exécution des mesures auxquelles s’est engagé le gouvernement ;

3 : un assainissement de l’environnement des affaires, qui passe non seulement par un règlement programmé des dettes dues aux entreprises, mais aussi par une attention renforcée au respect du droit des affaires et des entreprises …

Les autorités congolaises devraient méditer sérieusement ces conseils avisés d’un connaisseur du monde politique et du monde des affaires.

Outre la modicité des sommes allouées par le programme conclu avec le FMI, il ne ressort de cet accord aucune conditionnalité précise et contraignante obligeant les autorités congolaises à changer radicalement de logiciel politique. Or, le problème fondamental qui se pose au Congo aujourd’hui est celui de la gouvernance.Comment passer de la mal-gouvernance actuelle, à une bonne gouvernance qui rétablirait les équilibres globaux et permettrait une restructuration dynamique de l’économie en boostant une croissance saine ? Pour un petit pays de 5 millions d’habitants comme le Congo, avec une production pétrolière totale estimée à 140 millions de barils en 2019 et à 118 millions de barils en 2023, et sur la base d’un prix moyen variant entre 50 et 60 dollars, les lendemains ne devraient pas déchanter.

Cependant le programme signé avec le FMI ne profitera au Congo et à son peuple que si seulement et seulement si :

1 : les autorités congolaises manifestent une forte volonté politique d’appliquer le programme en promouvant réellement les conditions permissives d’une gouvernance vertueuse et transparente ;

2- Le président de la République accepte et autorise le rapatriement des recettes d’exportation, l’audit et la restructuration de la SNPC, l’audit des grands travaux, l’audit de la masse salariale actuelle, le rapatriement des fonds détournés et placés dans des comptes privés à l’extérieur du Congo, la réduction du train de vie de l’Etat par la révision à la baisse des rémunérations faramineuses accordées aux tenants du pouvoir, la suspension momentanée des multiples institutions politiques budgétivores et inutiles, la dissolution de la Fonction publique politique de fait.

Après l’accord signé avec le FMI, les Congolais attendent un véritable changement de gouvernance qui ne peut se construire qu’à l’issue d’un vrai dialogue politique national inclusif.

 
 
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En effet, aujourd’hui, le Congo notre pays est économiquement en faillite, financièrement en cessation de paiement, socialement fracturé et politiquement placé sous très haute tension. Il a plus que jamais besoin d’apaisement, de paix véritable et de réconciliation nationale. Les Congolais ont fortement besoin de retrouver le chemin de l’unité et de la concorde nationales.

Malheureusement, malgré les appels réitérés de l’opposition en faveur de la convocation d’un vrai dialogue politique national inclusif, rassemblant toutes les forces vives de la nation, pour agir ensemble aux fins de construire des solutions appropriées et fortes aux différentes composantes de la crise multidimensionnelle qui plombe le Congo, le pouvoir refuse systématiquement d’entendre raison et s’entête à vouloir contourner ce dialogue régénérateur et à organiser un nouveau monologue dans le cadre du Conseil national du dialogue. Mais qu’est-ce que le Conseil national du dialogue ?

Le Conseil national du dialogue est une des multiples institutions godillots et budgétivores créées par le pouvoir (Assemblée nationale, Sénat, Conseil national du dialogue, Conseil consultatif des sages et des notabilités traditionnelles, Conseil consultatif des associations de la société civile et des ONG, Conseil consultatif des personnes vivant avec handicap, Conseil consultatif des femmes, Conseil consultatif des jeunes), pour faire passer comme des lettres à la poste ses décisions iniques en vue de la préservation du pouvoir.

Le Conseil national du dialogue est une institution partisane et monocolore est composée quasi-exclusivement des représentants des partis et des associations de la société civile de la mouvance présidentielle. En effet, sur les 245 membres de droit et membres désignés que compte le Conseil national du dialogue, 216 appartiennent à la mouvance présidentielle et 29 seulement à l’opposition, toutes tendances confondues. La surreprésentation des acteurs de la mouvance présidentielle au sein du Conseil national du dialogue fausse nécessairement les résultats des votes, car, toutes les décisions au sein de cette institution sont prises à la majorité absolue. C’est dire que les 29 représentants de l’opposition ne feront que de la figuration. Ils sont là uniquement pour avaliser toutes les décisions du pouvoir quelles qu’elles soient. Dans sa composition actuelle, le Conseil national du dialogue n’est qu’un jeu de dupes, un piège pour avaler l’opposition et en faire un instrument du pouvoir. Pour le Collectif des partis de l’opposition congolaise, participer aux sessions du Conseil national du dialogue, c’est accepter d’accompagner le pouvoir dans sa politique antipopulaire, antisociale et antinationale. Comme la mouvance présidentielle dispose d’une majorité écrasante et mécanique, le point de vue de l’opposition ultra-minoritaire au sein du Conseil national du dialogue ne sera jamais entendu.

Ainsi, un ″dialogue″ organisé dans le cadre du Conseil national du dialogue, n’est pas un dialogue, mais bien plutôt un monologue, c’est-à-dire, une rencontre entre les partisans de la mouvance présidentielle, ses complices et ses obligés, comme ce fut le cas à Brazzaville en 2009, à Ewo en 2011, à Dolisie en 2014, à Sibiti en 2015 et à Ouesso en 2017. Ces différents monologues ont montré leurs limites et n’ont réglé aucun des maux qui minent notre pays. En politique, on ne reconduit pas des stratégies qui ont échoué.

Le 09 juillet 2019, lors du lancement officiel des travaux du Secrétariat permanent du Conseil national du dialogue, le Premier ministre, monsieur Clément Mouamba a déclaré : « Le Conseil national du dialogue va permettre aux forces vives de la nation de disposer d’un cadre idéal pour régler les problèmes d’intérêt national, de prévenir, de surveiller et consolider les acquis de la paix ».

Peut-on raisonnablement régler comme le dit le Premier ministre les problèmes d’intérêt national du Congo, en excluant du champ politique des acteurs aussi importants que ceux qui composent les plateformes politiques de la Fédération de l’opposition congolaise et du Collectif des partis de l’opposition congolaise qui constituent aujourd’hui l’opposition réelle ? Ces acteurs ne font-ils pas partie des forces vives dont parle le Premier ministre ? Peut-on appeler au vivre-ensemble les Congolais en excluant les partis de l’opposition réelle ?

Pour sa part, au cours de la séance de lancement officiel des travaux du Secrétariat permanent du Conseil national du dialogue, le représentant du PNUD, monsieur Maleye Diop a déclaré :

Cette institution constitutionnelle doit être un véritable outil pour pérenniser la paix et favoriser le relèvement des populations vulnérables. Le Conseil national peut compter sur le PNUD pour jouer son rôle de renforcement de la cohésion sociale pour une participation de tous au développement ; l’amélioration des moyens d’existence des communautés déstabilisées par les conflits, la consolidation du DDR dans sa composante espoir d’emploi des jeunes à risque.

Par cette déclaration, le représentant du PNUD apporte son soutien au Conseil national du dialogue qui, comme nous l’avons dit supra, est une institution partisane et monocolore au service du pouvoir et dont le but est d’aider le président de la République à contourner le vrai dialogue inclusif que les Congolais appellent de leurs vœux. La position du représentant du PNUD est contraire aux intérêts du peuple congolais.

Déjà, monsieur Fall Mohamed, représentant de l’ONU en Afrique centrale, avait apporté le même soutien au Conseil national du dialogue, lors de la rencontre qu’il a eue à Brazzaville en mars 2019 avec le Collectif des partis de l’opposition congolaise qu’il invitait instamment à rejoindre cette institution. Il est regrettable que certaines représentations de l’ONU choisissent de soutenir les pouvoirs en place en Afrique qui martyrisent les peuples plutôt que d’assister ces populations en détresse extrême.

Les Congolais n’ont pas besoin d’un nouveau monologue. Ils appellent de leurs vœux la tenue sans délai d’un vrai dialogue politique national qui rassemblera sans exclusive toutes les sensibilités politiques du pays, aux fins de définir de façon consensuelle les pistes de sortie de la crise multidimensionnelle et gravissime qui traverse de part en part le Congo.

Le Collectif des partis de l’opposition congolaise réaffirme haut et fort que dans les conditions d’aujourd’hui, le dialogue inclusif est la seule et bonne solution de sortie de la crise actuelle. C’est également la seule voie qui permet de construire les conditions de mise en œuvre avec succès de tout programme avec le Fonds monétaire international.

Fait à Brazzaville, le 20 juillet 2019

Le Collège des Présidents du Collectif des Partis de l’Opposition Congolaise.

 
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