QUI A TUÉ Ange BIDIÉ DIAWARA ?

1973 – 2017, cela fait exactement 44 ans que fut assassiné Ange Bidié Diawara, grand héros congolais dont le dévouement pour la cause nationale a taillé une place de choix parmi les immortels.
Ange Diawara, comme il est plus connu, aimait le Congo. Il n’y a pas de mots assez justes pour le dire. Qu’un tel vaillant combattant de notre armée ait été assassiné, c’est un fait, dans notre pays, théâtre d’une révolution marxiste-léniniste tropicale, qui n’a jamais cessé de broyer ses propres fils.
Par exemple le caporal Ontsou, faussement accusé d’avoir tiré sur le Commandant Marien Ngouabi le 18 mars 1977, puis le lieutenant Mboro furent liquidés expéditivement au cimetière d’Etatolo au petit matin deux jours plus tard par lieutenant Yves Motando à la demande du Capitaine Sassou, devenu plus tard Denis Sassou Nguesso. Et comme par ironie de l’histoire, Yves Motando, promu tour à tour jusqu’au grade colonel, devint lui-même la cible de ce pouvoir qu’il avait pourtant servi hier, les mêmes causes produisant les mêmes effets.
S’agissant alors du lieutenant Ange Diawara, qui a tiré l’arme laquelle a mis fin à sa vie ?
Le peuple congolais, avide de lecture des roman policiers, serait-il aussi dupe et moins curieux de pousser sa réflexion plus loin, jusqu’à connaitre ce détail important de son histoire, qui n’est pas petit du tout pour autant, étant donnée la personnalité d’Ange Diawara, et comment cela pourrait fournir des clés de lecture de notre histoire belliqueuse ? Qui manipule cette machine à broyer « congolais » ne ciblant inlassablement que « la main habile » pour reprendre l’expression de Henri Lopès ; autrement dit des « arbres susceptibles de porter des fruits de l’espoir » libérateurs de notre peuple ?
Ouvrons les yeux ! D’Ange Diawara à Franklin Boukaka, Kimbouala Nkaya, le lieutenant Nzokou, en passant par le commandant Président Marien Ngouabi, Ontsou, Mboro, l’ex président Alphonse Massamba-Debat, le cardinal Emile Biayenda,…et demain Colonel Marcel Ntsourou, Paulin Makaya, le général Jean-Marie Michel Mokoko, André Okombi Salissa « Tout Bouge », pour ne citer que les plus en vue ; combien de congolais faut-il sacrifier pour que le Congo retrouve la paix des cœurs et la tranquilité des esprits ?
Pour le jugement de l’Histoire, tous les témoins ont droit à la parole, n’est-ce pas ? Aujourd’hui, les conditions ne sont-elles pas réunies pour que le peuple congolais, en interrogeant l’histoire, en sache on ne peut plus sur les conditions de l’assassinat de l’immortel Ange Diawara, cette icône de la révolution congolaise ? Qui a achevé le lieutenant Ange Diawara ? Quelle en était la cause immédiate et quelles en étaient les causes profondes ?
Arrêté avec ses compagnons, parmi lesquels le lieutenant Ikoko, le sergent chef Olouka et Bakekolo, Ange Diawara fut vivant lorsqu’il fut ramené de Kinshasa où il avait pourtant trouvé refuge. Grièvement blessé, très fatigué et très affamé, il paraissait très diminué et qui ne l’aurait pas été dans ces conditions. En plus il n’avait plus dormi pendant plusieurs jours, mais il arrivait à parler. D’ailleurs, il s’attendait à être présenté au camarade Président Marien Ngouabi, le guide de la révolution congolaise, lequel voulait à son tour le présenter au peuple congolais qui n’attendait plus que cela.
Ange Diawara s’attendait à être interrogé par le camarade Président Marien Ngouabi, lequel allait lui demander de dire les raisons qui avaient motivé sa tentative de putsch. Il s’y préparait en prison où il fut gardé pour être présenté au leader du PCT (Parti Congolais du Travail), lorsque se présentèrent quatre militaires venus le chercher à la demande d’un haut cadre militaire qui occupait également une place importante dans la « machine à broyer » mise en place par le système.
Ange Diawara résista au premier abord. Il fut sommé de se laisser amener au risque de subir davantage les tortures des sbires du pouvoir allés le chercher. Le lieutenant déjà blessé et fatigué fut exfiltré menotté à bord une jeep militaire qui le conduisit dans une direction d’apparence inconnue.
L’ancien ministre des Affaires Etrangères Charles David Ganao (20 July 1926 – 6 Juillet 2012) a vécu avec la peur au ventre, de 1973 jusqu’à sa mort, Ange Diawara ayant été assassiné dans sa maison, en sa présence et devant quelques hommes politiques congolais encore vivants de nos jours. Nous nous gardons expressément de divulguer leurs noms, pour ne pas en faire des cibles potentielles.
Alors, qui a tiré sur le lieutenant Ange Diawara et pourquoi ?
Le chef des services de renseignement d’alors, Denis Sassou, lequel avait fait venir Ange Diawara, se mit à le tourner en raillerie. Il lui dit qu’il avait beau fuir, le temps était venu pour lui de payer pour ses velléités démagogiques. Denis Sassou lui dit que quelle que fut sa réponse à la question qu’allait lui poser le camarade Marien Ngouabi, il était arrivé à la fin de sa mésaventure putschiste ; qu’il allait le payer très cher et de sa vie.
Ange Diawara ne supporta de se sentir ainsi ridiculisé par le vaurien que fut à ses yeux le chef des renseignements Denis Sassou. Aussi cracha t-il sur sa figure, pour exprimer sa colère, sa désapprobation de se faire ainsi humilier par un moins que rien. Ne dit-on pas que « le mourant a beau être faible, il peut lui arriver dans un dernier sursaut de cracher sur son bourreau, n’ayant plus rien à perdre ni a gagner ? »
Denis Sassou, toute honte bue, ne passa pas par quatre chemins : il se leva, alla prendre dans son blouson militaire le pistolet qu’il portait toujours sur lui, et tira un coup gordien, achevant ainsi le lieutenant Anges Bidié Diawara atteint par une balle au cœur. En voici la cause immédiate.
En conclusion, Ange Diawara n’avait jamais été fusillé à l’état-major comme le dit la version officielle. Dans celle-ci, les faits avaient évidemment été maquillés, pour gommer la main de Denis Sassou. Ce que l’on nous servit ne fut qu’un habillage de l’histoire, pour le protéger puis camoufler l’anonymat de l’exécutant sommaire d’Ange Diawara. En voici la cause immédiate, la cause profonde étant évidement le putsch manqué.
Les relations entre Charles David Ganao et Denis Sassou avaient depuis longtemps souffert de cet incident. Elles avaient même été faussées, le premier craignant toujours que le deuxième attentât à sa vie, tellement il était un témoin gênant. Lorsque cela le prenait, Denis Sassou le menaçait en sourdine qu’il savait ce qui lui arriverait s’il essayait « d’ouvrir sa bouche ».
Denis Sassou fit même de Charles David Ganao le témoin de son mariage avec Antoinette Tchibota, que le dictateur et sanguinaire congolais avait ravi à Kader Diawara, frère cadet du lieutenant Ange Diawara.
Pour la petite histoire, Ange Diawara aurait cassé la gueule à Denis Sassou pour avoir entretenu des liaisons amoureuses avec sa belle-sœur.
Devenu chef d’Etat, Denis Sassou lequel a entre-temps ajouté à son patronyme la particule « Nguesso » du nom de son papa, se montrait généreux à l’égard Charles David Ganao avec qui il semblait avoir des relations plus que conviviales. La vérité en était autre. En efet, l’amitié entre les deux hommes n’était que de façade.
Que les tombes sont pleines de secrets ; c’est le moins que l’on puisse dire, n’est-ce pas ? Pascal Lissouba n’a t-il pas écrit dans son opuscule sur Denis Sassou Nuesso paru en ligne : « Connaitre l’homme pour comprendre la tragédie congolaise ». Qui dirait autrement ?
Colonel à la retraite Marcel Onanga


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