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" LE CONGO BRAZZAVILLE EST PRESQUE DEVENU UNE PRISON " .

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    " LE CONGO BRAZZAVILLE EST PRESQUE DEVENU UNE PRISON  " 

     

     
    Les 10 et 11 janvier 2017, plusieurs membres de l'opposition et un journaliste congolais ont à nouveau fini derrière les barreaux.

     

    Guy-Milex

    Les 10 et 11 janvier 2017, plusieurs membres de l'opposition et un journaliste congolais ont à nouveau fini derrière les barreaux.

     

     

     
    Après avoir échappé à son arrestation le 10 janvier 2017 à Brazzaville, le journaliste congolais Guy-Milex Mbonzi, en fuite, témoigne.
    Le journaliste Guy-Milex Mbondzi est en fuite depuis mardi 10 janvier 2017

    Ancien rédacteur de "La Rumeur", Guy-Milex Mbondzi a crée le journal "La voix du peuple" interdit de publication en 2014. Aujourd’hui directeur de "la Trompette". il a écrit pour Paris Match Afrique deux articles dont "La guerre du pool épuise le moral des troupes". .

    Que vous est-il arrivé à Brazzaville mardi 10 janvier ?
    Le matin, j’apprends l’arrestation d’André Okombi Salissa. Je passe des coups de fil à mes sources pour vérifier l’information. Elle s’avère exacte. Il a été arrêté à Bas-Congo dans le Nord de Brazzaville, où il vivait dans la clandestinité depuis six mois. En rentrant chez moi, pas de courant, donc pas d’accès à internet. Je fais un saut au Cyber café d’où j’écris un Post que je publie sur Facebook (ci-dessous). J’écris qu’André Okombi Salissa n’est ni à Libreville, ni aux Etats-Unis, mais dans les locaux de la DGST où il subit un interrogatoire musclé

     
    Guy Milex Mbondzi
    mardi
     
     
    On le donnait pour être aux Etats-Unis ou à Libreville. Il en était rien. André Okombi Salissa se trouvait bel et bien à Brazzaville comme ce fut le cas pour Jean Marie Michel Mokoko, son collègue candidat à la présidentielle, que l’opinion disait être en Angola ou en Centrafrique. C’est à Massengo, non loin du domicile où s’est tenue récemment la veillée de son petit-frère, qui a succombé sous le poids de la torture, que l’ancien ministre de l’Enseignement et de la profession qualifiante est tombé, sans résistance aucune, à 4h du matin, dans les mailles du filet policier. Il a été conduit à la DGST où il subit un interrogatoire musclé depuis 10h. Si Okombi a été pris, l’on conclut que Parfait Kolelas, qui s’amuse en politique alors que Sassou ne fait pas autant, le sera également dans les tous prochains jours…
     

    Est-ce ce Post qui vous a valu cette tentative d’arrestation ?
    Je ne pense car c’est allé très vite. Mais il est sûr que les autorités n’apprécient pas qu’on fasse des commentaires sur ce qu’il se passe dans les locaux de la DGST, surtout lorsque ce sont des brebis galeuses comme moi.

    Que se passe-t-il quand vous rentrez chez vous ? 
    Je monte chez moi, je vois ma femme, ma tante, ma belle-sœur. J’enlève ma veste, mes chaussures. On toque au portail. Je me lève pour ouvrir. Un jeune homme me demande, il est accompagné d’une dame. Ils n’ont pas l’air d’agents de sécurité. "On veut te voir pour publier  une annonce dans ton journal", me dit la dame. "Pourquoi ne pas aller au journal directement ? Qui vous donné mon adresse ?" Le jeune cite un certain Derrick que je n’ai pas vu depuis des mois. Je trouve ça bizarre, mais je les laisse entrer chez moi. "J’ai un mariage samedi, dit la dame, je veux passer une annonce dans votre journal". "Impossible pour moi, je ne publie rien avant samedi." Je lui conseille de consulter les autres journaux dans les kiosques et d’appeler les rédactions en leur demandant la prochaine date de publication. "Ok, me dit-elle, mais attends que j’appelle mon mari comme ça tu lui expliques." Je trouve cela bizarre. "Pourquoi votre mari doit-il venir chez moi pour que je lui explique ce que je viens de vous dire ?" Il y a quelque chose qui cloche. La femme se lève et prétend ne plus avoir de crédit sur son téléphone. Le jeune lui donne un billet, elle sort pour aller acheter du crédit, soi-disant.

    "Même les maisons de mes voisins ont été mises sens dessus dessous"

    Si le but était de vous arrêter, pourquoi une telle mise en scène ?
    C’est une méthode courante pour vérifier que la personne que l’on veut arrêter est bien chez elle sans alerter les voisins. Bref, je remets mes chaussures et ma veste. Je sors avec le jeune. « On va la retrouver dehors », lui dis-je. Je vois la femme dans une ruelle plus loin et je comprends qu’elle est une indic' et qu’elle ne va pas revenir. Je dis au jeune d’aller la retrouver et je rentre chez moi. Il ne se doute de rien. Je traverse la maison et pars de l’autre coté. 

    Lire aussi : "Il est temps pour Sassou de quitter le pouvoir"  

    Que s’est-il passé ensuite ?
    J’ai envoyé un jeune de mon quartier que je connais pour me raconter ce qu’il  a vu. Le jeune revient et me raconte qu’il a vu un 4*4 de policiers devant ma maison et une voiture de l’autre coté. «Ha mon grand, je lui dis,  c’est un guet apens qu’on veut me tendre. » Je ne reviens pas chez moi. J’apprends plus tard qu’ils ont fouillé la maison, les matelas, déchiré les plafonds. Ils ont fouillé chez les voisins, ils ont tout mis sens dessus dessous. Puis ils sont revenus pour prendre les ordinateurs et le matériel avec lequel je travaille. Ils ont mis mon appartement à sac ! Enfin, ils ont posté un policier armé devant chez moi pendant deux heures. Ensuite, des policiers en civil frappent au portail et se font passer pour des amis.

    Pourquoi la police a-t-elle arrêtée André Okombi Salissa ?
    Elle lui reproche des velléités de coup d’Etat et d’avoir participé à l’organisation de l’attaque du 4 avril dernier à Brazzaville. Il est recherché pour cela. Il avait disparu le lendemain de l’attaque. Il n’est pas seul, dans le dossier, il y a aussi Parfait Kolélas. 

    André Okombi Salissa
     

    Etes-vous, vous-même, proche d’Okombi Salissa ?
    Je l’ai fréquenté, mais je reste journaliste avant tout. Et je fais assez attention à ce que j ‘écris. Il faut toujours jauger les rapports de force ici. On ne peut pas écrire de la même façon à Brazzaville qu’à Paris ! Je ne veux pas finir en martyr ! 

    "Si tu lèves un doigt, tu peux être assassiné"

    Mercredi  11 janvier, un autre journaliste Ghys Fortuné Bemba n’a pas eu la même chance que vous, connaissez-vous les circonstances de son interpellation ?
    Oui elle a eu lieu à l’aéroport. Il se savait recherché et tentait de fuir. Quelqu’un l’avait mis au courant. Une personne qui avait entendu une conversation  en langue Mbochi entre le chef de la police Jean-François Ndengué et Jean-Dominique Okomba (Ndlr : Secrétaire général du Conseil national de Sécrutié). Le témoin a appelé la rédaction du journal Talassa pour les prévenir que le directeur Ghys Fortuné Bemba allait être arrêté. 

    Pourquoi le pouvoir recherche-t-il Ghys Fortuné Bemba ?
    Je ne sais pas, mais il a retranscrit dans son journal Talassa les vœux du pasteur Ntumi depuis la forêt. Il a aussi écrit sur le camouflet de Sassou-Nguesso aux Etats-Unis en titrant qu’il était "rentré à Brazzaville comme un chien la queue entre les pattes", cela ne lui a pas plu c’est sûr. 

    Suffit-il d’écrire une ligne de travers pour être mis en prison ?
    Le Congo est presque devenu une prison : si tu lèves un doigt, tu peux être assassiné. Ou on te place à la maison d’arrêt, la procédure est si longue que tu peux y rester 4 ou 5 mois et plus.

    Messieurs Evariste Ngakié, Nicolas Kossoloba, Jean-Claude Ngobolo, Brunel Matondo et Dieudonné Ganglia seraient portés disparus. Avez-vous des informations ? Qu’en est-il de Nzinga Mabio, directeur de campagne d’Okombi Salissa et député de Pointe-Noire ?
    Je ne sais pas.

    Brazzaville, Steve OBORABASSI pour la voix du Peuple
     

    JE SUIS Couverture  Monsieur 8%  DICTATEUR Denis SASSOU NGUESSO

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