L'ex-patron du renseignement intérieur, Bernard Squarcini, mis en examen

Bernard Squarcini lors d4une confernce de presse en janvier 2012
À l'issue de deux jours de garde à vue, Bernard Squarcini a été inculpé ce mercredi soir pour «trafi d'influence et recel de violation du secret professionnel», et laissé libre sous contrôle judiciaire.
Après avoir été interrogé pendant deux jours par les enquêteurs, l'ancien patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, actuelle DGSI), Bernard Squarcini, a été mis en examen ce mercredi soir pour «trafic d'influence et recel de violation du secret professionnel», et laissé libre sous contrôle judiciaire. Un peu plus tôt dans la journée, Bernard Squarcini avait été déféré au pôle financier pour se voir notifier sa mise en examen par les juges d'instruction. Celui qui fut le numéro un du renseignement intérieur sous la présidence de Nicolas Sarkozy, avait été placé en garde à vue lundi à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, dans le cadre d'une information judiciaire ouverte notamment pour trafic d'influence.
Mêlés à l'affaire, l'ancien patron de la police judiciaire parisienne Christian Flaesch, un ancien magistrat passé par plusieurs cabinets ministériels et aujourd'hui cadre sécurité dans le groupe de luxe LVMH, ainsi qu'un autre ancien cadre de ce groupe ont aussi été placés en garde à vue, et ont été relâchés mardi soir. Enfin, un ancien collaborateur de Bernard Squarcini, en poste à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), et resté très lié à son ancien patron, selon des sources proches de l'enquête, a aussi été déféré au pôle financier mercredi après sa garde à vue.
Une reconversion controversée
Après une longue carrière dans la police, où il a été n°2 des RG (Renseignements généraux), patron de la Direction de la surveillance du territoire (DST) puis de la Direction centrale de la sécurité intérieure, ce «FBI à la française» voulu par Nicolas Sarkozy, celui qu'on surnomme le «Squale» s'est reconverti dans le privé après avoir été évincé de son poste à l'arrivée de la gauche au pouvoir. En 2013, il a créé Kyrnos, une société de conseil en sécurité, qui a parmi ses gros clients le groupe de luxe LVMH de Bernard Arnault.
C'est cette reconversion qui intéresse les enquêteurs et les juges d'instruction. Avec une question: l'ancien grand flic a-t-il continué de faire fructifier ses relations dans la police et ses réseaux pour accéder à des informations sur des enquêtes en cours et les utiliser à des fins personnelles ou pour ses nouveaux clients? Les soupçons proviennent notamment d'écoutes téléphoniques menées en 2013, dans un autre dossier judiciaire. Selon une source proche du dossier, elles révèlent notamment que Bernard Squarcini demande à Christian Flaesch, alors à la tête de la PJ parisienne, des éléments sur une enquête conduite par le parquet de Paris après une plainte d'Hermès contre LVMH.
Déjà condamné dans le passé
En avril 2013, l'ancien patron du renseignement intérieur semble aussi rechercher des informations couvertes par le secret sur l'enquête pour fraude fiscale visant Jérôme Cahuzac, afin d'en faire profiter ses contacts, alors que le dossier empoisonne la vie du gouvernement de François Hollande. Parmi eux, le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, Michel Gaudin, qui a été interrogé lundi dans le cadre d'une audition libre.
Depuis qu'il a quitté la police, Bernard Squarcini a déjà été confronté à la justice. Le «Squale» a été condamné en avril 2014 à 8.000 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Paris, qui l'a reconnu coupable d'avoir réquisitionné illégalement en 2010 les factures téléphoniques détaillées («fadettes») du journaliste du Monde Gérard Davet pour connaître ses informateurs dans le dossier Bettencourt, menaçant la droite à l'époque. Il est également visé par une enquête préliminaire conduite par le parquet de Paris sur l'un de ses contrats, avec le géant du tabac Philip Morris, a indiqué une source proche de l'enquête. Dans ce dossier, les enquêteurs se demandent s'il a pu user de son influence pour pousser la police à mener des actions contre la contrebande de tabac à Marseille, afin de favoriser son client.
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Bernard SQUARCINI AU SERVICE DU DICTATEUR Denis SASSOU NGUESSO AU CONGO BRAZZAVILLE

L’ancien patron de la DCRI et proche de l’ex-président de la République, écarté par la gauche, s’est reconverti dans le privé. Ses réseaux font prospérer ses affaires. Un mélange des genres qui intéresse désormais la justice
Début avril, un homme s’avance seul sur le tarmac de l’aéroport du Bourget. Visage rond, taille moyenne, allure passe-partout, il a été l’un des piliers de la république sarkozyste. Ancien patron de la toute-puissante Direction centrale du Renseignement intérieur (DCRI), Bernard Squarcini, 61 ans, monte à bord d’un jet spécialement affrété pour lui par le président congolais, Denis Sassou Nguesso. Le Français est attendu à Brazzaville, où le dictateur africain, au pouvoir depuis 1979, savoure sa réélection, violemment contestée par l’opposition.
Pour comprendre cet étonnant voyage de l’ancien Fouché au Congo, il faut remonter plusieurs semaines en arrière. Bernard Squarcini, qui travaille à son compte depuis que la gauche l’a destitué, obtient un tuyau grâce à ses contacts en Afrique : un "mouvement insurrectionnel" visant à "déstabiliser" Denis Sassou Nguesso serait en préparation. Il connaît le nom des opposants, leurs conseils en France, leur plan d’action.
Ces informations, forcément sensibles, il ne les transmet pas aux services secrets français, mais, de manière singulière, à Jean-Dominique Okemba, le Monsieur Sécurité de Sassou Nguesso, qu’il connaît de longue date. "Les opposants vont lancer des appels à la population pendant l’élection présidentielle", le prévient-il. Est-ce à cause de cette mise en garde que le gouvernement de Brazzaville coupe toutes les liaisons téléphoniques et les échanges internet au moment du scrutin ?
Toujours est-il que le 20 mars, le Congo vote coupé du monde, comme renvoyé au siècle dernier. L’opposition, qui ne reconnaît pas les résultats officiels (60% des votes remportés par Denis Sassou Nguesso), lance un appel à la "désobéissance civile". Mais la population ne suit pas, terrorisée à cause de la chape de plomb qui s’est abattue sur le pays. On comprend mieux pourquoi, en ce début du mois d’avril, le potentat congolais tient à remercier personnellement l’espion français pour ses conseils avisés.
Comment passe-t-on de Paris à Brazzaville ? De Sarko à Sassou ? Depuis quelques années, l’ancien chef du contre-espionnage semble avoir mis tout son savoir-faire au service d’intérêts privés, parfois étrangers, de grands groupes ou d’Etats, pas toujours parmi les plus démocratiques. [...]
Et désormais, c’est à ses activités de consultant privé que la justice s’intéresse. Le vendredi 8 avril, Bernard Squarcini est à peine rentré de Brazzaville que des policiers de l’Office central de Lutte contre la Corruption et les Infractions financières et fiscales (OCLCIFF) et deux juges d’instruction tapent à sa porte, un mandat de perquisition à la main. Ils interviennent dans le cadre de trois enquêtes différentes. En fouillant son appartement parisien, ses bureaux professionnels et un coffre ouvert dans une banque, les enquêteurs tombent sur une pile de documents "explosifs", selon une source judiciaire encore étonnée de "l’imprudence" de l’ancien chef de la DCRI.
Des rapports classés secret-défense, notamment sur les mouvements islamistes au Moyen-Orient, des notes sur des personnalités politiques de tout bord, des pièces de procédures judiciaires couvertes par le secret de l’instruction. Et la trace de nombreux échanges avec des policiers soumis au secret professionnel. [...]
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