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Le discours à la nation prononcé le 12 août 2015 par Son Excellence Monsieur Denis SASSOU NGUESSO Président de la République du Congo devant le parlement réuni en congrès est une forme de bilan de toute son action à la tête de notre pays. De nombreux chiffres ont été rendus public dans ce discours aux fins de mettre en exergue les présumés efforts fournis par notre altruiste de Président. Mais, après une lecture plus approfondie de ce discours fleuve, force est de constater que les indicateurs utilisés ne peuvent mesurer le niveau réel du développement économique et social du Congo. Il en est ainsi du PIB (produit intérieur) objet de la succincte analyse ci-dessous.
Les Economistes proches du pouvoir qui ont participé à la rédaction de ce discours se sont copieusement moqués des honnêtes hommes qui vivent dans des conditions moyenâgeux au 21ème siècle dans un pays riche en ressources naturelles diverses et variées.
En effet, à la lumière de notre grand discours du siècle, le dernier de l’ère du chemin d’avenir, un accent particulier a été mis sur l’augmentation constatée du Produit intérieur brut(PIB), signe selon notre Président de la bonne santé de l’économie nationale. A titre d’illustration, le Président de la république fait remarquer que la richesse nationale(PIB) a dépassé pour la première fois les 2000 milliards de francs CFA en fin d’année 2000 et s’est située au-dessus de 3000 milliards de francs CFA en 2005 et 4000 milliards de francs CFA en 2006. Cette dynamique s’est poursuivie sur une période relativement longue à l’échelle des pays pauvres comme le Congo.
La mesure de la richesse d’un pays par le Produit intérieur Brut(PIB) masque de nombreux déséquilibres que d’autres indicateurs plus appropriés permettent de mettre en évidence.
Par définition, le PIB est la mesure de la valeur de la production des biens et services sur le territoire national pendant une période donnée. Il inclue donc la production des agents économiques résidents c’est-à-dire l’ensemble des entreprises exerçant sur le territoire national y compris celles appartenant aux étrangers (au sens économique du terme). Il en découle que les chiffres évoqués par le Président de la République le 12 août dernier tels qu’ils sont repris ci-dessus ne reflètent en rien l’enrichissement du Congo et de son peuple. Il n’est pas difficile de constater que l’augmentation du PIB au cours de ces dernières années a été le résultat des augmentations concomitantes de la production pétrolière et du prix du baril sur le marché international. En outre, combien d’entreprises opérant dans le secteur pétrolier appartiennent-elles aux nationaux ? Combien d’entreprises congolaises installées à l’étranger procèdent au rapatriement de leurs richesses chaque année ?
De la même manière, Le Président de la République a mis en relief l’augmentation du PIB par habitant qui serait repassé au-dessus des 1000 dollars dès l’an 2000. Il avoisinerait les 4000 dollars en 2010 et 2011. Cela est bien à entendre sur le plan statistique. Mais, tout homme averti qui s’investit dans l’étude de la dynamique des sociétés modernes sait que ces deux indicateurs, objet de notre analyse ne mesurent pas le bien être d’un peuple.
Nulle part dans ce discours voulu très long par ses rédacteurs, mention n’a été fait par exemple de l’indice du développement humain(IDH) utilisé par le Programme des Nations Unies pour le Développement(PNUD) pour mesurer la qualité de vie des populations. Il sied de rappeler que les dernières statistiques disponibles révèlent que La République du Congo pointe à la 140ème place sur un total de 187 pays, ce qui témoigne de la mauvaise qualité de vie des populations congolaises. Pour mémoire, cet indicateur mis au point par le programme des nations unies au début des années 90 a pour but d’établir un aperçu global du niveau de vie des pays en prenant en compte trois principaux critères : l’espérance de vie à la naissance, le niveau d’éducation et le niveau de vie.
L’économie congolaise est une économie de rente au service du clan au pouvoir. 80% des ressources financières générées par le pétrole, principal produit d’exportation du pays, reviennent au 20% de la population constituée des membres de la famille présidentielle et leurs alliées indéfectibles.
On note l’inexistence d’un secteur privé national dynamique capable de créer des richesses comme c’est le cas ailleurs. Les marchés publics qui font la différence dans des pays sérieux sont attribués essentiellement aux entreprises qui facilitent le pillage. Les appels d’offres organisés sont une grande farce qui permet de mettre la forme aux actes de détournement organisés. Les entreprises adjudicataires des marchés sont sélectionnées selon les affinités. L’économie congolaise s’il en existe une, est contrôlée par le pouvoir à travers des entreprises étrangères.
En conséquence, le discours prononcé le 12 août par le Chef de l’Etat dans son volet économique n’aura été que de la poudre aux yeux dans un pays où plus de la moitié de la population active est au chômage et où, l’Etat est le principal employeur faute d’entreprises privées nationales capables de donner une dynamique à l’économie. Les villages agricoles inaugurés en grande pompe il y a quelques années n’ont pas figuré dans ce discours. Pourtant, à cette époque, l’on avait promis d’inonder le marché de Brazzaville en œufs de table à des prix très bas. Demandez donc aux brazzavillois de la basse classe s’ils accèdent aux œufs des villages agricoles.
Les infrastructures plébiscitées dans le même discours sont une bonne chose en soi. Mais, Le Président de la République ne nous a pas dit toute la vérité au sujet des financements ayant servi à leur construction. Si, comme nous l’apprenons, c’est de l’endettement auprès des corporations chinoises qu’elles l’ont été, il y a de lieu de penser que notre pays replongera sous peu dans le cercle vicieux de la dette avec la baisse drastique des revenus issus du pétrole.
La bonne santé économique d’un pays ne se mesure pas par l’opulence dans laquelle vivent les hommes au pouvoir et/ou proches du pouvoir mais par la qualité des mécanismes de redistribution du revenu national à travers des services publics de qualité accessibles à toutes les couches de la population.
Un discours cohérent, susceptible d’être jugé crédible doit mettre un accent sur la dynamique des indicateurs sociaux. Le taux de chômage a-t-il diminué d’une période à une autre ? Combien d’emplois nouveaux ont-ils été créés sur une période par rapport à une autre ? Les inégalités sociales ont-elles baissées dans notre société ?
On ne peut pas faire l’apologie d’une économie inarticulée faite de secteurs non connectés les uns aux autres où les secteurs juteux (miniers et travaux publics) sont tenus par les investisseurs étrangers à la solde du pouvoir, et où le secteur informel hypertrophié, aux revenus très faibles emploie une grande partie de la population.
Le collectif budgétaire qui a eu lieu suite à la baisse du cours du pétrole avant l’exécution du budget de l’exercice 2015 montre que l’économie congolaise est très fragile et dépend essentiellement de la production pétrolière. La diversification de l’économie vantée à longueur de journée est une simple vue de l’esprit, en témoigne la structure de nos exportations faites à plus de 95% de pétrole brut.
De ce qui précède, il découle que le bilan économique du Président de la République depuis son retour au pouvoir par les armes est chaotique et/ou catastrophique. La performance économique ne se mesure pas par une simple augmentation de la richesse nationale qui ne se traduit pas par l’amélioration des conditions de vie des populations dans leur grande majorité. Il est donc plus impérieux pour le peuple congolais de comprendre que la pérennisation de ce pouvoir aura à terme des conséquences encore plus dramatiques pour les générations à venir qui hériteront d’un tissu économique en lambeaux sans aucune perspective d’avenir.
La seule manière de remettre l’économie congolaise sur les rails consiste à la débarrasser de tous les prédateurs aux affaires actuellement grâce à l’instauration d’une démocratie véritable qui s’accompagnera de rigueur et de choix économiques bénéfiques à la majorité de la population congolaise.
DAMIEN ITOUA OYELI
au changement de la constitution
Brazzaville, Steve OBORABASSI pour la Voix du Peuple
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