REFERENDUM LES ELECTEURS DESERTENT LES BUREAUX DE VOTE A BRAZZAVILLE
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Ce dimanche 25 octobre, les Congolais sont appelés aux urnes pour se prononcer sur la modification de la Constitution qui permettrait au chef de l’Etat, Denis Sassou Nguesso, au pouvoir depuis plus de trente ans, de briguer un troisième mandat. L’actuelle loi fondamentale, datant de 2002, l’en empêche, l’âge des candidats et le nombre de mandats étant limités.
Dans la partie sud de Brazzaville, traditionnellement acquise à l’opposition qui a appelé à boycotter ce scrutin, les bureaux de vote sont aussi vides que les rues où les véhicules dépourvus de « laissez-passer » délivrés par la police sont interdits de circuler. Seuls les 4x4 des diplomates, des observateurs internationaux et de quelques commerçants ont droit de cité. Les habitants, eux, sont restés cloîtrés chez eux.
« On s’attendait à avoir peu de votants ici à Bacongo, car nombreux sont ceux à avoir quitté le quartier à la suite des affrontements », explique Colombe Bondi. Depuis les heurts entre les manifestants et les forces de l’ordre survenus ces dernières semaines, le quartier est quadrillé par la police et les militaires qui patrouillent en permanence et maintiennent à résidence l’une des figures de l’opposition, l’ancien ministre Guy Brice Parfait Kolélas.
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Un peu plus loin, à l’école des Trois Francs, seuls quatre bulletins de votes gisent dans l’urne en plastique posée à même le sol. Ici, il y a 2 100 inscrits mais rien n’y fait, les habitants du quartier ne sont pas d’humeur à voter. Des jeunes cherchent leurs noms sur les listes électorales affichées à l’entrée. En vain. « Il y a le nom de mon père qui est mort, mais pas le mien », déplore l’un d’entre eux. Auraient-ils aimé voter ? « On ne sait pas ce qu’il y a dans ce projet de Constitution, ici rien ne va, on n’a pas de travail, pas de formation, pas d’électricité… Vous voulez que je continue la liste ? », lâche Junior, 19 ans.
Mais un tout autre dimanche se déroule au centre-ville, et au nord de Brazzaville. Dans la matinée, le président Denis Sassou Nguesso a voté peu avant onze heures, accompagné de la première dame. A la mairie de Ouenzé au nord de Brazzaville, l’affluence satisfait le chef de bureau et la presse officielle conviée pour constater « plus de 300 votes » sur 950 inscrits à 13 h 30. « C’est un bon président, lâche Roland Ngombélé, un commerçant du quartier venu voter « Oui ». La nouvelle Constitution va permettre à des jeunes de 18 ans de se présenter et les institutions vont évoluer. Sassou, c’est bon pour le business ».
Dans le quartier Talangaï, un peu plus au nord, plusieurs bureaux de vote ont été installés dans les salles de classe décaties de l’établissement scolaire Agostino Neto. La députée locale n’est autre que Claudia Sassou Nguesso, l’une des filles du président. « Il y a un véritable enthousiasme pour la démocratie, s’enthousiasme Jérome Mboussa, le responsable âgé de 73 ans. Denis Sassou Nguesso est populaire ici, et on le voit dans les urnes ». Un son de cloche différente de celui qui se fait entendre dans la pièce mitoyenne. Là, Michel Bafou, dépourvu d’isoloir, s’est débrouillé bon an mal an avec deux bureaux en bois superposés. « C’est un isoloir artisanal, s’esclaffe-t-il, nous n’avons même pas la Constitution. Dans un pays vraiment démocratique, on l’aurait à disposition des votants ».
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Pendant que leurs aînés palabrent, angoissés par l’annonce des résultats, les enfants ont transformé les avenues de la capitale en terrain de football. « Nous redoutons que la situation s’embrase si les résultats sont contestés », glisse un homme d’affaires libanais. A 17 heures, à Bacongo, Colombe Bondi n’a toujours pas bougé de sa chaise. Dans l’urne en plastique, posée sur une table d’enfant, il y a désormais six bulletins de vote
Source : RFI
REFERENDUM UN SCRUTIN SANS GRANDE MOBILISATION DANS LA PURE TRADITION TYRANNIQUE
Un bulletin vert ou rouge ? Oui ou non à une nouvelle Constitution ? C'est la question posée aux électeurs congolais ce dimanche. Un référendum contesté - l'opposition appelant au boycott -, qui pourrait permettre au président Denis Sassou-Nguesso de se présenter à nouveau. Un vote qui se déroule dans le calme et sans grand engouement.
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LE DIRECT : ■ le taux de participation, enjeu du scrutin
Ce dimanche, on ne peut pas dire que les Congolais se pressaient aux urnes pour ce référendum. Dans les quartiers où les équipes de RFI se sont rendues, pas de file d’attente devant les isoloirs, pas d’attroupements devant les listes électorales, affichées d’ailleurs ce matin quelques instants à peine avant l’ouverture des bureaux.
Dans le quartier de Ouenzé, dans le nord de la ville, un habitant qui a perdu la vue durant la guerre civile s’avance : « Je suis venu voter pour la paix ». Mais autour de lui, les électeurs ne sont pas nombreux.
C’est le cas bien sûr aussi, et peut-être surtout dans les quartiers sud de Brazzaville, réputés proches de l’opposition. Attablé à l’entrée d’un bureau de vote de Makélékélé, un homme patiente sous la chaleur, pas d’électeur à l’horizon, mais il reste optimiste : « Il n’est que midi, nous avons jusque 18 heures. Ils vont arriver », espère-t-il. Dans la pièce d’à côté, un habitant est venu, lui, déposer son bulletin dans l’urne : « C’est mon devoir de citoyen. »
Le président a voté
S’il est au contraire un bureau de vote où l’on a vu la foule ce matin, c’est celui où le président Denis Sassou-Nguesso est venu voter dans le centre de Brazzaville, juste à côté du ministère de la Justice. C’était peu avant 11 heures. Costume bleu, précédé de sa femme, le président congolais est descendu de sa Mercedes noire.
Il s’est félicité du déroulement du vote : « C’est le peuple souverain qui décide parce que partout dans le pays, le peuple vote. » Et à propos de l’appel à la désobéissance civile lancé par l’opposition, Denis Sassou-Nguesso a affirmé : « Cela peut s’assimiler à de l’abstention. Il aurait été préférable que cela soit exprimé par un "non", mais nous continuerons de construire le pays avec tous les Congolais ».
Quelques retards au démarrage
Les bureaux de vote ont ouvert officiellement à 6h TU, mais certains en étaient encore dans les préparatifs à ce moment-là, a constaté notre envoyée spéciale sur place. En théorie, le vote se déroule de 7 heures à 18 heures, mais Brazzaville se réveillait encore au moment des premières ouvertures. Par exemple, à l’école de peinture de Poto Poto, non loin du centre-ville, les isoloirs étaient sur place, mais pas encore montés à 7 heures.
Le scrutin est placé sous le contrôle d'« une bonne centaine » d'observateurs internationaux à Brazzaville, et « des milliers sur le plan national », confie l'un d'entre eux à RFI. « Dès 8h, nous avons fait le tour d'au moins trois circonscriptions », précise-t-il. Le taux de participation des électeurs congolais sera particulièrement scruté. La clôture des bureaux de vote est prévue pour 18 heures, heure locale.
LES REPERES :■ Les enjeux du scrutin
L’opposition conteste la légitimité du scrutin, qu'elle demande de boycotter, et dénonce depuis le début de cette campagne un coup d’Etat constitutionnel. Elle reproche à ce texte d’être taillé sur mesure pour le président Denis Sassou-Nguesso, puisqu’il fait sauter les deux verrous qui l’empêchent actuellement de se représenter.
Avec l'appel au boycott de l'opposition, le premier enjeu sera donc de savoir si les électeurs seront nombreux ou non a, finalement, faire le déplacement jusqu'aux urnes. De la mobilisation - il n'existe pas de taux de participation minimum au Congo pour valider un scrutin - dépendra la crédibilité du vote, même si le « non » a peu de chance de l'emporter. Dans certains quartiers, les opposants ont même demandé à leurs partisans de rendre leur carte électorale en signe de désobéissance civile.
Il faudra également suivre les conditions sécuritaires de l'organisation du scrutin. Des violences ont eu lieu en début de semaine, ce qui avait semé le doute dans l'esprit de la population sur la capacité des dirigeants à asseoir leur autorité sur le territoire.
Enfin, à l'issue du scrutin, les regards seront braqués vers les leaders de la contestation pour savoir si, oui ou non, ils acceptent de calmer le jeu, le temps de savoir si Denis Sassou-Nguesso souhaite briguer un troisième mandat.
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■ Retour sur la contestation
Lundi dernier, la justice a décidé de maintenir en détention six jeunes arrêtés le 9 octobre lors d'une manifestation contre le référendum. Le lendemain, de nombreux affrontements violents entre force de l'ordre et opposants ont éclaté dans plusieurs villes du pays.
Depuis le début de la mobilisation, quatre personnes ont été tuées dans des violences à Brazzaville et à Pointe-Noire d'après les autorités. L'opposition, elle, dénombre une vingtaine de morts et dénonce l'utilisation d'armes létales pour réprimer les manifestations.
Au terme de la campagne du référendum, le calme est revenu mais tout rassemblement a été interdit au sein de la capitale.
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■ Ce qu'en pense la communauté internationale
Le président français, François Hollande, avait déclaré dans un premier temps qu'il respectait la position du président congolais et son « droit » à consulter la population. Il a toutefois rappelé qu'une fois la consultation passée, le chef de l'Etat devait veiller à rassembler et apaiser ses concitoyens. Une position vivement critiquée cette semaine par l'opposition mais saluée par le camp du président Sassou-Nguesso.
Lors d'un communiqué ultérieur, le chef de l'Etat français a dit « soutenir la liberté d'expression » et souhaiter que les « Constitutions soient respectées » ce qui a été perçu comme une inflexion de sa position.
→ A (RE)LIRE : Congo: François Hollande assouplit sa position sur le référendum
L'Union européenne s'est contentée de publier un communiqué jeudi dernier qui appelle au dialogue qui serait, selon elle, « la seule voie pour rétablir un consensus large sur une question d'intérêt national que constitue une révision de la Constitution ». L'UE, tout comme la présidente de l'Union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma, ont aussi appelé au respect de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance. Une charte qui interdit les changements constitutionnels à des fins personnelles.
au changement de la constitution
Brazzaville, Steve OBORABASSI pour la Voix du Peuple
Un Dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le Peuple ne rélève pas le défi
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Un Dictateur n'a pas de concurrent à sa taille tant que le Peuple ne rélève pas le défi