Mensonges et violations de la Constitution : Mr Sassou pris la main dans le sac

«Le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l’Histoire est la leçon la plus importante que l’histoire nous enseigne», disait Aldous Huxley, grand écrivain anglais, auteur de l’ouvrage «Le meilleur des mondes».
Comme pour dire que les premiers signes de malédiction, dont le Congo n’est plus capable de se débarrasser, ont fait leur apparition pendant les néfastes «3 journées glorieuses des 13, 14 et 15 août 1963». Ces tristement célèbres «journées glorieuses» ont consacré le début de l’instauration des milices et assassinats politiques, des violations des droits individuels et des libertés fondamentales des citoyens. Ce n’est un secret pour personne.
Il n’est pas rare de constater que les autorités font, encore aujourd’hui, tout à leur guise, pour ignorer certaines dispositions de la nouvelle Constitution du 6 novembre 2015. Et cela ne peut étonner personne. Car, elles en ont la sale habitude. En témoignent les violations répétées de l’ancienne Constitution du 20 janvier 2002, qui a été constamment foulée au pied, avant d’être définitivement enterrée par le référendum constitutionnel du 25 octobre 2015.
Les machinations politiques mises en œuvre actuellement, telles que l’usage de la force par le pouvoir, avec le soutien de la force publique, les arrestations arbitraires, le non-respect du sacro-saint principe de la présomption d’innonce en justice, l’instrumentalisation de la justice et des médias, les intimidations faites à l’encontre des opposants, comme c’était le cas pour les contre-révolutionnaires à l’époque du mono, ne sont-elles pas inspirées par les méthodes brutales, pratiquées, sans pitié, par la police politique, avec l’appui des milices révolutionnaires, bras armés de la Révolution, à l’époque ?
C’est un secret de polichinelle, le retour en force de l’OBUMUTRI des années 1980 et 1990 n’est plus une vue de l’esprit. Cette oligarchie, nouvelle forme, use de la force pour se maintenir au pouvoir. Qui, alors, peut croire au «Vivre ensemble» devenu un véritable refrain pour le régime de Sassou? Du coup, les vaines et vieilles promesses distillées à travers le discours prononcé par le président de la République le dimanche 14 août 2016 sont loin des préoccupations du commun des Congolais, qui se battent, bec et ongles, aujourd’hui, pour survivre. Ils en ont, d’ailleurs, marre, d’un pouvoir qui ne donne pas de l’emploi aux jeunes diplômés, contraints aujourd’hui au chômage. Ils en ont aussi ras-le-bol d’un pouvoir qui a confisqué les libertés individuelles, instrumentalisé les médias… Un pouvoir qui arrête et menace les opposants, et frustre plus d’un Congolais, etc.
Premièrement
Le commun des Congolais se posent de nombreuses questions sur le type de discours prononcé par le président de la République le 15 août dernier. Est-ce un discours sur l’état de la nation devant le Parlement réuni en Congrès, comme l’indique la nouvelle Constitution du 6 novembre 2015, ou un simple message au peuple congolais à l’occasion de la commémoration de la fête du 15 août ?
En effet, à la veille de la commémoration de la fête de l’indépendance, tous les chefs d’Etat qui se sont succédé depuis la réstauration de la démocratie, prononcent un message sur l’état de la nation devant le parlement réuni en congrès. L’article 94 de la nouvelle Constitution congolaise votée le 25 octobre puis promulgée le 6 novembre 2015 dispose que «Le président de la République adresse, une fois par an, un message su l’état de la nation au Parlement réuni en congrès. Il peut, à tout moment, adresser des messages à l’une ou l’autre chambre du Parlement. Ces messages ne donnent lieu à aucun débat».
Rappelons-nous les déclarations de M. Sassou, lors de son message sur l’état de la Nation du 12 août 2015 devant le parlement réuni en congrès. Il disait : «L’année prochaine, à la même date, ce n’est plus moi qui me tiendrai devant vous pour vous dresser l’état de la Nation. Mais, celui qui sera élu à l’élection présidentielle de juillet 2016». Un autre rappel des faits: les déclarations du Premier secrétaire de l’Assemblée nationale de l’époque, Pierre Ngolo : «Je sollicite l’indulgence des parlementaires réunis en congrès de permettre que le chef de l’Etat donne sa communication sur l’état de la Nation en étant assis». C’était avant son intervention chirurgicale en Espagne, quand il trâinait son pied et se tordait de douleur. M. Sassou en a-t-il déjà ras-le-bol de se conformer à la nouvelle Constitution que lui-même a voulu tailler sur mesure ? C’est de cette manière que les polémiques débutent. La violation de la Constitution du 20 janvier 2002, comme tout le monde le sait, n’avait-elle pas débuté par la nomination de M. Isidore Mvouba, comme Premier ministre ? Alors que cette Constitution ne prévoyait pas cette fonction.
Deuxièmement
Ce discours est différemment interprété par les acteurs politiques. De la part des dinosaures et des griots, les différentes interventions recueillies dans ce sens s’inscrivent dans le cadre de l’apologie du pouvoir et du culte de la personnalité. Ce qui contraste avec les réactions des leaders des partis politiques de l’Opposition, qui pensent que le président de la République a, pour la énième fois, repris de nombreuses vieilles et vaines promesses, comme d’habitude.
Ces vieilles et vaines promesses, qualifiées comme du déjà-entendu, les pères de l’indépendance du Congo n’avaient-ils pas, de cesse, rappelé que «la notion de droit ou d’Etat de droit n’est possible ou réalisable que, si les organes de gestion politique et économique favorisent toutes les conditions sociales, politiques, morales et spirituelles»? Est-ce que ces conditions sociales, politiques, morales et spirituelles sont-elles mises en œuvre aujourd’hui par le pouvoir de Brazzaville, soutenu par des faucons qui incitent M.Sassou à s’arc-bouter sur ses positions jusqu’au boutistes pour mieux manipuler les opposants et faire monter les enchères ? N’est-il donc pas contradictoire, le président Sassou ? Tout ce que nous vivons aujourd’hui sur le terrain en inadéquation avec ce qu’il a évoqué dans le paragraphe suivant : «La devise du Congo, qui est un véritable mot d’ordre, et un programme en soi, nous appelle à l’unité. Unité d’hommes et de femmes qui se reconnaissent comme étant les filles et les fils d’un même peuple, les ressortissants d’un même pays, les citoyens d’une même nation. Unité, synonyme de concorde, de cohésion, de paix, et de confiance, à l’opposé de la haine, de la discorde, de la division, des violences et de la méfiance. Unité de destin sans laquelle ne peut se manifester ni se réaliser aucun projet d’ensemble, aucune ambition générale».
De quelle «unité d’hommes et de femmes qui se reconnaissent comme étant les filles et les fils d’un même peuple, des ressortissants d’un même pays, des citoyens d’une même nation», parle-t-il?
Quand tout est mis en œuvre pour mieux diaboliser et museler les opposants, qui sont assimilés à des contre-révolutionnaires, puisque le Congo est en train d’être gouverné comme au temps du mono ? Est-ce l’unité du plus fort ? Le président Sassou sait que le pays est divisé. Entre les Congolais du nord et ceux du sud, il existe aujourd’hui un grand fossé, engendré par plusieurs contentieux politiques. Même au niveau de la partie septentrionale du pays, la volonté de «diviser pour régner», de mettre à genoux certains hauts cadres, avant de les arrêter, de les emprisonner ou de les contraindre à l’exil, a fissuré l’unité et la cohésion des gens dans cette partie du pays.
Et puis, à quel «travail qui consolide la liberté individuelle et collective», fait-il allusion, lorsque l’on sait que, pendant 32 ans de pouvoir, rien n’a été fait pour promouvoir les emplois, alors que les différents gouvernements qui se sont succédé ont eu suffisamment de milliards de francs CFA pour le faire? Même le «fameux» Fonds destiné aux générations futures a été allégrement dilapidé! Comme l’affirment beaucoup d’opposants, le nouveau projet du président de la République, «La marche vers le développement», est voué à l’échec. Les précédents, à savoir : «La nouvelle espérance» et «Le chemin d’avenir» n’ont jamais jugulé, tant soit peu, la pauvreté, la misère et la précarité, auxquelles le peuple congolais est, depuis belle lurette, confronté. Comme pour dire que «La marche vers le développement», n’est-il donc pas qu’«une eau chaude qui ne brûle jamais un pagne»? A l’exemple des précédents projets, il n’apportera rien du tout aux épineux et récurrents problèmes, dont ceux liés à l’accès de populations congolaises à l’eau potable, à l’électricité, aux soins de santé de qualité et accessibles, aux logements décents… A cela s’ajoutent les difficultés financières qui cisaillent, de plus belle, les fonctionnaires et les retraités, sans oublier les travailleurs relevant des entreprises privées.
Le président de la République connaît mieux que quiconque, que le travail libère l’homme
Mais, quand un pays est dans un Etat de guerre, comme le Congo l’est déjà aujourd’hui, il est difficile pour les hommes d’affaires de venir investir là où les conflits sociopolitiques sont récurrents et latents. En outre, le pouvoir ne devrait pas faire semblant d’ignorer la gravité de la crise qui sévit actuellement au Congo pour justifier son incapacité à faire face aux nombreuses attentes des populations congolaises. Comme «gouverner, c’est prévenir», le président de la République était, pendant longtemps, averti sur de possibles baisses du prix du baril de pétrole.
Ce qui est parfois évoqué dans le discours du 14 août 2016, peut ressembler à «un aveu d’impuissance» ouà «des slogan» en vogue au temps du mono, comme: «vivre durement aujourd’hui pour mieux vivre demain». Voici, ce qui est dit dans ce passage : «J’entends beaucoup, ces temps-ci, nombre de nos compatriotes parler de morosité et de crise, et même de faillite. Il est vrai que notre pays traverse des difficultés conjoncturelles aiguës dues, principalement, à l’effondrement des cours du pétrole. Et il n’est pas le seul… Le chemin est souvent parsemé d’embûches, de récifs, et d’obstacles divers. Il n’y a pas de fatalité où nous devrions nous laisser emporter. Bien au contraire ! Les difficultés, aussi aiguës soient-elles, ne doivent, en aucun cas, être la fin de l’espoir, encore moins du progrès».
Au Congo, quand les prix du baril de pétrole s’effondrent, le pouvoir crie à hue et à dia. Mais quand ces mêmes prix sont en hausse, on arrête de jaser. C’est un silence de carpe, à tous les niveaux. Jusqu’à quand le peuple va-t-il attendre des jours meilleurs pour vivre comme «la minorité au pouvoir qui exhibe ses fortunes, à qui veut la voir dans les différents quartiers de Brazzaville, sans oublier ses villas somptueuses et ses dépenses ostentatoires faites pendant les fêtes organisées en faveur de ses familles biologiques, etc.
Ghys Fortuné Bemba Dombe
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