LE DIALOGUE DE SASSOU AVEC SASSOU
LE TRICHEUR
Grouillant du haut de ses 33 ans à la tête du pays, rentré de l’Élysée où il venait d’arracher cette rassurante poignée de main du Maître qui commençait à lui manquer et à semer le doute dan son esprit, lunette d’approche fouillant de ses yeux vifs affaiblis par l’âge les éventuels « contestataires de son pouvoir » qui se seraient infiltrés dans la salle, et tenu droit dans ses bottes, Sassou Nguesso a adressé au peuple congolais, le 30 décembre 2017, son « Message sur l’état de la nation », dans une salle duplexe du palais des Congrès comblée d’« Honorables » députés et sénateurs roulés de banderoles aux couleurs du drapeau congolais. Ces fameux « Honorables » députés et sénateurs qui accompagnent le régime, ont fait de Sassou Nguesso l’indispensable homme fort, et dont j’avais décrit les prouesses dans mon « État de la nation 2017 ».
Fier de lui et de son bilan qu’il a déclaré positif, avec une « nation » qu’il a présentée en substance comme soi-disant totalement modernisée, reliée par des routes bitumées du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, jonchée d’aéroports modernes dans chaque chef lieu de département, câblée de moyens de communication dernier cri, pourvue d’écoles et d’hôpitaux qui en feraient un peuple en liesse et en parfaite santé, Sassou Nguesso a prononcé son discours sous les applaudissements nourris des très « Honorables » députés et sénateurs. Mais de quel Congo s’agit-il ? le même que connaît le peuple congolais meurtri et affamé, avec des salles de classe de 200 à 400 élèves assis à même le sol, des hôpitaux mouroirs et fermés, ou bien celui qu’il s’était approprié avec ses enfants et son clan ?
À la fin du discours poétique de « Son Excellence », le président de l’Assemblée nationale, Isidore Mvouba, au bord des larmes, n’a pu contenir ses émotions et lui a supplié ainsi : « Reste encore pour longtemps, le Congo n’a que trop besoin de toi ».
Quant aux très « Honorables » députés et sénateurs, sans distinction de couleur politique, qui n’ont pu prendre la parole dans la salle, ils se sont contentés des applaudissements, debout, nourris et prolongés… comme un seul homme.
Mais il a bien fallu que, comme dans toute scène de théâtre, chacun eût été à sa place et jouât son jeu de rôle. Au sortir de la salle, l’« opposant » de confiance, « Son Honorable » Pascal Tsaty Mabiala, s’est ainsi confié aux médias du régime : « Sassou dénonce et se plaint de tout ce qui est malveillant, alors qu’en 2009 il nous avait promis un gouvernement d’action et il répète les mêmes choses aujourd’hui ». Un peu perdu dans ce jeu de rôle, le journaliste lui a demandé s’il était « sceptique » au discours de « Son Excellence », et l’opposant, paniqué, de se recadrer avant qu’il ne soit trop tard : « non, j’ai dit dubitatif », s’est-il rapidement justifié.
Une bonne note, toutefois, dans ce méli mélo de verbiage multi-décennal, aujourd’hui qualifié de « Message sur l’état de la nation », Sassou Nguesso a fini par reconnaître l’existence, dans ce pays soi-disant « modernisé », de tout ce que j’avais dénoncé dans mon « État de la nation 2017 » : corruption à tous les étages de l’État et de la société, racket à tout l’espace public et à tout bout de la rue, misère inhumaine, etc. Sauf que tout cela ne serait pas du tout sa faute à lui. Connaissant parfaitement « Ses Honorables » et leur degré de dignité, il n’a pas hésité à les humilier publiquement en déclarant : « Pourquoi ne mettez-vous pas en place des commissions de contrôle pour mettre fin à tout cela ? Y aurait-il quelqu’un qui vous y en empêche ? En tout cas pas moi, président de la République ».
Sassou Nguesso le sait-il que, dans un État géré, « mettre fin à tout cela » relève de ses activités de chef d’État ? Croit-il que ses activités se limitent seulement à la jouissance, à la gloire, au pillage des biens publics, aux emprisonnements des opposants, aux tueries de masse des Congolais et l’enlisement au pouvoir pour le pouvoir ?
Le sait-il que l’adage ne ment pas : le poisson commence toujours par pourrir de la tête ?
Mais, le fonds du message de Sassou Nguesso était bien loin, ailleurs, et doit être recherché non pas dans l’amélioration d’un pays ou des conditions d’un peuple qu’il prétend aimer et qu’il ne cesse de persécuter depuis près de quatre décennies, mais, plutôt, dans le sauvetage de son pouvoir qu’il ne veut plus quitter jusqu’à la fin de sa vie.
Rentré de France où il a été s’agenouiller auprès d’Emmanuel Macron pour lui venir en aide en plaidant sa cause auprès du FMI, il lui a été posé des conditions ayant trait à sa mauvaise gouvernance, aux prisonniers politiques et au martyr qu’il fait vivre à la population du département du Pool, et pour lesquelles il a été sommé d’apporter des solutions impératives et immédiates. C’est alors que, dès le retour dans son quartier général de Mpila, tous les soi-disant « obstacles insurmontables » qui auraient verrouillé le pays et lui auraient empêché de s’occuper convenablement de tout le reste, se sont dénoués un à un, précipitamment et le plus facilement du monde… comme par hasard !
Un accord de « cessez-le-feu » et de « cessation des hostilités » a été conclu samedi 23 décembre 2017 entre le gouvernement congolais et ses rebelles de la région du Pool, qui s’étaient soulevés en 2016 contre lui. Le gouvernement congolais a présenté mercredi 27 décembre le projet de loi de finances 2018, avec des dépenses en baisse de 7,6%, après avoir réduit le budget 2017 de 44%. Sassou Nguesso – qui semble avoir compris, maintenant, qu’emprisonner des innocents pour un pouvoir qu’il nie avoir usurpé avec 8% de vote, pouvait ternir non pas seulement l’image de son pays mais aussi sa propre image ainsi que celle de son clan tout entier – a annoncé dans son « Message sur l’état de la nation » la nécessaire libération des prisonniers politiques, à condition qu’ils passent par le tribunal. Et, comble de ridicule, le même tribunal qu’il a traité de corrompu dans son discours, sans préciser qu’il en est, lui-même, le premier et le principal corrupteur.
C’est parce que le ridicule ne tue pas que tous ceux des Congolais qui profitent de l’adage (Honorables, forces de l’ordre, intellectuels, etc.) doivent faire un profond examen de conscience pour sortir du ravin dans lequel se trouvent aujourd’hui le Congo et les Congolais. Chose sûre au moins, personne n’en sortira tant que Sassou Nguesso sera à la tête de ce pays car cette sortie de ravin n’est ni de son goût ni de son intérêt, vu le niveau catastrophique où il se trouve en termes de mensonges, de manipulations, de corruption, de crimes, de tyrannies et… il en est conscient quoiqu’il ait fait dans ses actes et qu’il ait dit dans ses discours.
Reste que le retour d’un État congolais ne saurait s’opérer sans que les véritables patriotes non alléchés par la loi de l’argent, la loi des honneurs et la recherche de postes s’assoient, trouvent des réponses aux questions suivantes et en apportent des solutions indispensables au vivre-ensemble de tout le peuple congolais : quel bilan pour les Congolais en quatre décennies de règne Sassou Nguesso ? quelles responsabilités pour les « Honorables » députés et sénateurs face aux désastres congolais sans fin ? les « kuenda-vutuka » de Ntumi et la collaboration de certains fils du Pool au règne Sassou Nguesso servent-ils le peuple congolais en général, la population du Pool en particulier ou le sauvetage du règne de Sassou Nguesso ?
L’Histoire ne ment ni ne se trompe jamais : un dictateur sait parfaitement comment prendre le pouvoir, il ne sait pas comment et quand le quitter… le peuple a toujours le dernier mot.
Calixte Baniafouna
Brazzaville, Steve OBORABASSI pour la Voix du Peuple
JE SUIS Monsieur 8% LE VIEUX DICTATEUR SANGUINAIRE ET CORROMPU LE MADURO DE L'AFRIQUE CENTRALE Denis SASSOU NGUESSO
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