Congo-Brazzaville : la 13ème Coordination nationale de l’Alliance A.R.D: Communiqué Final

Monsieur Mathias DZON
La 13ème Coordination nationale de l’A.R.D s’est tenue à Brazzaville, le 13 avril 2019, à un moment où en Afrique, la situation est dominée par des contestations populaires sans précédent en Algérie et au Soudan, la reprise de la guerre civile en Lybie et la recrudescence des attentats terroristes au Mali, au Niger et au Burkina-Faso.
En Algérie, à la faveur de gigantesques mobilisations populaires pendant un peu plus d’un mois, le président Bouteflika, au pouvoir depuis 20 ans, a été contraint à la démission. Une période de transition de 3 mois a été ouverte et un président intérimaire a été désigné par le Parlement. Cependant, les concessions contraintes et forcées du pouvoir pour mieux sauter, n’ont pas fait infléchir les protestataires qui restent déterminés et mobilisés et continuent d’exiger le départ du pouvoir de tous les acteurs politiques qui forment le cœur du système Bouteflika.
Au Soudan, après 4 mois de manifestations géantes des populations pour réclamer avec insistance sa démission, le général Omar El-Béchir, au pouvoir depuis 30 ans, a été destitué par l’armée. Un Conseil militaire de transition a été chargé d’administrer le pays pendant une période transitoire de 2 ans. Si la destitution du général Béchir a été très favorablement accueillie par le peuple, par contre, la rue soudanaise considère que le coup d’Etat qui s’apparente à un arrangement n’est pas la réponse appropriée aux aspirations du peuple soudanais. Elle rejette catégoriquement le Conseil militaire et exige une véritable transition civile.
Les participants à la 13 ème Coordination nationale de l’A.R.D saluent chaleureusement la mobilisation populaire exceptionnelle, la détermination et le courage titanesques des peuples algériens et soudanais et soutiennent fermement leur juste lutte pour une alternance démocratique et pacifique dans leur pays. Puisse leur exemple héroïque, inspirer les autres peuples africains en général, le peuple congolais en particulier !
En Lybie, l’auto-proclamée « armée nationale libyenne » commandée par le général Khalifa Haftar et soutenue par l’Egypte et les Emirats Arabes Unis, a lancé une attaque surprise le jeudi, 4 avril 2019 sur Tripoli. Cette attaque risque en n’en pas douter d’engendrer un embrasement général du pays si des mesures urgentes ne sont pas prises au niveau de l’ONU et des grandes puissances. Le dialogue inter-libyen que l’ONU compte organiser du 14 au 16 avril 2019 à Ghadamès dans le sud du pays, aura bien du mal à se tenir dans ce contexte guerrier. Face à cette situation, les participants à la 13 ème Coordination nationale appellent toutes les parties à la retenue et les invitent à privilégier le dialogue.
Au Mali, au Niger et au Burkina-Faso, les extrémistes djihadistes multiplient les attentats terroristes, tuant aveuglement de paisibles citoyens, ce, sous l’œil impuissant des pouvoirs publics de ces trois pays et de la force de l’ONU. Les effets dévastateurs de la barbarie djihadiste sur les populations obligent les autorités du Mali, du Niger, du Burkina-Faso, l’UA, la France et le G5 Sahel à accélérer le processus de mise en œuvre effective de l’accord de paix de 2015.
S’agissant de la situation au Congo-Brazzaville, la 13 ème Coordination nationale a été essentiellement consacrée à l’analyse de la crise multidimensionnelle qui mine ce pays et à l’élaboration des mesures fortes de sortie de crise. Dans cette optique, la 13 ème Coordination s’est tenue sur le thème : la crise congolaise actuelle : modalités et qualité de la gestion de sortie. Elle a été présidée par Mathias DZON, président de l’A.R.D.
Étaient présents :
La Dynamique pour la nouvelle éthique républicaine et la démocratie (DNERD) ;
Le Mouvement des verts du Congo (MVC) ;
Le Parti social pour le renouveau démocratique (PSRD) ;
Le Rassemblement pour la République et la démocratie (RDR) ;
L’Union patriotique pour le renouveau national (UPRN).
Chaque parti membre était représenté par sa direction nationale et 10 cadres. Le thème central de la Coordination nationale a été subdivisé en 7 sous-thèmes, à savoir :
Sous-thème n°1 : Etat de la crise congolaise actuelle ;
Sous-thème n°2 : Mesures de sortie de la crise en matière d’apaisement du climat politique, de retour à une paix véritable et durable, de réconciliation nationale et de construction d’un cadre de vie en commun ;
Sous-thème n°3 : Mesures de sortie de la crise en matière de réhabilitation des valeurs de la République et de la Démocratie ;
Sous-thème n°4 : Mesures de sortie de la crise en matière de redressement financier, économique et social ;
Sous-thème n°5 : Mesures de sortie de la crise en matière de moralisation de la vie politique et de la vie publique ;
Sous-thème n°6 : Mesures de sortie de la crise en matière de refondation de la gouvernance électorale ;
Sous-thème n°7 : Mesures de sortie de la crise en matière de redressement politique.
Après avoir identifié les principales caractéristiques de la crise congolaise actuelle, les participants à la 13ème Coordination nationale ont indiqué que La mauvaise gouvernance et la corruption sont les causes principales de cette crise. En effet, de 2003 à 2014, le Congo a engrangé d’énormes revenus financiers générés par le pétrole. Pendant cette période faste, le budget de l’Etat oscillait en moyenne entre 3 et 4 mille milliards de FCFA. Dans la même période, l’Etat a réalisé des excédents budgétaires de près de 14 mille milliards de FCFA. Avec cette cagnotte, le gouvernement aurait pu jeter les bases d’une économie nationale forte et diversifiée, créatrice de richesses et des emplois décents. Paradoxalement, dans cette période, le gouvernement s’est lourdement endetté, hypothéquant l’avenir des générations futures. La croissance économique n’a pas eu d’effet d’entraînement sur les autres secteurs de l’économie nationale et l’embellie financière n’a produit aucun impact positif sur le vécu quotidien des Congolais. L’enrichissement de l’Etat n’a pas profité aux populations dont 90% croupissent aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté.
Les tenants du pouvoir ont détourné à leur profit personnel les fruits de la croissance. Au moyen des détournements des deniers publics, des commissions occultes sur les marchés publics, des pots-de-vin, des surfacturations, de l’appropriation personnelle des biens publics et du placement de l’argent de l’Etat dans des comptes privés dans les pays étrangers et dans les paradis fiscaux (Chine continentale , Hong-Kong, Brésil, Ile-Maurice, Singapour, Dubaï, l’Espagne, le Luxembourg, Monaco, Panama, les Antilles hollandaises, la Côte-d’Ivoire, la Guinée Conakry, le Cap vert, le Niger, le Maroc, la RDC, l’Angola, etc.), ils se sont construits des fortunes colossales, mènent une vie luxueuse et affichent un libertinage flamboyant, notamment à travers de nombreuses fêtes. Pendant qu’ils s’ébrouent dans un luxe insolent, les populations vivent dans une pauvreté extrême. La plus grande fortune côtoie la plus grande misère. La fracture sociale est très profonde. Au mépris de la misère extrême du peuple, le président de la République passe le plus clair de son temps à voyager à l’étranger. Chacun de ses voyages ne coûte pas moins de 10 milliards de FCFA.
Du fait de cette situation d’ensemble, notre pays est aujourd’hui totalement effondré. Le gouvernement est inerte. Il attend tout de la signature d’un hypothétique programme avec le FMI et ne propose aucune mesure de sortie de crise, les nombreux Conseils des ministres étant consacrés essentiellement à l’examen de projets de lois et décrets relatifs à la création de nouveaux centres de dépenses inutiles et de nominations partisanes. L’opposition et la communauté internationale demandent avec insistance la tenue d’un dialogue politique national inclusif, afin que toutes les forces vives du Congo recherchent ensemble des solutions aux défis majeurs auxquels le pays est confronté. Le président de la République s’oppose farouchement à ce dialogue salvateur et propose au contraire un monologue dans le cadre du Conseil national du dialogue, une institution totalement acquise au pouvoir, car, elle ne rassemble que des représentants des partis de la mouvance présidentielle et ceux de l’opposition choisie. En effet, sur les 245 membres (membres de droit et membres désignés) que compte ce Conseil, 216 appartiennent à la mouvance présidentielle et alliés, 29 seulement à l’opposition, et particulièrement, à l’opposition choisie. Ce faisant, le président de la République plonge le pays dans une impasse totale. Le moment est plus que jamais venu de sortir de cet imbroglio.
A la faveur d’un débat libre, ouvert et contradictoire d’un haut niveau politique et technique, les participants à la 13ème Coordination ont élaboré et adopté des réponses appropriées et fortes à chaque composante de la crise. Face à l’extrême gravité de la situation financière, économique, sociale, politique, sécuritaire, électorale et environnementale actuelle du Congo, les participants à la 13ème Coordination nationale se sont convaincu que le dialogue politique national inclusif constitue dans le contexte national actuel, l’unique et bonne solution de sortie de la crise. Par voie de conséquence, ils rejettent catégoriquement le monologue que monsieur Martin Mbéri prépare actuellement dans le cadre du Conseil national du dialogue.
A ce sujet, les participants à la 13ème Coordination nationale rappellent que les monologues de la même farine, organisés par le pouvoir à Brazzaville en 2009, à Ewo en 2011, à Dolisie en 2013, à Sibiti en 2015 et à Ouesso en 2017, n’ont jamais apporté le moindre remède aux maux qui minent gravement notre pays. Loin s’en faut.
Se fondant sur ces observations de bon sens, les participants à la 13ème Coordination nationale invitent instamment le pouvoir congolais à revenir à la raison, à placer l’intérêt supérieur du pays au-dessus de ses intérêts partisans et à se convaincre que le dialogue politique national inclusif est un impératif catégorique. Il est inévitable et constitue le sésame pour sortir le Congo du chaos actuel. Tout nouveau monologue conduira inexorablement le Congo dans le mur.
Dans la même optique, les participants à la 13ème Coordination nationale invitent le président de la République à bien vouloir convoquer sans délai, un vrai dialogue politique national inclusif, rassemblant sans exclusive toutes les forces vives du Congo. Ils interpellent la communauté internationale, afin qu’elle accroisse la pression sur le président congolais, pour lui faire entendre raison et le ramener au sens de la responsabilité et de l’intérêt général, en renonçant définitivement à sa stratégie répétitive du passage en force et à son désir obsessionnel de demeurer à vie au pouvoir.
L’année 2019 doit être une année décisive pour le peuple congolais. Elle doit impérativement être l’année du dialogue politique national inclusif et du Devoir.
Fait à Brazzaville, le 13 avril 2019
La Coordination nationale



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