DÉCLARATION DES LAÏCS CHRÉTIENS : « Le Congo plonge dans une grande incertitude ».
ET NOUS Y VOICI !
DFPN 06
Dans la déclaration du 7 Novembre 2015 (DFPN 02), les Laïcs Chrétiens, ont fait le constat qu’avec l’adoption très contestée de la nouvelle constitution, « Le Congo plonge dans une grande incertitude ».
En effet, toutes les institutions issues de la constitution de 2002 auraient du prendre fin avec celle-ci. « La nouvelle constitution » précise toutefois qu’elles demeurent valides jusqu’à la mise en place des nouvelles.
En réalité, leur existence légale se fonde sur la notion de la continuité de l’Etat et non pas sur une quelconque légitimité, celle-ci étant automatiquement perdue. De ce fait, on ne peut alléguer, pendant la période transitoire qui s’est ouverte, d’une majorité et d’une opposition politique ou électorale.
Le Congo vit alors des moments très incertains. Adoptée dans les conditions les plus incertaines, la constitution nouvelle reste très contestée et ne fait pas, elle-même, consensus.
La transition en découlant ouvre une période délicate où toutes les forces politiques et même sociales, qui se valent par ailleurs, s’affrontent sans consensus politique sur l’aujourd’hui et le demain de la nation congolaise.
Le malheur du Congo vient du fait que la classe politique et les gouvernants congolais souffrent de deux graves maux : l’autisme et l’orgueil.
Dans toutes les circonstances, ils ont raison, même quand les morts s’amoncellent. Ils ont toujours raison contre tous, même contre Dieu. Ils ont raison, puisqu’ils sont la raison.
Devant ladite raison devenue « divine », même le droit disparait. Nous nous rappelons qu’au terme du mandat du Président Pascal Lissouba, des sommités du droit de la Cour constitutionnelle, arguant, en réalité, de la turpitude de celui-ci, s’étaient permis, en dépit des règles de droit, de lui accorder une prolongation de magistrature.
De nos jours, deux constitutions continuent de régir la vie de la nation congolaise : la constitution de 2002 et celle de 2015.
La constitution de 2002 n’avait prévu aucune disposition sur sa disparition sinon qu’un processus évolutif avec un noyau dur auquel on ne peut toucher. De cette constitution découle toutes les institutions actuelles.
La nouvelle constitution de 2015 vient radicalement changer ou mieux rompre d’avec l’ordre constitutionnel établi en 2002.
Toutefois, les géniteurs de la constitution de 2015 sont restés conscients sur la faiblesse originelle de leur création. En effet, la naissance de cette constitution reste un acte purement politique qui, malheureusement, ne se fonde sur aucun consensus politique, lequel consensus aurait pu déterminer à l’avance les étapes de la marche à suivre.
A défaut de ce chronogramme consensuel, ils ont inscrit dans leur œuvre constitutionnelle que les institutions issues de la constitution de 2002 demeurent valides jusqu’à la mise en place des nouvelles.
Les braves géniteurs de la nouvelle constitution de 2015 restent toutefois conscients que ces institutions de 2002 ont perdu toute légitimité. Aucune disposition de la nouvelle constitution n’autorise la plus haute institution, le Président de la République actuel, en fonction, de prêter serment en tant que tel sur cette nouvelle constitution.
Du point de vue du droit, ces institutions n’assument que la continuité du service public. Leur capacité est donc limitée à ce rôle. Elles ne peuvent s’autoriser de le dépasser. Tout dépassement est un forfait, et même un coup d’état, qui engage la responsabilité collective et personnelle des auteurs.
La formule large de continuité usitée par les géniteurs de cette constitution de 2015 prête à équivoque. Etant donné qu’il s’agit de la continuité du service public, une institution, le Président de la République et trois organes de gestion (le gouvernement, l’organe judiciaire et la force publique) sont indispensables. Tout le reste est facultatif, surtout ne dispose d’aucun pouvoir de décision.
Les actes liés à la votation du peuple, à savoir le recensement électoral, la loi électorale, la fixation des circonscriptions, les conditions d’équité et de transparence, les conditions d’expression du citoyen et des candidats, les conditions pratiques du vote ne sont nullement des actes de gestion courante du service public. Ils sont des actes organiques et déterminants pour la mise en oeuvre de la constitution de 2015. En conséquence, les institutions provisoires ne peuvent se saisir elles-mêmes de ses questions et trancher. Ces questions dépassent leur compétence propre d’institutions et organes provisoires.
La constitution de 2015 ne trouve nullement sa source dans les dispositions constitutionnelles de 2002. La consultation référendaire de 2015 est un fait politique.
Ce fait politique a donné naissance à la constitution de 2015. Cependant, celle-ci n’a pas guéri le fait politique de sa maladie congénitale : l’absence de consensus politique national, lequel aurait pu seul déterminer les étapes à franchir dans la période transitoire.
Cette grave faiblesse semble obliger les institutions provisoires, ces derniers temps, à outrepasser leur unique rôle de gestion de continuité du service public. Quelque soit la force de dissuasion de ces institutions provisoires, il n’en demeure pas moins qu’une république démocratique se fonde sur le droit. – Simple rappel : Le Congo Brazzaville n’est plus régi sur des principes marxistes.
Les institutions et organes transitoires actuels doivent, dans tous les cas, se retenir de tout forfait et de tout coup d’état contre la République.
Les Laïcs Chrétiens attirent tout particulièrement l’attention des éminents juristes du pouvoir judiciaire et des autres Cours du droit sur leur responsabilité dans la dérive de la démocratie congolaise depuis les années 1997.
Les Laïcs Chrétiens exhortent la classe politique et les gouvernants congolais à sortir de leur autisme et leur orgueil, à écouter humblement le peuple congolais dans sa diversité et dans ses différences.
La situation de blocage national dans laquelle vous avez délibérément plongé la nation et la république congolaise exige un effort sur vous-mêmes, celui de consentir à un dialogue à « l’Otwèrè », devant établir un consensus politique national véritable. (Otwèrè, Mgr B. Gassongo, les Lianes B.P. 2301 Brazzaville, 10 Mars 1979)
La nation congolaise est notre maison commune, notre « Mbongui » et nos problèmes se règlent à « l’Otwèrè ». Pourquoi avons-nous oublié notre culture bantoue-autochtone, rien que par autisme et orgueil ? Où allons-nous ?
Les Laïcs Chrétiens soulignent la responsabilité du monde occidental chrétien. Celui-ci semble porter les valeurs démocratiques à travers le monde. Son soutien expressif au début, tiédit et s’évanouit ensuite lorsque ses intérêts économiques immédiats le commandent. De plus et depuis, l’occident démocratique s’affaiblit et même se bloque devant ce que Jean-François Revel qualifie de « fait accompli » (Jean-François Revel, Comment les démocraties finissent, presse Cameron, mars 1985).
Afin de porter de manière plus crédible ses valeurs, l’Occident démocratique doit redéfinir sa stratégie d’action dans ce monde qui, de nos jours, s’engage dans une longue période de grands périls.
Les Laïcs Chrétiens invitent tous les acteurs de la scène politique congolaise, nationaux et internationaux, à se ressaisir et travailler fermement pour instaurer un véritable renouveau au Congo.
Ils déclarent, en cas d’accord des parties concernées, leur disponibilité quant à faciliter le rapprochement et le dialogue à « l’Otwèrè ».
Fait à Brazzaville, le 26 Décembre 2015
Le Président de la Fondation Pro Novis
ANDELY-BEEVE
NB. Fondation Pro Novis reconnue par l’Etat congolais le 27 juillet 2012 et revêtue de la personnalité juridique au sein de l’Eglise catholique en vertu du canon 312 (Décret d’approbation ecclésial du 3 Janvier 2013)
CONGO BRAZZAVILLE : UNE SITUATION EXPLOSIVE
Congo-Brazzaville : une situation explosive
Par Mathias DZON
( Déclaration du 7 décembre 2015 )
Le Congo-Brazzaville est actuellement plongé dans une situation extrêmement grave, du fait de la volonté obstinée du président de la République, monsieur Denis Sassou Nguesso et de sa famille, de faire du pays une dynastie.
Depuis plusieurs mois, soucieuse de contribuer à la préservation de la paix civile et à la construction des conditions permissives d’une élection présidentielle transparente et équitable et d’une alternance démocratique et pacifique en 2016, l’opposition réelle, désormais regroupée au sein d’un large Front uni, « Le Front républicain pour le respect de l’ordre constitutionnel et l’alternance démocratique » en sigle Frocad, a, sans désemparer, proposé au pouvoir, de convoquer un vrai dialogue politique national inclusif, pour refonder le système électoral à l’œuvre depuis 2002, et ainsi construire ensemble les conditions favorables à une alternance politique en 2016. Le pouvoir dont l’unique souci est de se maintenir à la barre, a rejeté d’un revers de main cette proposition de bon sens et s’est engagé dans la voie illégale d’un coup d’Etat constitutionnel.
Le 27 septembre 2015, devant l’entêtement du président de la République d’organiser un référendum inconstitutionnel, les Forces politiques et sociales opposées au changement de la Constitution du 20 janvier 2002 et à un troisième mandat illégal pour le chef de l’Etat actuel, ont organisé à Brazzaville, un méga meeting qui a regroupé plus de 500.000 participants au boulevard Alfred Raoul. Dans le même élan, un second méga meeting a été tenu à Pointe-Noire le 17 octobre 2015.
Comme à Brazzaville le 27 septembre, ce meeting a rassemblé plusieurs milliers de personnes. Pour l’opposition congolaise, ces deux méga meeting constituaient un sérieux avertissement lancé au pouvoir, afin qu’il renonce à son projet anticonstitutionnel de changement de Constitution et qu’il accepte de s’asseoir avec l’opposition réelle, pour rechercher les voies de sortie de la grave crise multidimensionnelle qui plombe le Congo. Malheureusement, malgré la démonstration de force de l’opposition et la farouche opposition des grandes puissances mondiales, les USA et la France notamment, à son funeste projet de changement de Constitution par intérêt personnel, le président de la République n’a pas voulu entendre raison et s’est obstiné à organiser une parodie de référendum le 25 octobre 2015.
Pour ce faire, il a rusé avec la Cour constitutionnelle en masquant le véritable objet du référendum qu’il se proposait d’organiser et en utilisant délibérément l’expression « évolution des institutions » au lieu de parler clairement de changement de Constitution. La Cour constitutionnelle est tombée dans son piège et s’est fendu d’un avis tordu et complaisant, autorisant par cet avis, une violation flagrante de la Constitution en vigueur. Abusant de l’avis tordu et complaisant de la Cour constitutionnelle, le président de la République a, en violation des articles 57, 86 et 185 alinéa 3 de la Constitution de 2002, organisé le simulacre de référendum de 25 octobre. L’organisation de ce référendum appelle de ma part quelques observations. J’en formulerai trois :
Par ces motifs, je rejette catégoriquement le référendum du 25 octobre, ses résultats fantaisistes et la nouvelle Constitution qui n’a jamais été soumise à référendum et encore moins, adoptée par le peuple. Nonobstant ces refus, je marque mon accord pour participer à un vrai dialogue politique national inclusif, portant sur la gouvernance électorale, car, je n’accepte pas d’aller à l’élection de 2016 avec le système électoral mafieux, mis en place par le pouvoir depuis 2002. Ce système doit impérativement être revu de fond en comble avant l’élection présidentielle 2016. Pour tout dire, le Congo se trouve aujourd’hui dans un imbroglio sans précédent avec d’un côté, un acte inédit dans l’histoire des institutions de par le monde, à savoir, la promulgation d’une Constitution non votée par le peuple, souverain primaire qui confère toute légitimité. De l’autre, un président de la République qui navigue entre deux Constitutions : celle du 20 janvier 2002 sur laquelle il a prêté serment avec l’engagement de la respecter et de la défendre ; celle non votée par le peuple, mais promulguée le 06 novembre 2015 par le président de la République, Constitution instituant pour le chef de l’Etat en exercice, une amnistie générale et à vie pour tous les crimes de sang et tous les crimes économiques commis sous son long règne de 32 ans. Il va sans dire que le président Denis Sassou Nguesso ne peut pas prêter serment sur cette nouvelle Constitution pour espérer recouvrer la légalité perdue avec l’abrogation de la Constitution de 2002, légalité pourtant nécessaire pour continuer à diriger et à gérer l’Etat.
Quelle solution pour sortir de cet imbroglio ?
Deux issues de sortie, et uniquement deux :
Il n’y a pas d’autres issues hors de ces deux alternatives. Le recours à la force auquel travaille actuellement le pouvoir est une fausse solution à la crise actuelle. Tout passage en force ne fera qu’aggraver une situation déjà explosive. Le Congo est assis sur un volcan. Pour le président de la République, le temps de la lucidité et de la sagesse est plus que jamais venu. Il doit sans délai, trancher entre les deux alternatives proposées supra. La préservation de la paix civile, de la stabilité politique et de la cohésion nationale en dépend. Le président de la République est fortement interpellé. Il a devoir de sauver le Congo par une décision sage et urgente.
Fait à Brazzaville, le 07 décembre 2015
par Mathias DZON
Un Dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le Peuple ne rélève pas le défi
/http%3A%2F%2Frap-as.com%2Fwp-content%2Fuploads%2Fimages%2Fla-voix-du-peuple-540x270.jpg)
Un Dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le Peuple ne rélève pas le défi