Congo-Brazzaville ONZIÈME LETTRE: AUX INTELLECTUELS, HOMMES POLITIQUES ET CADRES TRADITIONNELS MBOCHI ET KOUYOU.
Fernand Mathias NDALLA
Il était de tous les spectacles au Colisée, applaudissant chaque jour le doigt de César donnant la mort selon son bon plaisir.
Il avait applaudi ce doigt refusant la vie à Mawama, Kiyindou et... en 1970. Il l'avait encore applaudi en 1973 ( mort de Diawara, Ikoko et leurs 30 compagnons ). Oui, Diawara fut livré vivant par Mobutu. Sassou le fit exécuter d'après une version couramment répandue dans l'opinion à l'endroit même où il fut livré c'est-à-dire le domicile du ministre des affaires étrangères feu David Ganao.
Continuons.
Il l'avait applaudi quand Sassou Nguesso entra dans la série de ses grands mensonges en 1977 : assassinat de Marien Ngouabi qu'il attribua à l'impérialisme aux abois, à Massamba Débat ; assassinat du Cardinal Émile Biayenda, faussement qu'il attribua à la famille ( dite brute et fétichiste ) de Marien Ngouabi, père du Marxisme Léninisme au Congo et créateur du PCT, parti marxiste léniniste-belle dernière injure à Ngouabi.
Il l'avait applaudi quand Sassou élimina tous les témoins gênant de son crime du 18 Mars 1977. Pour la plupart des Batékés. Ce n'était pas un hasard si la garde présidentielle était ainsi composée par... Sassou. Les Batékés, on peut les accuser de toutes les lâchetés, trahisons et les envoyer à la mort sans jugement.
Ah ! il y avait un mbochi ou un kouyou au sein de la Garde Présidentielle. Lui eut la vie sauve. Pour quelle raison ? Écoutez bien : " parce que la peur le rendit raide comme une pierre, incapable de bouger ". En réalité, dit Okoko, Sassou, on l'avait mis là pour bien contrôler les événements.
Continuons.
Asie Dominique de Marseille avait applaudi, quand en 1978, dix faux accusés du crime du 18 Mars 1977, tous originaires du Sud, furent condamnés à mort et exécutés.
Il avait applaudi quand Yhomby, Président de la République intérimaire, préféra prolonger son sommeil au-delà de 10h du matin afin de ne pas avoir à examiner " aucune quelconque demande de grâce ".
Il avait applaudi quand Sassou se mit à rassembler sur les seules têtes de Yhomby et Okoko les vagues d'indignation et les jugements de condamnation soulevées dans le monde par le sang de ces dix exécutions.
Il avait applaudi quand Sassou se saisit de ces vagues d'indignation pour en rendre responsable la tête de Yhomby et celle d'Okoko au mois de février 1979. " C'est un procès qui a souillé la mémoire de Marien Ngouabi ", se mit à s'indigner l'ignoble Sassou. Et le PCT, convoqué au mois de Février 1979, lui emboîta le pas. Le peuple aussi ? Oui, le peuple demanda la révision de l'abominable procès de 1978. Le peuple se mit donc du côté de Sassou contre Yhomby et Okoko. Rien d'étonnant à cela. Car depuis le 18 Mars 1977, Sassou ne faisait que jouer au renard. Et il savait comment jeter tout le monde au fond du puits. La ruse c'était le slogan suivant : " Tout sauf le retour du pouvoir au Sud ". Et tout le Nord où le slogan est toujours d'actualité, même à l'heure actuelle où le Congo, le régime de Sassou en tête, se retrouve au fond du puits, du gouffre.
Continuons.
Asie Dominique de Marseille avait applaudi quand Sassou se mit à faire taire Owando qui découvrit, en 1979, le jeu caché de Sassou depuis le 18 Mars 1977. Oui, les Kouyou-Yhomby et Anga en tête découvrirent enfin que Sassou s'était servi de leurs cornes pour remonter du fond du puits. Anga leur prêcha la guerre et non l'acceptation de la mort au fond du puits. Les Kouyou sortirent du fonds du puits et firent la guerre à Sassou. " Le dernier Kouyou doit aller mourir à Oyo, nous devons résister ", avait lancé Anga. Mais il n'y eut pas de " dernier Kouyou ", le combat cessa faute de combattants déterminés à aller jusqu'au bout, jusqu'à Oyo.
Anga prit le maquis et Yhomby le chemin de Brazzaville afin de se jeter au pied de la Panthère mbochi. Il avait abandonné le combat. Seul contre tous, Anga quitta le maquis, traversa la frontière avec le Gabon, arriva à Libreville, appela au secours son ami Campaoré du Burkina Faso. Celui-ci lui envoya un avion. Mais la Panthère mbochi était sur ses traces.
L'avion de secours était en stationnement à l'aéroport de Libreville. On plaça un autre près de lui. C'était le piège. On fit monter Anga dans ce dernier. Et ce fut le voyage, non pas vers Ouagadougou, vers Brazzaville, vers les griffes impitoyables de la Panthère mbochi.
Anga fut torturé et mis à mort au milieu des chants de triomphe du fils de Nguesso et de Mouébara.
Comme à l'accoutumée, c'est-à-dire depuis le 18 Mars 1977, Sassou a inventé une version de la mort d'Anga tombé dans la forêt natale d'Ikonongo, résistant vainement à un commando de l'Armée dirigé par le général Konta, un originaire du Sud. Oui, un originaire du Sud afin que les KOUYOU multiplient par 10 ou 100 leur haine des originaires du Sud.
Continuons.
En 1991, lors de la dernière séance de la Conférence nationale souveraine, il avait applaudi Sassou lorsque celui-ci mis à nu par tous les Conférenciers, déclara : " J'assume ". Il l'avait donc soutenu pendant qu'il se livrait aux crimes longuement évoqués au cours de ces très historiques débats. Il ne pouvait qu'être encore auprès de lui pendant ces moments d'aveu et de remords.
Il ne l'avait pas quitté pendant le mandat de Lissouba, c'est-à-dire, de 1992 à 1997.
Cinq ans au cours desquels Sassou avait continué à jouer au renard, changeant de tanière en pelage afin de tout embrouiller au cours de ce lamentable mandat.
Il l'avait applaudi quand son maître s'allia à Lissouba ( 1992 ) ; quand il le quitta deux mois après ; quand il alla s'allier à Kolélas et Thystère Tchicaya ; quand il s'exila pour aller chanter la démocratie et la Constitution du 15 Mars 1992 au dehors du pays, au lieu de le faire, par des actes concrets, à l'intérieur.
Il l'avait applaudi quand, à la veille de la fin du mandat tumultueux de Lissouba ( 1997 ), il revint au pays, menaçant comme un fils de Jupiter : " Je ne tolererais jamais que la Constitution ne soit pas respectée. L'élection présidentielle doit avoir lieu comme prévu dans la Constitution. Nul n'est au dessus de la Loi. Nul ne doit jouer avec la démocratie ". Et tant d'autres paroles de grand démocrate à ce moment là.
il l'avait applaudi quand, joignant l'acte à la parole, son maître a éliminé par la force et le sang, le seul obstacle qu'il voyait sur son chemin de la conquête de Brazzaville. Cet obstacle c'était Owando, c'étaient les KOUYOU. Il fallait coûte que coûte écraser ces derniers, les éliminer. Il avait besoin de descendre, de foncer sur Brazzaville sans obstacle dans le dos.
Il l'avait applaudi quand le 5 juin 1997, il déclara la guerre à Lissouba, en plein Brazzaville, demandant aux pères des familles de tout le nord de lui donner leurs enfants pour la guerre contre le Sud, demandant à la Françafrique de lui venir en aide, à l'Angola de lui envoyer son armée, aux Hutus génocidaires de se joindre à lui, etc. ..
Il l'avait applaudi follement quand, le 15 octobre 1997, Lissouba vaincu, prit la fuite par le Pool qu'il avait voulu détruire en 1993-1994, sans que personne ne lui lança la pierre.
ADMIRABLE POOL !
Asie Dominique de Marseille avait applaudi quand il s'était battu pour la conservation, pour le respect de la Constitution du 15 Mars 1992 choisit, comme première victime à offrir à sa victoire, à immoler à ses pieds-Ô horreur ! Ô hypocrisie ! La belle Constitution du 15 Mars 1992. Oui, il la supprima d'un coup d'épée, le 25 octobre suivant. Il mit à sa place un régime assis entièrement sur sa personne et dans le temps et dans ce qu'il fallait entreprendre comme tâches nouvelles. Un régime de 5 ans assis sur sa volonté.
Avant de le proclamer, il avait, pendant 5 jours, c'est-à-dire du 15 octobre, jour de sa victoire à ce fameux 25 octobre, multiplié les paroles de paix, de concorde; comme celles-ci : " ma victoire est la victoire de tous "; ma victoire c'est la concorde ". " J'offre l'amnistie à ceux qui voudront regagner le pays natal, sans armes ". Des paroles de pacificateur, de réconciliation...
Malgré la nature du pouvoir tout personnel mis en place, le 25 octobre, de nombreux exilés décidèrent de regagner le pays natal. Ils partirent, nombreux de Kinshasa sur bateaux du Haut Commissariat aux Réfugiés. Ils rêvaient de revivre en paix. Mais arrivés sur la rive natale, au port de Brazzaville appelé Beach, ce fut le naufrage. Ils disparurent entre les mains des différents services de sécurité du régime. C'est le lourd dossier " Des disparus du Beach. Plus de 353 exilés qui avaient cru à la parole d'amnistie de Sassou Nguesso, le renard.
Ce grand massacre assombrit sur le plan international, le régime de Sassou Nguesso et ce d'autant plus que la France ouvrit une procédure judiciaire contre ce bourreau.
Renard infatigable, Sassou s'empressa d'organiser, lui aussi, à Brazzaville, un procès radiodiffusé et télévisé sur le même dossier.
Un juge reçut un faux dossier, exactement comme ce fut le cas dans le procès Ngouabi de 1978. Le nom de cet autre Okoko est Apesse. Comme son aîné, il se mit à trahir le Droit. Et pour cause : tout le dossier était mensonge de l'État. Comme Okoko en 1978, Apesse rendit un jugement ou Arrêt de tricheur. Apesse y déclare que les 353 disparus avaient été victimes d'actes commis par des inconnus, une fois les exilés remis par le HCR entre les mains des autorités de Brazzaville, que ces brigands ressemblaient au Commando de l'impérialisme international soupçonné dans le crime du 18 Mars 1977 ( assassinat de Marien Ngouabi ); que l'État ne va plus perdre son temps à rechercher ses inconnus, que par générosité, il reçoit néanmoins les plaintes des familles en larmes ; et afin que nul n'évoque plus cette affaire devant aucune juridiction, dit et jugé que nul ne doit plus en parler.
Oui, nul ne doit plus en parler, même si, par hasard, les prétendus inconnus pris de remords, se présentent un jour devant la justice ou sont démasqués dans le buisson d' Édou ou d'ailleurs.
Comme le procès dit Okoko de 1978, le jugement Apesse souleva de vagues d'indignation dans le monde. Le régime de Sassou trembla comme une pirogue vide sur l' Alima. Alors, il imagina de détourner les regards de l'Affaire du Beach. Il suscita l' Affaire dite " Rébellion Ntoumi dans la région du POOL ". Ntoumi, un rebelle qui se dit envoyé par St Michel afin d'écraser Sassou. Pourquoi et pour quel lendemain après lui ? Ni Sassou qui souligne cette affirmation ni l'envoyé de St Michel ne le précisèrent. Sassou leva ses troupes pour. .. nettoyer le Pool de cet envoyé du Ciel. Ce fut le premier génocide organisé contre la région du POOL.
Pour faire d'une pierre deux coups, Sassou abandonna son régime flexible du 25 octobre 1997 pour le remplacer par un régime " Constitutionnel ". Ce fut la naissance de la Constitutionnette de 2002. Constitutionnette parce que la région du POOL, dite occupée par Ntoumi, ne fut pas autorisée à participer à son adoption, parce qu'en état de guerre, de rébellion.
Monsieur Asie Dominique de Marseille avait applaudi à cette manœuvre de son maître Denis Sassou Nguesso. Oui, une Constitution votée sans la participation de tous. Asie Dominique de Marseille applaudit à sa naissance, la considéra comme socle solide pour l'avenir du Congo.
Il l'a applaudi vigoureusement parce qu'un des arguments disait que Sassou quitterait le pouvoir après deux septennats ; c'est-à-dire en 2016.
Asie Dominique de Marseille pensait pourquoi pas - qu'il pouvait être parmi ceux qui lui succèderaient. Pourquoi pas ? Pourquoi pas après tant de services rendus au dedans et au dehors du pays ?
Asie Dominique de Marseille attendit donc 2016 ( fin du dernier mandat de Nguesso ), comme l'année de sa grande chance après tant d'années de fidélité. Mais Patatras ! A la veille de 2016, Sassou change de Constitution. Plus de règle qui force César à quitter le pouvoir. Celui-ci vient de mettre en place une nouvelle constitution sans que nul, devant lui ni à ses pieds ne s'y oppose. Pire, à ceux qui espéraient le voir s'en aller et tenter leur chance en 2016, il dit clairement maintenant: " Après moi, ce sera mon fils Kiki au pouvoir ".
Asie Dominique de Marseille n'éleva pas la voix contre cette évolution des choses. Il crut que l'avenir tiendrait compte de son passé, lui épargnerait toute surprise, toute humiliation.
Il applaudit donc à l'avènement de la nouvelle Constitutionnette de 2015, croyant qu'elle sauvegarderait, qu'elle maintiendrait les privilèges du passé. Mais patatras !... Sassou ne veut plus se souvenir d'aucune période de son passé. Pour lui ne compte plus que l'avenir de ses enfants, de Kiki, en particulier, ce fils qui doit, coûte que coûte, lui succéder. Alors tous les compagnons du passé ne comptent plus. Comme avaient fini par ne plus compter au mois de février 1979 ceux qui l'avaient accompagnés dans son complot contre Marien Ngouabi, en particulier Yhomby, Anga, Ebaka ( clan Kouyou ).
Non, ceux qui l'avaient accompagnés dans sa guerre contre Lissouba en 1997, ceux qui l'avaient applaudis en 2002 lorsqu'il jura deux mandats présidentiels lui suffiraient, qu'en 2016, il laisserait la place au plus méritant n'en revinrent pas.
Le PCT tant de fois ridiculisé, humilié depuis l'élimination de son fondateur venait d'avaler la dernière goutte du poison que lui administrait habilement Sassou depuis le 18 Mars 1977. Tantôt suspension, tantôt retour sur scène mais dépouillé de toute référence à son fondateur Ngouabi.
Asie Dominique de Marseille applaudit à ce PCT tout Sassou, tout Édou. Comme il applaudit à la nouvelle Constitution de 2015, persuadé que le temps n'apporte de surprises qu'à ceux qui ne sont pas faits comme lui, ou ne militent pas comme lui.
Pauvre Asie Dominique de Marseille ! Il n'avait pas vu venir ce que tout le monde décrivait comme le dernier acte de folie de Sassou Nguesso: laisser le pouvoir à son fils et à personne d'autre, à aucun des fils que lui avaient donnés " les pères de famille en 1997, en réponse à son fameux appel : " Donnez-moi vos enfants, sinon le Sud va nous emporter tous ".
Pauvre Asie Dominique de Marseille ! Il va découvrir, que la Panthère mbochi ne place maintenant sur la liste des candidats PCT aux élections législatives que les Kikistes. C'est-à-dire ceux qui peuvent servir son fils Kiki à genou.
Alors Asie Dominique de Marseille, pour la première fois, découvre la vraie nature de l'homme qu'il a suivi tant d'années sans s'interroger sur lui.
Mais il ne va pas lui dire en face sa déception, son jugement sur lui. Il va tout simplement décider d'être candidat indépendant, convaincu que son nom l'emportera sur tout adversaire à Kellé.
Oui, il va laisser au peuple de ce lieu le soin de montrer qu'à Kellé, il n'y a pas plus brillant nom que le sien.
C'était, pour un vieux compagnon de Sassou, oublier quel renard avait toujours été celui-ci, comment il avait toujours joué avec le jour et la nuit, avec les verdicts des magistrats et ceux des urnes. Pauvre Asie Dominique de Marseille !
" Sorti premier dans 28 Bureaux de vote sur 36, il crut rêver lorsqu'il entendu finalement son nom classé parmi les battus ".
" On m'a volé ma victoire; on m'a appauvri " s'est-il mis à gémir, à hurler, à certifier urbi et orbi.
" On " C'est qui ? Le système en place bien sûr, qu'il connaît très bien, " jusqu'au plus haut niveau "
" Sassou m'a tué " , a dit Marcel Ntsourou mourant empoisonné. " On m'a volé ma victoire, on m'a appauvri " , a tout simplement gémi Asie Dominique de Marseille ". Mais comme ça confirme terriblement tout ce que l'on dit depuis 40 ans, sur Sassou Nguesso et ses Constitutions, ses Lois Fondamentales et ses scrutins toujours dévoreurs des droits et victoires des citoyens.
Comme tes cris, ô Asie Dominique de Marseille, rejoignant les jugements portés sur ton maître par tant de citoyens depuis 40 ans !
Puisses-tu cesser de gémir et pleurer ou attendre des messages de soutien ! Puisses-tu te lever et rejoindre ceux qui, depuis longtemps, luttent afin de débarrasser le Congo du monstre dont tu viens de découvrir l'horrible nature.
Fernand Mathias Ndalla


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