Brésil: les sénateurs destituent la présidente Dilma Rousseff

Dilma Rousseff a été destituée mercredi par une majorité de plus des deux tiers requis des sénateurs pour maquillage des comptes publics, au terme d'une procédure juridico-politique controversée.
La décision était attendue, elle n'en est pas moins fracassante. Après six jours de procès et des dizaines d'heures de débats, le Sénat brésilien a voté ce mercredi la destitution de la présidente Dilma Rousseff, qu'ils reconnaissent coupable de maquillage des comptes publics. À la question: «Dilma Rousseff a-t-elle commis un crime de responsabilité?», 61 d'entre eux ont répondu «oui», 20 «non». La présidente est donc définitivement écartée du pouvoir, sans toutefois perdre ses droits civiques, les sénateurs ayant voté contre l'interdiction d'exercer pendant huit ans dans la fonction publique. Son vice-président et rival Michel Temer (PMDB, centre droit), qui assure déjà l'intérim à la tête de l'Etat, est ainsi confirmé à la présidence jusqu'en 2018, date des prochaines élections. Il prêtera serment dans les heures qui viennent avant de s'envoler vers la Chine pour participer à un sommet du G20.
À l'origine de cette procédure de destitution, l'accusation de «pédalage budgétaire». L'opposition accusait la présidente d'avoir maquillé les comptes publics en 2014 pour dissimuler aux Brésiliens l'ampleur des déficits publics et se faire réélire, en octobre de la même année. Elle aurait usé du même procédé début 2015. Des banques publiques auraient ainsi pris en charge provisoirement une partie des dépenses du gouvernement (estimée à quelque 10 milliards d'euros) avant d'être remboursées. «On veut me destituer pour des questions techniques de comptabilité publique», n'a cessé de se défendre Dilma Rousseff, ajoutant que ses prédécesseurs avaient usé des mêmes stratagèmes sans jamais être inquiétés. Lors de son audition devant les sénateurs lundi, elle a une nouvelle fois dénoncé un «coup d'Etat».
Un pays plongé dans la récession
L'ex-guérillera de 68 ans, torturée et emprisonnée sous la dictature (1964-1985), devrait désormais quitter immédiatement Brasilia pour rejoindre son domicile de Porto Alegre où vivent sa fille et ses deux petits-fils. Elle a prévu de faire une déclaration à la presse avant son départ. Elle ne pourra pas se présenter une nouvelle fois à la présidence, puisqu'elle a déjà été élue deux fois.
Le Brésil tourne ainsi la page de 13 ans de gouvernements du Parti des travailleurs (PT, gauche) initiée en 2003 par Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010). Une longue histoire marquée par le «miracle» socio-économique des années 2000 qui a vu sortir 29 millions de Brésiliens de la misère, avant les affaires de corruption (dont le mégascandale Petrobras) et un brutal retournement économique qui ont plongé le Brésil dans l'abîme. Les chiffres officiels publiés ce mercredi ont d'ailleurs montré que la récession s'installe dans le pays avec un sixième trimestre consécutif de baisse du PIB.
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