La garde présidentielle de l'ancien président déchû est revenue au pouvoira après un coup d'Etat. L'Express fait la lumière sur une crise qui a commencé il y a près d'un an.
Prise d'otage de l'exécutif et coup d'Etat... La situation est explosive au Burkina Faso ce jeudi. Un "Conseil national de la démocratie" a annoncé à la télévision publique "dissoudre" les institutions du pays, qui devaient servir à une transition démocratique. Pendant ce temps, le président légitime ainsi que plusieurs membres du gouvernement burkinabé sont toujours retenus en otage depuis mercredi. Deux importantes radios, RFI et Oméga, ont été coupées. Une situation instable que L'Express vous explique.
L'origine des troubles datent d'il y a plus d'un an. A l'époque, le président Blaise Compaoré tente de s'accrocher à son siège, qu'il occupe depuis 1987. Empêché par la Constitution de briguer un cinquième mandat, le chef de l'Etat veut modifier ce texte. Mais il se heurte à sa population.
Fin octobre 2014, une vague de manifestations monstres réclame sa démission. Mais Blaise Compaoré, sur son trône depuis 27 ans, ne lâche rien. Le mouvement resté pacifique dérape. L'Assemblée nationale est saccagée ainsi que le siège de la télévision publique. Au bout de deux jours de violence, qui ne font heureusement que peu de victimes, le président burkinabé craque et fuit le pays (avec l'aide de la France). Les militaires, menés par Isaac Zida, phagocytent alors le mouvement populaire et s'emparent du pouvoir.
Après un moment de flottement, le diplomate Michel Kafando est nommé président intérimaire, flanqué d'un Premier ministre en la personne du lieutenant-colonel Isaac Zida. Reste à mener le pays vers une transition démocratique.
Dans quelques semaines seulement, les Burkinabé devaient se rendre aux urnes. Le 11 octobre, des élections présidentielles étaient prévues pour refermer la boucle de la transition démocratique.
Mais les anciens partisans de Blaise Compaoré, tenus à l'écart du scrutin, font entendre leur colère depuis plusieurs jours. Le 14 septembre, soit deux jours avant la prise d'otage, la Commission nationale de réconciliation et des réformes recommandent de dissoudre le Régiment de sécurité présidentielle (RSP)et de confier la protection du chef de l'Etat à une unité d'élite de la gendarmerie
et de la police, moins proche du président déchu.
Le mercredi 16, des militaires du RSP ont fait "irruption dans la salle du Conseil des ministres à 14h30 et ont pris en otage le président, le Premier ministre et deux ministres ", selon le président du Conseil national de la transition (assemblée de transition) Cheriff Sy, dans un communiqué parvenu à l'AFP. Dans la soirée, des coups de feu ont retenti pour disperser les manifestants près du palais présidentiel.
"Nous sommes passés à l'acte pour empêcher la déstabilisation du Burkina-Faso" en raison de "l'insécurité pré-électorale", justifie ce jeudi le général Gilbert Diendéré dans un entretien à Jeune Afrique, promettant que des élections auraient bien lieu, mais plus tard. Michel Kafando et son Premier ministre, Isaac Zida, "ont été placés en résidence surveillée" mais "vont bien et seront relâchés", assure-t-il.
Le RSP a assuré la sécurité de Blaise Compaoré pendant près de vingt ans. Cette unité d'élite de l'armée est composée d'environ 1300 hommes, considérés comme parmi les mieux entraînés du pays. "A eux seuls, les hommes [du RSP] pourraient mater le reste des troupes" du Burkina Faso, disait le magazine spécialisé Jeune Afrique au moment du renversement de Compaoré.
Depuis plusieurs mois, une partie des Burkinabés réclament sa dissolution, car le RSP est considéré comme le bras armé de l'ancien président en exil. D'ailleurs, fin juin, le RSP avait provoqué une brève crise politique en exigeant la démission du Premier ministre avant d'y renoncer.
Ils ont donc désigné Gilbert Diendéré comme président du Conseil national de la démocratie, apparu sur le devant de la scène au moment du coup d'Etat. L'ancien chef des RSP, limogé après la révolution de 2014, était considéré par Jeune Afrique comme "l'homme le plus puissant du Burkina Faso après Blaise Compaoré lui-même". Les deux hommes se connaissent depuis très longtemps. Cette proximité de longue date fait craindre que Blaise Compaoré lui-même ne pilote ce putsch depuis la Côte d'Ivoire, où il est réfugié depuis près d'un an.
Burkina Faso: quatre questions sur le coup d'Etat
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Les militaires putschistes ont annoncé à la télévision nationale la destitution du président de transition et la dissolution des institutions.
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Honni et craint par la société civile, mis sur la touche mais peu inquiété depuis la chute de «Blaise», le général Gilbert Diendéré, 55 ans, n’avait pas fui le Burkina Faso. A la faveur de ce putsch, il devient président de la nouvelle autorité autoproclamée, le Conseil national de la démocratie (CND). Ancien chef d’état-major de Compaoré, Diendéré est le patron historique du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), à la manoeuvre du coup d’état.
Homme fort du régime déchu, Diendéré a longtemps été «le big boss des renseignements généraux», comme le décrivait un portrait de Jeune Afrique en 2013. Il s’est notamment attiré les bonnes grâces des puissances européennes en aidant à la libération de plusieurs otages occidentaux enlevés au Mali et au Niger par Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi). Proche de l’ex-commandant de la force Licorne et ancien ambassadeur de France au Burkina, le général Emmanuel Beth, il a même été décoré de la légion d’honneur en 2008 des mains de Nicolas Sarkozy.
Mais le nom de Gilbert Diendéré est surtout associé aux heures les plus sombres du régime Compaoré. Il était le chef du commando qui a assassiné le président Thomas Sankara, véritabel icône panafricaine, en 1987. Puis du RSP, connu pour ses tortures et lié à plusieurs assassinats. Diendéré a également été impliqué dans la guerre du Libéria. En Sierra Leone, il a été mis en cause en 2005 par l’ONU pour trafic d’armes avec les rebelles sierra-léonais, contre des diamants.
RSP: ces trois lettres font frémir la population burkinabée depuis la création de ce corps d’élite, en 1995. A l’époque, Blaise Compaoré veut asseoir son pouvoir, qu’il a pris à la faveur du coup d’état sanglant en 1987 pendant lequel est assassiné le très populaire président Sankara. Dirigés par Diendéré depuis l’origine, mieux entraînés et beaucoup mieux équipés que l’armée du pays, les hommes du RSP - entre 1200 et 1500 hommes selon les sources -, vivent dans une caserne qui jouxte le palais présidentiel de Kosyam, à Ouagadougou.
Ce sont certains éléments de ce Régiment qui ont pris d’assaut le conseil des ministres mercredi après-midi, séquestrant depuis le Président intérimaire Michel Kafando, son Premier ministre et deux autres ministres du gouvernement de transition. Le RSP n’en est pas à son coup d’essai: le 4 février dernier, certains membres de cette ex-garde prétorienne de Compaoré avaient déjà fait irruption en plein Conseil des ministres, exigeant la démission du Premier ministre Zida. Rebelote fin juin : depuis la chute de «Blaise», le RSP, vu par la société civile comme le cheval de Troie de Blaise Compaoré, a engagé un bras de fer avec les autorités de transition.
En presque un an, les autorités ont tenté de maintenir le cap de la transition, en faisant voter d’importantes réformes (justice, code minier), et en permettant l’ouverture d’enquêtes sur les assassinats de Sankara et du journaliste Norbert Zongo, après des années de déni de justice. Tant bien que mal: les obstacles ont été nombreux, notamment avec les différents coups de force du RSP, et la pression politique, médiatique et diplomatique des proches de Compaoré.
Deux événements récents pourraient avoir poussé le Régiment à aller jusqu’au putsch. Lundi, la Commission de réconciliation et de réforme a remis au Premier ministre un rapport appelant justement à la dissolution du Régiment de sécurité présidentielle, considérant que le RSP était «devenu une armée dans l’armée».
Autre éventuelle étincelle, les récentes décisions du Conseil constitutionnel de rendre inéligibles Eddie Komboïgo, le candidat de l’ancien parti de Compaoré, ainsi qu'une quarantaine d'autres candidats proches du président déchu aux prochaines élections. Le camp de Compaoré se déchaîne depuis de longs mois contre la décision, par les autorités de transition, d’exclure des élections présidentielle et législatives d’octobre 2015 les personnes ayant pris position pour le changement de constitution, qui aurait permis à Compaoré de briguer un nouveau mandat et a entraîné l’insurrection d’octobre. Le code électoral avait d’ailleurs été invalidé cet été par la Cour de justice de la Cédéao.
De Blaise en passant par son frère François et la belle-mère de ce dernier, la mainmise politique et économique de la famille Compaoré sur le Burkina Faso était fermement établie pendant presque trois décennies. Ami proche du président ivoirien Alassane Ouattara, Blaise Compaoré vit aujourd’hui en exil à Abidjan. Quant à François, «Monsieur frère» comme l’appelait la presse du pays, et sa belle-mère Alizéta Ouedraogo, ex-présidente de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso, ils sont installés au Bénin depuis l’insurrection populaire d’octobre 2014.
Maintenant que les autorités de transition ont été dissoutes, le président destitué, et avec le fidèle Gilbert Diendéré au pouvoir, le clan Compaoré va-t-il tenter de revenir au Burkina Faso?
au changement de la constitution
Brazzaville, Steve OBORABASSI pour la Voix du Peuple
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