En Algérie, sans Bouteflika, les manifestants réclament le départ de ceux « qui ont mangé le pays »

Manifestation contre le gouvernement, à Alger, le 5 avril. - / AFP
« Nous avons dit tous ! » La banderole blanche accrochée place Audin, à Alger, annonce la couleur de cette septième marche populaire contre le système politique en Algérie. « Bouteflika est parti, OK. Mais, nous voulons qu’ils partent tous. Que personne ne regarde en arrière », lance Amine, drapeau en main. Il accompagne ses amis venus d’Hussein Dey, un quartier de l’est d’Alger.
La démission d’Abdelaziz Bouteflika de son poste de président de la République, le 2 avril, est perçue comme une semi-victoire. « Ce n’est pas suffisant, nous voulons plus ! » insiste Salima, artiste-peintre et féministe. Elle manifeste dans les rues depuis le 22 février. « Je ne peux pas rater ces moments historiques », dit-elle. Zoubir Arous, sociologue, présent lui aussi dans la manifestation, à la hauteur de la place de la Grande Poste, lieu de rassemblement hebdomadaire des manifestants d’Alger, va dans le même sens. « L’Algérie connaît un moment de conscience politique historique. Nous sommes dans une phase de reconstruction d’un pays. Les Algériens ont fait montre d’une détermination et d’un sens aigu des responsabilités. Ils veulent ouvrir de nouvelles perspectives à leurs pays et adopter de nouvelles valeurs pour la pratique politique en protégeant l’État », analyse-t-il.
Un groupe de jeunes passe joyeusement avec une grande banderole écrite en arabe : « Son Excellence le peuple vous dit : partez tous ! » On se bouscule pour prendre une photo de cette déclaration, qui semble faire consensus.
«Nous ne voulons pas d’eux»
Les portraits d’Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la nation (Sénat), de Tayeb Bélaiz, président du Conseil constitutionnel, Noureddine Bedoui, Premier ministre, et Moad Bouchareb, coordinateur du FLN (Front de libération nationale, parti de Bouteflika), figurent sur plusieurs pancartes. « Nous ne voulons pas d’eux. Ils symbolisent le régime, ses failles et ses méfaits. Nous ne voulons pas que Bensalah prenne la place de Bouteflika », dénonce Rachid, venu de Sétif.
Selon la Constitution, Bensalah doit assurer l’intérim de chef d’État pendant 90 jours, durant lesquels devra être organisée une élection présidentielle. « Au Sénat, Bensalah a étouffé l’opposition et fait passer toutes les lois de Bouteflika, y compris les plus controversées, sans rien dire », rappelle un militant du FFS (Front des Forces socialistes, parti d’opposition).
Said Bouteflika, frère et conseiller du chef de l’État sortant, est également ciblé par la foule. « Jugez Said Bouteflika ! » crient les manifestants. « Il a usurpé la fonction du président de la République, a pris en otage son propre frère, doit rendre des comptes, ici et maintenant », s’emporte Riad, étudiant en sciences économiques.
Ali Haddad, ex-président du Forum des chefs d’entreprise (FCE), patron très proche de Said Bouteflika, est moqué par les manifestants. « Alors Haddad, la soupe est bonne en prison ? » scandent-ils. Ali Haddad est détenu au pénitencier d’El Harrach, à Alger, pour exportation illicite de devises et détention de deux passeports algériens (ce qui est interdit par la loi). Le tribunal d’Alger a ouvert une enquête sur une douzaine d’hommes d’affaires, interdits de sortie du territoire, pour transferts de capitaux à l’étranger, faits de corruption et détournement d’argent public. Des hommes d’affaires qui ont tous financé les campagnes électorales de Bouteflika depuis 1999.



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