Congo-Brazzaville MALAISE AU PCT : COUP DE POKER MENTEUR OU FUITE EN AVANT DE PIERRE NGOLO ?
Le mercredi 29 mai 2019, le secrétaire général du Parti Congolais du Travail (PCT), Pierre NGOLO a organisé une conférence de presse pour parler de l’actualité politique nationale et du prochain congrès de ce parti.
Nous n’aurions pas eu à nous intéresser de cette conférence de presse si celle-ci n’était pas organisée par un secrétaire général d’un parti politique qui fonctionne encore comme un parti-Etat. Le Pct domine tout et décide de tout dans notre pays. Sa très large majorité à l’Assemblée Nationale ainsi qu’au Sénat lui permet de décider sans ambages de l’avenir politique, économique et social de notre cher et beau pays le Congo. Un congolais lucide et soucieux du bon fonctionnement de nos institutions, de la bonne marche de notre démocratie et du développement de notre pays ne peut rester indifférent aux décisions prises par ce parti politique majoritaire.
En suivant la conférence de presse de Pierre NGOLO, les congolais sont restés sur leur fin. Le secrétaire général du Pct est revenu sur la cohésion qui devrait régner au Pct et a justifié son cumul de mandat par une décision prise par le comité central de son parti. Dans son exposé, on voit clairement l’envie d’un homme à vouloir s’accrocher au poste de secrétaire général alors qu’il est président du Sénat, et donc deuxième personnalité du pays. Visiblement, monsieur Pierre NGOLO s’honore plus par sa qualité d’administrateur de parti politique que par celle de deuxième personnage de l’Etat. Où est la morale politique dans tout ça ? Pourquoi avons-nous tant du mal à démissionner de nos postes lorsque les choses ne tournent pas rond ? Comment notre pays pourra-t-il se développer et renouveler sa classe politique si une personne qui est président du SÉNAT et à l’abri des difficultés pécuniaires veut continuer à diriger deux structures aux missions différentes ? Et pourtant, il admet lui-même avoir quitté le bureau de l’Assemblée Nationale de 2012 à 2017 après qu’il ait été élu secrétaire général du Pct, pourquoi n’accepte-t-il pas aujourd’hui ce qu’il a accepté hier ?
Tout le monde se rappelle que, lors d’une conférence de presse animée au mois d’avril 2017, Pierre NGOLO disait en substance que le Pct « veillera au grain à propos des cumuls des fonctions ou des postes par les cadres du parti ». Il était à l’époque contre le cumul des postes, il y voyait une incompatibilité. Mais quelques mois plus tard, devenu président du Sénat, il s’abrite derrière une décision du comité central de son parti pour justifier ce qui apparaît clairement comme une fuite en avant.
Le secrétaire général du Parti Congolais du Travail fustige le comportement de ceux qui chercheraient à déstabiliser ce parti et mènent une campagne intempestive pour fragiliser ces instances, mais il oublie que le fait de ne pas respecter les règles de leur parti sur le non cumul est plus déstabilisant que ce qu’il reproche aux autres.
En s’accrochant au poste de secrétaire général, sans organiser le congrès, Pierre NGOLO crée certainement des frustrations et ouvre la boite de pandore aux conséquences encore inconnues.
Depuis la sortie médiatique, le 23 mars dernier, de la ministre Arlette Soudan-NONAULT sur la chaîne Télé Congo, sortie au cours de laquelle elle a parlé de la tenue du congrès et condamné le cumul des mandats, Pierre NGOLO agite le chiffon de la division qui pourrait entraîner la perte Du pouvoir lors de la prochaine élection présidentielle de 2021. L’actuel secrétaire général du Pct ignore tout bonnement que, c’est le non-respect des lois, règlements et des principes qui régissent les structures politiques qui sont très souvent à la base des nombreuses crises qui couvent et éclatent dans lesdites structures.
L’actuel secrétaire général du Pct, Pierre NGOLO est un super cumulard. En effet, en dehors du fait qu’il soit président du Sénat congolais et secrétaire général du « parti-Etat » qui est le PCT, il est en même temps vice-président de la majorité présidentielle et député au parlement africain. En vérité, on ne peut pas faire un travail sérieux avec un tel cumul de mandats car les charges et les responsabilités y liées sont très importantes.
En occupant les postes de président du SÉNAT et celui de Secrétaire Général du Pct, de trois choses, l’une : Soit il n’y a pas beaucoup de travail à gérer au Pct, soit il n’y a pas beaucoup de travail à faire à la présidence du Sénat, soit Pierre NGOLO est tellement compétent qu’il peut sans difficultés gérer ses deux grandes institutions.
En voulant continuer de diriger les deux grandes structures que sont le SENAT et le Pct, Pierre NGOLO engendre la confusion des rôles, favorise la concentration des pouvoirs et contribue à l’affaiblissement des institutions qu’il dirige car on ne peut pas être partout au même moment et on ne peut bien accomplir plusieurs fonctions et missions en même temps. Il s’est mis dans la logique de « toujours plus » pour certainement assurer ses arrières et se constituer une « assurance tous risques » sur le plan politique mais aussi financier. Ainsi, le faisant il bafoue la logique de subsidiarité ascendante et paralyse l’action.
Le cumul des mandats est une spécificité de notre pays le Congo Brazzaville. Même dans les grands pays communistes, jamais on a vu un président d’une institution comme le Sénat être en même temps le principal responsable du parti politique au pouvoir. Cette situation de cumul, qui est devenue légion au PCT, est un cas d’école qui a de quoi faire pâlir de jalousie certains pays communistes, amis du Pct, comme la Corée du Nord et la République populaire de la Chine car même là-bas, je ne suis pas sûr qu’il y ait une telle situation de concentration des pouvoirs. Et je n’ai pas souvenir d’un tel cumul dans un autre pays au monde.
En France, alors Ministre de l’Economie en 2004, Nicolas SARKOZY avait démissionné de son poste de ministre pour occuper la présidence de l’UMP ouvrant ainsi la voie à ce dernier de se présenter à la magistrature suprême en 2007.
Au-delà de ce qui se passe au Pct et qui impacte notre vie à tous, il sied de souligner que le cumul des mandats à ce niveau de responsabilité est un recul et est une mauvaise chose pour la démocratie.
Au moment où le peuple congolais aspire au changement et au renouvellement de la classe politique et de génération, ce genre de cumul est un mauvais message envoyé à la jeunesse et véhicule l’idée désastreuse de l’homme providentiel. Il est évident que, dans une telle situation, l’hyperactivité est plus visible que l’efficacité et le travail effectué est moins qualitatif.
Nos partis politiques devraient fonctionner dans le respect des textes établis et éviter la politique de la terre brûlée. Le congolais doit intégrer la culture de la démission pour favoriser le renouvellement de la classe politique et l’éclosion d’autres talons.
En toute responsabilité, si Pierre NGOLO qui porte depuis plus de 18 mois, une double casquette (président du Sénat et secrétaire général du Pct ) est un cadre politique soucieux de l’équilibre des institutions, de la bonne marche de la démocratie dans notre pays et de l’éclosion des générations futures, alors il doit démissionner du secrétariat général du Pct bien avant la tenue du prochain congrès de ce parti, afin de permettre des débats sereins qui aboutiront certainement à l’élection d’un nouveau secrétaire général de ce parti. L’usure se prononce. Occuper les deux postes et s’en remettre au congrès est une grande faute politique.
Pour sa bonne santé, la démocratie a besoin du changement et du renouvellement et cela doit commencer tout d’abord dans nos partis politiques.
Fait à Paris le 02 juin 2019
Henri Blaise NZONZA
Président du cercle « La Nouvelle Dynamique pour le Congo »


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