Congo-Brazzaville : "Ne ramassez pas les corps !"
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Fusillades à Brazzaville, bombardements dans le Pool: la campagne de répression se poursuit et le nombre de victimes augmente en République du Congo-Brazzaville
Mardi 13 septembre, à 18 heures, des rafales résonnent dans le quartier Bifouiti dans le Sud de Brazzaville. Des policiers en civil déboulent dans une ruelle où sont affairés des vendeurs de chanvre. "Ils roulaient à bord d’un 4*4 Hilux blanc, raconte un témoin, ils ont tiré d’abord en bas puis plus haut". Deux corps tombent. Gédéon N’Boubi, 39 ans est touché à l’épaule et Jean-Paul Tsiakaka, 46 ans prend une balle dans le ventre. "J'ai tiré, j'ai tué deux personnes en bas, mais ne ramassez pas les corps !", a dit le tireur, mais les jeunes n' ont pas obéi". Transportés d’urgence au CHU du Centre des affaires de Brazzaville, les deux blessés grave ne sont pas soignés avant la nuit. "Mon fils est arrivé à 18h45 à l’hôpital et n’a reçu aucun soin jusqu’à minuit passé", déplore le père d'une des victimes joint au téléphone au moment de la veillée mortuaire.Gédéon N’Boubi habitait 20 rue Mbebakol au quartier Makélékélé. Jeudi 15 septembre avait lieu la veillée mortuaire de l'autre victime Jean-Paul Tsiakaka. "Le commissaire est venu pour intimider la famille, il leur a dit de ne pas pleurer et a menacé de tuer des jeunes s'il en trouvait à la veillée mortuaire", raconte un témoin.
Les noms de Gédéon N'Boubi et Jean-Paul Tsiakaka viennent grossir la triste liste des victimes des expiations du régime. Depuis le référendum d'octobre 2015 ayant permis à Denis Sassou-N’Guesso de s’octroyer à 72 ans -dont 32 au pouvoir- un mandat de plus, jusqu’à la proclamation des résultats, non reconnus par la communauté internationale, chaque étape du "processus démocratique" au Congo génère de nouvelles victimes. Les cris d'orfraie de la "communauté internationale" à l'issue d'élections soumises à un block-out total et l'emprisonnement des opposants n'y ont rien changé. "Les quartiers où sévissent les milices et l'identité des victimes nous montrent que c'est toujours l'ethnie Lari qui est attaquée, explique Andrea Ngombet du collectif Sassoufit. C'est de l'épuration ethnique!"
Une plainte contre le clan Sassou-Nguesso à la Cour pénale internationale
Jusque là, passée sous silence, le bilan de cette répression commence à sortir de l'ombre. "Le président a sous-estimé le niveau de ras-le-bol de la population, les Congolais qui l'ont désavoué en ont marre du système donc ils parlent", racontent Me Maurice Massengo-Tiassé. Cet avocat, 2ème vice-président de la Commission des Droits de l'homme du Congo, tient son journal de bord politique depuis des années. Depuis le référendum d'octobre 2015, il a soigneusement compilé les témoignages recueilli par ses informateurs et surtout le Réseau Forum Radio-Télévision des Droits de l'homme, une radio qui émet sur un rayon de 240 kilomètres autour de Brazzaville.
Une synthèse de 42 pages énumérant les faits, les oppresseurs et les victimes, a été remis au Conseil des Droits de l'homme des Nations-Uniesréuni actuellement en session à Genève jusqu'au 30 septembre. Le rapport a aussi été transmis à la Cour pénale internationale (CPI). Me Massengo-Tiassé espère faire arrêter les responsables des violences et que les Nations-Unies déploient "en urgence une mission pour mener une enquête indépendante sur les violations des Droits de l'homme en République du Congo".

Me Maurice Massengo-Tiassé, ici à Paris dans un local associatif le 17 septembre 2016, a compilé le document qui pourrait servir de support pour une plainte de la CPI contre le clan Sassou-Nguesso.
"Après 19 heures, il n'y a plus personne dans les rues, raconte un habitant du Sud de Brazza, fief de l'opposition. La population craint les milices qui sévissent dans les quartiers Poto-Poto, Ouenzé et Talangaï, il suffit d’un regard de travers et il peuvent vous tabasser et ça, cela signifie la mort !"
Selon Me Massengo-Tiassé, les hommes clefs de l'appareil répressif de Denis Sassou-Nguesso sont le chef de la police Jean-François Ndengué, l'ancien "Cobra" aujourd'hui député Aimé Hydevert Mouagni et Thierry Moungala, porte-parole du gouvernement. Leur milices s'appellent les "bébés noirs", "douze apôtres", "Patriotes" mènent des exactions en toute impunité, tout comme la dizaine de supplétifs, anciens "ninjas" et "cobras", dont les noms figurent dans le rapport. "Le Groupe de répression du banditisme (GRB) de Jean François Ndengué est le plus lourdement équipé", explique l'avocat qui pour poursuivre son travail a dû fuir Brazzaville en avril 2016, marchant 300 kilomètres dans la forêt jusqu'au fleuve Congo puis prenant un bac lui permettant de rejoindre la République démocratique du Congo d'où il a pu prendre un avion pour Paris.
"La milice d'un rebelle Tchado-Centrafricain embauchée pour traquer le Pasteur Ntumi"
"J'ai bon espoir que le rapport envoyé à la Cour pénale internationale reçoive un bon accueil", nous dit-il. La publication partielle de son document a aussitôt provoqué la levée des sanctions sur sa radio FRTDH, qui depuis vendredi dernier après presque un an d'interdiction, a de nouveau le droit d'émettre .
La situation dans le Pool ne s'est en rien amélioré. Profitant de la crise gabonaise, le régime congolais a intensifié la répression. "Les villages sont quadrillés à Mayama et Tinkala et des blindés stationnés dans les forêts", rapporte un habitant du Pool qui nous a envoyé photos et vidéos.
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Photos récentes illustrant le déploiement de l'appareil sécuritaire dans le Pool
Selon le rapport de Me Massengo-Tiassé, "le pouvoir de Sassou-Nguesso a recruté dans la garde présidentielle,le rebelle Tchado-Centrafricain,Martin Koutamadji alias Abdoulaye Miskine, avec plus d'un millier de ses combattants. Il est désormais l'adjoint du général Nianga Ngatsé Mbouala qui a mission de faire la guerre dans le Pool et d'éliminer le Pasteur Ntumi."
Ancien collaborateur de Sassou-Nguesso, Frédéric Bitsamou aliaspasteur Ntumi est devenu sa bête noire le jour où il a contesté sa décision de modifier la constitution. Le régime l'accuse d’avoir mené une attaque dans le Sud de Brazzaville avec ses hommes d'anciens "Ninjas" dans la nuit du 3 au 4 avril. Accusations démenties en bloc par l'opposition pour qui cette accusation aurait seulement servie de prétexte pour justifier les exactions qui allaient suivre. Un représentant du président Sassou-Nguesso à Paris nous a confié cette semaine qu'aucun élément ne pouvait en effet prouver l'implication du pasteur Ntumi dans ces événements.
Deux millions de Francs CFA en échange du silence des familles des victimes
Que s'est-il donc passé le 4 avril? Au petit matin, une habitante du quartier Kingouadi dans le Sud de Brazzaville nous raconte avoir vu descendre de la montagne une escouade d'hommes en tenue militaire. "Ils descendaient vers l'abattoir, dit-elle, armés de Kalashnikovs et de lance-roquettes. Quand ils nous ont vus, ils ont tiré sur notre maison. La maman a été blessée à la colonne vertébrale, elle a eu une plaie très profonde." La victime, Mireille Nankelanio, est morte trois jours plus tard. Toujours le 4 avril, un étudiant de 22 ans, Malonga Miladou sort du cyber-café "bibiche" du quartier Kissoundi-barrage à Brazzaville. Un véhicule de police déboule devant lui et tire des rafales. Touché au ventre, le jeune homme trouve la force de retourner dans le bâtiment. Il parvient péniblement à atteindre le premier étage du Cyber et à enlever son Tee-shirt. Le sol est jonché de bris de verre résultant des rafales qui ont balayé le bâtiment. Alertés par un voisin, les parents trouvent le corps de leur fils, mort.
Toujours le 4 avril, Nanitelamia Nguengué Pierre 47 ans, est touché par une balle à la colonne vertébrale. Il succombe à ses blessures. Il habitait rue Mahougou toujours dans le quartier Sud de Brazzaville. Au pont centenaire, un certain Matsinka est arrêté par un militaire. Les gendarmes restitueront son cadavre mutilé à ses parents en leur expliquant que leur enfant serait mort par asphyxie. Le général de la gendarmerie nommé "Mouttani", selon le témoignage de la famille , aurait proposé 2 millions de francs CFA en échange de leur silence. Nous avons parlé aux familles des victimes et avons reçu les photos des corps des victimes.
Conséquence de cette attaque du 4 avril: des bombardements dans le Pool. A 50 kilomètres de Brazzaville, les villages de Telo et Boua Mburi sont détruits les 19 et 20 avril. "Les habitants ne sont revenus chez eux que pour enterrer les morts, il y en avait une quinzaine et ils ont trouvé sur place 47 obus", rapporte un de nos correspondants s'étant rendu sur place. Le village de Soumouna à Kinkala est rasé, d'autres lieu comme Mindouli sont touchés. Dans le district de Mayama, à Loukouango c'est un orphelinat l'Institut "Saint Archange Michel" qui est touché. La population fuit dans les forêts.
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Ces images reçues la semaine du 12 septembre 2016 montrent les familles réfugiées dans le Pool depuis presque six mois, de nombreux enfants y souffrent de malnutrition.
"Dans cette jungle, les familles se contentent de ce qu’il y a autour d'elles, parfois tu es contraint de te nourrir de feuilles et de racines, un peu de cueillette et de la pêche si possible. La vie devient primitive. C’est très difficile", nous confie l’un d’eux. Equipé d’une petite plaque solaire pour recharger la batterie de son téléphone seul lien avec le monde extérieur. "Cette année, les enfants ne pourront pas rentrer à l’école", nous dit-il avec tristesse. Pire, les autorités aurait empêcheraient même les marchands de charbon de circuler.
Loin de se calmer, ces derniers jours la situation s'est donc aggravée. "Un détachement sans précédent de forces de l’ordre avec des centaines de militaires armés lourdement, engins armes lourdes ont commencé des exactions à Mayama, plus précisément à Loukouango. Hier il y a eu une forte présence militaire là-bas, ils ont poignardé plusieurs civils", racontait mardi un habitant du pool.
Des victimes civiles dans le Pool
Plusieurs témoignages concordants rapportent des événements tragiques près de la ville de Kindamba à 100 kilomètres de Brazzaville.
Alors que le pouvoir en place laisser espérer à la communauté internationale l’existence d’un dialogue avec l’opposition, les hommes du pasteur Ntumi démentent en bloc et accusent les forces de sécurité de mener des exactions contre la population.
"Ils font ça en silence parce que pour eux rien ne sera vu, rien ne sera connu. Ils font tout pour que les humanitaires ne passent pas par là. Mais quand les agents de la force publique débarquent dans un lieu pour poignarder la jeune c’est horrible !", accuse un militant reclus dans la forêt. "Le pool est pris en otage et envahi par la force public, mais on ne peut même plus parler de force publique, c’est une milice gouvernementale qui œuvre pour la seule volonté d’un clan. Ils ne font qu’obéir aux ordres de personnes qui n’ont même pas la légitimité!"
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