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Le Collectif des partis de l’opposition Congolaise face à la presse et aux militants

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    Le Collectif des partis de l’opposition Congolaise    face à la presse et aux militants

     

     

     

     

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    le Collectif des partis de l’opposition Congolaise

      face à la presse et aux militants

     

    Déclaration

    Distingués invités,

    Cadres et militants du Collectif,

    Permettez-nous dès l’abord de vous saluer et de vous remercier d’avoir honoré de votre présence, notre conférence de presse d’aujourd’hui qui sera centré sur la thématique du « vivre-ensemble », nouvelle manœuvre inventée par le pouvoir, pour contourner et vider de son contenu, le vrai dialogue politique inclusif tant souhaité par le peuple congolais et par la communauté internationale, dans le dessein de sortir le Congo-Brazzaville de la gravissime crise politique, électorale, financière, sociale, économique et morale qui le plombe actuellement. Sur ce thème central, nous grefferons deux sous-thèmes, à savoir : le dialogue politique national inclusif et le statut de l’opposition congolaise. Ainsi, la conférence de presse de ce jour s’ordonnera autour de trois thématiques :

    -          Le « vivre-ensemble » : un nouveau grand mensonge du pouvoir ;

    -          Le statut de l’opposition congolaise : mythe et réalité ;

    -          Le dialogue politique inclusif : unique et bonne réponse à la crise congolaise.

    Distingués invités, mesdames, messieurs, cadres et militants du Collectif

    Notre rencontre d’aujourd’hui a lieu à un moment où en République démocratique du Congo (RDC), la juste lutte des forces politiques et sociales œuvrant pour le respect de l’ordre constitutionnel et l’alternance démocratique est sauvagement noyée dans le sang, causant plusieurs dizaines de morts, de blessés et de disparus, le lundi 19 et le mardi 20 septembre 2016. Les sièges de plusieurs partis politiques ont été soit incendiés, soit saccagés. Plusieurs quartiers populaires de Kinshasa ont été quadrillés par les forces de répression. Une chasse aux sorcières a été organisée.

    Ces évènements douloureux rappellent la triste journée du 20 octobre 2015, au cours de laquelle,  sur toute l’étendue du territoire du Congo-Brazzaville, 36 militants de l’opposition qui marchaient pacifiquement pour défendre la Constitution en vigueur et l’alternance démocratique, sont tombés sous les balles assassines des nervis du pouvoir. On dénombrait par ailleurs, plusieurs blessés et disparus.

    Profondément choqué par le carnage de Kinshasa, le Collectif des partis de l’opposition congolaise condamne fermement cette répression sanglante et s’incline très respectueusement devant la mémoire des martyrs de la démocratie, tombés au champ d’honneur de la liberté, le lundi 19 et le mardi 20 septembre 2016 en RDC.

    Le Collectif appelle instamment la communauté internationale en général, l’ONU, l’UA, l’UE, l’OIF, les USA, la France, la Belgique en particulier, à accentuer la pression sur les pouvoirs politiques d’Afrique centrale en général, sur le pouvoir de Kinshasa en particulier, afin que partout l’ordre constitutionnel soit respecté ou rétabli et que soient garantis les droits et les libertés des citoyens.

    Distingués invités, mesdames, messieurs, cadres et militants du Collectif

    L’actualité politique au Congo-Brazzaville est dominée par la nouvelle trouvaille de la propagande du pouvoir : « le vivre-ensemble ». Mais que signifie ce concept ?

    I.  Le « vivre-ensemble » : un nouveau grand mensonge du pouvoir

    Dans sa déclaration rendue publique le 17 août 2016, à l’occasion du 4ème anniversaire de sa création, le Collectif des partis de l’opposition congolaise soulignait très fortement que le pouvoir de Brazzaville ne voulait pas du vrai dialogue politique que l’opposition congolaise et la communauté internationale réclament avec insistance et qu’il cherchait à contourner ce dialogue, en appelant les Congolais (toutes tendances politiques confondues) à une union sacrée autour du président de la République, pour accompagner ce dernier dans son nouveau mandat de 5 ans. La preuve vient d’en être officiellement donnée.

    En effet, faisant suite aux discours prononcés le 10 août 2016 à l’hôtel Radisson par le Premier ministre et le maire de Brazzaville, sur le thème « vivre-ensemble », monsieur Elvis OKOMBI SALISSAN, ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le parlement, a lancé, le lundi 6 septembre 2016,  sur les antennes de Télé-Congo, un appel solennel aux partis de la mouvance présidentielle, de l’opposition, du centre et aux organisations de la société civile, afin qu’ils se rassemblent autour du président de la République, pour construire ensemble la nouvelle dynamique de la majorité présidentielle.

    En écho à cet appel, la machine de propagande du pouvoir s’est mise en marche. Dans ce cadre, des délégations des partis et associations satellites ont été déployées sur l’ensemble du territoire national, aux fins de vendre aux populations, la nouvelle imposture du pouvoir : le « vivre-ensemble ». Les médias publics ont été mis à contribution. A longueur de journée, dans un dessein de mensonge, ils font un bruit assourdissant sur le « vivre-ensemble », mais sans jamais définir ce concept et sans jamais dire comment les Congolais devraient vivre ainsi ensemble. Préciser ce comment, revient à définir la nation, car, le concept « vivre-ensemble » est inséparable de l’idée de nation et ne peut se comprendre qu’une fois mis en relation avec cette idée. Dès lors se pose la question : qu’est- ce que la nation ?

    Au cours de son histoire, le mot nation n’a pas eu de tout temps la même signification ; son sens a varié avec les époques et selon les situations. A l’origine, le mot nation a désigné l’ensemble des habitants d’un même territoire. Puis, ce mot a pris des sens différents suivant les époques et les situations spécifiques. De nos jours, une nation désigne un groupe humain caractérisé par une communauté de territoire, de langue, de culture, de valeurs, de normes, de croyances, de coutumes, de manières de vivre, mais surtout, par le désir conscient et partagé de tous les citoyens de vivre en parfaite cohésion dans le respect des différences. Le fondement d’une nation réside dans la volonté de ses citoyens de vivre ensemble.

    Quant à l’expression « vivre-ensemble », elle désigne le consensus, le vouloir politique commun ou la prise de conscience d’une cohésion de tous les citoyens et l’affirmation du consentement de chacun d’eux de fonder une communauté politique. Une nation présuppose une volonté et un but communs. Là où les hommes ne reconnaissent pas un principe commun, en l’acceptant dans toutes ses conséquences, là où il n’existe pas d’identité de vues sur les fins à poursuivre, il ne peut y avoir de nation. Or, comme le Collectif des partis de l’opposition congolaise l’écrivait dans sa déclaration  du 17 août 2016 : « La gouvernance du président Denis Sassou Nguesso, est une gouvernance de la division, de l’exclusion de ceux qui ne sont pas de sa famille, de son clan, de son ethnie, de son département d’origine, de ceux qui ne pensent pas comme lui… Elle n’est nullement une gouvernance du rassemblement, de l’ouverture à l’autre, de la tolérance ». En un mot, cette gouvernance ne peut en aucun cas être celle du «vivre-ensemble».

    Ce qui caractérise fondamentalement le pouvoir de Brazzaville, c’est le refus de la différence, la pensée unique, l’intolérance politique, le déficit démocratique, les injustices et inégalités sociales, l’insensibilité à l’humain, l’enrichissement illicite et scandaleux de ses dirigeants, toutes choses qui sont contraires au « vivre-ensemble » tel que défini supra. Renan, un des théoriciens majeurs de l’idée de nation, définissait une nation comme étant « le plébiscite de tous les jours » c’est-à-dire le consensus, le consentement des citoyens. De fait, l’idée de nation est étroitement liée à l’idéal de liberté. Il y a une étroite relation entre la formation de la nation et la démocratie. Il n’y a de « vivre-ensemble » réel que là où il y a véritablement démocratie. Le pacte républicain repose sur les valeurs essentielles que sont : la liberté, l’égalité, la fraternité, la solidarité, la dignité, la protection des droits humains. Là où il n’existe pas de consentement de chaque citoyen pour fonder une communauté politique, il ne peut y avoir de nation. Cette dernière est un fait volontaire. De ce point de vue, une nation est la patrie commune d’hommes libres.

    C’est dire que le « vivre-ensemble » ne peut pas être comme on le clame dans les cercles du pouvoir congolais, une union sacrée de tous les Congolais autour du pouvoir actuel, un pouvoir qui a instauré dans le pays une dictature implacable, qui bafoue quotidiennement les libertés fondamentales et les droits humains, qui divise les Congolais, dilapide la richesse nationale, affame le peuple et contraint 70% de la population à vivre dans l’extrême pauvreté, pendant que ses dignitaires s’enrichissent de façon scandaleuse. Le Congo du « vivre-ensemble » est un Congo de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, de l’équité sociale, de la solidarité, car, le « vivre-ensemble » postule l’existence d’un état de droit et d’une croissance économique qui profite à tous les citoyens et qui favorise le développement humain et social. Les injustices et inégalités sociales divisent les Congolais, minent le pacte social et mènent à l’exclusion et au conflit.

    Comment dans ces conditions, le pouvoir peut-il appeler les Congolais victimes de sa politique à se rassembler autour de lui ? Peut-il y avoir un désir conscient et partagé de vivre ensemble entre un bourreau et sa victime ? Comment le pouvoir compte-t-il rallier à lui les 70% des Congolais qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, lorsque par exemple, selon les informations diffusées par le site Internet Zenga mambu.com, le 6 septembre, dans un article intitulé : « Cinq mois d’arriérés de salaires au PCT » il est indiqué que : « le Secrétaire général du PCT (parti au pouvoir), qui n’a aucune fonction dans l’Etat, émarge au Trésor public et perçoit chaque mois un salaire de ministre d’Etat, soit 15 millions de FCFA, auxquels il faut ajouter son indemnité de député, soit 5 millions de FCFA. Il a ainsi un traitement mensuel de 20 millions de FCFA ».  Rappelons qu’au Congo le Smig est à moins de 100 mille FCFA.

    Selon les mêmes sources (site Internet zenga mambu.com), les autres membres du bureau politique du PCT ont chacun un salaire mensuel équivalent à celui d’un ministre de la République, soit 14 millions de FCFA. Les présidents des Fédérations du PCT ainsi que les présidents des organisations des femmes et des jeunes du PCT (OFC, la Force montante) ont chacun un salaire mensuel de 1,5 millions de FCFA.

    Pendant ce temps, les travailleurs du centre national de lutte contre le sida (CNLS) accusent 26 mois d’arriérés de salaire. Les retraités qui ont cotisé pour leur retraite quand ils étaient en activité professionnelle, accusent plusieurs mois d’arriérés de pension et d’arriérages, tandis que les étudiants qui sont les futurs bâtisseurs du Congo de demain n’ont pas touché leurs bourses depuis près de 7 mois. Aujourd’hui, l’université Marien Ngouabi est paralysée pour cause de grève générale et illimitée des étudiants. L’année académique 2015-2016 court le risque d’être déclarée année blanche dans plusieurs établissements. A la place des slogans trompeurs, les populations congolaises attendent du pouvoir, des mesures concrètes visant à améliorer leur vécu quotidien.

    II- Le statut de l’opposition congolaise : mythe et réalité

    Outre le « vivre-ensemble », un autre problème agite la classe politique congolaise : la question du statut de l’opposition et de son chef. L’histoire politique des nations enseigne que pour favoriser la transparence et permettre le développement de la démocratie, les régimes démocratiques ont mis en place un statut de l’opposition. Ce statut confère aux partis qui n’exercent pas le pouvoir et à leurs dirigeants, des droits et des obligations. En général, le statut de l’opposition consacre la reconnaissance du droit à la différence, induit la tolérance politique, favorise la libre expression des opinions et contribue à instaurer un climat politique paisible dans un pays.

    Dans les régimes présidentiels à deux partis comme les USA, l’opposition est incarnée par le parti qui n’occupe pas la Maison blanche ; elle a un chef qui la représente et qui porte sa parole au Congrès et un autre qui la représente et porte sa parole au Sénat. Dans les autres démocraties où il y a plusieurs partis de l’opposition qui adhèrent à des doctrines politiques, économiques et sociales différentes, il n’y a pas un chef unique de l’opposition. C’est le cas d’un pays comme la France où le paysage politique est structuré en fonction de la couleur politique des partis (extrême droite, droite libérale, centre droit, centre gauche, socialistes, écologistes, communistes, extrême gauche).

    Dans ce pays, l’opposition est plurielle. Elle comprend plusieurs tendances qui ne poursuivent pas les mêmes objectifs politiques. Chaque tendance de l’opposition a son chef : Marine Lepen pour l’extrême droite, Nicolas Sarkozy pour la droite libérale, François Bayrou pour le centre droit,  Jean Michel Baylet pour les radicaux de gauche, Cécile Duflot pour les écologistes, Pierre Laurent pour les communistes, Jean Luc Mélenchon pour l’extrême gauche. Chacun de ces leaders est le porte-parole de sa tendance politique.  Au parlement français, il y a plusieurs groupes parlementaires et chaque groupe a un chef qui est son porte-parole.

    Traitant de la question du statut de l’opposition congolaise, le journal Le Patriote, (proche du pouvoir) écrit dans son numéro 395 du 5 septembre 2016 : « Les jours passent et ne se ressemblent pas à l’opposition. Elle continue de souffrir de son handicap congénital, en l’occurrence cette incapacité à trouver une seule figure qui l’incarne et parle en son nom ».

    Le journal Le Patriote veut que l’opposition congolaise ait un chef unique, malléable et corvéable à merci par le pouvoir.  Le Collectif rappelle au journal Le Patriote, qu’au Congo, il n’y a pas une opposition unique, mais des oppositions. Dans notre pays en effet, l’opposition est plurielle. Elle comprend plusieurs tendances ayant chacune des objectifs politiques différents. Certaines de ses tendances participent aujourd’hui au pouvoir ; d’autres, mues par des soucis alimentaires se battent fiévreusement pour entrer au gouvernement d’union nationale ; d’autres enfin, fidèles à leurs convictions politiques, demeurent farouchement ancrées dans l’opposition réelle.

    Par ailleurs, les plateformes politiques Frocad, IDC, Collectif des partis de l’opposition congolaise, qui constituaient l’ossature de l’opposition unifiée, ont rompu leurs relations. Depuis la querelle de l’élection présidentielle anticipée du 20 mars 2016, elles ne poursuivent plus les mêmes objectifs. Dans ces conditions, quelle parole porterait le soi-disant chef unique de l’opposition que le pouvoir veut nommer ?

    Dans une démocratie pluraliste où cohabitent plusieurs partis de l’opposition qui ne poursuivent pas les mêmes objectifs politiques et où il n’existe pas d’identité de vues sur les grands problèmes nationaux, il ne peut y avoir un chef unique de l’opposition, mais un chef pour chaque tendance de l’opposition, porte-parole de sa tendance. Au Congo, il est aberrant de parler d’un chef unique ou d’un parrain de l’opposition. Vouloir nommer un chef de l’opposition alors que celle-ci est plurielle est un non-sens.

    Cependant, dans notre pays où l’opposition politique est martyrisée par le pouvoir et où même la reconnaissance à ceux qui ont servi la République à divers niveaux n’existe pas, il est nécessaire de promouvoir un statut de l’opposition. Comme dans toute démocratie digne de ce nom, l’opposition congolaise doit jouir d’un statut particulier qui lui garantit le libre exercice de ses activités, la liberté d’aller et de venir, la liberté d’expression, de réunion, de cortège et de manifestation, le libre accès aux médias, la sécurité et l’intégrité physique de ses dirigeants et de ses militants. Le Collectif milite donc pour l’élaboration  consensuelle d’un statut de l’opposition, mais il dit non, à la nomination par le pouvoir d’un chef unique de l’opposition.

    Le Collectif rejette la perspective de la nomination d’un chef unique de l’opposition par le pouvoir, ce, d’autant plus que comme à la veille de la parodie d’élection présidentielle du 20 mars 2016, des partis du partenariat IDC-Frocad se préparent à convoquer une deuxième convention dite de l’opposition, pour tenter de désigner un chef unique de l’opposition, comme hier ils avaient tenu une première convention, pour désigner un candidat unique de l’opposition à la farce électorale du 20 mars. On connait la suite.

    Le Collectif déclare solennellement qu’il n’a rien à avoir avec cette nouvelle convention dite de l’opposition qui débouchera à n’en pas douter, comme la première, sur des conclusions néfastes pour les forces politiques et sociales œuvrant pour une véritable alternance démocratique et pacifique au Congo. Aujourd’hui, le pouvoir a besoin d’un chef unique de l’opposition qu’il contrôle et qui acceptera d’être le Premier ministre du gouvernement dit d’union nationale que le président de la République se propose de former, en vue de l’accompagner dans son troisième mandat illégal de 5 ans. Le Collectif refuse de faire le jeu du pouvoir et de lui servir de marchepied.

    III. Le dialogue politique national inclusif : unique et bonne réponse à la crise congolaise

    Le Collectif des partis de l’opposition congolaise ne cessera jamais de le répéter : il n’y a pas de « vivre-ensemble » réel sans un vouloir politique commun des citoyens, sans une véritable justice sociale et sans un Etat de  droit. Au Congo, la création des conditions permissives de ce vouloir vivre collectif passe aujourd’hui par la tenue obligatoire d’un vrai dialogue politique national  inclusif.

    Le Collectif des partis de l’opposition congolaise l’a toujours dit et le redit avec force : la crise politique, électorale, financière, sociale, économique et morale que connaît le Congo ne peut être jugulée de façon profonde et durable qu’à la faveur d’un vrai dialogue politique national, rassemblant sans exclusive toutes les forces politiques et sociales du pays et placé sous l’égide de la communauté internationale. Ce dialogue s’impose à tous les Congolais. Il est une question de survie collective. Chercher comme le fait le pouvoir à le contourner par des appels incantatoires à une union sacrée est une fausse solution car, le Congo est aujourd’hui confronté à de très grandes difficultés (blocage politique persistant, isolement diplomatique, crise financière et sociale d’une rare gravité, paupérisation accrue des populations, effondrement du système national d’enseignement, dégradation accentuée de l’offre de santé, déficit démocratique, crise de confiance, crise électorale etc) qui nécessitent des remèdes de cheval et non pas des fuites en avant.

    Le recours à la ruse politique, à des slogans enchanteurs et aux incantations est une fausse solution à de vrais problèmes et ne peut en aucune manière permettre de relever les défis qui assaillent le Congo. La  crise globale qui mine notre pays appelle de vraies et bonnes réponses. Dans le contexte actuel, le dialogue politique inclusif constitue l’unique et bonne réponse pour sortir le Congo-Brazzaville du marasme. Le pouvoir doit en conséquence s’élever au-dessus de ses intérêts personnels, faire preuve de lucidité et admettre que le Congo connaît une grave crise multidimensionnelle. Le déni récurrent de cette crise est une faute politique grave. Dans la même veine, le président de la République doit se hisser à la hauteur des enjeux politiques de l’heure, rompre avec la stratégie des calculs politiciens visant la conservation coûte que coûte du pouvoir ou une succession dynastique. Nous l’invitons une fois de plus, à prendre la bonne décision, en convoquant maintenant, ce véritable dialogue inclusif que le peuple congolais et la communauté internationale appellent de tous leurs vœux.

    Il a l’ardente obligation de le faire, car, le monde entier ne comprendrait pas que lui qui se donne à voir sur la scène internationale comme le médiateur des crises en Afrique centrale (RCA, RDC, Gabon) refuse systématiquement d’organiser un vrai dialogue politique avec son opposition. Un adage populaire ne dit-il pas : « charité bien ordonnée commence par soi-même ? »

    Pour le Collectif des partis de l’opposition congolaise, le dialogue inclusif devra prendre en compte toutes les dimensions de la crise congolaise et déboucher non pas sur la formation d’un gouvernement d’union nationale qui aurait pour vocation de perpétuer la politique actuelle qui a plongé le Congo dans la crise que nous déplorons tous, mais, la formation d’un gouvernement et d’un parlement de transition. Le gouvernement de transition aura pour mission d’appliquer les décisions consensuellement adoptées par le dialogue national, tandis que le parlement de transition sera chargé d’une part, de voter les lois nécessitées par l’application des décisions du dialogue, et d’autre part, de suivre et de contrôler l’exécution de ces décisions.

    Le dialogue inclusif devra en outre, être minutieusement préparé par un Comité, composé de façon paritaire de représentants du pouvoir et de représentants de l’opposition. Il se fondera sur les principes de la participation équitable et de l’égalité de tous les acteurs impliqués dans le processus, pour ne pas reproduire un nouveau monologue du pouvoir comme cela a été le cas à Brazzaville en 2009, à Ewo en 2011, à Dolisie en 2013 et à Sibiti en 2015. Ces rencontres, parce qu’elles ne s’étaient pas attaquées aux vrais problèmes du Congo, n’ont pas apporté de vraies solutions aux maux qui minent notre pays. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, pour éviter l’éternel recommencement, le dialogue national devra se donner quatre objectifs :

    décrisper le climat d’extrême tension qui règne dans le pays, et ce, à travers :

    -          la levée de l’état de siège instauré sur toute l’étendue du territoire national depuis septembre 2015 ;

    -          la levée du siège du Pool et le retour à une paix véritable et durable dans ce département ;

    -          la libération de tous les prisonniers politiques ;

    -          le retour des exilés politiques ;

    -          la suppression de toutes les mesures liberticides, notamment les mesures d’interdiction de sortir du territoire national et d’assignation à résidence des responsables de l’opposition ; l’empêchement des activités des partis de l’opposition ; la cessation de toutes les tracasseries, intimidations et menaces de mort contre les dirigeants et militants de l’opposition ; la levée des mesures de confiscation des médias publics et de censure des journaux indépendants ; la dissolution des milices privées, des écuries et des polices parallèles ; le rapatriement des nombreux mercenaires étrangers ; la promotion d’une armée et d’une police républicaines;

    -          le retour à une paix véritable sur l’ensemble du territoire national et à la sécurité réelle de tous les Congolais ;

    -          la restitution avec indemnisation des biens privés extorqués et confisqués arbitrairement ;

    -          le retour au Trésor public de l’argent du Congo caché dans des comptes privés, les paradis fiscaux et les caves des domiciles privés ;

    -          la restitution à l’Etat du patrimoine national détenu illégalement (minier, foncier, forestier) ;

    -          la réparation des dommages causés aux victimes des guerres et autres troubles socio-politiques ;

    2- restaurer les principes et les valeurs de la démocratie et de la République ;

    3- définir les nouvelles règles de la gouvernance électorale pour garantir des élections libres, transparentes et équitables ;

    4- construire un compromis politique entre le pouvoir et l’opposition, à travers :

    -          l’ouverture d’une période de transition ;

    -          la formation d’un gouvernement  et d’un parlement de transition ;

    -          l’élaboration et l’adoption d’une charte qui régit la période de transition ;

    -          la mise en place d’une Cour constitutionnelle et d’une Cour suprême véritablement indépendantes ;

    -          l’élaboration et l’adoption d’une Feuille de route du gouvernement de transition ;

    -          la définition de la structure du gouvernement de transition ;

    -          la détermination du nombre des membres du parlement de transition ;

    -          l’élaboration et la signature par les parties prenantes au dialogue, d’un engagement solennel à respecter les engagements pris et la parole donnée.

    A ces conditions, le dialogue inclusif constituera un acte fondateur dans la restauration de la démocratie congolaise, de la paix véritable dans notre pays et de la réconciliation des Congolais. Il enclenchera une véritable rupture avec l’ordre ancien.

    De l’analyse qui précède, il ressort que face au climat politique délétère qui règne dans notre pays et face au blocage politique actuel, le dialogue national inclusif constitue un passage obligé pour sortir pacifiquement le Congo de la grave crise multidimensionnelle à laquelle il est confronté. Le dialogue que nous demandons avec insistance et la transition qui doit en découler sont aujourd’hui les seuls moyens efficaces pour triompher des crises et permettre aux Congolais, d’écrire ensemble et dans un climat apaisé, une nouvelle page de leur  histoire. Plus vite nous irons à ce dialogue fondateur, plus vite nous sortirons notre pays de l’impasse actuelle. Aussi, le Collectif des partis de l’opposition congolaise réitère-t-il son appel au président de la République, afin qu’il convoque dans les meilleurs délais, ce sésame qui ouvrira les portes du redressement et du renouveau du Congo.

    Fait à Brazzaville, le 26 septembre 2016

    Le Collège des présidents

     
     
     

     

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Brazzaville, Steve OBORABASSI pour la Voix du Peuple

 

 

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Un Dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le Peuple ne rélève pas le défi

 
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