Clément MIERASSA : L’ INTERVIEW DE SES ENNUIS AVEC LE POUVOIR DICTATORIAL
Préoccupé par la crise multiforme que connait notre pays, Clément Mierassa, président du PSDC que nous avons rencontré, s’est prêté à notre rédaction pour analyser de fond en comble cette situation criarde.
S'agissant de crise du Pool, vous étant que homme politique quelle lecture faites-vous?
Clément Miérassa : Merci beaucoup Pour cette question aussi pertinente, monsieur le journaliste. La crise du Pool a commencé en avril 2016. Nous sommes à plus d'une année. Les dégâts sont extrêmement très importants. Il semble qu'au départ, il s'agissait de rechercher deux ou trois congolais, qui semble-t-il auraient posé des actes fortement répréhensibles. Et on constate aujourd'hui que, cette situation s'est étendue dans plusieurs districts du département du Pool. Mais ce qui nous inquiète et ce qui nous préoccupe, c'est que tous les congolais le savent, le bilan est extrêmement lourd. J'ai été particulièrement déçu d’apprendre sur Rfi, qu'il y avait près de 83.000 déplacés, ce qui représente pratiquement le tiers de la population de ce département. Il y a des villages abandonnés. Il y a eu beaucoup de pertes en vies humaines, tant du point de vue des militaires que du point de vue des civils. Il y a une population et un département qui sont rentrés dans une crise très aigüe et une crise très grave. C'est pourquoi, chaque fois qu'on a eu l'occasion, nous n'avons cessé de répéter que la solution n'était pas militaire. D'autant que, cela venait se greffer à une situation de crise multidimensionnelle que le pays connait. Et, je pense qu'aujourd'hui, nos propositions sont claires et nous en sommes d'autant plus heureux, qu'elles vont dans le sens des propositions faites à ce sujet, par le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies. Il s'agit de notre point de vue de retirer la force publique, d'ouvrir les couloirs humanitaires, de réinstaller les populations dans leurs différents villages et de prendre les dispositions pour qu'une commission se rende sur le terrain. Aujourd'hui, il semble qu'on a plus de parlement, mais on peut faire partir une commission composée des Congolais provenant des partis politiques et de la société civile puisqu'il s'agit d'une question nationale.
Et enfin, enfin, il s'agit d'envisager un dialogue inclusif qui va examiner tous les problèmes de la situation congolaise, qui est extrêmement préoccupante et qui mérite qu'un diagnostic fort, serein, franc et sincère soit fait pour que des solutions appropriées soient proposées.
LNR : Président, quand vous parlez d'un dialogue inclusif, n'est-ce pas celui dont parle le président Marius Mouambenga ?
Clément MIERASSA : J'ai lu dans la Semaine Africaine quelques extraits. Je pense que Marius Mouambenga, est certainement dans la logique de ce qu'ils appellent dialogue permanent avec ce qu'ils ont fait à Brazzaville, Ewo, Dolisie,Sibiti et tout récemment à Ouesso. Cette formule a lamentablement échoué. Vous voyez que ça n'a donné aucun résultat. Et malgré toutes ces rencontres, aucune élection libre, démocratique et transparente n'a été organisée dans ce pays. La preuve vous savez bien, on est sorti de l'élection présidentielle anticipée de 2016, avec une grave crise électorale, avec une contestation de l'élection du Président de la République, avec des candidats, qui ont refusé de le reconnaitre. Et cette situation a été aggravée par la déclaration d'un des conseillers du Chef de l'Etat, qui a bien répondu à la question qui lui a été posée de savoir : Qui a gagné l'élection au niveau du Congo-Brazzaville ?
Claude Ernest Ndalla a bien déclaré : «Jean Marie Michel Mokoko et Guy Brice Parfait Kolelas». Et il a ajouté : «Ils ont battu le Président Sassou de loin».
Si cette crise n'est pas résolue, il est difficile d’avancer en toute confiance. Pour le reste à mon avis, on essaye d'utiliser la théorie : «Le chien aboie, la caravane passe». Et c'est ça qui amène aujourd'hui, un certain désintérêt de la population vis-à-vis des hommes politiques, vis-à-vis de la politique et vis-à-vis des acteurs politiques. Donc il est bon à notre avis, que cette situation soit regardée froidement, sereinement et que l'on puisse envisager des solutions sérieuses pour faire avancer notre pays.
LNR : La crise financière et économique, parlons-en Président
Clément MIERASSA : Merci bien pour votre question. S'agissant de cette crise, il y a un problème plus grave, qui fait jour ces derniers temps et qui doit nous amener à beaucoup réfléchir. Il y a sur les réseaux sociaux des graves et importantes informations qui circulent sur la programmation d'une dévaluation du franc CFA. C'est un problème extrêmement grave. Et lorsque j'entends les amis dire qu'il n’y a aucune raison de faire un dialogue inclusif, je suis surpris. Voilà des problèmes sur lesquels, les Congolais doivent dialoguer. Quand on regarde ce problème et quand on lit un certain nombre d'écrits, qu'est-ce qui apparaît : On nous accuse nous, pays de l'Afrique Centrale de la zone franc bien sûr, d'avoir été responsable de la dévaluation de 1994. Et on est en train de nous accuser également, de vouloir être responsable de la dévaluation, qui pourrait pointer à l'horizon. Et ce qui est grave, c'est que dans cette évolution des choses, on pense réévaluer le franc CFA de l'Afrique de l'Ouest. Parce qu'il semble que, la parité prévue c'est 1 Euro pour 500 franc de l'Afrique de l'Ouest. Ce qui veut dire que, cette monnaie est réévaluée. Elle est forte. Par contre, au niveau du franc CFA de l'Afrique Centrale, ce serait un Euro pour 1300 franc. Autrement dit, un franc CFA de l’Afrique de l’Ouest n’équivaudrait plus à un franc CFA de l’Afrique centrale mais plutôt à 2 ,6 francs de l’Afrique Centrale. Vous vous rendez compte de la situation chaotique, dans laquelle notre pays va rentrer si cela se réalisait. Vous vous rendez compte des conséquences que ça va poser sur le pouvoir d'achat, sur le quotidien des congolais. Et ça c'est dans un environnement où l'on dit souvent, qu'on veut aller à l'émergence en 2025. Et à cela j'ajoute que, la réunion des ministres des finances de la Zone franc qui a eu lieu tout récemment à Dakar a été claire là-dessus : on a accusé les pays de la CEMAC de se caractériser par une indiscipline budgétaire, un manque de discipline budgétaire. Ce qui veut dire, qu'il y a un certain nombre de problèmes qu’il faut cerner et analyser avec beaucoup de sérieux.
Maintenant, si je sors de ce problème qui pointe à l'horizon, je peux dire que, la situation économique et financière du Congo est extrêmement grave. Aujourd'hui, les faits sont là. Les retraités n'ont presque pas touché de pensions depuis le mois de janvier. Ils connaissent déjà près de six mois de retard dans le paiement de leurs pensions. Les étudiants, en sont à la fin de l'année et la commission d'attribution et de renouvellement des bourses ne s'est pas retrouvée.
Comment ils ont fait pour poursuivre la scolarité pendant toute cette année ?
Vous suivez les débats sur ce qui se passe au niveau du Centre hospitalier universitaire de Brazzaville, qui est complètement à plat, parce qu'il ne reçoit plus les subventions voulues, pour garantir la santé des Congolais.
Comment vous allez gérer demain les douze hôpitaux généraux départementaux si déjà, le Chu n'arrive plus à résoudre tous ses problèmes?
Regardez du côté du chômage, de la perte d'emplois. Et les congolais doivent être préoccupés de ce que Rfi ait annoncé qu'à Pointe-Noire, l’on a enregistré 50.000 pertes d'emplois. Vous vous rendez compte, ce que ça pose comme problèmes. Alors, on dit, il n y a pas de dialogue. On fait des mascarades de concertation, pour essayer de camoufler les problèmes électoraux ou finalement, on procède à des nominations. Et les problèmes graves aux plans économiques et financiers que nous avons, les gens refusent de les examiner et de les analyser sérieusement.
Mais qu'ils expliquent aux gens comment ce pays qui a engrangé autant d'argent, ce pays qui a même enregistré des excédents budgétaires, ce pays semble-t-il où il y avait trop d'argent, comment tout d’un coup nous sommes asséchés, nous avons une dette qui a explosé ?
Ecoutez, la situation est véritablement grave. Je pense que, la solution du Fonds monétaire international, n'est pas suffisante parce qu'elle est conditionnée par un certain nombre de comportements, que nous devons avoir. Et monsieur le journaliste, j'ai toujours répété, qu’il y a un manque de volonté politique pour lutter contre les antivaleurs, contre la corruption, contre les détournements des fonds publics, contre la concussion, contre le népotisme. On ne doit pas tolérer un certain nombre de comportements tel l'enrichissement illicite.
Et vous pensez que vous allez bâtir une société de progrès avec ce qui se passe aujourd’hui ? Ce n'est pas du tout possible.
A mon avis, aujourd'hui tous les congolais doivent prendre conscience, de ce que le Congo est dans une situation de crise extrêmement grave. Le pouvoir n'arrive plus à garantir ne serait-ce que les salaires mensuels et le paiement régulier des pensions et des bourses, n'arrive même pas à aborder le problème de ceux qui ont perdu les emplois. Ecoutez, personne ne peut dire aujourd’hui que le Congo est un pays qui va bien. Puis figurez-vous, il faut qu'on se pose la question : le budget 2017 a prévu près de 80 milliards pour les élections. On se prépare à aller aux élections. Donc on a trouvé 80 milliards pour aller aux élections et on ne trouve pas l'argent pour payer les salaires et les pensions. C'est quand même une chose qui mérite des explications. Et quand on leur demande de réduire le train de vie de l'Etat, visiblement on se rend compte que rien ne se fait. Voilà un comportement qui ne semble pas tenir compte de la situation. Et moi je constate, c'est par là que je vais terminer, que le pouvoir actuel n'a pas une vision claire de la sortie de crise, ils sont bloqués. Et comme ils sont bloqués, il faut qu'ils fassent appel aux congolais, à l'intelligence de tous les congolais pour que nous sortons ce pays de la situation de crise dans laquelle, il se trouve maintenant.

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