Congo-Brazzaville : le colonel Marcel Ntsourou est mort en détention


Le coup fomenté contre le Colonel Marcel Ntsourou par le Général Pascal Ibata, Médécin-chef, Directeur Général de l’hôpital Militaire Pierre Mobengo de Brazzaville et son épouse Margot.
Cet article en forme de lettre ouverte va indubitablement surprendre beaucoup de brazzavillois, parmi lesquels les militaires congolais. Les faits qu’il relate ont commencé à avoir lieu dans les deux mois qui ont suivi l’interview accordée par le Colonel Marcel Ntsourou à RFI (Radio France Internationale) le 29 Septembre 2013. Ils sont d’une vérité sans fissure.
Pour ceux qui s’en douteront, je leur demanderais de poser la question à un Colonel auquel je fais expressément allusion dans ledit article. Il avait été envoyé par le pouvoir pour négocier avec le Colonel Marcel Ntsourou la visite à ce dernier par le chef des services de renseignement peu après sa sa remise en liberté avec sursis. J’y étais présent et évidemment et ledit colonel mbossi ne savait pas que je le connaissais on ne peut. D’ailleurs, le fait de le connaitre m’a facilité le contact avec le maître des lieux que j’étais venu supplier de m’accorder une interview pour notre chaîne de télévision.
Je suis né à Moungali, Brazzaville, d’un papa Mbossi de Boundji et d’une maman de la RDC. Après le décès de mon papa, ma mère a de nouveau été épousée par un homme originaire de Ngô.
J’ai passé ma tendre enfance au Camp du 15 Août 1960, anciennement appelé Camp Tchad où j’ai côtoyé tous ceux qui furent au pouvoir au temps du CMP (Comite Militaire du Parti). Je connais Monsieur Denis Sassou depuis qu’il était un sous-officier. J’ai joué avec ses filles Edith, Joujou, Elena, Ninelle, etc. J’ai étudié avec Edith au CEG de la Fraternité où l’on organisait la Foire de Brazzaville. Tous ces détails c’est pour dire que je sais ce que j’écris.
Je suis un Ancien Enfant de Troupe (AET). Je réside actuellement à Johannesbourg où je gère une chaîne de télévision câblée privée sud-africaine qui a pignon sur rue dans le monde depuis que j’ai pris ma retraite anticipée, suite à la guerre qu’a connue le Congo en 1997, laquelle a ramené au pouvoir le Général Denis Sassou Nguesso.
En tant que patron de presse, l’on est toujours à l’affût des nouvelles croustillantes et c’est dans ce contexte que nous nous intéressâmes à l’épopée du Colonel Marcel Ntsourou qui secouait la République du Congo, laissant le peureux Général Denis Sassou Nguesso sans sommeil ou s’il dormait, c’était d’un seul œil, l’autre étant maintenu ouvert, à la manière des caïmans des rivières d’Oyo, sa ville natale.
Il fut alors décidé par le comité éditorial de notre chaîne d´aller à Brazzaville prendre langue avec le Colonel Marcel Ntsourou en vue d’un direct sur notre antenne.
Pas question pour nous de solliciter une autorisation auprès du ministère congolais de l’information pour la simple raison que les autorités congolaises ne nous l’auraient pas accordée ; ou s’ils l’accordaient, ils nous auraient collé des espions qui auraient certainement découvert que je suis un ancien enfant de troupe, et auraient cherché à me nuire, ou à savoir ce qu’on allait discuter avec le Colonel Marcel Ntsourou tombé en disgrâce.
L’équipe fut constituée, mais il manquait un leader, autrement dit, un fin connaisseur de la ville de Brazzaville, surtout que je ne voulais pas risquer ma vie dans un tel exercice périlleux, le Congo étant devenu pour moi, un état hors la loi, sans loi ni foi, depuis que j’en avais vu assez lors de la guerre de 1997.
Après plusieurs tergiversations et atermoiements, je décidai de conduire la mission, prenant soin de laisser toute l’équipe à Kinshasa, afin que je me rende seul en éclaireur à Brazzaville, avec pour seul consigne un simple mot.
Lorsque j’arrivai chez le Colonel Marcel Ntsourou, je trouvai un service de sécurité digne de celui d’un chef encore en exercice. Après quelques échanges verbaux avec ses hommes qui allèrent le voir, il accepta de me recevoir, certainement par curiosité, vu surtout que je m’étais déguisé en maçon avec une truelle et un seau à la main comme si je revenais d’un chantier de construction.
La toute première rencontre fut infructueuse car je sentais que le colonel n’était pas soit convaincu de moi, soit sur ses réserves. Aussi je lui pris congé et repartis prendre mon dernier bateau pour Kinshasa, question aussi d’affiner ma stratégie et de revenir plus serein que jamais. Je crois qu’en bon officier des renseignements, il voulait savoir si j’étais digne de confiance.
A ma deuxième visite le Colonel était plus relaxe et disposé à causer avec moi, ayant vérifié la promotion de laquelle je me réclamais et que mon nom y figurait en bonne et due forme. Nous ne parlâmes pas que de l’interview proprement dit. Néanmoins, il me reçut dans son bureau situé dans un bâtiment à côté de son logement résidentiel.
Deux paons dont un male et une femelle, puis deux perroquets de genres opposés vinrent lorgner pendant que nous parlions. Je le pris pour une bonne augure : « alors que j’avais acheté les premiers pour les élever; m’apprit-il, les perroquets sont venus d’eux-mêmes; un don du ciel certainement pour me tenir compagnie » conclut-il.
Au cours de notre conversation, je lui fis remarquer que pour un colonel tombé en disgrâce, il vivait trop encerclé par des cameras, certaines d’entre elles étaient directement pointées sur son domicile, ce qui était contre la loi et enfreignait sa liberté puis son intimité. Y avaient-elles été installées pour l’espionner jour et nuit ? Lui demandai-je.
Je lui dis que si je pouvais comprendre celles qui coiffaient les guérites de la résidence Général Guy Blanchard Okoï, Chef d’état-major des armées lequel était son voisin immédiat, qu’en était-il de celles qui se trouvaient tout juste à l’entrée de la résidence en face de la sienne et de celles qui, du haut de ladite résidence, au cinquième étage, suivaient tout se qui se passait dans sa clôture ?
C’est à cet instant qu’il m’apprit qu’il y vivait un général du nom de Pascal Ibata, en titre médecin-chef à l’hôpital militaire de Brazzaville.
Je lui dis qu’il me paraissait impossible qu’un général, fut-il d’une armée aussi bidon que celle du Congo, ne connaissait pas l’importance de l’intimité et de surcroit dans un camp militaire, vu surtout que la parcelle ainsi visée est celle d’un colonel, responsable des services de renseignement.
Dès cet instant, le Colonel comprit que je n’étais pas un idiot. Il devint plus en plus rassuré et nous commençâmes a envisager une date de rencontre. Alors qu’il commença à regarder sa montre de temps en temps je compris qu’il avait un rendez-vous important. Il m’apprit que son ancien chef avait prévu passer lui rendre visite ; ce qu’il ne voulait pas et que des émissaires étaient attendus pour accorder des points de vue.
Je voulus me retirer avec la promesse de repasser lorsque se pointèrent à son portail deux militaires. Le Colonel Ntsourou me pria de me retirer à côté, le temps qu’il les accueille pour que nous reprenions notre causerie par la suite. Pour moi, cela présageait un intérêt.
Après le départ des deux militaires, je repris place auprès de lui dans son bureau et je l’appris que je connaissais l’un d’eux : « le Colonel Dimi, originaire d’Olombo, dont le défunt petit-frère Oko, alias Adellas fut mon copain. Nous avons habité ici au Camp 15 Août, dans l’Allée du Chaillu, en face de l’ancienne Office des recettes principales, qui fut communément appelé La Perception dans les années 1970. Il était Sergent-chef, béret vert alors. . Son défunt petit-frère et moi faisions le Karaté ensemble avec les Maitres Amidou, Feu Héliodore Ngouloubi, entre autres. Il avait une femme lari, avec laquelle il a eu une fille ; il l’a divorcée pour épouser une femme mbossi d’Olombo. Il avait à l’époque une coccinelle bleue, communément appelée VW. Leur maison familiale est à la Owando ou Itoumbi, tout juste après l’avenue de la Tsiémé, à Ouenzé ».
Le Colonel Marcel Ntsourou fut très surpris par la précision du détail. Il fut alors convaincu que j’étais vraiment congolais. Nous continuâmes notre causerie. Il parlait moins; préférant m’écouter. Et soudain, je le surpris en lui demandant quel intérêt Margot Ibata, épouse du Général Pascal Ibata avait à l’espionner même dans sa vie privée ? « Elle a monte une équipe de gardes corps de son mari pour vous espionner», lui dis-je. Il resta bouche bée.
Puis je continuai : « Le mari a commencé à prendre un malin plaisir, mais l’idée est venue de sa femme laquelle a commencé à faire enregistrer vos séances d jogging qu’elle s’en va remettre à Antoinette Sassou Nguesso pour la convaincre que vous êtes en train de préparer un coup d’état, lequel est même éminent. Etes-vous sûr que vous n’en n’êtes pas au courant? `Drôle d’officier des renseignements alors’ si vous me dites que vous n’en êtes pas au parfum. En bon journaliste, j’ai suivi un militaire qui sortait de cette clôture jusqu’au Centre Culturel Français (CCF) avant de venir chez vous. Il m’a tout révélé.»
Il était 15h, je venais de manquer mon dernier bateau pour Kinshasa. J’allais dormir à Poto Poto, heureux de ma moisson du jour et surtout d’avoir fait effet sur mon type interlocuteur.
Le 12 Décembre, j’étais de nouveau à Brazzaville lorsque je lui demandai: « Mon Colonel, connaitriez-vous la fille du Général Pascal Ibata et Margot qui est arrivée de Paris avec son mari pour sa cérémonie de dot ? Ses parents tiennent à ce que le couple présidentiel rehausse de par sa présence ladite cérémonie; ils sont prêts à tout faire pour s’attirer les faveurs de Monsieur et Madame Sassou Nguesso. Ils recherchent beaucoup d’argent pour organiser une cérémonie de dot grandiose le 14 Décembre 2013. Ne voyez-vous pas que vendre un film sur vous est une bonne astuce pour récolter des fonds pour recevoir la belle famille ? Essayez de bouger dans votre clôture et vous remarquerez que ces cameras situées au 5ème étage vous suivront. Les cameras situées à l’entrée de leur clôture et tournées vers votre portail servent à enregistrer tous ceux qui rentrent chez vous et en sortent.»
Le Colonel Marcel Ntsourou m’apprit que « de sources bien informées, il y a une attaque qui est prévue ces jours-ci. Cela me parait sûr car il est en Afrique du Sud pour le sommet de l’Union Africaine. C’est ainsi qu’il procède, n’est-ce pas ? Si les choses se dégradent ou bien qu’elles deviennent incontrôlables, il est déjà hors du danger.»
Je lui appris aussi qu’il y avait parmi ses éléments un certain Mundélé, lequel avait un frère du même nom qui fut en service chez Jean-François Ndenguet. « Votre Mundélé est gracieusement entretenu par le directeur général de la Police nationale en échange des rapports détaillés sur tout ce qui se passe ici chez vous.
Conscient que j’en avais assez servi au Colonel, ce 12 Décembre à 14h00 je le quittai pour aller reprendre le dernier bateau pour Kinshasa.
Nous nous fixâmes pour le lundi 16 Décembre 2013 à 11h, et qu’au lieu d’une grande équipe de télévision, trois personnes suffiraient pour ne pas attirer des suspicions. Je lui suggérai de faire surveiller par ses gardes corps s’il y aurait bien une cérémonie de dot le 14 Décembre 2013. Ainsi il allait comprendre que je ne racontais pas des bêtises.
Le jour convenu, nous étions dans le bateau en partance pour Brazzaville lorsque le Colonel Marcel Ntsourou m’appela pour me demander de surseoir ma venue à Brazzaville car il était assiégé. Arrivés au Beach, nous apprîmes avec forces détails comment son domicile avait été pilonné. Des hélicoptères pilotés par des militaires Ukrainiens vrombissaient encore dans le ciel. Nous allâmes dans à l’hôtel que j’avais pris soin de réserver à Poto Poto. Y laissant mon équipe, j’allai à la résidence du Colonel Marcel Ntsourou pour m’enquérir s’il était sorti vivant de son supplice.
Les cadavres jonchaient le sol. L’impact des balles prouva qu’il y a eu un carnage: un véritable crime contre l’humanité pour une armée qui tire ainsi au sol et du ciel sur des citoyens sans armes. . Les casques bleus venus le protéger afin qu’il se remette à Jean-François Ndenguet, Jean-Dominique Okemba et leurs supplétifs rwandais et tchadiens m’informèrent que le Colonel Marcel Ntsourou avait pu s’en sortir, mais pour combien de temps, car le régime était bien déterminé à en découdre avec lui. « Ils vont le tuer coûte que coûte, même à petit feu, par empoisonnement ou par tout autre moyen» m’apprit un casque bleu.
Le jour de l’attaque, Mundélé, prévenu certainement par Jean-François Ndenguet, n’était pas venu au travail. La cérémonie de dot avait bel et bien eu lieu en présence d’Antoinette Sassou Nguesso souhaité, tandis que son mari se trouvait bien au sommet de l’Union Africaine en Afrique du Sud.
Dans la vie, il est des signes qui ne trompent pas. Plus tard j’appris qu’après mon départ, le jour de notre dernière rencontre, l’un des perroquets fut trouvé mort. Le deuxième s’envola pour de bon le jour de l’attaque. Quand aux deux paons, dans le crépitement des balles, ils sautèrent le mur pour se retrouver chez le chef d’état-major.
« Que ne fera-t-on pas pour avoir l’argent pour recevoir ses beaux-parents ? On aura tout vu ! », fis-je.
Voir aujourd’hui le communiqué sans cachet sur le décès du Colonel Marcel Ntsourou signé par ledit General Pascal Ibata, me fait penser à une imposture. C’est un piètre Général, qui monnaie tout y compris l’honneur. N’est-ce pas trop drôle et mesquin pour un si grand officier supérieur de son rang, qui pour de basses besognes matérielles, se laisse influencer par sa diablesse de femme ?
Après cinq jours passés à Brazzaville et avant d’aller reprendre notre bateau pour Kinshasa, je décidai d’aller montrer à mes collègues le lieu où nous allions laisser notre peau. De vrais maçons, armés de truelles et de seaux y vaquaient à reconstruire les murs détruits par l’impact des balles. Le sang était sec. L’atmosphère était apocalyptique.
Dans l’après-midi, alors que nous traversions le fleuve Congo, je pensais au risque encouru et au fait de voir une armée, si corrompue soit-elle, s’insurger sur un être sans défense et me dis que le Congo allait encore revivre le calvaire de 1997 si ses fils, ses filles, ses cadres civils et surtout militaires ne se ressaisissaient pas.
Ô pays bien aimé, qu’est ce qui t’arrive ? Pourquoi une telle haine viscérale des uns et des autres ? J’ai failli laisser ma peau avec les enfants d’autrui dans ce pays maudit que j’ai hâte de quitter. Je n’y reviendrai pas de sitôt, c’est sûr.

/http%3A%2F%2Fhhcsanford.org%2Fnews_3.gif)
/http%3A%2F%2Fdrakkar.747.voila.net%2Fgifs_animes%2Fdrapeaux%2Fcongo_fl_md_clr.gif)
CouvertureCouvertureCouverture
CouvertureCouvertureCouverture