CONGO BRAZZAVILLE : Collectif des partis de l’opposition Autopsie de l’accord Congo-FMI et la question du dialogue
Mesdames et Messieurs les journalistes,
Distingués Invités ;
Chers militants et Sympathisants.
Le Collectif des Partis de l’Opposition Congolaise vous sait gré de lui avoir fait l’honneur d’accepter l’invitation à participer à la présente conférence de presse, consacrée à la situation extrêmement difficile et confuse que vit notre pays aujourd’hui. Cette conférence de presse s’articulera autour de deux thématiques qui sont d’une intense et brûlante actualité, à savoir :
- le programme triennal signé entre l’Etat congolais et le Fonds Monétaire
International (FMI) ;
-le dialogue politique national inclusif.
Distingués invités, mesdames, messieurs.
Depuis 2009, l’Opposition Congolaise lance inlassablement un cri d’alarme sur la crise multidimensionnelle qui plombe le Congo et qui a atteint son pic aujourd’hui. Faisant montre d’un aveuglement pour le moins étonnant, le pouvoir a toujours prétendu que notre pays n’était pas en crise et qu’il se portait bien, et même très bien. Pris à la gorge depuis près de deux ans, le gouvernement congolais a été contraint, la mort dans l’âme, d’appeler à son secours le FMI.
Après un peu plus de deux ans de négociations laborieuses, un accord est enfin intervenu le 11 juillet 2019. Aux termes de cet accord, le Conseil d’administration du FMI a décidé d’octroyer au Congo, une facilité de crédit élargie de 448,6 millions de dollars US, soit 224 milliards 300 millions de frs CFA, représentant 200% de la quote-part du Congo dans le capital du FMI. Cette allocation est dérisoire en comparaison avec les montants astronomiques des budgets de l’Etat congolais des années 2003 à 2014 qui oscillaient entre 3 et 4 mille milliards de FCFA.
Plus grave, au cours des trois années du programme, les fonds alloués seront décaissés par tranches tous les six mois, après une évaluation par le FMI de l’utilisation des fonds de la tranche précédente. En effet, tous les six mois, le FMI va vérifier si le Congo respecte bien les conditions qu’il a acceptées, avant de débourser de nouvelles tranches de son prêt. A la suite de la signature de l’accord, le FMI va débloquer immédiatement la première tranche pour un montant de 45 millions de dollars, soit 22 milliards 500 millions de FCFA, pour les premiers six mois du programme, c’est-à-dire environ 4 milliards 4 millions par mois.
Comme on peut le constater, la modicité des sommes allouées et les conditions draconiennes de leur utilisation ne permettent au Congo, contrairement aux attentes du pouvoir et de ses fanatiques, ni d’assurer le paiement régulier des salaires des fonctionnaires, des pensions des retraités, des bourses des étudiants, ni de permettre la restructuration de la dette publique insoutenable (9 mille milliards 800 millions de dollars, soit 5 mille 780 milliards de FCFA pour le dette extérieure et près de 3 mille milliards pour la dette intérieure), ni de rétablir la viabilité des Finances publiques en rééquilibrant le budget.
S’agissant de la dette publique, déjà le Club de Paris, la Turquie et l’Inde réclament du Congo, le paiement des arriérés d’un montant de près de 180 milliards de FCFA, soit près de 80% de la somme allouée sur trois ans, avant la première tranche du programme à la fin du mois de décembre 2019. De même, à la même date, le Congo doit payer au Club de Londres, 14 milliards de FCFA, au titre du service de la dette. Notre pays doit également payer dans la même période, près de 16 milliards de FCFA au titre de l’emprunt obligataire. Au total, au mois de décembre 2019, le service de la dette et les paiements exigés par la Turquie et l’Inde avoisineront 210 milliards de FCFA, soit quasiment la totalité de la facilité élargie de crédit accordée au Congo. Par ailleurs, le Congo a été sommé de ne plus accumuler des arriérés de paiement et de mettre en place, un plan d’apurement de la dette intérieure (environ 3 mille milliards de FCFA).
Quant à la viabilité des Finances publiques, elle dépend de la bonne gestion budgétaire. Or, la gouvernance financière du Congo laisse à désirer comme le montrent les quelques exemples qui suivent :
Illustration n°1 :
En matière de recettes, la principale source de revenus de l’Etat échappe au contrôle minimum des autorités de tutelle et surtout n’alimente pas les comptes du Trésor. La SNPC, société d’Etat, créée pour commercialiser la part du pétrole du Congo résultant des accords de partage de production ne reverse pas au Trésor le produit de la vente, mais contribue par contre à l’explosion de la dette publique par les préfinancements et les déficits (signalons que ces derniers temps, il a été ouvert de nouveaux préfinancements avec les accords conclus en Suisse avec Mercuria). Les recettes générées par l’exploitation du bois sont gérées dans une opacité totale. Les Douanes et les Impôts n’apportent plus grand-chose à l’Etat, en raison de la corruption endémique qui sévit dans ces secteurs. Pendant que les caisses du Trésor sont désespérément vides, de nombreux animateurs du pouvoir entretiennent des comptes ronflants dans des paradis fiscaux à travers le monde. Cette situation explique fondamentalement le non rapatriement des recettes d’exportation, l’assèchement des réserves de change que le modeste concours de 224 milliards de frs CFA ne pourra ni stopper, ni reconstituer, ainsi que la crise actuelle des devises.
Illustration n°2 :
En matière de dépenses, le pouvoir a par exemple créé de multiples institutions politiques budgétivores qui sont autant de centres de dépenses inutiles. Dans ce cadre, il a créé une sorte de Fonction publique politique qui ne dit pas son nom et qui coûte très cher au Trésor public. Ainsi, la masse salariale mensuelle colossale de 45 milliards de FCFA s’explique par la prise en charge illégale par le budget de l’Etat, de nombreux agents fictifs, des responsables des instances dirigeantes du PCT qui pourtant n’exercent aucune fonction dans l’Etat, des nombreux éléments des milices privées du pouvoir, des supplétifs étrangers à la Force publique congolaise, des chefs des quartiers des villes et des villages, des associations de danse folklorique, des télévisions privées appartenant à la famille régnante, bref, des clients du pouvoir. Cette Fonction publique politique de fait accroît considérablement et inutilement la masse salariale mensuelle. La viabilisation des Finances publiques passe donc, entre autres par sa suppression.
L’accord intervenu le 11 juillet 2019 ressemble à un compromis à minima. Dans ce sens, l’Ambassadeur de France au Congo, monsieur Bertrand Cochery a déclaré dans son discours prononcé à Brazzaville, à l’occasion de la fête nationale française, le 14 juillet 2019 : «… Ce programme, s’il est une condition nécessaire, n’est pas une condition suffisante au redressement tant attendu de l’économie congolaise ». Se fondant sur cette observation pertinente, le diplomate français a prodigué trois conseils aux autorités congolaises :
1 : réaliser un fort investissement dans les dépenses sociales, qu’il s’agisse du paiement des retraites, des salaires, qu’il s’agisse des dépenses de santé et de la mise en place de l’assurance maladie universelle, qu’il s’agisse enfin des dépenses dans le domaine de l’éducation ;
2 : une réforme sincère et globale de la gouvernance financière, par l’exécution des mesures auxquelles s’est engagé le gouvernement ;
3 : un assainissement de l’environnement des affaires, qui passe non seulement par un règlement programmé des dettes dues aux entreprises, mais aussi par une attention renforcée au respect du droit des affaires et des entreprises …
Les autorités congolaises devraient méditer sérieusement ces conseils avisés d’un connaisseur du monde politique et du monde des affaires.
Outre la modicité des sommes allouées par le programme conclu avec le FMI, il ne ressort de cet accord aucune conditionnalité précise et contraignante obligeant les autorités congolaises à changer radicalement de logiciel politique. Or, le problème fondamental qui se pose au Congo aujourd’hui est celui de la gouvernance.Comment passer de la mal-gouvernance actuelle, à une bonne gouvernance qui rétablirait les équilibres globaux et permettrait une restructuration dynamique de l’économie en boostant une croissance saine ? Pour un petit pays de 5 millions d’habitants comme le Congo, avec une production pétrolière totale estimée à 140 millions de barils en 2019 et à 118 millions de barils en 2023, et sur la base d’un prix moyen variant entre 50 et 60 dollars, les lendemains ne devraient pas déchanter.
Cependant le programme signé avec le FMI ne profitera au Congo et à son peuple que si seulement et seulement si :
1 : les autorités congolaises manifestent une forte volonté politique d’appliquer le programme en promouvant réellement les conditions permissives d’une gouvernance vertueuse et transparente ;
2- Le président de la République accepte et autorise le rapatriement des recettes d’exportation, l’audit et la restructuration de la SNPC, l’audit des grands travaux, l’audit de la masse salariale actuelle, le rapatriement des fonds détournés et placés dans des comptes privés à l’extérieur du Congo, la réduction du train de vie de l’Etat par la révision à la baisse des rémunérations faramineuses accordées aux tenants du pouvoir, la suspension momentanée des multiples institutions politiques budgétivores et inutiles, la dissolution de la Fonction publique politique de fait.
Après l’accord signé avec le FMI, les Congolais attendent un véritable changement de gouvernance qui ne peut se construire qu’à l’issue d’un vrai dialogue politique national inclusif.
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