ECAIR : HAUT LIEU D’INCOMPÉTENCE ET DE DÉTOURNEMENT DE FONDS
LU POUR VOUS
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En faisant abstraction de toute motivation politique, il ne serait pas naïf de croire que l’idée de création de la société Ecair était suscitée par la motivation de doter le Congo d’une compagnie aérienne capable de répondre à divers besoins : financiers (être une source de revenu pour l’Etat, grâce aux bénéfices générés par l’exploitation), sociaux (être un pourvoyeur d’emplois stables, décents et pérennes) et d’accentuation de la mobilité des personnes et des biens.
Grâce à certains documents comptables et financiers de la compagnie que nous nous sommes procurés et aux conclusions de la mission d’audit autorisée par le ministère en charge des Finances et diligentée par deux cabinets d’expertise comptable, il est aisé d’estimer que Ecair serait une société mafieuse, une société écran, mise en activité pour faciliter le détournement de fonds. Ces documents mettent à nue l’état d’une société gérée par des « cadres » se démarquant par une incompétence notoire.
Durant 6 années d’exercice, cette entreprise a bénéficié de plusieurs milliards versés, soit sous forme de prêt consentis par les banques et sociétés financières et remboursés par l’Etat, soit directement par l’Etat via le Trésor Public. L’essentiel de ces fonds aurait servi a alimenté indirectement les comptes bancaires personnels et les coffres-forts des acteurs étroitement liés à la gestion de cette firme nationale.
Dans la suite de cette analyse, nous mettrons tour à tour en relief les points les plus saillants décrivant une compagnie gérée au mépris de toutes les règles de gestion, y compris les plus élémentaires. Par la suite, nous formulerons des pistes de solution visant à rendre possible le redressement et la pérennité de cette entreprise.
A. Inefficacité du mode opératoire et niveau très élevé des coûts liés :
Pour contourner l’interdiction faites aux avions immatriculés au Congo de desservir l’union européenne et les régions d’Afrique hors CEMAC, une interdiction décidée par l’Union Européenne et certaines organisations de l’aviation civile internationale, Ecair a enregistré sous pavillon étranger, précisément sous celui des opérateurs PRIVATAIR et JET AIRFLY, l’ensemble de ses aéronefs acquis en propriété. Avec cet enregistrement d’emprunt, la société aérienne peut couvrir toutes les destinations souhaitées, sous réserve de disposer des capacités matériels nécessaires. Cependant, ce contrat contraint la société Ecair, propriétaire des avions immatriculés sous pavillon PRIVATAIR/JET AIRFLY, à louer auprès de ces derniers ses propres avions en reversant au passage des charges locatives déraisonnables. D’autres termes dudit contrat stipulent que l’assistance technique, quelle qu’elle soit, ne peut être apportée que par PRIVATAIR, moyennant versement de frais considérables. Ne perdant pas de vue que la grande partie des paiements versés par Ecair au profit de ces prestataires n’est fondé sur aucun support justificatif, pas de reçus de paiement, ni de factures.
Pour mesurer l’ampleur des coûts liés au contrat avec PRIVATAIR, une présentation comparée du chiffre d’affaires de Ecair et les versements que cette dernière octroie à ce co-contractant s’avère utile. Pour un chiffre d’affaires (en milliards de FCFA) de 13, 477 ; 22, 755 et 35,282 respectivement en 2013 ; 2014 et 2015, Ecair a payé à PRIVATAIR/JET AIRFLY, les charges locatives pour ses propres avions et diverses assistances techniques les sommes (en milliards FCFA) de 15,856 ; 38,158 et 45,951. Soit respectivement 118% ; 168% et 130% du chiffre d’affaires. Il existe des charges résiduelles d’assistance technique et de location d’avions après absorption de toutes les recettes d’exploitation de l’entreprise. Ce contrat à lui seul éponge tout le chiffre d’affaires de la compagnie, compte non tenu des autres charges, tels que les salaires, le carburant, la publicité, les frais financiers…
Dans le cadre de cette assistance technique, ces prestataires ont mis à la disposition de la compagnie nationale 4 cadres supérieurs (le Directeur Général adjoint, le Directeur des opérations, le DAF et le Directeur commercial), qui sont payés en tant qu’assistant technique d’une part, et comme employés permanent de Ecair de l’autre. Autrement dit, ils perçoivent une double rémunération pour le même service. Leur salaire individuel mensuel en tant qu’assistant technique s’élève en moyenne à un peu plus de 26 millions CFA. Comme preuves risibles de leur prestation, nous notons 12,7 milliards de dépenses publicitaires, plus 75 milliards d’emprunt bancaires (BGFI, LCB, BSCa, RPK ) et des aéronefs constamment en bute à des problèmes techniques. Toutes ces dépenses sont en amont approuvées par la Direction Générale.
Pour ces mêmes services, l’embauche d’un cadre congolais compétent aurait couté au plus 3 millions CFA, ce qui aurait permis une marge individuelle mensuelle de plus 26 millions CFA.
B. Absence de maîtrise des charges d’exploitation :
En 2014 ; 2015 et 2016, les charges de personnel (salaires) se sont élevées respectivement à 1,9 milliard, 5,6 milliards et 4,6 milliards, représentant 8%, 16% et 50,4% du chiffre d’affaires associés. Ces niveaux ne se justifient nullement par une croissance des activités, mais au contraire par le besoin d’offrir du travail aux proches (amis et parents) et enfants de proches.
D’autres emplois, immobilisés, ont été créés dans le but hypothétique de faire face à une éventuelle extension d’activité, c’est-à-dire des personnes recrutées et payées tous les mois, mais dont les compétences en entreprise ne sont requises dans l’immédiat, faute de besoin. Cet état de fait correspond, soit à la gestion prospective la plus inefficace, soit à une ingénieuse formule de détournement de fonds, soit les deux. En gros, plus de 70% de la masse salariale de Ecair sont injustifiées.
Plus haut, il est indiqué le surcoût de dépenses publicitaires, plus de 12 milliards CFA en 6 ans. Lesquelles dépenses, inscrites dans les états financiers de l’entreprise, sont étayées par insuffisamment de pièces comptables. Les dépenses publicitaires ont pour effet de doper les ventes, mais l’évolution du nombre de billets vendus est très en deçà des dépenses marketing engagées. Notons que le chiffre d’affaires de cette société est majoritairement généré par la vente des billets locaux (Pointe-Noire-Brazzaville). Les vols à destination du Liban (très faible taux de remplissage) et Dubaï (billets vendus sensiblement en dessous du coût de revient, c’est-à-dire vendus à perte) ont lourdement pesé sur la structure financière de l’entreprise.
Les dépenses de carburant, autre poste majeur dans les charges d’une compagnie aérienne, ont fait l’objet d’une gestion opaque. S’élevant à 7,5 milliards CFA, 11,2 milliards CFA, 33, 2 milliards CFA pour les années 2013, 2014 et 201, avec pour principal fournisseur la SNPC D, la société Ecair n’a quasiment jamais payée ses factures auprès de cette dernière. Pour l’aider à faire face à ces problèmes chroniques de trésorerie, la SNPC a abandonné l’essentiel de ses créances. Cependant ces abondons de créances ne sont formalisés sur aucun document. Ce qui laisse entrevoir des suspicions de malversations autour de cette opération.
C. L’existence des charges anormalement élevées :
Parmi plusieurs dépenses astronomiques constatées, une dépense en particulier fait montre d’exception. Les dépenses de vidange de véhicule de certains cadres de la société. En générale, le coût de la vidange d’un véhicule de marque VX ou Range Rover (modèle 2014) oscille entre 120 000 et 150 000 CFA, à raison d’une moyenne 6 vidanges par an. Ainsi, la vidange coûte au plus 1 million CFA par an. Les informations que nous avons recueillies, lesquelles sont affirmées par les experts comptables, indiquent une somme de 248 millions CFA (versés en octobre 2015) sur un an pour vidanger un véhicule (le coût de la vidange est donc 4 fois supérieur au coût du véhicule), ou encore 161 millions CFA (versés en juin 2016) pour faire la vidange d’un autre véhicule, ou encore 523 millions CFA (versés en septembre 2016) pour la vidange de 4 véhicules. Toutes ces sommes ont été versées aux titulaires des véhicules sans présentation d’aucune pièce justificative. Ces fonds sont impunément soustraits en 2015-2016, une période au cours de laquelle la compagnie n’a plus pignon sur rue et demeure frappée de plein fouet par une crise de solvabilité.
D. Gestion opaque des financements étatiques et bancaires :
Lors de sa création, l’Etat et Ecair ont signé une convention de prêt suivant laquelle le premier s’engage à accorder au second un crédit de 300 milliards CFA, de durée 20 ans, remboursable au taux d’intérêt annuel de 4%. A ce tire plusieurs versements, totalisant 268,9 milliards ont été consentis. Suite à la récurrence des pertes abyssales de la compagnie, qui ont épongé l’intégralité des capitaux propres, l’Etat, pour éviter une dissolution de Ecair dès sa deuxième année d’activité, abandonne ces prêts. (L’article 664 de l’acte uniforme de OHADA stipule : lorsque, du fait des pertes, les capitaux propres sont inférieurs à la moitié du capital social, la société doit être dissoute). Ces dettes abandonnées d’un montant cumulé de 247,9 milliards CFA ont permis de renforcer les capitaux propres de l’entreprise et éviter ainsi la cessation prématurée des activités.
Compte tenu des vicissitudes qui particularisent cette compagnie aérienne, il ne sera pas étonnant que les 21 milliards (dont 20 milliards CFA empruntés par l’Etat auprès de la BDEAC vers fin 2016 et rétrocédés à Ecair) restants soient également transformés en dons dans le bilan au 31 décembre 2016. Ces abandons de dette s’apparentent à des capitaux épandus dans l’océan, en ce sens qu’ils n’ont servi qu’à encourager les malversations dans la société.
Outre, ces donations de l’Etat, Ecair a bénéficié des financements de 30 milliards, de 10 milliards, de 10 milliards, de 38, 8 milliards respectivement auprès de la BGFI, de la LCB, de la BSCA et de la RPK. Aucun de ces financements n’aurait servi à financer l’objet pour lequel ils ont été accordés. A ce jour, très peu d’éléments probants permettent d’identifier leur destination.
Certains de ces prêts bancaires auraient été remboursés par la SNPC, le Trésor Public ou la Caisse Congolaise d’Amortissement (CCA.
Outre cette anarchie dans la gestion des fonds et la couverture des dépenses, des sources internes à la compagnie nous ont révélé qu’ils n’existent pas de mécanisme de contrôle interne. Aussi lorsque les procédures existent, rare sont les responsable qui s’y conforment. Par ailleurs, il n’existe aucun mécanisme de contrôle de décaissement à priori. Dans cette entreprise, la plupart des dépenses sont validées ultérieurement à leur réalisation par les instances compétentes, ce qui permet de falsifier les documents et de dilapider les ressources.
E. PISTES DE SOLUTIONS :
Pour redresser la compagnie, plusieurs mesures doivent être prises, notamment :
- le licenciement, et sans indemnité de licenciement, de toute l’équipe dirigeante, y compris les membres du conseil d’administration. La démission ne fait pas partie de la mentalité congolaise ;
- l’ouverture d’une enquête et la mise en détention de toute personne ayant de près ou de loin participé à la gestion et à la faillite de cette entreprise ;
- la compression de plus de 70% des effectifs de l’entreprise ;
- la cession d’une partie de la flotte pour permettre une entrée significative de trésorerie ;
- la rupture du contrat ou la révision du mode opération avec PRIVATAIR et JET AIRFLY, car trop générateur de charges ;
- l’élaboration d’un business plan axé sur un modèle économique réaliste, réalisable qui tient compte de tous les paramètres susceptibles d’influer sur l’exploitation de l’entreprise. Un modèle qui conditionne le développement des vols internationaux à une assise préalable sur les vols locaux, ce qui occasionnera une croissance des activités reposant sur de solides piliers ;
- la mise sur pied d’une comptabilité analytique pour mieux maîtriser les coûts. L’entreprise doit également définir des tableaux de bord dans les services stratégiques, pour suivre en temps réel l’évolution des indicateurs techniques et financiers, et permettre une célérité dans la prise de décisions ;
- La mise en place d’un système de contrôle interne, des manuels de procédures, des fiches de postes, pour annihiler toute velléité de malversation. Il conviendrait en outre d’interconnecter tous les services, grâce à l’implémentation d’un Progiciel de Gestion Intégré (PGI). Ces dispositions de gestion auront pour effet de faciliter et de détendre les relations entre Ecair et les institutions financières ;
- la définition d’un plan de formation continue du personnel, afin qu’il soit adapté aux évolutions du métier ;
- le recours à l’externalisation des services qu’en cas d’avantages probants en termes de coûts, d’efficience et d’efficacité ;
- la définition d’une politique salariale en adéquation avec le chiffre d’affaires ou le niveau d’activité de l’entreprise ;
- la cession au moins de 51% du capital de Ecair à une compagnie aérienne de renommée internationales et responsable. Ecair bénéficiera de l’expertise et de l’assistance technique de sa maison-mère. Dans les faits, une telle configuration de capital se traduira par une gestion axée sur la réalisation d’une rentabilité satisfaisante. Ce qui sera une opportunité pour les finances de l’Etat (dividende et impôts) et pour les salariés (emplois et revenus stables). La privatisation partielle de Ecair est la meilleure option pour remettre sur les rails cette entreprise. l’expérience a montré qu’au Congo les entreprises publiques ne vivent que sur assistance financière de l’Etat, du fait principalement des détournements à répétition et du népotisme. Le tout, dans l’indifférence totale de la Justice.
Une telle privatisation partielle sera un remède hémostatique contre la descente aux enfers de ce qui aurait été notre fierté nationale. En conséquence, Ecair ne sera plus un tonneau des danaïdes pour les finances publiques.

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